PROCÉDÉ BUNSEN
Bunsen modifie la méthode précédente de la manière suivante : Il traite également les chlorures secs par un mélange d'alcool éthéré, et évapore à sec.
Le résidu est dissout dans l’eau distillée, puis la totalité du chlore est dosée par le nitrate d'argent. On filtre, on élimine l'argent en excès par l'acide chlorhydrique et l'on titre la quantité de potasse par le chlorure de platine. On connaît ainsi la quantité de chlorure de potassium dissout par le mélange d'alcool et d'éther. La différence entre le poids total des chlorures et le poids trouvé de chlorure de potassium est égale à la somme des chlorures de lithium et de sodium. On a donc :
D ue
d'ou x = À — y
dans lesquels x = LiCl EL INa Cl
Jeuzsch (t) fait observer que dans le traitement par le chlorure de platine, le chlorure double de platine et de potassium qui se forme, entraine toujours des traces de lithine. Il se fait dans ce cas, suivant ce chimiste, un mélange de chlorure double de platine et de potassium et de chlorure double de platine et de lithium. Il y aurait done dans le dosage de la potasse par le chlorure de platine dans le procédé Bunsen, une cause d'erreur qui amènerait forcément dans le résultat final, une erreur semblable.
Cette méthode de séparation du chlorure de lithium par un mélange d'alcool et d'éther, a été employée, pour la première fois, par Rammelsberg, puis par Jeuzsch. C’est Diehl qui, par l'examen au spectroscope du résidu sec de ce traitement des chlorures par l'alcool éthéré, montra que cette solution de chlorure n'était jamais pure et contenait toujours des traces de chlorures de potassium et de sodium.
PROCÉDÉ FRÉSENIUS
On évapore 60 litres environ d'eau jusqu'à réduction à 4 ou 5 litres. on filtre et on lave à l’eau bouillante le résidu jusqu'à ce qu'il n'ait plus de réaction alcaline. On s'assure alors, au spectroscope, que le résidu ne renferme plus de lithine. Cette solution contient donc la totalité de cette base qui existait dans l’eau minérale. On évapore presque à siccité, on traite le résidu par une quantité suffisante d'alcool absolu, on filtre. On fait bouillir le résidu avec de petites quantités d'alcool, aussi souvent qu'il le faut pour
() Logg. Ann., CIV, 102.
40 RECHERCHE ET DOSACE DE LA LITHINE
que le résidu de chlorure de sodium ne donne plus au spectroscope trace de lithium. On distille les liquides alcootiques filtrés, on dissout le résidu dans l’eau en ajoutant deux gouttes d'acide chlorhydrique, on évapore jusqu'à masse saline humide. On renouvelle le traitement par l'alcool absolu, on distille de nouveau et on recommence encore une fois de la même façon avec le résidu ; la dernière fois on ajoute à l'alcool son volume d'éther.
Il faut toujours essayer les résidus au spectroscope pour s'assurer s'ils renferment encore de la lithine, et dans ce eas, il faut continuer le traitement par l'alcool bouillant.
La solution d'alcool éthéré est distillée, le résidu est humecté avec un peu d’eau et un peu d'acide chlorhydrique, on évapore à siccité au bain-marie, dans une capsule en porcelaine, on reprend par l'eau, on ajoute deux gouttes d'une solution de perchlorure de fer pour éliminer l'acide phosphorique qui aurait pu passer dans la solution aqueuse, puis un lait de chaux pur en léger excès, on porte à l’ébullition, on filtre pour séparer le précipité formé en grande partie de magnésie hydratée, on lave à l’eau bouillante jusqu'à ce qu'on obtienne plus la réaction de la lithine. On précipite alors par l’oxalate d'ammoniaque, on lave le précipité, on le chauffe au rouge, on le dissout dans l'acide chlorhydrique, on évapore à siccité et on essaie le résidu au spectroscope ; si l’on obtenait encore la raie de la lithine, il faudrait redissoudre dans l’eau et précipiter de nouveau par l’ammoniaque et l'oxalate d'ammoniaque. k
On évapore le liquide séparé de l’oxalate de chaux, on chasse les sels ammoniacaux, on humecte le résidu avec
de l'acide chlorhydrique, on ajoute un peu d'eau, on évapore à siccité au bain-marie eton recommence le traitement par le lait de chaux.
Après avoir éliminé une autre fois les sels ammoniacaux, humecté avec de l'acide chlorhydrique et évaporé au bain-marie, on précipite enfin la lithine à l’état de phosphate d'après le procédé de W. Mayer.
Ce phosphate doit se dissoudre complètement dans l'acide chlorhydrique et alors traité par l'ammoniaque, il ne doit se former ni louche ni précipité.
PROCÉDÉ DE M. P. TRUCHOT
Ce procédé se trouve dans une note, présentée par M. Truchot à l'Académie des Sciences, en avril 1874, relative à la présence de Îa lithine dans le sol de la Limagne et dans les eaux minérales d'Auvergne. L'auteur le décrit de la façon suivante : « Le dosage de la lithine par les procédés ordinaires est long ‘et pénible, et j'ai cherché s’il ne serait pas possible de déterminer quantitativement cette substance au moyen du spectroscope. Je crois y avoir réussi de la manière suivante et sans employer d'appareil spécial, comme J'ont fait pour la soude, MM. Champion, Pellet et Grenier, grâce à la netteté et à l'intensité de la raie rouge que donne le lithium au spectroscope.
« On commence par préparer des solutions types de chlorure de lithium, contenant par exemple 5, 10, 15 milligrammes, jusqu'à 40 milligrammes de ce sel par litre d’eau. Le fil de platine qui sert à introduire une goutte
de liqueur dans la flamme du brûleur de Bunsen, devant la fente du spectroscope, est fin et contourné en hélice, de manière à former à son extrémité un petit cylindre creux, qui retient toujours une goutte de même volume. On le trempe dans l’eau minérale, et un aide l’introduit dans la flamme pendant qu'on observe l'intensité et la durée de la raie Li +; puis, cette raie ayant disparu, on répète l'expérience après avoir plongé le fil dans une des solutions types. En ayant la précaution de placer ce même fil dans la même partie de la flamme, la durée du phénomène ne change pas et l'intensité de la raie montre facilement que l'on a choisi le type correspondant à la richesse réelle de l'eau essayée. On y arrive au bout de quelques tâtonnements et en croisant les observations.
« Des différences de 3 ou 4 milligrammes de chlorure de lithium par litre sont sensibles et la présence des sels de
chaux, de soude et de potasse ne nuit pas.
« Les liquides à essayer ne doivent pas contenir plus de 40 milligrammes de chlorure de lithium par litre, car alors la raie rouge deviendrait trop intense et l’on juge-
rait mal des différences. » ä
Ajoutons que M. Truchot nous a permis de publier une remarque fort importante, croyons-nous, et qui avait été omise dans la note que nous venons de citer ; c'est que l'examen des eaux minérales est beaucoup plus facile avec un spectroscope à vision directe d'Hoffmann, qu'avec le spectroscope à un seul prisme de Dubosc, car la raie de la lithine est beaucoup éloignée de la raie du sodium, le spectroscope dispersant davantage.
Nous nous sommes servi pour nos dosages, du procédé
de W. Mayer, en employant toutefois, comme dissolvant du chlorure de lithium formé, un mélange d’alcool absolu et d’éther, qui, selon nous, dissout moins facilement les autres chlorures alcalins que l'alcool absolu pur.
Nous croyons que de tous les procédés chimiques, c’est celui qui doit donner les meilleurs résultats ; nous avouons du reste que nous avions obtenu déjà tous les chiffres que nous consignons dans les pages suivantes, lorsque M. Truchot à bien voulu nous communiquer son procédé de dosage de la lithine au moyen du spectroscope, procédé qui donne plus rapidement des résultats concordants d’une manière très satisfaisante avec des dosages directs.