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REMARQUE

M. Descartes a cru que Dieu conservait toujours dans l'univers une égale quantité de mouvement. Il appuyait son opinion sur ce principe incontestable : Que l'action du Créateur devait porter le caractère de son immutabilité, et qu'ainsi sa volonté étant la force mouvante des corps créés ou conservés en mouvement, il fallait que cette force demeurât toujours la même. Ce principe, que la conduite de Dieu doit porter le caractère de ses attributs, ne se peut contester, parce qu'il est évident que la volonté de Dieu n'est que l'amour qu'il se porte à lui-même et à ses divines perfections, et qu'ainsi puisqu'il n'agit que par sa volonté, il n'est pas possible qu'il démente par son action les attributs dans lesquels il se complaît nécessairement, ou dans lesquels il trouve sa loi, la règle inviolable de sa conduite. Car comme la volonté de Dieu n'est point une impression qui lui vienne d'ailleurs et qui le porte ailleurs, il est à lui-même et sa fin et sa loi. Cependant l'expérience nous a convaincus que M. Descartes s'est trompé, non que le principe métaphysique de son opinion soit faux, mais parce que la conclusion qu'il en tire n'est pas véritable, quoiqu'elle paraisse d'abord extrêmement vraisemblable, tellement vraisemblable que je n'ai point de honte d'avouer qu'autrefois j'y ai été trompé. C'est ce qu'il faut tâcher d'expliquer.

Dans cette proposition. Dieu conserve toujours dans l\inivers îine égale quantité de mouvement, il y a une équivoque qui fait qu'elle est vraie en un sens et fausse en un autre, conforme ou conirau-e à l'expérience. Elle est vraie en ce sens, que le centre de pesanteur de deux ou plusieurs corps qui se choquent.

198 DE LA RECllERClIl': DE LA VÉIUTE.

de quelque manière que ce puisse ètve, se meut toujours de la même vitesse avant et après le choc. De sorte qu'il est vrai que Dieu conserve toujours une égale quantité de mouvement de mcnic part, ou un égal transport de matière. Par exemple, lorsque mO choque 5mo, l'expérience apprend % qu'après le choc m6 rejaillit m4, et que omo avance 5m2. Or 5w2, ou mlO en avant moins ra4, ou ce qui est la même chose, plus m4 en arrière, est égal à m6, qui est la quantité de mouvement de même part, ou la même force qui était avant le choc. Ainsi cette proposition, que Dieu conserve toujours une égale quantité de mouvement, et vraie en ce sens.

Mais cette proposition est fausse et contraire à l'expérience prise en ce sens, que la somme du mouvement de chacun des ■corps de quelque manière qu'ils se choquent, soit après le choc égale à celle qu'ils avaient avant le choc, ou que la quantité absolue de mouvement demeure toujours la même. Car dans l'exemple ou l'expérience précédente, avant le choc, la quantité de mouvement n'était que »z6, celle de 5mo étant nulle, mais après le choc elle devient ml4, puisque oh?2, ou mlO, plus m4 est égal à ml4. Ainsi par le choc la quaiiitc de mouvement prise absolument, c'est-à-dire, sans avoir égard aux sens contraires dont les corps sont mus, augmente ou diminue sans cesse.

Cependant, il me parait que cette proposition : Dieu conserve toujours dans l'univers mie égale quantité de mouvement, prise dans le sens vrai et conforme à l'expérience, il me parait, ■dis-je, qu'elle porte beaucoup plus le caractère des attributs divins, nonobstant la variété infinie des mouvements des corps particuliers. Car selon cette proposition prise dans son vrai sens, le mouvement de tous les corps en général est toujours le môme ; tout demeure, pour ainsi dire, dans un parfait et immuable équilibre. Il est clair que Dieu agit toujours de la même manière ; avec uniformité, une parfaite simplicité, puisqu'il observe sans cesse cette loi dans les chocs infinis des corps, •que leur centre de pesanteur demeure en repos ou se menve toujours nonobstant le choc avec la même vitesse ; et par con- -séquent qu'il y ail toujours dans toutes les- parties de l'univer^^

" Je làilierai d"cii rendre Lienlût la rais.m physique. (Noie de Malebriinclie."'

prises ensemble, le même mouvement ou la mémo force, nonobstant les mouvement variables des corps particuliers nécessaires pour perfectionner l'univers, et pour exprimer la sagesse et les autres attributs du Créateur.

Des lois de la communication du mouvement selon cette supposition conforme ù l'expérience : Que la quantité de mouvement change par le clioc des corps-

XV. Je viens de donner les lois du choc des corps, telles que M. Descartes les devait, ce me semble, avoir déterminées selon sa supposition, que Dieu conserve toujours une égale quantité de mouvement, s'il eût cru de plus que le repos n'a point de force pour résister au mouvement, et qu'il n'en est qu'une pure privation. Mais si l'on veut maintenant supposer que la quantité absolue de mouvement change sans cesse, et que les mouvements contraires se détruisent absolument par le choc, non seulement dans les corps durs à ressort, comme l'apprend l'expérience, mais encore dans les corps supposés par euxmêmes infiniments durs, sur lesquels l'expérience ne peut rien déterminer, il est facile de conclure des principes que j'ai poses d'abord, qu'elles doivent être les lois du mouvement dans tous les cas différents. Car il est clair que la supposition, que les mouvements contraires se détruisent, ne change rien dans les lois que je viens d'établir, lorsque les corps sont mus en même sens, ou lorsque le choque est en repos, puisque en ces deux cas il n'y a Domt de forces ou de mouvements contraires; et qu'ainsi la quantité absolue de mouvement doit alors demcHirer la même.

Mais lorsque les corps se choquent par des mouvements contraires, voici la règle générale.

Règle générale.

1. Retranchez de chacun des corps choquants la quantité de mouvement du plus faible, puisque ces mouvements étant contraires sont détruits par la supposition. Ainsi après ce retranchement regardez le plus faible comme en repos.

2. Cherchez quelle doit être la vitesse du plus fort, en divisant par sa masse le mouvement qui lui reste, cl concevez qu i! choque l'autre rais en repos par la première opération.

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3. Ou le plus fort est le plus petit, ou il est le plus grand. S'il est le plus petit, il doit communiquer au plus faible tout le mouvement qui lui reste et demeurer en l'epos, et le plus faible par conséquent se mouvoir avec la vitesse marquée par la seconde opération, divisée par sa masse. Mais si le plus fort est aussi le plus grand, le plus petit sera mû avec la vitesse qui restait au plus fort par la seconde opération, et le plus grand continuera son chemin avec le mouvement qui lui reste. Je dis ici que le plus petit sera mû avec la vitesse qui restait au plus fort après la seconde opération, et non pas avec la somme des vitesses avant le choc, parce que je suppose ici que les mouvements contraires sont détruits, et par conséquent les vitesses de ces mouvements. L'on voit assez que le centre de pesanteur des corps qui se choquent, ira toujours de la même vitesse avant et après le choc.

EXEJIPLES :

Avant le choc.

Ccur qui

Après le choc.

oui le

mo . . , . ,

mo.

signe — ri'jaiUis^ent

en sens contraire.

mo . . — , .

'i mi

Il en est ainsi des autres.

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