PAPILLE OPTIQUE
Papille optique.
Nos onze cas de glaucome étaient tous trop avancés pour que nous ayons pu constater les lésions initiales de la papille. Dans tous, elle était atrophiée et excavée ; l'atrophie est un caractère plus essentiel encore que l'excavation, car elle est complète dans des yeux glaucomateux à papille à peine excavée. C'est ainsi que dans notre observation IV, où il s'agit d'un glaucome datant de trois ans, le plan de la papille, complètement atrophiée, était au niveau de la surface interne de la sclérotique, c'est-àdire simplement aplati et à peine refoulé. Nous n'insisterons ni sur la profondeur variable de l'excavation, en rapport avec le plus ou moins grand refoulement de la lame criblée, ni sur sa forme en chaudron, due à la forme même du canal optique de la sclérotique.
Mais nous voulons faire ressortir deux de ses caractères essentiels : le dégagement de l'anneau scléral ; les altérations des divers tissus de la papille.
L'anneau scléral, bord de l'orifice interne du canal optique de la sclérotique, est normalement enfoncé à une profondeur considérable sous l'épaisse couche des fibres nerveuses papillaires et leurs vaisseaux. L'atrophie de ces fibres diminue évidemment l'épaisseur des couches qui recouvrent cet anneau ; mais, dans les atrophies sans refoulement du plan papillaire, il reste cependant revêtu d'une certaine épaisseur d'éléments nerveux on névrogliques. Au contraire, dans le glaucome les fibres atrophiées de la papille sont tassées et comme tendues sur cet anneau de manière à ne plus constituer qu'une couche d'une minceur extrême, moulée sur l'anneau et dessinant sa saillie. D'autre part, le refoulement du plan
papillaire, dans la profondeur du canal scierai, met en relief le bord tranchant de l'anneau, dégage en d'autres termes l'anneau scierai. Al'ophtalmoscope cet anneau se voit dès lors sous la forme de ce fin liséré blanchâtre qui borde les excavations glaucomateuses et sur lequel se fait le coude des vaisseaux. Sur les coupes axiales de la papille il dessine un éperon saillant, qui de part et d'autre surplombe l'excavation glaucomateuse. Le fait étant constant, nous n'avons à ce sujet rien à dire de particulier dans chacun de nos onze cas de glaucome.
La présence sur les coupes axiales de cet éperon permettra toujours de distinguer une atrophie glaucomateuse d'une atrophie d'un autre ordre, même dans les cas où l'excavation sera si peu profonde que l'on pourrait conserver des doutes sur sa véritable nature.
Le fond de l'excavation n'est pas constitué par la lame criblée : celle-ci est toujours recouverte par une lame plus ou moins épaisse d'un tissu riche en noyaux, qui, après avoir tapissé les parois de l'excavation, va se continuer avec la couche atrophiée des fibres nerveuses rétiniennes. Ce tissu représente évidemment un reliquat du tissu nerveux de la papille, et nous croyons qu'il résulte principalement d'une transformation de la névroglie papillaire. L'épaisseur de la couche qu'il forme est très variable; il peut dans certains cas proliférer au point de combler presque l'excavation ; c'est ce qui avait lieu dans l'observation IX. Dans d'autres cas, il forme des crêtes saillantes divisant le fond de l'excavation en petites loges secondaires (obs. VI et VIII). Ce sont très probablement les proliférations de forme variable de ce tissu néoformé qui donnent lieu à l'aspect irrégulièrement guilloché du fond de l'excavation glaucomateuse observée à l'image droite.