SCENE XIII
LES MÊMES, GIANINA, sortant de la porte à droite.
GIANINA, à part.
Qu'y a-t-il donc ?
FÉDÉRIC, sans voir Gianina et continuant à menacer Bien plus, pour avoir trahi ton devoir et l'être laissé séduire, je t'envoie ce soir coucher en prison !
GIANINA, s'avançant viveme^f.
Eh bien! par exemple !... coucher en prison !... lui, mon mari !... et pourquoi s'il vous plaît?
FÉDÉRIC
Parce qu'il refuse de parler!
PEPITO.
Sur ce que je ne sais pas !
GIANINA.
Qu'est-ce que ça fait? parle toujours ?
PEPITO.
Sur ces cinq mille ducats... que toi seule... connais !
FÉDÉRIC, vivement et s'adressant à Gianina. Est-il vrai? Gianina, tu connaîtrais?...
GIAN1NA, riant.
C'est selon !... Monseigneur a-t-il toujours des idées sur le petit Ascanio ?
FÉDÉRIC , avec impatience.
A quoi bon ?... et quel rapport?
GIANINA, de même.
Croit-il encore que l'on pense à lui?
FÉDÉRIC , de même.
Eh non !... je viens d'avoir ici même la preuve du contraire...
GIANINA , à demi-voix.
Je le crois bien!... Car avant d'êlre voire femme, celui qu'on aimait, celui qu'on a toujours aimé... c'est vous, monseigneur.
FÉDÉRIC , hors de lui.
Que dis-tu?
GIANINA.
Oui, certainement... Tenez, moi, j'avais du bon vouloir pour Pepito, la preuve c'est que... vous voyez ! mais jamais ça n'a été à ce point-là...
PEPITO.
Comment, madame Pepito?...
GIANINA.
Je m'en serais bien gardée, car la pauvre fille en perdait la tête, elle en était folle, monsieur!...
FÉDÉRIC
Est-il possible !
GIANINA.
Dame!... tant que vous avez été riche et puissant, personne ne s'en est douté... pas même moi ! mais quand \ous avez été malheureux, quand vous avez été en prison... eile a manqué en mourir !... et si elle n'a donné que cinq mille ducats pour vous délivrer...
FÉDÉRIC
C'était elle!...
GIANINA.
C'est qu'elle n'avait pas davantage... sans cela...
FÉDÉRIC , à part , avec désespoir.
C'est elle!... et séparés pour jamais .'
Oui, c'est elle, qui vous aime plus que sa vie... Ecoutez , monsieur, écoutez-moi bien, si vous aviez le cœur de lui faire de la peine, elle en mourrait.