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CHAPITRE DEUXIEME

: Autres découvertes de Récamier

Malgré l’importance de ses innovations en gynécologie, il ne faut pas croire que RÉCAMIER connut cette spécialisation bien cloisonnée que nécessite aujourd’hui la diffusion sans égale de la science médicale. Bien au contraire, il ne limita pas son activité à la pathologie utérine. Pour lui, individu forme une entité vivante pleine d'harmonie — si l’un de ses éléments constituants connaît la souffrance et le déséquilibre, la répercussion se fera sentir sur tout l’organisme, et il n’entreprendra jamais une thérapeutique sans avoir fait le bilan complet des organes de son . malade.

RÉGAMIER sait depuis longtemps que la maladie peut être dans la totalité de l’organisme ; il sait aussi que toute maladie peut être considérée comme une perturbation du mouvement vital et par suite, qu’elle doit disparaître par le renouveau d'équilibre de ce mouvement. Il se souvient, selon HIPPOCRATE, « qu’il y a dans le corps humain des solides, des liquides et des forces » et que l’état de santé ne relève que de la parfaite harmonie entre ces trois éléments. Ami de B:- CHAT, il devait apporter à la connaissance de l’anatomie pathologique un intérêt considérable ; ce fut lui, d’ailleurs, qui inaugura à l’Hôtel-Dieu, la pratique des

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nécropsies. Par là, il se mettait à même de contrôler sa sagacité clinique par l’étude des lésions causales. Mais cette étude ne résumait pas pour lui toute la médecine ; il attribuait autant d'importance aux antécédents du malade, à l’étiologie de son affection, à son comportement spécial selon les dispositions de l’économie individuelle. Persuadé que la maladie résulte d’un conflit entre les fonctions vitales communes et celles propres à un organe, il cherchait à réveiller les synergies vitales pour rétablir cet équilibre physiologique rompu par la maladie.

Nous n’avons pas le loisir d’étudier RÉCAMIER en tant que médecin, bien que dans cette partie de son art, il n’ait pas été inférieur au chirurgien ; faudraitil citer que cette thérapeutique par les bains froids qui nous reviendra de nombreuses années plus tard, sous le nom de méthode de BranprT. Ce que nous voudrions préciser chez RÉCAMIER au point de vue chirurgical seulement, c’est cette vue d'ensemble jetée sur l'organisme souffrant, cette universalité dans la recherche thérapeutique, cette curiosité toujours en alerte pour les manifestations diverses du mal et des moyens propres à l’enrayer. C’est sur ses lèvres que nous pouvons mettre le noble vers de TÉRENCE : « Je suis homme : rien de ce qui est humain ne m'est étranger ».

Nous nous sommes assigné la tâche d’étudier Ré- CAMIER en tant que chirurgien ; malgré ce qui peut en coûter de laisser dans l’ombre son œuvre de médecin, ce n’est pas réduire sa gloire que d'abandonner ce chapitre de son activité professionnelle ; n’auraitil donné naissance qu’à sa technique gynécologique, il aurait droit à la consécration humaine conférée au génie. Mais, et c’est là où l’on demeure stupéfait devant l’universalité de son œuvre, RÉCAMIER ne verra arrêter ses dons d'investigation par aucun obstacle ;

aucune région du corps humain ne demeurera inaccessible au doigt qui la tourmente, à l’esprit qui le conduit. Parce que, avant d’être le spécialiste d’une certaine pathologie, il fut avant tout le médecin de la vie.

Nous avons déjà parlé antérieurement des indications opératoires posées par RÉCAMIER, quant à l’extraction des kystes de l’ovaire — nous ne nous attarderons pas davantage ; il faut souligner seulement que cette recherche est la conséquence même de ses découvertes gynécologiques, en particulier la colpotomie. Cette intervention l’a renseigné exactement sur les tumeurs abdominales à développement initial dans le petit bassin ; logiquement il devait tenter de les guérir par le même procédé — c’est-à-dire la ponction du cul-de-sac postérieur. Quelques expériences malheureuses le convaincront, de l’impossibilité de cette tentative. Loyalement et opportunément, il ne s’attardera pas à ce moyen inutile ; il proposera la laparotomie médiane, ayant la certitude que souventes fois, ces kystes sont très pédiculés et par suite d’extraction facile — lorsqu’aucune adhérence ne vient compliquer cette tâche.

Victime de la proscription édictée par ses confrères chirurgiens, entre autres DUPUYTREN et BOYER, il ne tentera pas de réaliser cette intervention dont lavenir devait confirmer magnifiquement les prévisions; parce que s’il était un oseur, il était aussi respectueux de l'avis de ses pairs et des jugements étrangers auxquels il attribuait la même conscience qu'aux inspirations qui le guidaient.

Kyste hydatique du foie

Les chirurgiens modernes sont souvent appelés à exécuter une intervention radicale de certains kystes

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du foie, déterminés par un parasite aussi tenace que prolifique. Placé devant un tel cas, le praticien moderne n’hésitera pas : il tentera l’extirpation du kyste hydatique, suivie parfois de marsupialisation de la poche ou plus souvent de la coaptation de ses parois.

RÉcAMIER, en 1826, fixe les signes propres à cette affection et réalise sa cure définitive. Avant lui, on arrivait à poser le diagnostic de kyste hydatique par élimination progressive, ce qui laissait une marge d’inconnu pour l'exactitude du diagnostic. RÉGAMIER trouva deux signes pathognomoniques de cette affection ; si l'un fut abandonné à cause de sa nocivité, l'autre demeure intégral dans son importance, lorsqu'il existe.

Ce sont le frémissement hydatique et la ponction exploratrice.

Parce qu’il possédait le génie inductif, RÉCAMIER trouva ce premier signe ; mais il posséda la sagesse de contrôler cette intuition par la méthode expérimentale. Pensant, à juste titre, que cette sensation spéciale était produite par le heurt des vésicules filles plongées dans un liquide « clair comme de l’eau de roche », il réalisa ces mêmes conditions d’une manière expérimentale — c’est-à-dire, de placer ces hydatides dans une vessie à parois minces, remplie de liquide. L’expérience étant concluante, il poussera le dédain des vanités humaines jusqu’à faire rédiger cette découverte par son élève MARTINET, afin d’en réserver l’apparente priorité à DEVAINE, en 1899 (Revue Médicale, 1827).

Quant à la ponction exploratrice, elle est justement condamnée de notre temps, étant donnés les risques de dissémination parasitaire et troubles anaphylactiques qu’elle engendre. Il n’en reste pas moins qu’à cette époque, c'était la seule certitude de faire le diagnostic et constituait un progrès clinique des plus heureux.

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Si la recherche diagnostique passionne RÉCAMIER, le souci thérapeutique ne l’attire pas moins. Il va donc tenter la large ouverture de la tumeur ; mais il n’ignore pas le grave danger des interventions en péritoine libre ; aussi il réalisera des adhérences fibreuses circonscrites avant l’ouverture de la poche, afin d'isoler complètement le kyste hydatique de la grande cavité abdominale.

Premier temps. — Application d’un caustique efficace, potasse caustique ou pâte de Vienne, sur la paroi abdominale au niveau de la tumeur hépatique. — Formation d’escarres qui tomberont progressivement, entraînant la formation d’adhérences déterminant un puits d'accès ou de forage entre la peau et le kyste.

Deuxième temps. — Incision du kyste, qui donne large issue au liquide inclus ainsi qu'aux vésicules.

Troisième temps. — Lavages de la poche entraînant les derniers parasites, suivis de lavages antiseptiques pour éviter « la rétention des éléments septiques ».

Méthode qui paraît imparfaite devant les progrès de la chirurgie moderne, mais qui peut être considérée comme un succès certain à cette époque où aucune tentative n’avait été encore pratiquée contre l’évolution de l’échinocoquose.

Si ce procédé était long à aboutir et demeurait impuissant contre l’évolution aiguë de ces tumeurs, il pouvait sauver la vie des malades et abréger leur infection dans la majorité des cas.

Chose curieuse, c’est la seule fois où RÉCAMIER ne subira pas au sujet d’une innovation chirurgicale, l’attaque de ses contemporains et le dédain de sa méthode. C’est ce que dit excellemment mon Maître L. SAUVÉ : « Il est piquant de constater que la seule méthode technique de RÉCAMIER que n'ait pas adoptée la postérité a été la seule qu’aient adoptée ses contemporains ».

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