Recherche de l'espèce typique de quelques anciens genres
La première condition pour qu’une science progresse est que sa nomenclature soit fixe. La condition nécessaire pour qu’une nomenclature soit fixe est qu’elle repose sur des principes invariables, et qui ne laissent rien à l’appréciation personnelle. Voilà pourquoi, en présence du Ilot toujours montant des synonymies, les savants les plus autorisés, ont il y a quelques années déjà, posé le principe aujourd’hui à peu près unanimement admis, de la Priorité.
La première conséquence que l’on ait pu apprécier de ce principe a été tout d’abord naturellement un grand bouleversement. C’était prévu : il fallait bien que justice se fit, et que l’on effaçât jusqu’à la dernière trace des iniquités accumulées par un siècle de procédés arbitraires. Ce travail était si long et si rude qu’il est loin encore d’ètre achevé, mais s’il va lentement, il va d’une façon continue, en France comme en Allemagne, malgré les protestations attardées de quelques entomologistes qu’effraie le chaos momentané dans lequel nous nous plongeons, et qui ne voient pas qu’il en faut bien cependant passer par là pour arriver à la stabilité, que c’est même la seule route pour y parvenir, tandis que l’immobilité dans ce qu’ils appellent la prescription ou la convention mène à cette conséquence que chacun pourra faire ce qu’il voudra s’il a la chance d’avoir derrière lui une école et des élèves qui le soutiendront même dans ses absurdités. C’est ce qui est arrivé à Fabricius, et c’est la cause de tout le mal actuel.
Réagissons donc. Plus de convention : plus d’applications conventionnelles de noms détournés de leur sens primitif. Et ne nous en tenons pas à la révision de quelques noms d’espèces: abordons nettement la grosse question des genres, ce que peu ont essayé jusqu’à ce jour. M. Reitter l’a fait avec bonheur et justice dans le dernier fascicule de ses Bestinmiungs-TabelleQYccro/j/m^QR a rendu leur nom aux vraies Silpha de Linné (Necrophorus F.), et restitué de même aux Silpha t des auteurs modernes, (nec L), le nom de Pcllis que leur avait imposé Geollroy. Il a encore attribué comme ils doivent l’ètre les deux noms de Liodes Latr et d’/lmsotoma Rlig, que tous les auteurs avaient intervertis. Cet exemple m’encourage à faire ce que j’avais depuis longtemps projeté, et de même que j’avais déjà reconnu par mes propres recherches la nécessité des changements qu’il a opérés, de même j’espère que ceux qui suivent seront aussi bien accueillis que les siens, puisqu’ils procèdent de la même idée, et de l’application de la même loi.
Au reste, si, comme je viens de le dire, il n’y a que quelques années écoulées depuis la reconnaissance générale de la Loi de priorité , il n’en est pas moins vrai, (pour rendre à chacun la justice qui lui est due), que de tout temps de généreux et droits esprits n’ont cessé de proclamer ce principe primordial et d’en réclamer la mise en pratique. Ils prêchaient sans doute dans le désert, mais tenaient ferme le drapeau d’une cause aujourd’hui victorieuse, grâce peut-être à leur obstination. Je citerai en particulier Marsham ; sa préface de VEntomologici Britannica n’est qu’un long plaidoyer pour Linné déjà méconnu (1), contre Fabricius le grand brouillon, comme on l’a appelé à si juste titre. Ce qu’il reproche surtout à ce dernier et à ses partisans, (p. xui), c’est : « quod nomen generis ah alio auctore dati assumunt, et insecta descriptionis longe diversæ ac auctor ipse adstruxerat, sub eodem collocant. Neque hoc tormenti sufficit, quin et insecta quæ olim sub genere suo auctor ille cooptaverat, hi officiosi investigatores ad novum genus et novuin nomen amandant. » C’est justement de ce procédé que nous devons aujourd’hui venger les victimes, en rendant à chacun ce qui lui appartient.
Le même auteur, un peu plus loin, nous indique lui-même quelques-uns des changements abusifs introduits par Fabricius, et dont plusieurs ont vu leur effet se poursuivre jusqu’à nous. Il signale notamment le nom d 'Ips créé par de Géer pour le typographies , et détourné par Fabricius. L’on trouvera plus loin la même remarque, rendue nécessaire encore aujourd’hui par la perpétuité de l’injustice que les contemporains de Marsham ne s’occupèrent point de faire cesser. Il fait aussi une remarque analogue sur la Cistela pilula, et la termine par ces paroles qui résument à merveille la pensée mère de mon petit travail : « Vêtus nomen ego reddidi, ut ratio jubet, et lex artis nostræ. »
Nous aussi, entomologistes de 1886, partisans convaincus déjà loi de priorité, nous restituons partout où nous le pouvons les noms anciens, « comme le commandent la raison et la règle de notre science. »
I. — C’est sans raison que l’on a, dans ces dernières années, pris pour type du genre Carabus le C. auratus L. Cette espèce ne figure même pas dans l’édition de 1758 du Systema naturæ, et n’a été mise au jour pour la première fois que dans la Fauna Suecica en 1761, alors que le genre Carabus préexistait depuis plusieurs années. C’est dire qu’elle n’a aucun droit à en porter le nom. Ce ne sera pas davantage au reste le granulatus , qui date cependant de 1758. Le type vrai est le Carabus coriaceus , actuellement connu sous le nom de Procrustes , lequel doit venir en synonymie pure et simple.
Quant au groupe des Carabus J auct. nec L, comprenant l’ensemble de toutes les coupes de Thomson, Kraatz, Solier, Fischer, etc, (auxquelles je ne puis accorder d’autre importance que celle de sous-genres), il possède un nom déjà ancien qu’il peut reprendre, c’est celui de Tachypus Weber 1801 . Ce nom s’appliquera en outre plus spécialement aux granulatus, auratus , et espèces affines.
La résurrection de ce nom ancien entraînera par contre-coup un autre changement dans un genre voisin de la famille des Bembidionidæ. Le nom de Tachypus || Cast/1840, devra disparaître, étant préoccupé. On pourra le remplacer par celui de Asaphidion Goz 1886.
IL — Le genre Pseudocupis Voet 1792, est synonyme de Broscus Panz 1813, et doit lui être préféré. (Type cephalotes L).
III. — C’est bien à tort que M. Fauvel (Faune gallo-Rh. I. p. 129) suppose, au
(1) « Licet, dit Marsham, ut ætatc prior, sic scientià, dignitate, judicio, longe decem mille Fabricios superet ! »
sujet de mon genre Adialampus, démembré des Scarites, que je n’ai pas eu connaissance du genre Tæniolobus proposé par M. de Cliaudoir pour une des espèces que j’englobe dans mes Adialcimpus. Il suffit de se reporter au mémoire où j’ai établi cette nouvelle coupe pour y trouver la preuve du contraire; seulement je n’ai pu adopter la manière de voir du monographe, et j’en expose les raisons. Je ne crois pas générique le caractère unique qu’il assigne à ses Tæniolobus, et je ne puis voir même encore aujourd’hui dans ceux-ci qu’une section de mes Adialcimpus, dont les bases sont toutes différentes, beaucoup plus générales, et, je le crois aussi, beaucoup plus naturelles.
A vrai dire, il se pose ici une question fort délicate et qu’après de longues hésitations je crois devoir aujourd’hui trancher dans un sens différent de celui que j’avais .adopté il y a trois ans. Elle est celle-ci : Lorsqu’un genre nouveau s’établit avec des éléments divers, dont quelques-uns ont déjà été pris pour base de genres ou sous-genres non adoptés , ou bien lorsqu’on réunit en un seul genre plusieurs genres ou sous-genres au moyen d’une caractéristique toute différente de celle des auteurs antérieurs, y a-t-il lieu à suivre la règle de priorité d’une manière absolue, ou doit-on considérer les noms préexistant comme sans valeur, par le seul fait que les caractères sur lesquels ils étaient établis sont sans valeur eux-mêmes ?
S’il y a lieu à l’application de la règle de priorité absolue, il arrivera cet inconvénient que le genre nouveau sera souvent nommé par un auteur qui ne l’aura en réalité jamais prévu, tout au moins dans son extension ; ainsi, en l’espèce actuelle, si le nom de Tæniolobus doit prévaloir contre le mien, mais que ma manière de voir, quant à sa délimitation, soit adoptée, Cliaudoir se trouvera être le parrain d’une coupe qui n’était certainement pas dans ses intentions. Si, au contraire, il n’y a pas lieu de l’appliquer, il se produira cette anomalie que le nom d’un sous-genre ou d’un synonyme pr. p. sera souvent plus ancien que le nom du genre. Des deux côtés, comme on voit, inconvénient sérieux.
J’avais tout d’abord cru que le second inconvénient était moins grave que le premier, et j’avais créé dans cette idée le genre Sabienus qui englobait les Carterus, Odogenius, e te., le genre Adialcimpus qui englobait les Tæniolobus. De même Latreille avait autrefois réuni sous le nom de Feronici les Pterostichus, Melanius, Argutor, etc. De même Erichson avait réuni sous le nom de Mgrmcdonia les Pella et Zyrcis de Stephens. De même Eschscholtz avait réuni dans ses Crgptohgpnus les Hgpolithus et Hgpnoiclus du même auteur. Aujourd’hui toutefois, je reviens sur cette première manière de voir, et je crois qu’il faut avant tout ne pas faire d’infraction à la règle qui est la vraie, l’unique base de notre nomenclature, à la loi de priorité. Si l’on comprend un genre autrement que son créateur, et qu’on lui rattache des éléments que celui-ci n’avait pas prévus, il n’en faut pas moins respecter le nom qui existe ; on pourra seulement faire un sous-genre pour les espèces ajoutées. C’est dans cet esprit que j’ai écrit un grand nombre des notes qui vont suivre, notamment celles qui touchent aux genres Homalota, Aleocharci, Anthicus, etc.
Il résulte de cette nouvelle façon de voir que mes noms de Sabienus et cY Adialampus devront passer au second plan, de la manière suivante :
1° Genre Carterus Dej 1829; (type interceptus Dej). —Sous-genres : A) Odontocarus Sol 1834, (type ccphalotes Dej). — B) Sabienus Goz 1882, (type calgdonius Rossi). — C) Odogenius Sol 1834, (type fulvipes Latr).
2° Genre Distichus Motsch (syn : Tæniolobus Chaud 1880, (type planus Bon). —Sous-genres : Adialampus Goz 1882, (type lævigatus F). (Peut-être genre
propre, si l’on admet que le pli basal des arceaux du ventre que l’on remarque chez jAanus ait la valeur que Chaudoir lui attribue).
IV. —Le type du genre Argutor Steph 1828 est le A. inquinatus + Steph (nec Sturm), autrement nommé vernalis Panz (nec Steph), dont Chaudoir a fait à tort dix ans plus tard son genre Lagcirus , (simple synonyme, par conséquent, du premier). Quant aux Argutor + Chaud et auct. (nec Steph), débaptisés par la force des choses, on pourra les nommer Phonias Goz 1886, (type interstinctus Sturm).
Le genre Actephilus Steph 1828, a bien aussi pour type un vernalis , mais c’est le vernalis t Steph, et cet insecte n’a rien de commun avec celui dePanzer. Il se rapporte à un Ilarpcdus : j’ignore auquel. La synonymie que j’ai indiquée (Mitli. d. Schweiz, 1882), d’Actephilus avec Lcigarus , est donc absolument erronée et ne doit pas être retenue.
V. — Le vrai type du genre Omaseus Steph 1828 est le O. aterrimus Herbst. Ce nom doit donc remplacer celui de Lyperosomus Motsch 1850 (Lyperus || Chaud 1838). Il n’est pas, comme on le voit, synonyme de Melcinius Bon, ainsi que le portent les catalogues actuels.
VI. —L’excellente monographie des Dytiscides, qu’a donnée M. Sharp en 1882, a eu pour premier avantage de nous rendre un peu plus facile l’étude des petites espèces, si embrouillées jusque là, du genre Hydroporus. Ce vaste magasin d’éléments parfois si disparates, a été scindé de la façon la plus rationnelle, et l’établissement des genres Bidessus et Deroncctes est venu compléter le sectionnement commencé il y a déjà près de trente ans par Motschulsky et Thomson. Toutefois, il est encore une espèce que j’ai vu avec regret maintenue dans le genre Biclessus, dont elle me paraît bien distincte, c’est le bicarincitus Latr. Il me semblerait juste de lui faire les honneursd’un genre spécial, caractérisé entre tous les genres voisins par ses côtes élytrales presque tranchantes, au nombre de deux sur chaque étui, et par le pli oblique qui continue sur le corselet l’interne de ces côtes, alors que chez tous les autres Bidessus les stries prothoraciques se continuent sur chaque étui par une strie pareille. Ce caractère si tranché suffirait à lui seul pour justifier la coupe nouvelle que je propose ; mais elle est encore confirmée par la forme du corselet dont le bord postérieur est assez peu fortement angulé en arrière dans son milieu, bien moins avancé en tout cas que chez toute autre espèce. Le dessous du corps est aussi bâti sur un plan visiblement différent. : le mesosternum est bombé, beaucoup plus élevé que le prosternum, et. celui-ci est extrêmement courbé, presque angulé au milieu ; le metasternum est. profondément et largement creusé avec le fond du canal finement carinulé, etc.
Je donne à cette coupe le nom de Yola Goz 1886.
VIL — Je démembre également des Ilybius Er le genre suivant:
Idiolybius Goz 1886.—Distinct des Ilybius par la partie latérale du postpectus engagée entre les pièces des flancs et les hanches postérieures (aile métasternale) de forme linéaire, allongée en lanière étroite et fortement coudée, alors que la même pièce est chez les Ilybius en forme de pointe subtriangulaire assez large et un peu llexueuse.
Ce caractère très net et bien tranché est corroboré par un caractère sexuel : les tarses postérieurs du ç? ne sont pas marginés extérieurement, au rebours de ce qui a lieu chez tous les Ilybius vrais. Je n’indique du reste cette particularité qu’à titre de renseignement, car un trait sexuel, si important qu’il soit, n’aura jamais à mes yeux de valeur générique, s’il est isolé.
Une seule espèce, I. fenestratus F, rentrera dans ce genre nouveau.
Le caractère sur lequel il est basé est le même que celui qui sépare les Acatocles et Eriglenus de Thomson des Gciurodytes du même auteur. C’est dire que ces différents genres me paraissent aussi devoir être adoptés.
VIII. — Le genre Calobius Wollst comprend jusqu’ici, d’après tous les auteurs,deux espèces, au moins pour notre faune française, quadricollis Muls et Lcjolisi Mills, ce dernier englobant le subinteger Muls à titre de variété. En réalité, un genre ainsi composé est impossible à caractériser, et ne pourrait en aucune façon être séparé des Octhebius. Pour obtenir un résultat conforme à la nature, il faut faire rentrer la seconde de ces espèces dans le genre Ochthcbius in sp., dont elle se sépare uniquement par la crénulation très légère des bords latéraux des étuis sur leur seconde moitié, et n’établir le genre à séparer que sur le quadricollis , qui alors mérite à tous égards cette séparation. Voici comment je caractériserai ces deux coupes:
Ochthebius. — Côtés du corselet bordés, au moins en arrière, d’une fine membrane translucide plus ou moins étroite, semblable à une goutte de gomme séchée. Labre entier ou subsinué.
Calobius Wollst. —Côtés du corselet n’offrant pas même en arrière de trace d’une fine membrane translucide. Labre bilobé. Forme étroite. Dessus du corps, spécialement de la tète et du corselet, lisse, sauf les impressions ; étuis obsolètement ponctués en séries.
Seul de nos espèces françaises, je le répète, le quadricollis réalise ces caractères. Reste à savoir s’il est bien identique au type du genre Calobius , tel que l’a conçu son créateur, ou si ce dernier ne tombe pas sous le coup de l’observation cidessus, et ne doit pas être réuni aux Ochthcbius. Dans ce cas, notre espèce devrait recevoir un nouveau nom générique, mais je ne suis pas en mesure de me prononcer sur ce point, n’ayant pu me procurer l’ouvrage où est établi le genre Calobius, ni savoir au juste pour quelle espèce il a été fondé.
IX. — Le Dryops auriculcitus 01 1791, sur lequel Olivier a fondé son genre Dryops, est le même que le D. prolifcricornis F 1792. Ce dernier nom doit en conséquence céder le pas au premier. (Y. à ce sujet Latreille, Hist. nat. d. Crust. et Ins. IX. p. 225).
Quant au D. ciuriculatus + Panz 1796, (et auct. subs.), qui a porté ce nom indûment jusqu’ici dans tous les ouvrages, on pourra le nommer D. Erncsti Goz 1886. Je lui donne ce nom en l’honneur de M. Ernest Olivier, petit-fils du grand entomologiste fondateur du genre Dryops, et par souvenir de nos excellentes relations
X. — Le genre Limnius Millier 1806, est synonyme pur et simple du genre Elmis Latr 1798 ; c’est donc à tort qu’Erichson l’a détourné de son sens primitif pour l’appliquer au Dcirgclasi Latr ( tuberculatus Millier) et aux espèces affines.
Ce dernier groupe demeurant ainsi sans nom pourra s’appeler Oulimnius Goz
XL—Le type du genre Mcgatomci Herbst 1792 est le AL Schœffcri, (aujourd’hui Attagenus Sch.). Ce genre Mcgato ma était en somme identique, tel que le composait son fondateur, au genre Attagenus créé plus tard par Latreille, et doit faire reléguer ce dernier nom en synonymie. Latreille l’avoue au reste lui-même : « Les Attagènes, dit-il, correspondent au genre Megatome de Herbst. » (Ilist. nat. d. Crust. et Ins. IX. p. 243). Il ne dit pas malheureusement quelle raison lui a fait changer cette dénomination.