LA. QUESTION DES PATENTES
On a accusé le gouvernement, dans certains quartiers, d’être la cause de ce que les métis ne pouvaient point obtenir leurs patentes. A cette accusation, une lettre de M. Duck, qui a été produite devant le parlement durant la dernière session, est une réponse suffisante. Cette lettre était adressée à M. Pearce, membre de la commission des terres, et en voici des extraits : —
“Après avoir reçu, an mois de mars 1884. vos instructions au sujet de l’étude de ces réclamations, je consultai le Révérend Père André, supérieur du district, pour savoir quel serait le temps le plus favorable où je pourrais faire l’enquête et obtenir les renseignements désirés. Il me dit que comme plusieurs des réclamants étaient alors absents, travaillant aux transports, je ferais mieux de remettre ma eisite après Pâques, alors qu’ils seraient tous revenus pour les semaillçs. C’est ce que je fis, et je partis d’ioi pour Batoehe au commencement de mai. En route, j’arrêtai à Grandin où je rencontrai le Père André, lequel me dit qu’il m’attendait pour m’informer que les habitants avaient tenu une série d’as- •semblées dans tout rétablissement et qu’ils avaient décidé, entre autres choses, de ne pas faire de demandes d’inscriptions, pour leurs terres au bureau «i'ici. Après consultation avec lui, je crus devoir m’assurer de ses services pour expliquer clairement aux habitants la nature de ma mission et pour leur démontrer la futilité de leur résolution. Il vint avec moi à Batoehe, et dans une réunion qui ent lieu chez Emmanuel Champagne, il leur expliqua au long l'objet de ma visite, et leur conseilla de produire «les déclarations assermentées au soutien de leurs réclamations.”
“ Dès l’année 1882, on me fit rapport que certaines personnes intéressées avaient conseillé à ces gens, môme à ceux qui s’étaient établis et réclamaient leurs terres conformément au système d’arpentage alors en rigueur, de ne pas faire l’inscription de leurs terres et cela pour une raison que j’ignore, à moins que ce ne fût pour forcer le gouvernement à adopter un autre système d’arpentage sur les bords de la rivière. JLVapièsla liste qui a ôté préparée, vous verrez combien tes colons établis sur la rivière étaient alors peu nombreux ; ils n’étaient que 42 en tout, et sur ce nombre, 22 auraient pu obtenir une inscription s’ils l'avaient voulu.”
" Conformément aux instructions que vous avez envoyées en août 1883 à M. Gauvreau, l’agent adjoint, ce dernier visita les différentes parties des districts habités pas les personnes mentionnées dans les listes 1, 2 et 3 et leur expliqua clairement les clauses de
l’acte des terres qui avaient trait à leurs réclamations. Il m’informa, à son retour, que la principale réponse que lui avaient faite les gens qu’il avait visités, c’était qu’ils étaient pauvres et ne possédaient pas l’argent pour faire l’inscription. A paît cela aucune plainte d’aucune nature.”
On voit donc que loin d’avoir voulu empêcher l’émission des lettres-patentes, le gouvernement a pris tous les moyens possibles pour engager les colons à faire l’inscription de leurs terres, condition qui doit être remplie avant que les lettres patentes puissent être accordées. En réalité, tout ce quis’e«t passé, démontre que ces métis, qui n’étaient après toutque des colons venusdu Manitoba, et qui, en cette qualité, n’avaient pas droit à plus de considération que les autres colons, au dire de M. David Millsr ont été beaucoup mieux traités que les autres par le gouvernement qui n’a rien négligé pour les aider dans leurs travaux de colonisation.
L’on doit bien se rappeler que Louis Riel n’a pas prêché la révolte aux métis pour les réclamations contenues dans leurs pétitions, qui sont maintenant du domaine de la discussion publique. Riel, après son arrivée dans le pays, afficha des prétentions beaucoup plus grandes. Les métis n’envoyérent au gouvernement aucune résolution ou document d’aucune sorte, après l’arrivée de Louis Riel. Tout ce qui a été reçu ce fut un brouillon de pétition, envoyé par M. Jackson, le secrétaire de Riel, avec l’avis que les métis étaient à signer cette pétition qui devait être ensuite transmise au Secrétaire d’Etat, Ce brouillon de pétition, sauf l’allégué qui réclamait pour les enfants des métis les 240 acres de terre, comme pour ceux du Manitoba, ne traitait entièrement que de questions de politique publique.^ Elle parlait par example du prix des préemptions, de la méthode de disposer des homesteads annulés, de la politique de demander des droits sur le bois de construction, les perches et le bois de chauffage, des droits de douane perçus en vertu de la politique nationale, de la question de permettre de labourer et cultiver les terres préemptées au lieu des homesteads, de l’opportunité de compter aux acheteurs des lots de squatters le temps pendant lequel ces derniers avaient occupé ces terres, de la méthode de donner les enterprises des travaux pub'ics et de fourniture d’approvisionnements dans la Nord-Ouest, des emplacements des édifices publics, de l’importance du chemin de fer de la baie d’Hudson, du système du vote par scrutin qui n’y existait pas, du système des licenses pour la vente de liqueurs enivrantes, de ce que le gouvernment avait fait en 1870 pour les délégués du Manitoba, de la nécessité d’établir
un gouvernement responsable dans les territoires ainsi que de la représentation de ces territoires dan« le parlement du Canada, brefj d’un certain nombre d’autres questions qui ne peuvent certainement pas être considérées en aucune manière comme réclamations ou droits, mais simplement des questions de politique publique. Fait significatif c’est que la question des arpentages, au sujet de laquelle on a fait tant de bruit, n’était pas même mentionnée dans ce brouillon de pétition. A part ce brouillon de pétition le gouvernement n’a reçu aucun document d’aucune sorte ; i!
n’a pas même reçu la pétition originale si jamais elle a été signée. Louis Riel apprît évidemment qu’il devait adopter d’autres moyens pour provoquer des troubles.
Connaisant bien le caractère superstitieux de la population, il entreprit en conséquence de créer une nouvelle religion.
Dans un sermon prononcé à l’église de Saint-Roch, Québec, dans le cours de l’été dernier, l’évêque Grandit! décrivait ainsi les agissements des chefs de la rébellion :
“.Afin de parvenir plus sûrement à leur fin et d’empêcher les métis de se laisser influencer par les missionaires qui les auraient détournés de leur projet sinistre, les chefs de la rébellion emprisonnèrent quatre prêtres, six religieuses et quelques fi ères laïques, placèrent des sentinelles à la porte de leur prison pour émpêeher tout moyen de communication entre les métis et les missionnaires. Noirs avions bien raison de leur dire : ‘ Vous ne gagnerez rien par là, au contraire vous avez tout à y perdre. Si vous tuez un soldat, ce dernier sera remplacé par mille autrès. Vous avez à combattre un gouvernement puissant, vous qui n’ôtcs qu’une poignée d’hommes et ne pouvez remplacer vos morts.' Toutefois, les chefs se conduisirent de façon à faire mépriser nos avertissements et conseils et la rébellion eut lieu avec toutes ses terribles conséquences.”
Le document suivant contenant la signature de tout les prêtres du district témoigne, également de la conduite que Riel a cru devoir tenir pour s’attacher les métis : —
“ Prince- Albert, 13 Juin 1886.
“Nous soussignés prêtres du district qui a eu plus particulièrement à souffrir de la rébellion, savoir : des paroisses de Saint-Laurent Saint- Antoine, Grandin, le Lac aux Canards et Batoche- c’est-à-dire au milieu «le notre population où Louis “ David” Riel avait établi son quartier général, nous désirons attirer l'attention de nos compatriotes du Canada sur les faits suivants :—
“Louis “ David” Riel ne mérite pas les sympathies ♦le l’église catholique romaine ou des membres de cette église, parcequ’il a usurpé notre mission de prêtres et Oilèvé, à notre peuple, les avantages et consolations qu’il est de notre devoir de lui procurer. Il a fait toutes ces choses pour son intérêt purement personne-!.
(Signé)
“Père
André,
Tou SE,
Moulin,
tf
Vèoreyille,
Lecoq,
Fourmond.
Curé de Batoche.’
Suivant de nouvelles citations dont on s’est servi dans la Chambre des Communes,
au cours du débat sur la motion de M. ÎLandry pour censurer le gouvernement jd’avoir laissé pendre Riel.
j L’évêque Grandin dit : —
“ Tous ceux qui ont étudié à fond ce mouvement, savent fort bien qu’un mécréant qui a abusé de son savoir et s’est paré d’une piété mensongère et hypocrite, en même temps qu’il faisait des menaces de destruction inévitable, a trompé les métis et les a obligés à prendre les armes contre l’Etat. L’ascendaut qu'il exerçait sur eux était tel que, pour le plus grand nombre d’entre eux, ils ne pouvaient pas ou n’osaient pas lui résister.”
Le père Fourmond dit dans son témoignage:—
“ Louis * David ’ Riel, dans son étrange et alarmante folie, fascinait nos pauvres métis comme le serpeut fascine ses victimes. Il abusait, pour ses propres fins, de la grande confiance que tous les métis reposaient en lui, confiance obtenue par l’influence qu’il exerçait sur leur esprit, grâce à son éloquence passionnée et, par-dessus tout, à l’apparence de ses sentiments profondément religieux, et de sa dévotion dont il faisait constamment parade de la manière la plus hypocrite possible. Il les avaient convaincus par des proclamations publiques de sa mission de prophète inspiré, et il leur faisait croire à cette mission en se servant des moyens les plus insidieux et les plus diaboliques. * * Pour frapper l’esprit de la population et la tenir sous son pouvoir, Riel eut recours à toutes sortes de supercheries.”
Le père Fourmond ajoute : —
“Oh ! mon pauvre peuple, je ne pouvais le contenir ; il était infatué de cet archi-traître et fourbe jusqu’à ce qu’il eut répandu le sang. Il fut alors tout a fait en son pouvoir et il se servit de son autorité sans aucun sentiment de miséricorde. * * Je déclare
de plus que, pendant les troubles, j’ai conversé avecplusieurs de ceux qui se trouvaient dans le camp rebelle, et j’ai constaté que, pour le plus grand nombre, ils y étaient contre leur gré et n’y demeuraient que par la crainte d’être fusillés, s’ils s’échappaient ou désertaient.”
Dans son témoignage, dans la cause de Joseph Arcand, le père André dit: —
“ Je déclare de la manière la plus solennelle, qu’à ma connaissance personnelle, sauf Gabriel Dumont, Napoléon Nault et Damase Carrière, maintenant décédé, pas un se. il des métis n’avait la moindre idée ou le moindre soupçon d’une rébellion, jusqu’à ce que Riel les eût complètement pris dans ses filets et les eût tellement compromis, qu’ils ne pouvaient plus s'échapper.
“ Il leur fit croire fermement qu’ils n’avaient plusà attendre de miséricorde delà police ou du gouvernement du Canada, — que s’ils étaient faits prisonniers ou blessés, rien que la mort et des tortures impitoyables les attendaient, que leurs filles et sœurs seraient deshonorées sous leurs yeux, leurs enfants massacrés et tout ce qu’ils possédaient ici-bàs détruit, et que toute leur nation serait exterminée par la soldatesque brutale.”
Voici ce que dit Joseph Pilon : —
“ Riel me commanda de venir au camp, ou qu’il me forcerait de m’y rendre. * * * " . Pilon, pendant que Riel le menaçait, vint trouver le prêtre et lui dit en pleurant ce que Riel lui demandait. Riel, l’obligea de force et au moyen de menaces contre sa vie, d’exécuter ses desseins.”
Le Père André fait allusion en la*
manière suivante, au cas des frères Tou- Tond : —
“ Le rusé Riel chercha de toute manière à engager ces jeune gens à le joindre, mais sans réussir. Jour par jour, il se rendit auprès de leur pauvre mère pour abuser de sa superstition et de sa crédulité, avec une ruse diabolique. Il lui raconta ses visions célestes, etc. * • * et la pauvre femme ayant
foi dans sa mission divine, pria ses enfants de s’enrôler et de combattre sous la > bannière du ciel."
Parlant des prisonniers en général, il dit : —
“ Ils ont été trompés par un homme qui connaissait parfaitement que leurs cœurs et leurs esprits étaient faibles. Ils ont été appelés auxarmes.au nom de Dieu et des Saints, par un homme qui se disait l'envoyé de Dieu pour accomplir une bonne et grande œuvre. Ils •ont été aveuglés par de prétendues visions et messages deJTEsprit-Saint; pauvres gens, dans leur absolue confiance, ils ont été conduits à la désolation, la misère et la mort."
Ayant fondé une nouvelle religion, Riel institua une cérémonie à l’église de Batoche qui devait consister dans le baptême de son secrétaire Jackson à la foi nouvelle. Il envoya des éclaireurs pour amener les métis à cette cérémonie, les engageant à apporter leurs fusils, pour tirer une salve, et comme on le verra par les déclarations assermentées, il eut beaucoup de difficulté, dans certains cas, à les engager à s’y rendre. Lorsque les métis furent arrivés à Batoche, Riel leur dit que le gouvernement envoyait des troupes pour les tuer, leur enlever leurs propriétés et détruire leurs familles, et ces menaces eurent pour résultat d’amener le combatdu Lac aux-Canards qui compromit ses dupes infortunées, et de causer les tristes évènements qui s’en suivirent. Ces faits découlent du témoignage assermenté d’un certain nombre de ce s gens eux-mêmes. Il suffira de citer quelquesunes des déclarations assermentées qui suivent : —
Jean Baptiste Laplante, cultivateur, jure : —
“J’étais eu voyage, quand la rébellion a éclaté a Troy, avec des marchandises pour des marchands de Batoche appelés Walters & Baker. Je n’ai pas été ailleurs ; après avoir livré nies marchandises, je suis retourné chez moi. Je suis resté chez moi un seul jour, et un homme appelé J. B. Deschamps est venu me chercher. Deschamps avait un fusil et il dit qu’il ‘ me prendrait par force ’ si je ne voulais pas venir, et ■ nous prendrons tout ce que vous avez.’ Ils étaient deux, tous deux armés. Ils m’ont emmené avec eux, mais je n’avais pas de fusil. Ils m’ont emmené à Batoche et m’ont dit qu’il fallait que je serve comme les autres. * * * Riel nous dit que nos familles seraient tuées par les troupes et qu’il fallait toutes les réunir. ’
Gabriel Parenteau, cultivateur, jure: —
“ J’étais ici pour acheter des marchandises et j’y •suis resté deux jours ; quand je suis revenu, j’ai appris qu’on avait dépouillé les magasins et qu’on s’assemblait, par partis a Batoche. Quand je suis allé a l’église le dimanche, j’ai été fait prisonnier (dans !’ église de Saint Laurent)' par Philippe Guardupui et
un autre, je ne sais pas so« nom. Ils m’ont dit qu’ils allaient me fusiller ou m’enfermer si je n’y allais pas . Ils m’ont fait passer la rivière et m’ont mis dans une maison et m’ont gardé deux jours. Le troisième jour je me suis échappé et suis allé chez moi. Environ trois jours après, il sont venus me chercher ; Gabriel Dumont est venu me chercher et me dit que si je ne voulais pas venir, ils m’attacheraient, me mettraient dans la cave et m’enlèveraient tous mes animaux. Je leur ai dit qu’ils pouvaient prendre mes animaux, mais ils m'ont forcé à aller avec eux, — et après quartre jours, je me suis encore enfui chez moi et suis resté là cinq jours avec mes chevaux dans la prairie ; je ne venais a la maison qu’à la nuit. John Ross, le jeune, est encore venu me chercher et nous a tous emmenés -nos familles, femmes et enfants — et nous a gardés, là toutpe temps, jusqu’à ce qu’enfin j’eus peur d’essayer de Tüe sauver."
Jean Carron, cultivateur, jure : —
“J’étais à Batoche pendant la rébellion et j’ai pris part avec les rebelles dans la rébellion . Je n’étais pas un conseiller. Je fus invité à venir au baptême de Jackson et a apporter mon fusil de peur que nous y fussions arrêtés par la police. Je n’avais pas alors de fusil et j’ai été vingt jours sans en avoir un. Je n’ai pas été forcé à marcher, mais j’ai été trompé par Riel lui-même. Je lui ai dit que j’avais beaucoup d’ouvrage, mais il m’a demandé d’assister à la cérémonie et ainsi j’ai été entraîné dans la Rébellion. Quand je vins à l’égliee de Saint- Antoine, Riel nous dit qu'il y avait cinq cents hommes de la police qui venaient nous combattre, que Clark, de la compagnie le lui avait dit ; il avait alors autour de lui tous lçs hommes de Batoche et Riel a dit cela devant tout le monde.’’
Louis Marion, cultivateur, jure : —
“Je sais que M. Ness a été fait prisonnier par tes rebelles. Quand j’ai été pris, j’ai été mis dans la même chambre que lui et il était encore prisonnier quand j’ai été mis en liberté. M. Ness était un cultivateur, et il avait des vaches et des chevaux autour de chez lui. Je les ai entendus, les rebelles, dans l’église où on nous a mis, dire qu’ils iraient chez Ness, et prendraient son fusil et toute autre chose qui leur serait utile. Le 17 mars, j’étais au magasin de Walter à Batoche, et il est entré un jeune homme qui nous a dit qu’il allait y avoir du trouble Le lendemain matin nous fûmes transportés à l’église et il tinrent une assemblée, et Riel me dit que j’avais dix minutes pour déc:der si je voulais me joindre à eux, ou bien il serait obligé de faire quelque chose. Je lui promis de me joindre à eux, mais à la première occasion, je m’échappai. Une fois, Riel avait prononcé une sentence contre Charles Nolin et William Boyer parce qu’ils ne s’étaient pas joints à eux. Ensuite il demanda aux gens qu’est-ce qu’ils pensaient de ce qu’il avait fait en condamnant ces hommes, et tout le monde l’approuva en faisant un grand bruit. Il se tourna alors et dit à quelques uns des prisonniers ce qu’il avait fait, quand il m’avait vu, et il dit alors. Dieu vous soit en aide. J’ai ri de lui quand il dit : il n’est pas encore trop tard ; et se tournant vers le peuple il dit qu’il m’avait oublié, niais qu’il me donnerait dix minutes pour réfléchir à ma position. Cette même nuit, ils sont allés au magasin de Batoche et en ont tiré des ballots de couvertes et de hardes et les ont distribués à ceux qui partaient pour aller prendre (’arleton. A ce moment, un soi-disant gouvernement Provisoire s’organisa et tint là ses séances. Riel nommait les membres au peuple et sî le peuple approuvait, celui qui était nommé entrait dans le Conseil. Je crois qu'il se joignit à lui, seize capitaines qui étaient nommés par Riel et élus par la foule qui était dans l'église. J’ai entendu Kiel dire : est-ce que la vie de nos marchands de cette localité vaut plus que la nôtre ? nous allons aller, et les amènerons avec leurs armes. J’ai vu un fils de George Fisher et un fils de Salomon Venne et un jeune Gareault qnî furent amenés de cette manière. J’ai vu là plusieurs sauvages, quelques-uns étaient de la bande de Ulre
Flèche, quelques-uns de celle du Barbu et quelquesuns, sauvages Sioux. J’ai entendu dire, que plusieurs avaient été forcés de se joindre à, eux ; les gens entendant Riel nous faire tant de menaces, ils avaient peur de lui résister ; il faisait ces menaces pour intimider les gens et eu avoir plus de son côté ; on ne pouvait pas s’opposer à lui et à ses principaux hommes. Ses menaces contre nous, ont réussi à faire rester son monde ensemble.”
Norbert Turcotte, cultivateur, iure : —
“ J’étais à Batoche pendant la Rébellion. J’ai été invité avec les autres au baptême de Jackson, et, après cela, nous avons traversé la rivière et ils n’ont pas voulu me laisser revenir. J e ne suis pas resté tout le temps. On m’a mené au Lac aux Canards, mais je n’ai pas pris part à la bataille et j’ai déserté pendant la nuit, et je suis retourné chez moi pour environ une semaine ; ensuite deux hommes armés sont venus me chercher et m’ont ramené à Batoche où |je suis resté tous le temps. J’étais là quand les magasins de Batoche, ceux de Boyer et de Fisher ont été pillés et les marchandises distribuées ainsi que celles du magasin de Venne ; à ce moment il y avait là, environ deux cent soixante hommes. Je n’ai rien pris et n’ai pas pris part au pillage. On m’en a offert, mais j’ai refusé. Je n’ai pris part à aucune des batailles. Ils avaient des gardes à différents endroits et ils avaient passé une loi que si quelqu’un désertait, il serait fusillé.”
Pierre Tourond, cultivateur, jure : —
“ J’étais présent à Batoche avec les rebelles, j’ai été forcé à marcher par Riel, et j’étais présent à la bataille de l’anse aux poissons sous les armes et j’ai été blessé. Ma mère nous a dit plusieurs fois de ne pas marcher, mais Riel nous a dit tant de mensonges que nous avons décidé de marcher et de nous battre, et il avait' troi^de monde pour nous. Tout le temps à partir du 17 mars quand il nous a fait dire de venir au baptême de Jackson et d’apporter nos fusils pour saluer la cérémonie, chaque fois que l’un de nous essayait de retourner chez lui, ils nous arrêtaient et nous disaient que si nous partions, nos animaux et nos effets seraient pris, et que si nous étions repris, nous serions fusillés.”
Maxime Lépine, cultivateur, jure : —
Quand Riel vint, le soir de mon arrivée, chez moi, il me dit que cinq cents hommes de la police s’en venaient pour nous exterminer nous et nos familles, et qu’il avait convoqué tout le monde pour voir le baptême de Jackson et que les cinq cents hommes de la police venaient aussi pour empêcher la cérémonie. Riel par la manière dont il s’était conduit depuis quelques mois, avait amené les gens à croire que tout ce qu’il disait devait arriver. Il avait tant d’influence parmi le peuple que les gens croyaient que tout ce que Riel disait, arriverait ; Riel par ses cérémonies et par les faussetés qu’il disait à propos des atrocités commises par les troupes ou la police, faisait les gens se tenir ensemble à Batoche et gardait son influence sur eux. Après que toute la bataille fût finie, les Métis, et moi pour un, avons vu que tout ce que Riel nous avait dit à propos de nos familles Jet de nos femmes insultées ou blessées était faux. Après cela je me suis informé des cinq cents hommes que Riel avait dit devoir venir et j’ai trouvé que ce n’était pas vrai et que personne ne venait comme il l’avait dit et nous avons vu qu’il nous avait trompés et nous avait attirés dans un piège. C’est là la seule raison que nous avions de prendre les armes contre le gouvernement. Je n’ai jamais vu d’autres raisons, excepté comme je' l’ai dit, de protéger nos femmes et nos enfants contre les outrages,. èt Riel nous a toujours dit là, que quand nous avons pris les armes, nous ‘ l’avons fai t, non contre le gouvernement, mais contre la police. Riel disait que les outrages étaient que nous devions être massacrés avec nos familles et notre race exterminée, et je ne suis pas capable de dire la moitié des mensonges qu’il nous a faits.”
Pierre Paranteau, cultivateur, jure : —
“ Ils m’ont dit,— -Riel m’a dit,— que les soldats venaient pour tuer nos familles, et quand j’arrivai à l’église, elle était pleine. Riel noirs a trompés. Riel a dit aux gens que les soldats venaient pour nous détruire, et c’est pour cette raison que nous nous sommes battus ; je ne connais pas d’autres raisons. Je suis sous serment, et je sais ce que je dis : nous ne nous sommes battus que pour sauver nos vies et les vies de nos familles, comme Riel nous bavait dit. Charles Nolin s’est sauvé du Lac aux Canards quand la bataille a commencé ; avant cela il était un des chefs. Si nous n’avions pas été trompés comme nous l’avons été, nos hommes n’auraient pas du tout pris les armes.”
On verra que ces déclarations assermentées des principaux métis donnent une his“ toire de la rébellion et de ses causes, bien différente des romans débités sur les estrades de l’opposition et dans la presse de l’opposition, d’un bout à l’autre de la Puissance.
Ces déclarations pourraient être multipliées a l’infini ; mais les extraits que nous en donnons servent à démontrer les moyens dont Riel s’est servi pour faire tomber dans le piège ses partisans, simples d’esprit, et leur faire commettre des actes de rébellion ouverte.
Ce qui peut être la réponse la plus complète aux prétendues causes de la rébellion, telles qu’exposées dans les journaux de l’opposition et dans les discours des orateurs de l’opposition, se trouve dans le rapport de M. Pearce, mis devant le parlement, à sa dernière session, et dans lequel ce monsieur prouve que des 258 colons lors de l’éclosion de la rébellion dans les districts qui en ont été troublés, 238 n’avaient aucun droit à des sa'ips, attendu que leurs titres avaient été éteints avant leur départ du Manitoba. M. Pearce fait rapport comme suit : —
Prince-Albert, T.N.Ü., 14 Déc. 1885.
TJHon. Thomas White , Ministre de V Intérieur, à Ottawa , Ont. .
Monsieur,— Suivant les instructions que j’ai reçues de vous, lors de votre dernière visite au Nord-Ouest, que je devrais, pendant ma présente visite dans ce district, rassembler toutes les informations possibles sur les prétendues causes du malheureux soulèvement qui vient d’éclater au Nord-Ouest, j’ai l'honneur de vous faire rapport comme suit
Les six causes, prétendues telles, sont les suivantes
1. Que les colons métis n’ont point reçu de titres pour leurs terres, par suite de délais dont la faute incombe au seul gouvernement, et qui ont fait qu’il leur a été impossible d’obtenir de faire inscrire des entrées pour les terres sur lesquelles ils étaient établis,
2. Qu’en conséquence du système d’arpentage, il a été impossible à ces colons de se faire donner les terres sur lesquelles ils s’ôtaient établis et qu’ils avaient, améliorées avant l’aipentage.
3. Qu’ils avaient droit à obtenir le même privilège que celui qui avait êtë accordé aux métis du Manitoba .
4. Que les terres sur lesquelles ils résidaient depuis des aimées, avaient malgré leurs droits, été vendues à d’autres, principalement à des spéculateurs.
5. Que la taxe sur la coupe du bois leur avait ôté trè 5-o né reuse et avait été une cause grave de mécontentement, et
6. Que la taxe pour la coupe du foin sur les terres du gouvernement était aussi onéreuse et une cause degrind mécontentement
Après avoir donné de9 détails complets sur ses recherches et leur résultat, M Pearce résume et conclut, comme suit, son rapport: —
1. Ce rapport démontre que de tous les 25S colons, au moment du soulèvement, pas un seul n’avait été empêché d’obtenir patente pour sa terre par suite de l’action — ou plutôt de l’inaction du gouvernement, et même en Mars, 1884. il n’y avait que dix cas en retard, et ce retard résultait d’une différence entre l’arpentage de la Réserve de Une Flèche et celui de la paroisse de Saint-Laurent ;
2. Que pas un homme de ces 258, ni personne autre ayant jamais résidé dans le district, n’a perdu un seul pouce de terrain par suite du système d’arpentage, loisque cet arpentage a été fait après que le colon se tut établi sur sa terre ;
3 . Que 92 par cent de ces 25S n’avaient pas de droits .comme métis du Nord-Ouest. Sur les 92 par cent,
ceux qui étaient métis, avaient participé à tous les droits accordés à ces personnes dans la Province dn Manitoba ;
4. Que pas un colon dans le district, n’a vu vendre, en dépit de ses droits, un acre de terre sur lequel il tût un titre ou même sur lequel il en réclamât ;
5. Que la taxe sur la coupe dn bois n’était pas onéreuse, vû qu’elle ne s’élevait qu’à 5 ceutius par colon, par année ;
(3. Que la taxe sur la coupe du foin ne les a jamais aSectés, fut-ce au plus minime degré.
Ce qui fut le motif réel du chef de la rébellion, peut s’apprendre du témoignage suivant du Père André, donné au cours du procès de Riel. Il nous fait voir cet homme que les Rouges de Québec nous représentent comme un héros-martyre, et les Grits d’Ontario, comme un malheureux qu’on n’a pu laisser pendre qu’en commetant un crime ; il nous le fait voir comme un aventurier mercenaire, essayant de faire chanter le gouvernmenl.
Q. Je crois qu’au mois de décembre 1884, vous avez eu une entrevue avec Riel et Nolin au sujet d’une certaine somme que l’accusé réclamait du gouvernement? R. Non, Pas avec Nolin. Nolin n’était pas présent à l’entrevue.
Q. L’accusé y’était ? R. Oui.
Q. Voulez-vous déclarer ce que l’accusé voulait avoir du gouvernement fédéral ? R. J’ai eu deux entrevues avec l’accusé à ce sujet.
Q. L’accusé réclamait une certaine indemnité du gouvernement fédéral? R. Lorsque l’accusé lit sa réclamation, j’étais là avec une autre personne et il voulait avoir $100,000 du gouvernement. Nous fûmes d’avis que cette demande était exorbitante et l'accusé répondit : “ Attendez un peu ; je prendrai tout de suite $35,000 comptant.”
Q Et à cette condition, l’accusé devait quitter le pays, si le gouvernement lui donnait $35,000. R. Oui, .c’est la condition que Riel mit.
Q. Quand ceci se passait-il? R Le 23 Décembre
Q. Il y eut une autre entrevue entre vous et l'accusé, n’est-ce pas? li. Nous eûmes une vingtaine d'entrevues.
Q. N’etait-il pas toujours à vous demander de vous servir de votre influence auprès du gouvernement pour lui obtenir une indemnité? R. Il m’a parlé de cette affaire pour la première lois le 12 Décembre. Il n’en avait jamais é;ê question entre nous avant cela, et le 23 Décembre, il m’en parla de nouveau.
Q. Il en a parlé souvent ? R. En deux occasions seulement.
Q . N’était-ce pas sa grande préoccupation ? R. Oui dans ces deux entrevues.
Q. N’est-il pas vrai que l’accusé vous a déclaré qu’il était lui-même la question métisse. R. Ce n’est pas ce qu’il a dit en propres termes, mais c'était bien la pensée qui ressortait de ses paroles. Il m’a dit : “Si je suis satisfait, les métis le seront.” Je dois expliquer ceci. On lui objecta qui si le gouvernement lui accordait $35,000, la question métisse resterait toujours la même et il répondit : “ Si je suis satisfait, les métis le seront.”
Q. N’est-il pas vrai qu’il vous a dit qu’il accepterait mêtneune somme moindre que $35,000 ? R. Oui, il m’a dit : •* Faites valoir toute l’influence que vous pouvez avoir ; il se peut que vous n’obteniez pas tout cela, mais obtenez tout ce qu’il est possible d’avoir; si vous obtenez moins, nous verrons.”
Et cependant, voilà l’homme qu’on loue d’un bout à l’autre de la Province de Québec comme un héros-martyre, dont le nom est devenu un facteur important dans la politique de la Puissance et à cause de son exécution, M. 13 lake el son parti espèrent arriveràchevaljusqu’au pouvoir!
Les faits que nous énonçons dans ces pages, font voir que, bien loin qu’il y ait eu de justification pour la Rébellion, il n’existait rien qui pût servir à en atténuer la criminalité.
Ce fut un soulèvement sans excuse, provoqué pour le plus vil des motifs, l’appât d’un gain pécuniaire, par un homme qui a justement expié ses crimes sur l’échafaud. Et l’on peut s’en rapporter au bon sens et à la loyauté du peuple du Canada pour espérer que le gouvernement n’aura pas à souffrir, pareequ’il a suivi le devoir qui lui était tracé, lorsqu’il a permis à la loi de suivre son cours.
En résumé, les faits qui se rapportent à l’administration de9 affaires du Nord- Ouest, sont les suivants : —
1. Dès 1873, on a envoyé des requêtes dont il n’a pas été tenu compte pendant les cinq années de l’administration libérale.