INTRODUCTION
Déterminer les lésions du poumon qui constituent la maladie désignée sous le nom d’emphysème pulmonaire ou vésiculaire, en rechercher les causes et en saisir le mode d’action, tel est le double but que nous avons essayé d’atteindre.
Laennec, qui le premier a fait entrer l’emphysème dans les cadres nosologiques, semblait avoir établi d’une manière incontestable la nature et le siège de la maladie. Cependant les travaux de ses successeurs sont venus remettre en doute la question, sans toutefois la résoudre, et aujourd’hui elle forme parmi les anatomistes l’objet de nombreux dissentiments. C’est à tel point que des hommes très-compétents déclarent que tout ce que l’on a dit et écrit sur ce sujet doit être soumis à un nouvel examen. Nous ne pouvions donc, à moins de nous condamner d’avance à une œuvre complètement oiseuse, nous borner à la compulsion des mémoires qui ont paru sur l’emphysème, à l’analyse et à la discussion des faits connus et des opinions émises. Il fallait évidemment recourir à l’observation directe, aune exploration nouvelle
«les faits. D’ailleurs, nous avons espéré «juc, si nous étions assez heureux pour constater quelques faits nouveaux, ils seraient accueillis avec plus de faveur que ces longs débats théoriques dans lesquels on se fourvoie si souvent.
Avant d’étudier les altérations du poumon, nous avons trouvé indispensable de déterminer l’état physiologique de cet orgaue. Celle marche logique est sulïisamment justifiée par le peu d’accord qui règne entre les anatomistes sur plusieurs des caractères généraux du poumon à l’état sain et principalement sur sa structure intime. Nous avons donc entrepris une série de recherches sur ses propriétés physiques et organiques, et, pour faire mieux ressortir leur valeur rela'tive, nous les avons mises en parallèle avec les caractères généraux de l’cmphyscme, qui ne sontévidemment que des modifications morbides de ces propriétés. Quant à la structure intime, elle constituait une question dont la solution pouvait seule permettre de comprendre les lésions pulmonaires dues à l’emphysème, attendu que celte maladie n’est, comme nous le démontrerons, qn’une désorganisation particulière de celle structure. C’est donc celle-ci qu’il importait surtout de connaître et déposer d’avance d’une manière incontestable. Tel a été le but du mémoire que nous avons publié sur cet objet. Ne pouvant en rapporter ici que les faits les plus indispensables à l’intelligence de la lésion morbide, nous renvoyons, pour les développements et les preuves à l’appui, au travail lui-même (1).
A l’aide d’une observation méthodique et patiente nous avons tâchéensuite d’analyser aussi complètement que possible l’état morbide des poumons. Les détails dans lesquels nous sommes entrés peuvent paraître minutieux ; mais on doit considérer que la plupart des faits avancés dans cc travail sont nouveaux, et que nous ne pouvions en conséquence les entourer de trop de preuves, ni en faciliter la vérification par des indications trop nombreuses. En outre, comment déterminer le siège de la maladie et en éclairer la nature, si chacune des altérations, qui composent un état morbide aussi complexe, n’est étudiée dans ses diverses formes, dans son origine, dans son développement et dans ses transformations successives? Est-il un autre moyen d’apprécier l'importance relative de ces altérations, de connaître leurs rapports et de saisir leur mode d’enchaînement et de succession ? En
( I ) Recherches sur la slruciure intime du poumon de l'homme et des principaux mammifères .Mémoires de l'Académie royale de médecine. Bruxelles, I84G.
vit
suivant celte méthode, nous croyons, au surplus, n’avoir que satisfait aux exigences actuelles de l’anatomie pathologique.
Nous terminons cette première partie de nos recherches par un résumé où l’on ne trouvera qu’un petit nombre de conclusions, parce que nous n’avons voulu formuler que les plus rigoureuses, celles qui s’nppuyenl de tous points sur les résultats de l’observation directe. En écartant les questions dont la solution ne peut être fournie exclusivement par l’anatomie pathologique, nous nous réservons néanmoins d’y revenir, lorsque, par l’élude de l’étiologie et de la pathogénie, nous aurons acquis des faits propres à éclairer et à utiliser les données anatomiques.
Afin d’augmenter la clarté des descriptions, et comme première preuve de leur exactitude, nous avons fait dessiner les principales phases de l’évolution morbide du tissu pulmonaire, qui caractérise l’emphyscme. Ces dessins exécutés à la loupe par un artiste aussi habile que modeste ne laissent rien à désirer sous le rapport de la fidèle reproduction des objets.
En abordant, dans la 2e partie de cette publicationqui ne tardera pas à paraître, l’étude des causes de l'emphysème, nous ne nous sommes pas dissimulé les difficultés de la lâche que nous entreprenions. On sait que des observateurs illustres ont exercé leur sagacité sur ce sujet et que néanmoins c’est le point de l’histoire de l’emphysème qui réclame le plus impérieusement de nouvelles recherches. Aussi, n’avons-nous nullement la prétention de combler la lacune qui existe dans celle partie de la science. Nous avons espéré seulement qu’en ajoutant à l’observation clinique un autre mode d’exploration, il ne serait pas impossible d’arriver à quelques résultats utiles. L’expérimentation sur les animaux vivants, qui a déjà rendu de si grands services à la physiologie, nous semble également appelée à en rendre à la pathologie. Nous avons en conséquence essayé, par les moyens les plus variés, de produire I emphysème sur des animaux dont on constatait auparavant 1 état d intégrité de l’appareil respiratoire. Créer ainsi la maladie de toutes pièces, pouvoir mettre en rapport les causes, les symptômes et les lésions produites aux diverses époques de la maladie, sans négliger de tenir compte de la modalité des êtres sur lesquels on opérait et des autres circonstances de l’expérimental ion, nous a paru constituer un point de vue nouveau, d’où il ne pouvait être qu’avantageux de considérer les faits cliniques.
Si les résultats, tant positifs que négatifs, des nombreuses expériences
que nous avons faites, nous ont permis d’ajouter quelque chose à ce que l’on sait de positif sur l’étiologie et sur la pathogénie de l’emphysème, nous nou$ empressons de le reconnaître, c’est à M. Thiernesse, . professeur à l’école vétérinaire que nous le devons. Comprenant mieux que personne ce que la médecine humaine et la médecine vétérinaire peuvent gagner de leur rapprochement mutuel, de leur étude comparative, ce savant met un dévouement et une générosité que nous ne saurions taire, à aider et à encourager ceux qui s’occupent de cette branche importante de la science. Sans son obligeance infatigable à nous aider de ses conseils et mettre à notre disposition les nombreux éléments, nécessaires à des expériences aussi variées, il nous eût été impossible de poursuivre avec quelque succès l’étude que nous avions entreprise.
Nous devons beaucoup aussi à M. Gluge, professeur à l’Université libre, dont le vaste savoir nous a été précieux dans la rédaction de ce travail et dont l’exemple et les encouragements ont été pour nous un puissant stimulant.