AROH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — 5° SÉRIE. — T, IX. — (III
qui embrassent toute l'étendue de cet appareil, il s’adresse au poumon seul ; maïs en même temps, il ne se borne point à la structure de cet organe et envisage son anatomie tout entière, y compris ses rapports avec le squelette et les autres viscères. C’est ce que veut exprimer le mot « anatomiques » destiné en même temps à bien montrer toute l’importance qu’il faut attacher à l'étude macroscopique du poumon et de ses connexions. Pour avoir négligé cette étude macroscopique l’on est encore très mal fixé sur la constitution et sur le rôle du diaphragme pulmonaire des Oiseaux et l’on a décrit la face ventrale du poumon d’une manière absolument schématique.
A la suite de cette étude anatomique nouvelle, il était indispensable de bien relier entre elles les données macroscopiques que l’on possédait déjà sur la structure du poumon, car, faute d’avoir fait ce rapprochement, bien des détails de la structure restaient incompréhensibles, et en tous cas ne pouvaient être comparés aisément avec ceux du poumon des autres animaux.
Le meilleur moyen de bien faire comprendre la structure du poumon des Oiseaux était évidemment d’en faire une étude complète, c’est-à-dire à la fois lanatomique, histologique et embryologique, afin de bien coordonner entre elles les notions de divers ordres que l’on possèdait sur le poumon et de suivre la structure depuis les dispositions macroscopiques aisément visibles à l'œil nu jusqu'aux plus fins détails, perceptibles seulement à l’aide de forts grossissements. Cette étude devait être corroborée par celle du développement qui permet de suivre graduellement la complication de l’ébauche pulmonaire et d'assister à la création des différentes parties observées chez l’adulte.
Pour une semblable étude, une espèce s’offrait avant toutes les autres à cause de la facilité avec laquelle on peut s’en procurer les embryons aux différents moments de l’évolution : c’est le Poulet domestique. Les embryons ont été recueillis à tous les stades et surtout pendant les stades tardifs — qui
n'avaient fait jusqu'ici l’objet d’aucune recherche — c’està-dire à partir du huitième jour de l’incubation jusqu’à l'éclosion et pendant les premiers jours qui suivent cette dernière. |
Mais si le Poulet à été le principal objet de mes recherches, je ne me suis pas borné à cette espèce, et j'ai étudié, chez Padulte, vingt-quatre espèces appartenant à huit ordres. Elles m'ont montré des dispositions un peu différentes de celles rencontrées chez le Poulet et m’ont permis de prendre une idée de la variation structurale du poumon dans un certain nombre de types. :
Enfin, j'ai comparé le poumon des Oiseaux avec celui des autres Amniotes et particulièrement avec celui des Mammifères en faisant ressortir les corrélations étroites qui lient la structure du poumon au reste de l’organisation avienne et qui caractérisent d’une manière si frappante l’organe respiratoire des Oiseaux. L
Ce travail m’a été inspiré par M. le professeur Vialleton qui a bien voulu mettre à ma disposition les ressources de son laboratoire pendant toute la durée de mes recherches et en écrivant son nom en tête de cette étude, je sens quel est le faible hommage de ma reconnaissance à sa bienveillance éclairée. Ce travail n’est que le résultat de son remarquable enseignement et les encouragements, les conseils que ne cessa de me prodiguer mon Maître porteront un jour, je l’espère, des fruits dignes des méthodes scientifiques que je me suis efforcé d'acquérir dans son laboratoire.
Je croirais manquer à mon devoir en ne remerciant pas ici M. Pontal, étudiant en médecine et M. F. Delanoé, chef des travaux d’histologie à la Faculté de Médecine de Montpellier, dont j'ai pu apprécier tant de fois la charmante courtoisie et qui sacrifièrent si généreusement leurs loisirs au travail de leur ami.
Historique
Les travaux sur l’appareil respiratoire des Oiseaux sont excessivement nombreux et si l’on se reporte à la liste donnée p. 366, on voit qu’il en existe plus d’une centaine; mais ces travaux se rapportent d’une manière très inégale au sujet que nous traitons. Beaucoup s'occupent avant tout des sacs aériens, etun petit nombre seulement ont trait au poumon proprement dit envisagé sous les différents aspects où nous voulons l’examiner. Il nous paraît inutile de refaire un historique complet des mémoires consacrés à l’appareil respiratoire, d’autant que cet historique à été fort bien fait pour ce qui regarde le dixhuitième siècle et la première partie du dix-neuvième par SAPPEY (1847), et que l’on peut aussi trouver dans OPPEL (1905) un exposé détaillé des travaux postérieurs à celui de anatomiste français dont nous venons de parler. Mais nous voudrions faire ressortir les principales étapes de nos connaissances sur l’anatomie du poumon afin de bien préciser les questions qui restent à résoudre et de mettre en relief l’œuvre des principaux chercheurs qui se sont occupés de cette étude.
Sans parler des données anciennes d’ARISTOTE et de l’empereur FRÉDÉRIC qui avait remarqué l’adhérence des poumons aux côtes et d’autres détails de leur anatomie, nous prendrons comme point de départ la magistrale étude de SAPPEY qui renferme, ainsi qu'on l’a vu plus haut, un excellent historique. Combinant les résultats obtenus par ses devanciers et ses propres découvertes, SAPPEY donne une bonne description des grosses bronches intra-pulmonaires qu’il divise en « diaphragmatiques » et « costales » suivant qu’elles sont placées sur la face ventrale ou sur la face dorsale du poumon. Il montre leur mode de ramification pennée et leur situation superficielle, il découvre aussi quelques anastomoses réunissant les rameaux issus de ces grosses bronches, mais ne va pas plus loin dans l'étude de la structure intime. Il remarque que si l’on remplit
d’une masse solide les grosses bronches sans atteindre celles qui en naissent, ces dernières qui communiquent entre elles par les anastomoses précitées, n’étendent point leur domaine et leurs communications sur une surface un peu étendue, mais qu'elles fournissent seulement un territoire restreint du poumon, qu’il compare à celui d’un lobe ou même d’un lobule pulmonaire. Il ne s’est donc point rendu compte de la facilité du passage de l’air dans les différentes parties du poumon et s’est mépris sur la fine structure de ce dernier, en admettant dans le poumon des Oiseaux des territoires lobulaires qui n’y existent point. D'ailleurs il n’a guère cherché les fins détails de structure du parenchyme pulmonaire, et toute son attention, comme celle de ses prédécesseurs du reste, s’est portée essentiellement sur les sacs aériens. Il a certainement donné de ces sacs là meilleure des descriptions qui puisse en être faite si lon met à part la mention de leur origine embryologique. Les auteurs qui ont suivi n’ont pas ajouté grand’-chose à sa description. Pour le poumon proprement dit, il faut signaler aussi qu’il a fort bien vu l’absence de plèvre et ses données sur ce sujet ont été pleinement confirmées par les recherches embryologiques de BERTELLI (1905) qui ont mis fin aux longues discussions résultant d’une compréhension restée imparfaite, faute de la connaissance du développement.
Peu de temps après les recherches de SAPPEY, RAINEY (1849) fit une étude histologique du poumon des Oiseaux et donna la première figure de la structure du parenchyme. Bien que schématique, cette figure représente assez exactement l’enveloppe prismatique que le parenchyme forme autour de la lumière des bronches. Les détails histologiques sont toutefois très imparfaits : c’est ainsi qu'il affirme l’absence d’epithélium sur les travées du parenchyme, idée qui se fera encore jour dans certains travaux récents. La présence de cet épithélium fut au contraire affirmée dix ans plus tard par WILLIAMS (1859) qui a donné une étude d’ensemble du poumon. EBERTH (1863) apporta quelques contributions à l’histologie du poumon,
et en 1871 F. E. ScHuzzE donna une description histologique du poumon des Oiseaux avec deux figures schématiques, l’une des voies aériennes dans le parenchyme, l’autre des vaisseaux. Comme ce sont les meilleures figures se rapportant à l’anatomie microscopique du poumon, elles ont été reproduites jusque dans les ouvrages récents comme celui d'OPPez (1905). Le même auteur a récemment donné une étude importante du poumon de lPAutruche, on en reparlera plus loin.
En 1875, parut un admirable travail, aussi complet qu’il pouvait l'être à ce moment, et qui embrasse tous les points essentiels de la structure du poumon. C’est le travail de CAM- PANA (1875.) CAMPANA étudia spécialement le Poulet, mais 1l ne négligea aucune des parties de l’appareil respiratoire : il en fit une monographie véritablement magistrale, qui n’eut point le succès et le retentissement qu’elle méritait, car bien des résultats qu’elle renferme ont été méconnus jusqu'ici, alors même qu’ils étaient l’expression exacte de la vérité. CAMPANA injecta à l’aide de mélanges céro-résineux l’arbre bronchique du Poulet et put ainsi suivre les bronches dans tout leur parcours. Il montra que la bronche souche donne d’abord les gros troncs superficiels signalés par ses prédécesseurs, puis que ces troncs se divisent en rameaux plus fins qui vont s’anastomoser avec les rameaux analogues venus des bronches de la face opposée du poumon et forment avec ces derniers des circuits spiroïdes qui parcourent toute l’épaisseur du poumon en traversant le parenchyme pulmonaire. Il fit voir aussi que tout autour de ces circuits bronchiques, le parenchyme pulmonaire se dispose en fines travées anastomosées, entre lesquelles l’air circule de toutes parts, et cette donnée est plus exacte que celle de SCHUILZE figurant autour de la lumière des gros conduits aériens des tubes branchés et communicants entre eux mais terminés en cul-de-sac. En un mot, il donna une description du poumon de Poulet à laquelle on pourrait souscrire aujourd’hui sans rien changer d’essentiel et en y ajoutant seulement certains faits tirés de l’embryologie qui expliquent
et la complètent. Les détails de l’œuvre de CAMPANA seront discutés au fur et à mesu re qu’ils se présenteront à propos de nos recherches, et d’ailleurs il serait inutile de les indiquer dès maintenant, parce qu’ils ne pourraient être compris d’une manière satisfaisante sans entrer dans des développements qui feraient double emploi avec la suite. Il suffit d’insister encore une fois sur l’importance de son travail.
De 1875 à 1890, peu de travaux d’ensemble furent faits sur le poumon des Oiseaux. HuxLEY (1882) donna une description et une nomenclature nouvelle des bronches. Il appelle « mésobronche » la bronche souche, «entobronches » les bronches ventrales ou diaphragmatiques, « ectobronches » les bronches costales et désigne sous le nom de « parabronches » les bronches issues de ces troncs principaux. Cette nomenclature très commode par l’unité des termes proposés, constitue un très réel progrès pour l’exposé de la structure pulmonaire et pour la description des parties. Mais en dehors de cette acquisition didactique, le travail de HUXLEY n’apporte aucune contribution nouvelle à nos connaissances qui resteront encore longtemps après lui à un état assez peu satisfaisant, étant donné Poubli des descriptions de CAMPANA. Aussi la monographie de Ganow (1890) donnée dans le règne animal de BRoNN ne renferme aucune bonne figure du poumon. De nouveaux travaux, ceux de RoCHÉ (1891), de BIGNON ont paru sur les sacs aériens, mais ils ne s’occupent point de la structure pulmonaire.
Il en est de même de ceux de BERTELLI (1905) qui ont toutefois une grande valeur parce qu’ils donnent des détails très intéressants sur le développement des sacs aériens et sur leur rôle dans le cloisonnement de la cavité viscérale. Grâce à ces travaux, les rapports du poumon avec les viscères et avec les parois costales sont, d’une manière générale, exactement compris et les discussions interminables soulevées à propos de l’existence des plèvres sont enfin tranchées par l’embryologie d’une manière satisfaisante. Pour quelques détails, il est vrai,
nous différerons de l’opinion de BERTELLI, mais il n’en est pas moins vrai que, pour ce qui regarde les rapports des poumons, son travail à une importance capitale et occupe un rang des plus honorables parmi ceux qui ont fixé nos connaissances à ce sujet.
Avec les travaux embryologiques de BERTELLI nous devons rappeler ceux qui ont été consacrés par divers auteurs au développement du poumon des Oiseaux. Ces travaux, dont certains remontent à une date fort reculée (VON BAER, RATHKE) sont fort nombreux comme on se l’explique aisément, par le fait que l'embryon de Poulet a été longtemps l’objet d’étude favori des embryologistes, mais ils ne portent que sur les premiers ‘stades du développement et par conséquent relèvent plutôt de l’embryologie générale que de celle des organes que nous avons en vue. Nous ne ferons donc qu’énumérer ceux de VON BAER (1828), RATHKE (1828), REMAK (1855), SELENKA (1866), GÔTTE (1867), H1s(1868), SuesseL (1877), FiscHeLis (1885), KASTSCHENKO (1887), WEBER ET BUVIGNIER (1903) pour insister un peu plus sur ceux de ZUMSTEIN (1891-92), de MrLLer (1893), de Fanny Moser (1902).
ZUMSTEIN à énuméré la formation des sacs ; FANNY Moser a poussé plus loin que ses prédécesseurs l'étude du développement du poumon et a étudié des poumons de huit jours. MILLER a essayé de représenter les rapports entre la structure des poumons des Oiseaux et ceux des autres Vertébrés.
SUPINO (1899) a donné quelques renseignements histologiques sur les poumons des Oiseaux. OPPEL (1905) dans son ouvrage, surtout bibliographique, a donné une étude histologique très complète de la structure de l’appareil respiratoire, étude il est vrai appuyée sur des recherches personnelles etsur des critiques qui lui donnent une valeur importante. Mais il s’en est tenu surtout, comme l’indique d’ailleurs son titre, à l’histologie, de sorte que celui qui chercheraïit à se faire une idée exacte et complète du poumon des Oiseaux d’après son traité, serait certainement déçu et ne trouverait pas au milieu
de la masse énorme de documents bibliographiques qu’il renferme, le fil conducteur capable de lui faire comprendre la structure du poumon.
Un dernier travail doit être signalé maintenant qui semble répondre très exactement au but que se propose le nôtre, c’est celui de G. FISCHER (1905) qui a étudié à la fois anatomiquement et histologiquement l’arbre bronchique des Oiseaux, et donne des moulages du poumon d’une trentaine d’espèces. A première vue, ce travail paraît bien combler toutes les lacunes qui existaient jusqu'alors dans nos connaissances et semblerait devoir décourager toute autre recherche dans le même domaine. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit aisément qu’il est loin de répondre à tous les desiderata et qu’il est en réalité bien au-dessous de celui de CAMPANA, qu’il a méconnu comme tant d’autres. En effet, les anastomoses des parabronches sont représentées d’une manière tout à fait schématique et, chose plus grave, les rapports des sacs aériens avec les bronches intrapulmonaires sont tout à fait négligés, de sorte que l’un des traits les plus caractéristiques de la structure du poumon des Oiseaux a totalement échappé à l’auteur. Il n’a pu voir notamment la disposition différente des orifices bronchiques dans les différentes espèces qu’il étudie ; par conséquent les nombreux moulages qu’il donne (et qui pour la plupart, étant vus par la surface dorsale, ne laissent apercevoir aucun des traits essentiels de la structure), n’ont que la valeur d’une image tout à fait superficielle des bronches.
Dans un travail récent, F. E. Scxuzze (1908) a donné uns description du poumon de l’Autruche, à laquelle il a déjà été fait allusion.
Enfin je dois signaler diverses notes que j’ai publiées au cours de cette année dans les comptes rendus de l’Académie des Sciences et dans ceux de la Société de Biologie, sur divers points de la structure pulmonaire et sur lesquelles je reviendrai.
Méthodes
Nous indiquerons ici toutes les méthodes employées au cours de ce travail pour l’étude purement anatomique et l’étude embryologique ou histologique.
Tout d’abord, il est indispensable de se servir d’un matériel très frais, non seulement pour l’étude histologique où il est inutile d’en faire ressortir la nécessité, mais encore pour. l’étude anatomique parce que diverses circonstances interviennent qui peuvent rendre absolument inutilisables des animaux morts depuis quelque temps déjà, et fréquemment aussi des animaux venant d’être tués à la chasse. Le matériel de choix est donc donné par les Oiseaux de basse-cour et par ceux que l’on peut se procurer vivants chez les marchands. On peut aussi utiliser d’autres pièces rares obtenues autrement, maïs cela ne pourra jamais se faire que pour une étude partielle d’un point quelconque de la structure, et non pour une étude d’ensemble de toutes les questions qui se soulèvent à propos de la structure pulmonaire.
Pour tuer les animaux le procédé le plus simple et le meilleur est le suivant : on fait tenir l’oiseau par un aide, on découvre rapidement la trachée à la partie antérieure du cou, on l’isole et on fait la section du cou en dessous de la trachée ; de cette façon l’animal est saigné et meurt rapidement. La saignée est utile surtout pour les recherches histologiques en dégageant le poumon d’une certaine quantité du sang qu’il renferme, quantité telle, que lorsque la saignée préalable n’a pas été faite les globules rouges masquent presque totalement la fine structure pulmonaire. Après la saignée, le poumon n’est certes pas dépourvu de sang, mais il en contient moins et l’observation histologique est beaucoup plus facile. La saignée ordinairement opérée par les marchands de volailles et qui consiste soit dans une section totale du cou, soit dans une section des artères linguales, à l’inconvénient d'entraîner toujours le passage d’une
certaine quantité de sang dans la trachée et même dans les bronches intrapulmonaires, ce qui peut gêner l’observation histologique et rendre les injections par la trachée souvent très difficiles.
Pour l’étude anatomique, la dissection sur le frais est absolument insuffisante et ne donne que des résultats très incomplets. Les parois des sacs aériens qu’il importe de conserver pour les bien délimiter, sont sur le frais beaucoup trop molles et trop rétractiles pour conserver leur forme et leur disposition après qu’elles ont été partiellement sectionnées. Elles s’affaissent donc ou se déchirent de manière à ne plus laisser reconnaître leur situation ou leurs rapports. D’autre part, le sang contenu dans les oreillettes et dans les grosses veines est encore assez abondant pour gêner beaucoup la dissection et exiger des tamponnements avec l’ouate hydrophile qui déforment plus ou moins les parties. Par conséquent, pour faire une bonne dissection de l’appareil pulmonaire, (donnant des résultats précis, relativement faciles à observer et permettant de conserver des pièces, il faut procéder de la manière suivante. Sur un oiseau tué comme il vient d’être dit et absolument intact d’autre part, on ouvre la trachée, on y met une canule de calibre convenable et on injecte lentement sous une faible pression de l’alcool à 80° qui pénètre dans le poumon, parcourt tout l’arbre bronchique dont les rameaux, continus entre eux lui laissent un passage facile et s'écoule dans les sacs aériens qu'il distend. Le remplissage de ces sacs est indiqué à l’extérieur par le gonflement du ventre et un léger écartement des ailes. On maintient alors la pression pendant quelque temps en se gardant bien de l’augmenter pour ne pas entraîner de ruptures, puis on lie la trachée, on enlève la canule et l’on plonge l’animal entier dans de l’alcool à 80°. On peut d’ailleurs, lorsqu'on veut faire une simple dissection, sans recherche histologique, remplacer l’alcool bon goût, par de l'alcool à brûler qui est meilleur marché et donne d’aussi bons résultats.
Pour ces injections, j’ai utilisé l’appareil à pression continue
indiqué dans la Technique histologique de VIALLETON (1909) et qui consiste en une soufflerie de thermo-cautère produisant dans un flacon rempli d’alcool une pression susceptible d’être réglée à volonté et que l’on peut évaluer avec un manomètre à mercure. Les pressions extrêmes employées évoluaient entre 8 et 10 centimètres de mercure.
Au bout de vingt-quatre heures les parties sont devenues suffisamment résistantes pour que l’on puisse ne point craindre leur affaissement si l’on vient à ouvrir un sac aérien. On peut encore enlever les parties inutiles de l’oiseau pour éviter l’emploi d’une trop grande quantité d’alcool ou la pénétration difficile de ce liquide dans l’intérieur du corps et par suite une mauvaise conservation. On enlèvera donc par désarticulation les jambes et les ailes, on coupera le cou à sa partie moyenne et on ouvrira avec soin la paroi abdominale pour permettre à l'alcool de pénétrer aisément entre les différents viscères qu’il faudra d’ailleurs laisser en place jusqu’au moment de la dissection définitive. On peut aussi écarter légèrement avec le doigt quelques anses intestinales pour faciliter la pénétration de l'alcool ; mais il faut avoir grand soin de ne déchirer aucun des mésos qui cloisonnent la cavité viscérale.
J’ai essayé de remplacer l’alcool par le formol, mais les résultats obtenus sont beaucoup moins bons. Le formol gonfle légèrement le tissu conjonctif et ne lui donne point autant de résistance que l’alcool : il doit donc être rejeté dans ce cas.
Comme je me suis servi pour la préparation des pièces histologiques d’un procédé de fixation sur place, par injection intra-pulmonaire faite dans les mêmes conditions que celle qui vient d’être dite, je l’indiquerai ici avec ses différentes modalités. |
19 INJECTION DE NITRATE D'ARGENT. — Dans un oiseau préparé comme il a été dit, on injecte une solution de nitrate d'argent en se servant de l’appareil à pression continue. On maintient la pression pendant quelques minutes, puis on enfonce une canule piquante dans les sacs diaphragmatiques posté-
rieurs ou abdominaux : le nitrate d'argent s'échappe par la canule. On fait alors passer à sa place un courant d’eau dis-' tillée puis un courant d’alcool et sans attendre davantage on coupe l’animal en arrière de la dernière côte : on enlève le thorax, les ailes, les jambes et le cou, et on plonge la pièce dans l’alcool où elle achève de se durcir. Il est inutile ici de laisser l’animal entier, puisqu'on n’a pas à faire de recherches anatomiques exigeant la conservation des viscères. On procéderait de même avec le liquide de Renaut (mélange picro-osmio-argentique) mais sans faire de lavage à l’eau.
20 FIXATION AU LIQUIDE DE ZENKER. — L’animal étant préparé pour l’injection, on pousse du liquide de Zenker dans la trachée et on lie cette dernière. Fil s’agit d’un petit oiseau, on le plonge en entier dans ce fixateur en se contentant d’enlever les jambes et les aïles. Douze heures après, on porte dans l’eau comme d’habitude, on passe dans l’alcool iodé puis dans les alcools successifs et on dégage le poumon que l’on conserve seul.
30 FIXATION AU LIQUIDE DE FLEMMING. — L’injection est faite avec du liquide de Flemming: puis l’animal, s’ilest petit, étant rapidement débarrassé des ailes et des pattes, sectionné en arrière de la dernière côte, est plongé dans le fixateur précité. On l’y laisse pendant plusieurs jours de façon à obtenir la décalcification du squelette ; puis on lave à l’eau, on déshydrate par l'alcool et on peut faire des coupes totales des poumons en place.
MÉTHODE DES ALLIAGES FUSIBLES. — Cette méthode donne pour le poumon des Oiseaux des résultats vraiment merveilleux. En effet, les bronches communiquant toutes entre elles et d'autre part les sacs aériens fournissant une issue facile à l'air contenu dans le poumon, les alliages fusibles injectés dans cet organe remplissent complètement les bronches et donnent des moulages tout à fait complets qui ont en outre l’avantage de pouvoir être conservés indéfiniment ct étudiés à loisir.
Différents alliages fusibles sont signalés par les auteurs. Un des plus connus est celui de Darcet dont la composition est la suivante en poids :
BA 22 2 p.
Plon nets ce 1p Hatier pe er dr vu 2 lp
Cet alliage est fusible à 93° ; mais comme il faut forcément pour l’injecter, l’élever à une température supérieure d’au moins 30 à 40° au-dessus du point de fusion, il n’est pas très pratique. J’ai pensé l’améliorer par une addition de mercure, ainsi que différents auteurs l’ont oroposé. On peut ainsi en prenant :
2 p. de l’alliage initial 1 p. de mercure
obtenir une masse fusible à 530 et qui par conséquent n’a pas besoin d’être élevée à une très haute température pour l’injection. J’ai employé avec succès cette masse ; mais, à cause des inconvénients que je vais rapporter, je l’ai bientôt délaissée pour une autre dont il sera question plus loin. D’abord et surtout, cette masse à une tendance à se dissocier en ses deux composants, mercure et alliage de Darcet, entre 30 et 400 ; de plus elle se ramollit suffisamment à ces températures pour que les moulages se déforment sous leur propre poids. C’est là un inconvénient très fâcheux d'autant plus que dans le traitement destiné à débarrasser les moulages de leurs parties molles, ces derniers doivent être portés à une température de 45 à 50°. D’autre part les moulages se brisent aisément même sous la pression des doigts surtout lorsqu'il s’agit de petits animaux. Enfin un dernier inconvénient,'et du reste de beaucoup le moins important, réside en ce que les masses métalliques obtenues à l’aide de ce mélange et qui ont d’abord un éclat assez vif sont très rapidement ternies par l’air et se désagrègent.
Le mélange auquel je me suis arrêté après divers tâtonnements et qui m’a donné les résultats les meilleurs est l’alliage de Wood dont la composition en poids est la suivante :
Bismuth ordinaire... ......1..... Tip. Plomb en baguettes ..........,... hi Etain en baguettes ............... 20 Cadmium en grenaille............. 2 p.
Cvt alliage est fusible vers 700. Pour l’employer on cominence par faire fondre le bismuth réduit en petits fragments, puis tenant les baguettes de plomb avec une pince en fer on projette sur elles la flamme d’un chalumeau de façon à les échautfer rapidement et à faire tomber le plomb fondu dans le bismuth en fusion. On procède de même avec l’étain. Le cadmium est alors versé dans la masse où il fond très rapidement. On brasse vigoureusement l’alliage avec une spatule en fer et on le maintient sur le feu à la température de 1200 constatée fréquemment avec un thermomètre ordinaire gradué à 2000 et bien desséché au préalable. Pendant ce temps, on prépare un oiseau comme il a été dit pour les injections ordinaires. Suivant la taille de l’oiseau, la canule mise dans la trachée est, soit une canule métallique d’un millimètre de diamètre au minimum, soit pour les oiseaux de plus forte taiïlle, une canule plus volumineuse, les plus grosses étant naturellement les meilleures à la condition cependant qu’elles glissent librement dans la trachée sans la distendre. La partie libre de la canule doit dépasser longuement la trachée pour pouvoir être chauffée avec une flamme au moment de l'injection. Celle-ci est faite au moyen de l’appareil représenté dans la figure 1 et qui consiste tout simplement en un entonnoir de cuivre d’une capacité d'environ 80 centimètres cubes sur lequel s'adaptent à frottement dur des tubes de 18 à 20 centimètres de long également en cuivre, de calibres divers et dont l’extrémité inférieure peut entrer parfaitement dans la canule trachéenne ou dans la trachée elle-même. L’entonnoir est supporté par un anneau glissant le long d’une tige verticale et formant lui-même rampe à gaz, avec une série de trous de façon à chauffer tout le pourtour de l’entonnoir.
L'appareil en place et l’oiseau destiné à être injecté étant
couché sur le dos près de la masse en fusion dans une cuvette
D en Ti
FiG. T. — Appareil pour injections métalliques. — C«, canule ; Cg, couronne à gaz; En, entonnoir ; G, gaz.
à photographie, pour éviter l'écoulement du métal en cas de
rupture on chauffe l’entonnoir avec la rampe à gaz eb on pro-
mène le long du tube la flamme d’un tampon imbibé d’alcoo!l
pour l’échauffer. La température de l’alliage étant alors de 1109, on le verse dans l’entonnoir de façon àfremplirice "dernier que l’on continue de chauffer selon le besoin ainsi que le tube conducteur. L’injection se produit d’elle-même comme ile montrent bien vite le gonflement du ventre et l’écartement des ailes. Lorsque ces phénomènes se sont produits, on cesse de verser la masse et on laisse refroidir sans s’occuper de l’excès de masse restant dans l’entonnoir et dans le conduit, ‘sa fusibilité permettant de l’enlever facilement après l’opération. Il est bon de ne pas toucher à l’oiseau pendant tout le temps nécessaire au refroidissement, c’est-à-dire une vingtaine de minutes. On porte ensuite la cuvette contenant l’oiseau sous un courant d’eau pour achever le refroidissement. Dès que ce résultat est obtenu, on commence la dissection de l’animal : on enlève les ailes, les pattes et l’on attaque avec précaution les viscères comprimés et diversement refoulés par les sacs aériens distendus. Ces derniers sont très inégalement injectés par la masse à injection et on ne trouve peut-être pas deux cas où le résultat soit semblable, l’un ou l’autre des sacs étant absolument rempli tandis que d’autres ne le sont que partiellement ; mais ce résultat qui serait très fâcheux si on étudiait les sacs aériens, a moins d’importance dans le cas qui nous occupe et il est en quelque sorte la rançon d’une bonne injection pulmonaire : l’air refoulé dans certains sacs, servant de tampon et favorisant la circulation de la masse fluide dans les voies aériennes qui communiquent toutes entre elles. Au cours de la dissection de la pièce injectée, les sacs aériens se rompent d'habitude au niveau de leur pédicule et permettent ainsi de dégager aisément le poumon. Si quelques-uns d’entre eux ne se détachent pas spontanément, on peut toujours les enlever en coupant leur pédicule avec une scie fine d’horloger. Pendant la dissection, il importe de manier doucement la pièce pour que la rupture des gros sacs (abdominaaux et diaphragmatiques postérieurs) se fasse avec ménagement et sans entraîner de délabrement. Il est