‹ Recherche de la veritéChapitre 18 sur 70 · A C/DB · texte numérisé non relu

A C/DB

petit lien. Ou bien, ce qui est la même chose, les corps étant d'autaot plus durs qu'ils sont plus solides, et qu'ils ont moins de pores, la question est â présent de savoir, comment les parties d'une colonne composée d'une matière qui n'aurait aucun pore, peuvent être fortement jointes ensemble, et composer un corps très dur. Car on ne peut pas dire que les parties de cette colonne se tiennent par de petits liens, puisqu'étaut supposée sans pores elles n'ont point de figures particulières.

Je me sens encore extrèmemenl porté à dire que cette colonne est dure par sa nature; ou bien que les petits liens dont sont composés les corps durs, sont des atomes, dont les parties ne se peuvent diviser, comme étant les parties essentielles et dernières des corps, et qui sont essentiellement crochues ou branchues, ou d'une figure embarrassante.

3Iais je reconnais franchement que ce n'est point expliquer la difficulté, et que quittant les préoccupations et les illusions de mes sens, j'aurais tort de recourir à une forme abstraite, et d'embrasser un fantôme de logique pour la cause que ja

cherche ; je veux dire que j'aurais tort de coacevoir, comme quelque chose de réel et de distinct, l'idée vague de nature ou d'essence, qui n'exprime que ce que l'on sait, et de prendre ainsi une forme abstraite et universelle, comme une cause physique d'un effet très r6el. Car il y a deux choses desquelles je ne me saurais trop défier. La première est l'impression de mes sens, et l'autre est la facilité que j'ai de prendre les natures abstraites et les idées générales de logique pour celles qui sont réelles et particulières, et je me souviens d'avoir été plusieurs fois séduit par ces deux principes d'erreur.

Car pour revenir à la difficulté, il ne m'est pas possible de concevoir comment ces petits liens seraient indivisibles par leur essence et par leur nature, ni par conséquent comment ils seraient inflexibles, puisque au contraire je les conçois très divisibles est nécessairement divisibles par leur essence et par leur nature. Car la partie A est très certainement une substance aussi bien que B ; et par conséquent il est clair que A peut exister sans B, ou séparé de B, puisque les substances peuvent exister les unes sans les autres, parce que autrement elles ne seraient pas des substances.

De dire que A ne soit pas une substance, cela ne se peut ; car je le puis concevoir sans penser à B, et tout ce qu'on peut concevoir seul n'est point un mode, puisqu'il n'y a que les^ modes ou manières d'être qui ne se puissent concevoir seuls, ou sans les êtres dont ils sont les manières. Donc A n'étant point un mode, c'est une substance, puisque tout être est nécessairement ou une substance, ou bien une manière d'être Car enfin tout ce qui est se peut concevoir seul, ou ne le peut pas ; il n'y a pas de milieu dans les propositions contradictoires; et l'on appelle être ou substance ce qui peut être conçu et par conséquent créé seul. La partie A peut donc exister sans la partie B, et à plus forte raison elle peut exister séparément «Je B. De sorte que ce lion est divisible en A et en B.

De plus si ce lien était indivisible, ou crochu par sa nature et, par son essence, il arriverait tout le contraire de ce que nous voyons par l'expérience, car on ne pourrait i-ompre aucun corps. Supposons, comme auparavant, qu'un morceau de fer est composé d'une infinité de petits liens qui s'entrelacent les uns dans les autres, dont Aa et B b en soient deux.

DE LA MÉTHODE, 2"= Paiîtie. 161

Je dis qu'on ne pourrait les dccroclier, et par conséquent au'on ne pourrait rompre ce fer. Car pour le rompre, il faudrait plier les iieus qui le composent, lesquels cependant sont supposés inllexibles par leur essence et par leur nature.

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