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par leur face libre, on voit la couche continue de l'épithélium delà membrane de Descemet s'égrener en quelque sorte sur les trabécules qui naissent de sa périphérie. L'aspect des noyaux est le même sur la membrane et sur les travées, seule la forme se modifie quelque peu. A peu près circulaires sur la membrane de Descemet, ils s'allongent sur les travées suivant le grand axe de cellesci. Les travées profondes sont recouvertes d'endothélium tout comme les superficielles. Déjà à la limite de la membrane de Descemet, au niveau de l'anneau limitant, alors que le système trabéculaire n'est pas encore constitué, on peut constater en faisant varier la mise au point qu'il existe plusieurs couches endothéliales superposées. Gela est dû à ce que l'anneau limitant vers son bord postérieur est décomposé en plusieurs feuillets séparés par des assises cellulaires.
Les noyaux qui se détachent en saillie sur les travées du réticulum occupent principalement les angles de bifurcation des travées dans lesquels ils se moulent. Mais il peut en exister également sur le trajet d'une travée un peu longue.
Sur les pièces fixées par le liquide de Millier ces noyaux sont finement granuleux et circonscrits par un étroit liséré brillant.
Quand on observe un noyau de profil on voit partir de ses deux extrémités un fin prolongement, qui, s'appliquant exactement sur la trabécule, dessine à la surface de celleci un très fin liséré granuleux. Ce liséré est, croyonsnous, la coupe optique d'une mince plaque endothéliale engainant complètement la travée.
Sur des yeux morts depuis vingt-quatre heures ces membranes endothéliales se détachent partiellement ; on constate alors facilement qu'elles sont constituées par de
grandes cellules auxquelles appartiennent les noyaux faisant saillie sur les trabécùles,
La disposition des noyaux nous a paru être essentiellement la même dans les diverses couches du réticulum, avec cette seule différence qu'ils sont plus rapprochés dans les couches profondes.
Etude histologique du système trabéculaire scléro-cornéen sur des coupes (1). — Cette étude, faite à un grossissement suffisant, va nous renseigner sur les modifications qui surviennent dans les tissus avoisinants pour constituer le tissu trabéculaire; sur le mode de continuité de ces divers tissus ; enfin sur la superposition des plans de trabécùles et sur les espaces qui les séparent.
Les couches internes de la sclérotique au niveau de la région ciliaire montrent une agglomération de faisceaux circulaires d'autant plus pressés les uns contre les autres que l'on s'approche davantage delà zone réticulée. Parallèlement à ces modifications de texture, il se produit des changements histologiques consistant dans l'apparition d'une quantité considérable de fines fibres élastiques accolées à la surface des faisceaux conjonctifs circulaires ou même pénétrant dans leur intérieur. L'aire de distribution de ces fibrilles élastiques est très circonscrite, elle s'étend seulement à l'agglomération de faisceaux scléraux circulaires qui constituent le point d'appui et l'origine du tissu réticulé. On peut en trouver également dans les couches sclérales qui limitent immédiatement en dehors le canal de Schlemm ; enfin il en existe à la surface des trabécùles du réseau. Nous considérons la présence de ces fibrilles élastiques comme l'un des caractères histologiques importants de la région,
(\) Fig. 6.
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d'autant plus que ce caractère existe également chez les quadrupèdes.
Le passage du tissu scierai à fibres circulaires dans le tissu réticulé se fait, croyons-nous, par continuité des faisceaux conjonctifs de la sclérotique avec les travées du réticulum. On constate en effet tous les intermédiaires comme dimensions, aspect et coloration entre les deux ordres d'éléments. On peut même observer la transformation continue d'un faisceau scierai en une.de ces trabécules : le premier s'amincit, son tissu devient plus dense, plus réfringent et se modifie de telle sorte que la trabécule se colore beaucoup plus vivement par le picrocarmin que le faisceau scléral auquel elle fait suite.
L'amincissement des faisceaux détermine entre eux la formation de vides qui transforment en tissu lacunaire le tissu compact de la sclérotique. Les noyaux appliqués à la surface des faisceaux de cette dernière se continuent avec ceux en saillie sur les trabécules ; il faut très probablement les considérer comme étant de même nature, tous appartiennent à des cellules conjonctives, de même encore que ceux de la membrane de Descemet.
Les trabécules qui font suite au tendon du muscle ciliaire nous paraissent identiques histologiquement à celles d'origine sclérale, bien qu'elles proviennent d'un tissu évidemment de même nature, mais beaucoup moins condensé et à texture différente.
Le triangle trabéculaire ayant sa base tournée en arrière, il en résulte que les trabécules sont superposées à ce niveau suivant beaucoup plus de plans que vers la membrane de Descemet. Sans essayer d'établir un chiffre constant — il n'y a jamais de chiffre constant en anatomie, — disons, pour fixer les idées, que
l'on peut trouver douze à vingt plans à la base du triangle, quelques-uns seulement vers sa pointe.
L'aire du triangle est occupée par des séries à peu près rectilignes de segments de trabécules (fig. 6), séries orientées suivant des droites abaissées de la pointe du triangle sur les divers points de sa base et divergeant par conséquent de la membrane de Descemet vers le muscle ciliaire. Presque toutes, ayant un trajet plus ou moins oblique, se présentent sur les coupes sous la forme de petites baguettes de longueurs différentes, à extrémités arrondies ou un peu effilées, et disposées bout à bout en séries linéaires.
Chaque série linéaire de segments de trabécules représente la coupe de l'un des plans déjà décrits. Les anastomoses plongeantes qui unissent deux plans consécutifs sont représentées par des coupes isolées intermédiaires à deux séries de baguettes.
Les noyaux faisant saillie à la surface des travées se distinguent facilement par leur coloration rouge vif des petits îlots arrondis qui représentent les coupes transversales des trabécules et sont teintés en rose.
Les espaces linéaires compris entre les séries de baguettes présentent leur maximum de largeur dans les parties moyennes et postérieures du triangle réticulé. Dans ces points ils occupent cependant en général un peu moins de surface que les travées elles-mêmes. A mesure que l'on se rapproche de la membrane de Descemet, ils se rétrécissent par rapprochement des plans du réseau qui arrivent bientôt au contact les uns des autres. De la sorte, l'amincissement de la bandelette réticulée à la pointe du triangle est dû non seulement à la diminution de nombre des travées, mais encore à leur tassement.
30 ANATOM1E DESCRIPTIVE
L'examen des coupes fournit également quelques données nouvelles au sujet des endothéliums de la région. Relativement épais et facilement visible sur la membrane de Descemet, cet endothélium s'aplatit rapidement un peu avant d'atteindre l'anneau limitant antérieur. Cependant, avec un grossissement suffisant, on le retrouve formant un liséré continu jusqu'au point d'origine des premières trabécules. Il cesse donc en ce point comme couche continue ; mais il continue à former une gaine complète à chaque trabécule du réseau.
Il existe une différence considérable au point de vue de l'épaisseur entre l'endothélium de Descemet formé de cellules épaisses et prismatiques et celui des trabécules réduit à une mince lamelle. Il faut ajouter que les dimensions transversales relatives de ces cellules sont justement l'inverse.
Chez les quadrupèdes, il est très facile sur les coupes de constater le passage de l'endothélium de Descemet sur les grosses travées du ligament pectiné. Comme chez l'homme, en changeant de support, il perd très rapidement son épaisseur.
Etude histologique du canal de Schlemm. — Le canal de Schlemm peut se présenter sur certaines coupes avec la forme d'une cavité unique, aplatie parallèlement à la surface de la sclérotique, toujours moins large que la bandelette réticulée, ayant son extrémité postérieure un peu élargie au niveau du tendon ciliaire, tandis que son extrémité antérieure a la forme d'un angle aigu.
Mais si l'on examine un nombre suffisant de coupes du même œil on en rencontrera toujours dans lesquelles le canal de Schlemm sera subdivisé en deux et quelquefois trois canaux secondaires.
La coupe de ce canal n'a jamais le contour régulière-
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ment circulaire ou ovalaire d'un orifice veineux ordinaire. Des caps de tissu fibreux font saillie dans sa cavité. Ils représentent la section des crêtes fibreuses qui, s'élevant de l'une de ses parois, vont graduellement rejoindre la paroi opposée et le subdivisent en deux canaux secondaires ; ailleurs il est traversé par un cordon cylindrique adhérent seulement à ses deux extrémités. Le canal de Schlemm subit donc un cloisonnement analogue à celui des sinus de la dure-mère.
Le procédé par lequel il se subdivise en canaux secondaires nous paraît le différencier des veines pour le rapprocher des sinus duraux.
Nous avons déjà indiqué que chez le porc et le bœuf il n'y a pas un seul canal de Schlemm plus ou moins cloisonné, mais plusieurs petits canaux relativement distants les uns des autres.
La cavité du canal est tapissée par un endothélium dont les noyaux se montrent beaucoup plus rapprochés sur la paroi interne que sur l'externe. Cette dernière paraît constituée par le tissu même de la sclérotique ; cependant, sur quelques préparations, il semble que l'endothélium soit séparé des faisceaux fibreux par une très mince paroi propre riche en fibrilles élastiques.
Quant à la paroi interne du canal de Schlemm, elle est en rapport constant avec le tissu trabéculaire. Mais sur les préparations les mieux réussies, les seules dont on doive tenir compte, on voit que Fendothélium ne repose pas directement sur ce tissu (fig. 6, c). Il en est séparé par une mince couche d'un tissu compact riche en fibrilles élastiques. Cette constatation nous porte à ne pas admettre l'opinion de Schwalbe, qui considérait le canal de Schlemm comme l'équivalent des lacunes du tissu trabéculaire, comme une lacune plus grande que
les autres. Il y a là, croyons-nous, une erreur, attribuable en partie à l'infériorité de la technique usitée par Schwalbe. Il faisait ses coupes sur des pièces durcies par l'alcool puis desséchées. Les figures qu'il a données dans son travail des Archives de Schultze, en 1870, montrent bien qu'autant ses préparations par dissociation sont bonnes et méritent confiance, autant ses coupes dénotent un mauvais procédé de conservation des tissus. Schwalbe paraît, du reste, admettre aujourd'hui que le canal de Schlemm est bien une veine.
On n'a pas besoin d'examiner un très grand nombre de coupes pour voir le canal de Schlemm communiquer avec des veines qui généralement s'abouchent vers son extrémité postérieure. Nous y reviendrons en étudiant les préparations d'yeux injectés au bleu de Prusse.
Du côté de sa paroi interne en contact avec le tissu réticulé, on peut trouver également de petits prolongements coniques de la lumière du canal, qui pénètrent dans les mailles du réseau et semblent s'ouvrir au milieu d'elles. Chez le porc et le bœuf on peut également voir l'une ou l'autre des petites lumières vasculaires qui représentent les canaux de Schlemm se terminer en pointe effilée au milieu même des mailles du réticulum. Mais la méthode des coupes est insuffisante pour déterminer s'il y a ou non communication entre les deux ordres de cavités.
D'après la description précédente, on voit donc que le canal de Schlemm et les petits vaisseaux qui en partent et l'avoisinent immédiatement, diffèrent des veines avec lesquelles ils communiquent — ce que nous démontrerons plus tard, — par une structure spéciale, et, pour le canal de Schlemm, par un mode de cloisonnement spécial. Ils sont, pour ainsi dire, creusés dans la scléroti-
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que, ce sont des tubes endothéliaux inclus entre les faisceaux scléraux sans que même ceux-ci prennent autour d'eux une direction circulaire. C'est là une différence capitale avec les troncs émissaires des vasa-vorticosa, qui, eux, ont une paroi veineuse propre séparée du canal scierai dans lequel ils passent par une adventice de tissu conjonctif lâche. C'est au contraire une analogie évidente avec les sinus delà dure-mère, analogie surtout marquée pour le canal de Schlemm à cause des trabécules et crêtes fibreuses qui font saillie clans sa cavité et la cloisonnent plus ou moins complètement.
Contenu du canal de Schlemm. — Nous ignorons ce que, dans les conditions normales de circulation et de pression intra-oculaire, contient le canal de Schlemm. Caché sous le bord de la sclérotique, il échappe à l'observation, et nous ne connaissons aucune espèce animale chez laquelle il n'en soit pas ainsi. Mais il est infiniment probable qu'il contient du sang.
Sur les yeux humains énucléés pour des lésions non inflammatoires et non éloignées du canal de Schlemm, par exemple des tumeurs du fond de l'œil ou du nerf optique, nous avons constamment trouvé le canal vide de sang. Il ne faudrait cependant rien en conclure relativement à la nature de son contenu, car dans ces mêmes conditions les veinules intra-sclérales sont également vides. Chez les fœtus de six mois, dont l'œil est représenté figure 3, on voit que tous les vaisseaux, en y comprenant le canal de Schlemm, sont fortement remplis de sang ; comme il n'y a aucune extra vasation de globules dans les tissus, cela suppose évidemment une communication du canal précité avec les vaisseaux sanguins, mais n'implique cependant pas nécessairement qu'il contienne du sang dans les conditions normales.
Panas et Rochon-Duvigneaud. 3
Dans beaucoup d'yeux pathologiques, et notamment dans les glaucomes, le canal de Schlemm se montre rempli de sang. Les lacunes du tissu réticulé ont, au contraire, dans ce dernier cas, un contenu différent : elles sont occupées par des cellules migratrices farcies de grains pigmentaires et moulées dans les espaces libres intertrabéculaires. Jamais on ne voit ces cellules pénétrer dans le canal de Schlemm, ce qui tend à faire rejeter l'existence, admise par Schwalbe, de communications ouvertes entre le canal et les mailles du réticulum.