III. Pour cela il faut remarquer d'abord
1° Que le son ne se fait entendre que par le moyen des vibrations de l'air qui ébranlent le nerf de l'oreille ; car lorsqu'on a tiré autant qu'on l'a pu, l'air de la machine pneumatique, le son ne s'y transmet plus lorsqu'il est médiocre, ou d'autant moins que l'air y est raréfié.
2° Que la différence des sons ne vient point de la force des vibrations de l'air, mais de leur promptitude plus ou moins grande, comme tout le monde sait.
3° Que quoique les impressions que les objets font sur les organes de nos sens, ne diffèrent quelquefois que du plus ou du moins, les sentiments que l'âme en reçoit diffèrent essentiellement. Il n'y a point de sensations plus opposées que le plaisir et la douleur. Cependant tel qui se gratte avec plaisir, sent de la douleur s'il se gratte un peu plus fort, parce que le plus et le moins de mouvement dans nos fibres diffère essentiellement par rapport au bien du corps, et que nos sens ne nous instruisent que de ce rapport. Il y a bien de l'apparence que le doux et l'amer qui causent des sensations si opposées,
* 2' partie de la Méthode, c. i.
* Entretien sur la ifétaphysique 2°Entr., n. i.
ne diffèrent souvent que du plus et du moins, car il y a des gens qui trouveal amer ce que les autres trouvent doux. II y a des fruits qui aujourd'hui sont doux et demain seront amers ; peu de diiï'ercnce dans les corps les rend donc capables de causer des sensations fort opposées. En un mot, c'est que les lois de l'union de l'âme et du corps sont arbitraires, et qu'il n'y a rien dans les objets qui soit semblable aux sensations que nous en avons.
IV. Il est certain que les couleurs dépendent naturellement de rébranlement de l'organe de la vision. Or cet ébranlement ne peut être que fort et faible, ou que prompt et lent. Mais l'expérience apprend que le plus et le moins de la force ou de la faiblesse de l'ébranlement du nerf optique, ne change point l'espèce de la couleur, puisque le plus et le moins de jour, dont dépend le plus et le moins de cette force, ne fait point voir ordinairement les couleurs d'une espèce différente et toute opposée. Il est donc "nécessaire de conclure que c'est le plus et le moins de promptitude dans les vibrations du nerf optique, ou dans les secousses des esprits qui y sont contenus, laquelle change les espèces des couleurs, et par conséquent, que la cause de ces sensations vient primitivement des vibrations plus ou moins promptes de la matière subtile qui compriment la rétine.
Ainsi il en est de la lumière et des diverses couleurs comme du son et des différents tons. La grandeur du son vient du plus et du moins de force des vibrations de l'air grossier, et la diversité des tons du plus et du moins de promptitude de ces mêmes vibrations, comme tout le monde en convient. La force ou l'éclat dos couleurs vient donc aussi du plus ou du moins de force des vibrations, non de l'air, mais de la matière subtile ; et les différentes espèces de couleurs du plus et du moins de promptitude de ces mêmes vibrations.
y. Comme l'air n'est comprimé que par le poids de l'atmosphère, il faut un peu de temps, afin que chaque partie d'air remue sa voisine. Ainsi le son se transmet assez lentement. Il ne fait qu'environ cent quatre-vingts toises dans le temps d'une seconde. Mais il n'en est pas de même de la lumière, parce que toutes les parties de la matière étiiérée se touchent, qu'elles 50ut très fluides, et surtout, parce qu'elles sont comprimées par
le poids, pour ainsi dire, de tous les tourbillons qui sont euxmêmes comprimés par une force infinie qui répond à la puissance infinie du Créateur, ou du moins par une force comme infinie. De sorte que les vibrations de pression, ou l'action du corps lumineux, se doit communiquer de fort loin en un instant ou en très peu de temps. Et si la compression des parties qui composent notre tourbillon, était infinie, il faudrait que les vibrations de pression se fissent en un instant.
M. Huygens, dans son trailé ^ de la Lumière, conclut par les éclipses des satellites de Jupiter, que la lumière se transmet environ six cent mille fois plus vite que le son. Aussi le poids ou la compression de toute la matière céleste est sans comparaison plus grande que celle que produit sur la terre le poids de l'atmosphère. Je ci'ois avoir bien prouvé 2 ailleurs que la dureté des corps dépend de la comnression de la matière subtile. Et si cela est, il faut qu'elle soit extrêmement grande, puisqu'il y a des corps si durs qu'il laut employer une très grande force pour en séparer les moindres parties. Il . me parait que le rapport du poids de l'éther à celui de l'atmosphère est beaucoup plus grand que six cent mille à un, et qu'on peut même le regarder comme infini ; car M. Cassinia observé des éclipses des satellites de Jupiter en différents èloignemenis de la terre, lesquelles ne s'accordent point avec la conclusion de M. Huygens.
VI. Supposons donc maintenant que toutes les parties de i'éther ou de la matière subtile et invisible de noire iourt)illon soient comprimées avec une force comme infinie par ceux qui l'environnent, et que chacune de ses parties soit très fluide, ei n'ait de dureté que par le mouvement de celles qui l'environnent et qui la compriment de tous côtés. Et voyons comment dans le système que je propose, il est possible que les impressions d'une infinité de rayons ou de couleurs différentes se communiquent sans se confondre. Voyons comment dix mille ravons, qui se croisent en un point physique ou sensible, transmettent par ce même point toutes leurs différentes vibrations, puisque je viens de prouver que la diflcrence des couleurs ne peut venir
* PiiïC 9.
- Kechrrclie de la vérité, ch. dern.On verra la preuve ci-dessous. (Note de Malcbranciie.)
ÉCLAIRCISSEMENTS. -iST
que du plus ou du moins de promptitude de ces mêmes vibrations. Apparemment le système du monde qui peut éclaircir cette grande difllcultc, sera conforme à la vérité.
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Soit APEN la section d'une chambre peinte d'une infinitéde couleurs, et que même elles soient les plus tranchantes qui se puissent ; c'est-à-dire, qu'il y ait en A, du blanc proche du noir n : du bleu b, proche du rouge r ; du jaune i, procne du violet V. Si de tous ces points A, n, b, r, i, v, on tire des lignes droites qui se coupent en un point comme en Q, et qu'on place l'œil au delà comme en E, c, d, /', g, h, on verra toutes ces couleurs différentes par l'entremise du point d'intersection Q. Et comme cette ligure ne représente qu'un rang de couleurs, au lieu qu'on en doit imaginer autant qu'il y a de parties aue l'œil peut distinguer dans une sphère, le point d'intersection Q, doit recevoir et transmettre un très grand nombre d'imoressions différentes, sans qu'elles se détruisent les unes les autres.
YII. Si le point physique ou la petite boule Q était un corosdur comme le suppose M. Descartes, il serait impossible que l'œil en E, vit du blanc en A, et qu'un autre œil en e vit da
noir en n. Car lorsqu'un corps est parfaitement dur, si quelque partie de ce corps avance quelque peu, ou tend directement vers le nerf optique de A, par exemple, vers E, il est nécessaire que toutes les autres parties de ce même corps y tendent aussi. Donc on ne pourra pas seulement voir du noir et du blanc dans le même temps par des rayons qui se croisent en Q,
M. Descartes prétend encore que le rouge se fait par le tournoiement des petites boules, qui se communique de l'une à l'autre dans tout le rayon depuis l'objet jusqu'à l'œil. Cette opinion est insoutenable pour bien des raisons. Mais il suffit pour la détruire de considérer que si la petite boule Q tourne sur l'axe PX, de r où il y a du rouge, en f où est l'œil, elle ne pourra pas tourner en même temps sur l'axe ?', /", de N, où je suppose encore du rouge, en P, où je suppose un autre œil.
Au reste, quand je dis que les rayons se coupent dans la petite boule ou dans le petit tourbillon Q, je ne prétends pas que ces petits tourbillons soient exactement sphériques, ni que les rayons visibles n'aient d'épaisseur que celle d'une petite boule du second élément ou d'un petit tourbillon. Je ne détermine point quelle doit être la grosseur de ces rayons, afin qu'ils puissent suffisamment ébranler le nerf optique pour faire voir les couleurs. Mais ce que j'ai dit d'une seule boule, il faut l'entendre de mille ou d'un million, si un rayon pour être sensible doit être aussi étendu que mille ou qu'un million de boules ou de tourbillons.
VIII. Il n'est donc pas possible que la petite boule Q, ou ses semblables, puissent transmettre l'action de la lumière propre à faire voir toutes sortes de couleurs, supposé que ces boules soient dures. Mais si on les conçoit infiniment tluides ou molles, ainsi que l'idée simple de la matière représente tous les corps, puisque le repos n'a point de Corce, qu'il est indifférent à chaque partie d'un corps d'être ou de n'être pas auprès de sa voisine, et qu'elle doit s'en séparer aisément, si quelque force, c'està-dire, quelque mouvement ne la retient ; car on ne conçoit point dans les corps d'autre force que leur mouvement ; si, dis-je, l'on conçoit ces boules ou très molles, ou plutôt ce que je crois véritable, comme de petits tourbillons composés ' d'une matière
' On en verra ci-dessous la preuve et les conséquences. (Note de Malebranche.)
ÉCLAIRCISSFJIKNTS. 489
comme infiniment fluide et extrêmement agitée, elles seront susceptibles d'une infinité d'impressions différentes, qu'ellespourront communiquer aux autres, sur lesiinellcs elles appuient, et avec lesquelles elles sont infiniment comprimées. C'est ce qu'il faut tâcher d'expliquer et de prouver.
iX. Pour cela il est nécessaire de bien comprendie que la rj^action qui comme l'action se communique d'abord en ligne directe, est ici nécessairement égale à l'action, par cette raison essentielle à l'effet dont il est question, que notre tourbillon est comme infiniment comprimé, et que par conséquent il ne peut y avoir de vide. Si par exemple, on pousse sa canne contre un mur inébranlable, la main et la canne seront repous sées avec la même force qu'elles auront été poussées. La réac tion sera égale à l'action. Or quoique les rayons ne soient pas durs comme des bâtons, il arrive la même chose à l'égard de la réaction, à cause de la compression et de la plénitude de notre tourbillon. Car si l'on suppose un tonneau plein d'eau, ou un ballon de la première figure plein d'air, et qu'y ayant adapté un tuyau l'on pousse dans ce tuyau un piston, ce piston sera autant repoussé qu'il sera poussé. Et si l'on fait de plus au milieu de ce piston un petit trou par où l'eau puisse glisser et sortir du tonneau, et que l'on pousse ce piston, toute l'eau qui en sera comprimée, tendra en même temps à cause de sa fluidité fX à s'éloigner de chaque point de ce piston par l'action ; et par la réaction, elle s'approchera du trou qui est au mifieu. Car si l'on poussait le piston avec assez de violence et de promptitude, le tonneau crèverait dans l'endroit le plus faible de quel côté qu'il fût, marque certaine que par l'action du piston l'eau presserait le tonneau partout; et pour peu que l'on poussât le piston, l'eau rejaillirait aussitôt par le petit trou en conséquence de la réaction. Tout cela parce que la réaction est égale à l'action dans le plein, et que l'eau ou la matière subtile est assez molle ou ; assez fluide, afin que chaque partie se figure ou s'arrange de manière qu'elle satisfasse à toutes sortes d'impressions.
X. Il faut remarquer que plus on pousse fortement le piston troué dans le tonneau, plus aussi l'eau, quoique poussée vers la surface concave du tonneau, est repoussée fortement vers le piston, et rejaillit par son ouverture avec plus de force. D'où il est facile de juger qu'un point noir sur du papier blanc doit
être plus visible que sur du papier bleu, parce que le blanc repoussant la lumière plus fortement que toute autre couleur, non seulement il ébranle beaucoup le nerf optique, mais il est cause que la matière subtile tend par la réaction vers le point noir avec plus de force. Mais si la matière éthérée n'était pas infiniment molle ou lluide, il est clair que les petites boules qui transmettent l'impression du blanc, étant dures, elles empêcheraient celle du noir, parce que ces boules se soutenant les unes les autres, elles ne pourraient pas tendre vers le point noir. Et si cette matière éthérée n'était pas comprimée, il n'y aurait point de réaction.
Ce que je viens de dire du blanc et du noir se doit appliquer aux autres couleurs. Mais il serait fort difficile de le faire dans le détail, et de répondre aux difficultés que bien des gens pourraient former sur ce sujet ; car on peut aisément faire de?, objections sur des matières obscures. Mais tous ceux qui sont capables de faire des objections, ne sont pas toujours en état de comprendre tous les principes dont dépend la résolution do leurs objections. Il n'est pas impossible de concevoir comment un point sensible de matière infiniment fluide et comprimée de tous côtés reçoit en même temps un nombre comme infini d'impressions différentes, lorsqu'on prend garde à ces deux choses : 1" que la matière est divisible à l'intini, et que la plus petite sphère peut correspondre à toutes les parties d'une grande; 2° que chaque partie tend et avance du côlé qu'elle est moins pressée; et qu'ainsi tout corps mou et inégalement comprimé, reçoit tous les traits du moule, pour ainsi dire, qui l'environne, et les reçoit d'autant plus promptement, qu'il est plus fluide et plus comprimé. Je laisse donc le détail des conséquences qui suivent des principes que je viens d'expliquer par lesquelles conséquences on peut, ce me semble, ou lever, ou du moins diminuer cette difficulté étonnante, que les rayons des couleurs différentes devraient confondre leurs vibratious en se croisant. El cette difficulté mo parait telle qu'il n'y a que le vrai système de la nature de la matière subtile qui la puissse entièrement éclaircir. Ouoi qu'il en soit, je crois avoir clairement prouvé que les diverses couleurs ne consistent que dans la diffcrenle promptitude des vibrations de pression de la matière subtile, comme les différents tons de la musique ne
r.cLAiiu:iss::Mt:MS. 491
viennent que de la diverse promptitude des vibrations do l'air grossier, ainsi que l'apprend rexpcrience, lesquelles vibralions se croisent aussi sans se détruire. Et je ne pense pas qu'on puisse rendre la raison physique de la manière dont toutes ces vibrations se communiquent, si l'on ne suit les principes que je viens de marquer.
Au reste, il ne faut pas s'imaginer que ce que j'ai dit des petites boules du second élément, que loin de croire dures, je regarde plutôt comme de petits tourbillons d'une matière fluide, doive renverser la physique de M. Descartes. Au contraire, mon sentiment peut servir à reformer et perfectionner ce qu'il y a de général dans son système. Car si mon opinion peut servir à expliquer la lumière et les couleurs, elle me parait aussi très propre à résoudre, conformément aux principes et à la méthode de ce philosophe, les questions les plus générales de la physique, comme par exemple, à expliquer la génération et les effets surprenants du feu, ainsi que je vais tâcher de le faire voir.
De la génération du feu.
XI. Comme les corps ne peuvent naturellement acquérir de mouvement, s'il ne leur est communiqué par quelques autres, il est clair que le feu ne peut s'allumer que par la communication du mouvement de la matière siiblile aux corps grossiers. M. Descartes, comme l'on sait, prétend qu'il n'y a que le premier élément qui communique son mouvement au troisième, dont les corps grossiers sont composés, et qui les mette en feu. Selon lui, lorsqu'on bat le fusil, on détache avec force une petite partie du caillou. (Je croirais que c'est plutôt la partie arrachée de l'acier qui s'allume, car lorsqu'on regarde avec le microscope les étincelles de feu qu'on a ramassées, l'on voit que c'est l'acier qui a été fondu et réduit en boules, ou en petits serpentaux ; et je n'ai point remarqué qu'il y eût de changement dans les petits éclats détaches du caillou. Mais cela ne fait rien au fond.) Cette petite partie détachée du fer pirouettant donc avec force, chasse les petites lioules du second élément, et fait refluer sur elle le premier qui l'environnant de tous côtés, lui communique une partie de son mouvemeut
rapide qui la fait paraître en feu. Voilà à -peu près le senti mont de M. Descartes sur la génération du feu. On le peut voir expliqué plus au long dans la 4« partie de ses Principes. nombre 80, et dans les suivants. Mais si les petites boules sont dures, et se touchent toutes, comme il le suppose, pour expliquer les couleurs, on a de la peine à comprendre, comment le premier élément pourrait refluer vers la partie détachée du fer, et cela avec assez d'abondance pour l'environner et la mettre en feu, non seulement elle, mais toute la poudre d'un canon ou d'une mine, dont les effets sont si violents. Car le premier élément qui peut refluer, ne peut être au plus qu'une portion très petite de la matière subtile, qui remplit les petits espaces triangulaires et concaves, que les boules qui se touchent déjà laissent entre elles : mais de plus la force qui ferait refluer le premier élément en pressant le second, n'est pas assez grande, comme il est facile de le prouver. Voici donc comme j'explique la génération du feu et ses effets violents, dans la supposition que les petites boules du second élément ne sont en effet que des petits tourbillons d'une matière fluide et très agitée.
XII. Mais il faut remarquer d'abord que, bien que l'air ne soit point nécessaire pour exciter quelque petite étincelle de feu, cependant, faute d'air, le feu s'éteint aussitôt, et ne peut se commuoiquer môme à la poudre à canon, quoique fort facile à s'enflammer. Lorsqu'on débande un pistolet bien amorcé dans la machine du vide, l'expérience apprend que faute d'air l'amorce ne prend point feu, et qu'il est même très difficile d'en remarquer quelque étincelle. Enfin tout le monde sait que le feu s'éteint faute d'air, et qu'on l'allume en soufflant. Cela supposé, voici comme j'explique la génération du feu, et son effet prompt dans les mines.
Si l'on bat le fusil dans le vide, l'on arrache par la force du coup, une petite partie du fer ou de l'acier. Cette petite partie pirouettant, et frappant promptement sur quelques petits tourbillons du second élément, qui se contre-balaneent tous nécessairement les uns les autres, rompt aisément leur équilibre; car il ne faut pour le rompre que très peu de force, et il détermine par conséquent leurs parties à l'environner, et ensuite à l'agiter et la mettre en feu. Mais la matière de ces tourbillons qu'on ne saurait imaginer trop agitée, après avoir
ou en un instant quantité de mouvements ii-réguliers, se remet, promptement en partie en de nouveaux tourbillons, à cause de la résistance qu'elle trouve à son mouvement, et en partie s'échappe dans les intervalles des tourbillons environnants, lesquels intervalles deviennent plus grands, lorsque c^s tourbillons s'approchent de la partie détachée du fer, et ces derniers tourbillons ne sont rompus, à cause que la partie du fer arrondie, ou à peu près cylindrique, tournant sur son centre, ou sur sa longueur, ne choque plus les tourbillons environnants d'une manière propre à les rompre. Tout cela se fait, comme en un instant, lorsque le fer et le caillou se choquent dans un endroit vide d'air, et l'étincelle alors n'est presque pas visible, et ne dure pas.
XIII. Mais lorsqu'on bat le fusil en plein air, la partie arrachée du fer, en pirouettant fortement, rencontre et ébranle non seulement quelques petits tourbillons, mais beaucoup de parties d'air qui étant branchues rencontrent, et rompent par conséquent par leur mouvement beaucoup plus de tourbillons que la petite partie seule du fer. De sorte que la matière subtile de ces tourbillons venant à environner le fer et l'air, elle leur donne assez de divers mouvements pour repousser fortement les autres tourbillons , et exciter en nous un sentiment vif de lumièi'e. Ainsi les étincelles doivent être bien plus éclatantes dans l'air que dans le vide; elles doivent aussi durer plus de temps, et avoir assez de force pour allumer la poudre à canon. Et cette poudre ne peut manquer de matière subtile qui la mette en feu ou en mouvement, quelque quantité de poudre qu'il y ait ; puisque ce n'est pas seulement la matière du premier élément, comme l'a cru M. Descartes, mais beaucoup plus celle du second, ou des petits tourbillons rompus, qui produit le mouvement extraordinaire du l'eu dans les mines. Si l'on fait réflexion sur ce qui arrive au feu lorsqu'on le souffle, c'est-à-dire lorsqu'on pousse contre lui beaucoup d'air, on ne doutera pas que les parties de Tair ne soient très propres à rompre quantité de tourbillons du second élément, et 'par conséquent à déterminer la matière subtile à communiquer au feu une partie de son mouvement. Car ce n'est que de cette matière dont le feu peut tirer sa force ou son mouvement, puisqu'il est certain qu'un corps ne peut T. II. 28
49i DE LA RECHERCHE DE LA VhlUTÉ.
se mouvoir que par raction de ceux qui l'eûvironaent ou qui le choquent. Lt'S effets prodigieux des grands miroirs ardents prouvent assez que la matière subtile est la véritable cause du feu. Las rayons de lumière se croisant au foyer de ces miroirs, les petits tourbillons de la matière étlicrce dont ces rayons sont composés, doivent changer leur mouvement circulaire en divers sens, et tendre à se mouvoir tous dans le mémo sens, c'est-à-dire selon l'axe du cône de lumière rétléchie, et percer et ébranler ainsi les parties du corps qu'ils rencontrent ^