‹ Recherches anatomico-pathologiques sur la hernie cruraleChapitre 1 sur 6 · V,; ’'•. ' , VA · texte numérisé non relu

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ANATO MIC O -PATHOLOGIQUE S

On entend par hernie une tumeur plus ou moins volumineuse formée par le déplacement des parties molles.

On nomme hernies abdominales ou ventrales celles qui résultent du déplacement des viscères contenus dans l’abdomen ou ventre; elles ont reçu de plus des noms particuliers , selon les parties du corps sur lesquelles elles siègent': ainsi on les a appelées hernies inguinales, crurales y ombilicales , périnéales } etc., etc., selon que le déplacement s’est effectué par les ouvertures inguinale, crurale, etc. , etc. Mon projet est seulement d’exposer ici ce qui a rapport à la hernie crurale, me proposant de traiter dans un travail plus étendu des autres hernies de l’abdomen.

Les pathologistes modernes désignent sous le nom de hernie crurale ou fémorale une tumeur située à la partie supérieure antérieure de la cuisse , au-dessous de l’arcade crurale , et formée par un ou plusieurs des viscères de l’abdomen. Quoique des chirurgiens trèsanciens, tels que Guy de Chauliac } au quatorzième siècle , et Barbette } vers la fin du dix-septième , eussent indiqué , d’une manière assez précise , que les organes herniés pouvaient occuper la partie

supérieure delà cuisse, et par conséquent un lieu bien différent de celui qu’ils occupent dans les hernies inguinales, ce n’est que depuis les travaux anatomiques de Verlienyen , publiés en 1710, qu’on a commencé à bien connaître les caractères qui différencient ces deux maladies. Toutefois on se borna alors à exposer quelques différences anatomiques, et à désigner sous un nom nouveau la descente des viscères abdominaux sur la partie supéïieure de la cuisse ; on ne songea pas aux modifications que ces différences constatées devaient amener dans les procédés opératoires. Dix années plus tard , Garengeot j dans son traité des opérations , donna , d’après Duverney , une très-bonne description de l'arcade crurale. Yoici la manière dont il s’exprime après avoir décrit le canal inguinal : « Le second des en- « droits par où les parties flottantes du bas-ventre peuvent sortir est « la sinuosité de l’os des îles, sur laquelle glissent les tendons des « muscles psoas et iliaque, et les vaisseaux cruraux. Cet endroit est « recouvert d’une espèce de bande ligamenteuse ou arcade , qui est « formée par l’aponévrose de l’oblique externe, qui se replie en de- « dans , comme dit M. Duverney , pour donner naissance à l’oblique « interne; de sorte que , par ce repli , l’arcade a plus de résistance; « elle est attachée à l'épine antérieure et injérieure de l’os des îles, « et de là vient s’attacher au côté extérieur de la sinuosité du pubis , « par où passent les vaisseaux spermatiques. Dans celte route , qui « comprend la longueur du travers de trois doigts , elle laisse une « ouverture ovale qui n’est occupée , comme je viens de dire, que « par les tendons des muscles psoas et iliaque, et par les vaisseaux « cruraux , et qui n’est fermée en dedans que par le péritoine sim- « plement , et couverte en dehors que par les tégumens communs, « qui sont la peau et la graisse.

« Cette description fait voir , je crois , assez clairement la facilité « qu’ont les parties du bas-ventre à passer par l’ouverture qui est « sous l’arcade des vaisseaux cruraux; et c’est là une des plus fré- « (juentes hernies. » Plus loin il ajoute : « Ces hernies ne sont point e nouvelles ; elles arrivent très-souvent , principalement aux fem-

mes, parce qu’elles ont les anneaux des muscles épigastriques plus « petits que ceux des hommes ; et si l’on ne les trouve point décrites « dans les livres, c’est qu’on ne s’est pas donné la peine d’examiner « sur les cadavres les endroits différens du ventre qui donnent pas- « sage aux parties qui font la descente. » On peut voir par cette description que Garengeùt ne fait qu’indiquer les différences qui existent entre les lieux par lesquels se font les hernies crurales et inguinales , sans faire aucune mention des rapports différens qu’offrent les vaisseaux environnans avec le col de ces deux hernies ; aussi n’indique-t-il aucune manière particulière à l’une ou à l’autre d’opérer le débridcment ; il était réservé à un autre chirurgien célèbre, Aniauld y de porter sur ce point important de la pratique chirurgicale les lumières les plus vives. C’est à cet illustre praticien que nous sommes redevables de bien connaître les rapports du collet du sac herniaire, dans la hernie crurale, avec les artères fémorale et épigastrique, et surtout les différences essentielles que les sexes apportent dans cette maladie. C’est lui , en effet , qui le premier a reconnu que chez l’homme l’artère spermatique pouvait être lésée en incisant le ligament de Fallope pendant le débridemenl. Cette possibilité le porta à faire des recherches anatomiques très-exactes , et , par suite de ses recherches , à employer, pour lever l’étranglement , un procédé fort ingénieux , dont nous parlerons en temps et lieu.

l'ans les ouvrages de chirurgie publiés jusqu’à la fin du dernier siècle, après les travaux d ' Avnauld , on ne trouve rien de nouveau sur le sujet qui nous occupe. Tous les auteurs ont adopté ou rejeté les préceptes donnés par cet habile chirurgien ; d’autres, tels que Leblanc j d’Orléans, etc., ont appliqué à l’opération de la hernie crurale une modification particulière pour la dilatation des étranglemens en général. On est étonné, en lisant Heister , que cet auteur, qui a si bien décrit le bord inférieur des muscles abdominaux et l’arcade crurale , et si bien distingué les hernies crurales d’avec les inguinales, n’ait pas indiqué une manière de débrider plus conforme au rapport des parties chez l’homme. Gimbernat , dans un ouvrage

publié en espagnol en 1793, est le premier qui, ayant reconnu la vérité des descriptions d’ Arnauld y et senti toute leur importance , en même temps qu’il put se convaincre de l’insuffisance de sa méthode dans quelques cas , et des difficultés que l’on éprouve en la mettant en pratique dans certains autres; il est le premier, dis-je , qui ait donné une anatomie précise de l’aponévrose du muscle grand oblique et un procédé opératoire nouveau déduit des faits anatomiques. Après lui Scarpa eu Italie , Asiey-Cooper } Monro et Lauwrense en Angleterre, ont fait, sur cette partie, des travaux de la plus haute importance , tant sur l’anatomie que sur les procédés opératoires. Depuis cette époque, Hesselbach en Allemagne, et MM. Cruveilhier, Jules Clocjuetei Breschet en France, ont aussi fait connaître leurs recherches anatoinico-pathologiques sur les hernies inguinales et crurales.

Dans le cours de ce travail, j’ai dû nécessairement mettre souvent à contribution les ouvrages de la plupart des auteurs que je viens de citer. J’y ai puisé tout ce que la théorie et la saine pratique approuvent, et je me suis efforcé de faire ressortir, autant que mes moyens me l’ont permis , les inconvéniens et les dangers de tout ce qui est contraire à l’une ou à l’autre de ces deux bases fondamentales de toutes les sciences. Pour parvenir à ce but par la voie la plus sûre , je me suis livré à des recherches multipliées sur les hernies : ces recherches m’ont conduit à penser qu'il était possible de donner une description plus succincte et plus précise de l’arcade crurale qu’on ne l’avait fait jusqu’à ce jour , et de faire connaître la possibilité de quelques rapports nouveaux du collet du sac herniaire avec les vaisseaux circonvoisins. De plus , la place que j’occupe à l’amphithéâtre général des hôpitaux m’ayant fourni l’occasion de disséquer un grand nombre de hernies , j’en ai rencontré une crurale chez l’homme , plus heureux en cela que ne l’avaient été Morgagni y Arnauld , Camper , qui n’eurent jamais l’occasion de porter leurs savantes recherches sur cet important objet de la chirurgie, et aussi bien favorisé par le hasard que quelques autres pathologistes célèbres qui

n’ont vu qu’une seule fois le cas dont je parle. J’ai cru faire quelque chose d utile pour la science en en donnant un dessin et une description détaillée , comparée avec le seul cas que je connaisse ainsi, publié par Scarpa dans son Traité pratique des hernies. La pièce est d’ailleurs soigneusement conservée dans le cabinet anatomique de l’amphithéâtre des hôpitaux.

Pour exposer avec méthode tout ce qui est relatif à la mérocèle , je crois devoir le diviser en trois chapitres. Dans le premier , description de l’arcade crurale et énumération de quelques variétés anatomiques y relatives ; dans le second, description de la hernie crurale; dans le troisième, enfin, indication du procédé opératoire qui paraît le plus convenable , d’après les faits anatomico-pathologiques contenus dans les deux premiers chapitres.

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