‹ Récamier: Précurseur de la chirurgie moderneChapitre 11 sur 25 · END · texte numérisé non relu

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ve la description et les dessins dans les auteurs les plus anciens, même dans ceux qui ont écrit avant Jésus-Christ ». Si nous remontons en effet jusqu’au père de la médecine, le maître de Cos, nous voyons déjà que les affections des femmes l’intéressent au plus haut point. Dans son traité « des Maladies des femmes ». HiPPOCRATE parle des troubles qui précèdent la puberté, des fausses grossesses, des avortements, des déviations utérines, pour le traitement desquelles il emploie le spéculum, des sondes de plomb et des pessaires.

Plus tard, Paul D’EGinE décrit un instrument à trois branches, dont les tiges pouvaient s’écarter. Ambroise PARÉ, et GARENGEOT, au xvirr° siècle, décrivent le méme « dilatatoire » avec peu de modifications.

Mais cet appareil demeurait une chose aveugle pour les praticiens — il servait seulement de moyens d’accès — RÉCAMIER, le premier, aura l’idée de s’en servir pour regarder dans le fond du vagin.

Il faut remarquer, que dans les premiers emplois de son instrument, il ne songea pas à en tirer parti comme moyen visuel — il lui permettait seulement de porter des pansements sur les portions de la matrice ulcérées, ne touchant que la portion malade située au fond du conduit, en préservant le vagin de l'application des topiques. Là aussi, il fera preuve d’une graduation progressive dans l'art d’user au maximum d’une invention qui deviendra perfectible grâce à ses dons d’observation et un esprit toujours à l’affût d’une amélioration.

Au début (1801), ce n’est qu’un « tube d’étain, du volume du doigt et de 4 à 5 pouces de long », qui servait à des pansements locaux.

Bientôt, il s’apercevra que non seulement il pouvait, grâce à ce tube protecteur, atteindre les parties malades — tout en préservant les paroïs vaginales du

contact des caustiques avec lesquels il voulait modifier les points affectés — mais aussi qu’il pouvait voir les altérations dont les parties étaient le siège, constater la forme et l’étendue du mal et en même temps, suivre les progrès du traitement qu’il avait institué.

Aussi, en 1818, il va modifier de façon très efficace son instrument. « J’augmentai le calibre du tube, afin de voir les parties malades, et je disposai l’une de ses extrémités pour les cerner de manière à pouvoir les cautériser sans compromettre les organes voisins. J’appelai spéculum utéri ce nouvel instrument ». L’extrémité utérine est disposée en bec de flûte, de façon à pouvoir embrasser le col de l’utérus ; l’autre extrémité est coupée obliquement afin de fournir une gouttière qui servira de moyen de préhension.

Muni de cet appareil, RÉCAMIER pourra désormais prolonger sa vue jusqu’au fond du vagin. Mais si cette observation est possible au grand jour, dès que l’éclairage est douteux, l'examen devient difficultueux. Là aussi il a prévu l’amélioration à porter. « Lorsque je me sers du spéculum dans un lieu obscur, j’éclaire le fond de l'instrument, au moyen d’une bougie entre laquelle et l’œil je tiens un petit réflecteur, de manière à empêcher la lumière de m’incommoder et à mieux éclairer l’objet que je veux examiner ». Qu’avonsnous fait de plus à notre époque sinon de remplacer la chandelle par une ampoule électrique ?

Cependant RÉGCAMIER se rendra vite compte d’un gros inconvénient. Etant donné que ce tube d’étain est parfaitement rigide et de calibre toujours égal, lorsque l'instrument est dans le fond du vagin, un repli de celui-ci peut se former et gêner l’exploration. C’est ainsi qu’il avait remarqué qu’ « après avoir introduit le spéculum, qu’il résultait une sorte de culde-sac en bas et en arrière, où on apercevait les rides de la membrane muqueuse du vagin ».

op

À cela, il va apporter deux améliorations considérables, qui détermineront l’aspect définitif du spéculum dont nous nous servons actuellement :

1° Il va tailler l'extrémité interne de l'instrument en bec de flûte, de façon que cette extrémité s’enfonce plus en arrière qu’en avant ;

2° Il va faire une coupe longitudinale de son appareil, réalisant ainsi deux demi-cylindres pouvant s’écarter et agrandir ainsi à volonté le champ de l’investigation.

La modification la plus ingénieuse était apportée, le spéculum bi-valve était découvert.

Plus tard, DuPUuYTREN lui adjoindra un manche coudé, pour le rendre plus maniable. JoBERT (de Lamballe (articulera ces deux segments l’un à l’autre, vers la partie moyenne, de façon que leur écartement se fit non plus à la vulve, mais au fond du vagin en y découvrant une surface plus étendue. Enfin, Ricorp joindra au même avantage de dilater le fond du vagin, la supériorité d’avoir son articulation à la vulve, et de pouvoir être manœuvré grâce au manche adapté à chacun des deux cylindres qui le constituent.

Quoi qu’il en soit, ces détails apportés forcément par l’évolution de la pratique médicale n’atténuent en rien l’invention magistrale de RÉcamiEr. Dès 1818, il avait attribué à cet instrument sa forme et sa fonction définitives. C’est son spéculum utérin qui engendrera ses principales découvertes et opérations gynécologiques — par lui, il commencera cette lutte sans répit qu’il mena contre le cancer, et qui, par des procédés toujours meilleurs, le conduira de la cautérisation du col cancéreux à son ablation, de l’ablation à l’hystérectomie vaginale.

Voilà donc le spéculum utérin découvert et mis au point — il explique et détermine les innovations gynécologiques de RÉCAMIER au même titre que le sthé-

toscope favorise et engendre la clinique médicale et la séméiologie des affections thoraciques. A ce propos, certains auteurs prétendent que la découverte de LAENNEC fut la conséquence d’un de ces faits naturels surgissant au sein d’un esprit depuis longtemps obsédé et préparé à recueillir le fruit de cette intervention extérieure — comme le lustre de la cathédrale de Pise pour Galilée ou la pomme de Newton.

Des enfants jouaient dans la cour du Louvre, l’un d’eux frappait à l’extrémité d’une longue poutre, tandis qu’un autre riait de surprise et d'enthousiasme en percevant la transmission du son à l’autre extrémité. LAENNEC passait par là, songeur, cherchant depuis longtemps à percer le mystère qui reposait en lui. Devant ce spectacle puéril, l’étincelle jaillit aussitôt ; la réponse à ses questions était donnée par des enfants. Quelques minutes plus tard, allant visiter une jeune cardiaque, il roula en cylindre un cahier de papier à lettres, l’appliqua contre la poitrine de la jeune malade, écouta, se releva ébloui, après avoir entendu le double bruit de la révolution cardiaque. L’auscultation médiate était née.

Il est peut-être regrettable pour la légende de Ré- CAMIER qu’on ne puisse invoquer un semblable caprice du hasard favorisant la conception de son instrument. Une telle intervention extérieure satisfait le respect du mystérieux que chacun garde en soi — en popularisant la renommée d’un homme.

Non, RÉCAMIER trouva en lui seul le génie nécessaire pour enfanter son instrument et ses merveilleuses découvertes — il semble que le hasard ne l’ait pas souvent frôlé ; par contre, une intuition géniale dont on ne peut saisir l’importance sans l’adjonction de son pouvoir de méditation, va le conduire à la mise au point de ces opérations d’autant plus audacieuses,

qu’elles se libèrent de la tradition abstentionniste étroitement observée par ses contemporains.

La première en date, celle qui fut tentée qu’au bout d’une vingtaine d’années d’observation et de contrôle, sera l’hystérectomie vaginale dont nous allons aborder l’historique et la technique détaillée.

L'hystérectomie vaginale

Tout d’abord, disons un mot de l’amputation du col cancéreux, méthode pratiquée depuis 1801 par Os- SIANDER, de Vienne, et très vite répandue dans les milieux chirurgicaux français, à commencer par Lus- FRANC et RÉCAMIER. Ce fut une intervention souvent exécutée et dans la littérature médicale de ce temps, on rencontre maintes observations qui témoignent autant du bon vouloir des chirurgiens que de leur insouciance des hémorragies importantes, entraînées par la résection du col utérin.

D’aucuns reprochèrent à RÉCAMIER d’employer trop souvent ce procédé. Certes, il pratiqua plus d’une fois l'amputation du museau de tanche, mais d’une façon éclectique, là où l'application des caustiques avait échoué. De plus, il prenait bien le soin d’abaisser l’utérus et de sectionner la muqueuse du col couche par couche, afin d’obtenir un moignon cônique et favoriser ainsi la rétraction supérieure des vaisseaux parautérins. D’ailleurs LiSFRANC et DUPUYTREN montraient beaucoup plus d'enthousiasme pour cette opération que RÉCAMIER — ce dernier étant persuadé de l’insuftisance de ce procédé contre le cancer utérin. J’ai déjà montré qu’il redoutait l'invasion d’un mal prolongé plus loin que les apparences cliniques ne le présu-

maient — « très souvent, on croit l’affection bornée au col, alors qu’elle s’étend déjà au corps utérin ». Cette demi-mesure ne pourra donc satisfaire longtemps l'esprit rigoureux et hardi de RécamiEr. Cette résection du col n’était qu’un pas en avant vers une intervention plus décisive et plus utile. Il méditait une opération importante que sanctionnerait l’inestimable conséquence thérapeutique. Maïs avant de parler de sa géniale découverte, il sied de faire le point, d’établir les tentatives exécutées avant la sienne et de prouver ainsi l’inégalable supériorité que sa technique apportait à la lutte contre le cancer utérin. Aussi, je me propose de diviser ce chapitre en deux articles: l’hystérectomie vaginale pratiquée jusqu’à RÉCAMIER ; l'opération de RÉCAMIER proprement dite.

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