LES COMPAGNIES DE COLONISATION
On a accusé le gouvernement d’avoir précipité l’insurrection en concédant à la compagnie de colonisation de Prince- Albert les terres des colons de la paroisse de Saint- Louis de Langevin, sur la rivière Saskatchewan. 11 est bien vrai que la compagnie de colonisation de Prince- Albert a demandé ces terres en échange de quelquesunes de celles quelle possédait déjà et que le gouvernmement a consenti à cet échange, mais dans la convention passée avec le gouvernement, se trouvait l’article suivant qui protégeait amplement les colons : —
“ Si une partie des terres formant l’objet de la présente convention est occupée par une personne ou des personnes qui pourront s’y être établies, ces personnes ne seront pas dérangées dans leur possession par la compagnie, à moins que ce ne soit avec le consentement par écrit du ministre de l’intérieur ; et le ministre de l'intérieur pourra, s’il juge à propos de le faire, de temps en temps, donner à. la compagnie avis par écrit que les terres en la possession de ces personnes respectivement, et les terres voisines qu’il pourra juger conveuables (mais n’excédant pas en total 3 20 acres pour chaque colon séparément) sont soustraites à l’opération de la piésente convention, et alors les dites terres seront retirées et la présente convention cessera d’avoir effet à cet égard.”
Cependant, la compagnie n’a jamais accepté l’échange et elle n’est jamais entree en possession des terres ; elle n’a jamais, non plus, dérangé un seul colon dans sa tenure. Comme question de fait, les colons ignoraient la corresjwndance qui avaient en lieu entre la compagnie de Prince-Albert et le gouvernement au sujet de l’échange des terres, comme en fait toi les déclarations laites sous serment par tous les colons. Ces déclarations ont été produites devant le parlement. Il suffira a’en donner ici quelques extraits. William Bremner déclare : —
“ On ne m’a jamais dit, et je ne pense pas non plus -quon ait dit à mes fils et à mon gendre, car je l'aurais su, que nous ne pourrions pas obtenir une inscription pour la terre, ainsi que nous le désirions. Riel m’a dit une fois que probablement nous ne l’obtiendrions pas. Si nous l’avions cru, nous aurions alors abandonné la terre, et nous n’aurions pas continué, ■comme nous l’avons fait, à l’améliorer. ”
Magloire Boyer déclare : —
" Je déclare positivement que persone ne m’a jamais dit que les colons de ce township ne pourraient obtenir l’inscription, ni que le gouvernement avait vendu les terres à une corporation.
Jonas Laviolette déclare : —
“Je n’ai jamais entendu dire que le gouvernemeut eut vendu ou donné cette terre ou des terres de ce .township à un particulier ou à une corporation. Je n’ai jamais entendu dire que des colons de ce voisinage •eussent été informés qu’ils n’obtiendraient pas leurs lots, et j’ai cru que, définitivement, l’inscription serait accordée pour des lots dî 10 chaînes donnant sur la rivière.”
Elzevir Svvain déclare : —
terre à un particulier, une corporation ou une compagnie de colonisation, et j’ai toujours pensé que définitivement l’inscription serait donnée comme les autres colens de ce district la désiraient. Riel ne m’a jamais dit que je n’obtiendrais pas inscription pour cette terre telle que demandée.”
Marguerite Boyer déclare : —
“ On ne m’a jamais dit que mon mari n’obtiendrait pas inscription, ni moi-même depuis sa mort. * k J’ai toujours supposé que nous aurions cette terre en 10 chaînes sur la rivière. Si mon mari ou moi avions supposé que nous perdrions cette terre, nous l’aurions abandonnée depuis longtemps et nous ne l’aurions pas améliorée.”
Alexandre Lamirande déclare : —
“On ne m’a jamais dit que cette terre eut été vendue ou concédée par le gouvernement à un particulier, à une corporation ou compagnie de colonisation. Riel ne m’a jamais dit que l’inscription ne pourrait être obtenue pour cette terre ou partie de cette terre dans le township 45, rang 27, Ouest du 2ine. méridien, et je n’ai jamais entendu aucun des colons du dit township dire qu’ils ne pourraient obtenir l’inscription pour ces terres. ”
“ Je n’ai jamais demandé l’inscription, et on ne m’a jamais dit que la terre appartenait à d’autres qu’au gouvernement. On ne m’a jamais dit que mon lot, eut été vendu à un particulier, à une corporation ou à une compagnie de colonisation.”
Elisabeth Richard déclare: —
“ Je ne me suis jamais addressée au bureau des terres pour avoir une inscription, ayant toujours pensé que nous l'obtiendrions si nous la voulions, mais je ne m’attendais pas à la recevoir sans la demander. J’ai toujours supposé que le gouvernement nous la donnerait quand nous férions une demande à cet effet.”
William Bruce déclare : —
“On ne m’a jamais informé, et je n’ai jamais -entendu dire que le gouvernement eut concédé cette terre à une personne ou à une corporation, et je n’ai jamais cru que nous n’obtiendrions pas l’inscription,”
J. Baptiste Boyer déclare : —
“Je demeure dans le township 45 depuis 1883 . Je
parle en connaissance de cause, et je déclare positivement que personne ne m’a jamais dit que l’inscription ne pourrait être obtenue par les colons des townships 45-27, O. 2, pour les terres qu’ils réclamaient.”
Alexander Bremner déclare : —
“ Pour ma part, j’ai toujours pensé que j’aurais à traiter avec le gouvernement, et avec personne autre, ■et je crois que tous les autres colons pensaient pareillement ; le seul retard que nous prévoyions était dans l’obtention de l’inscription, comme nous la désirions, en lots de 10 chaînes, et non pas en quarts de sections tels qu’arpentés avant que j’en eusse pris possession.”
Alade Légaré déclare
** On ne m'a jamais dit que le gouvernement eut concédé une partie du township 45-27 O. 2me. méridien, à une personne ou corporation et que par -conséquent on n’en pourrait obtenir l'inscription ; je n’ai jamais, non plus, entendu une personne déclarer • qu’on le lui eut dit, et j’ai toujours pensé que l’iuscription serait accomée en lots de dix chaînes."
Modeste Laviolette déclare : —
“ On ne m’a jamais dit que je ne pourrais obtenir inscription pour cette terre. D’autres personnes qui voulaient avoir leurs terres en lots de dix chaînes en ont conclu que j’en aurais un aussi. On ne m’a jamais dit que le gouvernement eut vendu ou concédé cette
Alex. McDougall déclare : —
“ Je n’ai jamais été infonné qu’une partie de ce township appartenait à une compagnie de colonisation, et à l’heure qu’il est, je n’ai jamais reçu d’avis & cet effet.”
Paul Grézaud, commerçant et ex-Frère, déclare : —
“ Les gens parmi lesquels je demeure sont tous métis. Je ne les ai jamais entendu se plaindre d’avoir été molestés en aucune façon ou d'avoir été privés de leur propriété, avant l’insurrection. J’ai demeuré ici pendant plusieurs années, je connais tous les colons, et je n’ai jamais appris que le gouvernment ou les spéculateurs leur eussent enlevé leurs terres ou leur eussent donné avis à cet effet. Je n’ai jamais entendu parler de pareille chose.”
Un Correspondant du Qlobe de Toronto a prétendu que ces déclarations sous serment avaient été obtenues à l’aide de menaces et que les gens qui les avaient faites ne les comprenaient pas. M. Duck, qui accompagnait M. Pearce l’orsqu’elles furent prises, fait sur ce point la déclaration sous serment que voici :
“J’ai aussi lu les déclarations sous serment des Boucher, Swain, Fidler et autres au sujet de cette affaire ; j’étais présent à l’exécution des différentes déclarations faites par eux ; je connais personnellement tous et chacun d’eux ; les dites déclarations leur ont été lues et expliquées avec soin dans la langue qui leur est plus familière ; ils les ont parfaitement comprises, et ils ont exécuté les dites déclarations sans y être poussés en aucune façon, mais librement et volontairement, et sans autorité ou peur de contrariété, de la part de personne.”
Et M. Marion, un métis fait aussi la déclaration solennelle suivante : —
“ Je, Louis Marion, cultivateur de la colonie du Lacanx-Canards, dans la division électorale de Lornq, Prince-Albert, Saskatchewan, déclare solennellement :
“ Je suis uu métis français, et j’ai résidé continuellement au Lac-aux-Canards depuis 1879. Je puis parler et comprendre parfaitement l’anglais, le français, le cri et le sauteux. Au mois de décembre dernier, j’accompagnai M. William Pearce dans 6a visite aux établissements français de Batoche et de Saint-Louis de Langevin, ainsi que dans les environs, et, servant
d'interprète, j’expliquai complètement aux colons, dans chaque cas, la signification des papiers qu’ils jagnaient pour lui ; ils ont compris ce que voulaient dire les papiers qu’ils signaient pour lui. Souvent j’expliqnais les choses aux métis français en cri et en français, et je leur demandais s’ils étaient sûrs de bien Comprendre les papiers qu’ils signaient; cela avant qu’ils y missent leur signature, et ils ont déclaré, avant de signer aucune des déclarations, qu’ils les comprenaient et qu’ils voulaient les signer. Je n’ai jamais entendu aucun de ces colons se plaindre d’avoir été.dérangésdans leur tenuresoit par le gouvernement ou par une personne autorisée par le gouvernement ou par aucune personne quelconque.”
Ceci établit clairement que ceux qui ont fait ces déclarations sous serment, savaient parfaitement ce qu’ils disaient, et les ont faites sans y être induits et sans recevoir des menaces.