III. — Anatomie microscopique et histologie du système
TRABÉCULAIRE SCLÉRO-CORNÉEN ET DU CANAL DE SCHLEMM CHEZ L'HOMME.
Nous allons maintenant laisser entièrement de côté le système trabéculaire cilio-scléral (ligament pectine) pour nous occuper uniquement de l'étude microscopique du canal de Schlemm et du système de trabécules qui le séparent de la chambre antérieure.
Ce système trabéculaire forme tout autour de la chambre antérieure une zone large d'environ 1 millimètre comprise entre la pointe du muscle ciliaire et le bord de la membrane de Descemet. La coupe de cette petite zone présente la forme d'un triangle allongé (fîg. 4) dont la base tournée en arrière correspond au tendon du muscle ciliaire et dont le sommet se fusionne avec la membrane de Descemet, une de ses faces est libre et baigne dans l'humeur aqueuse, l'autre est appliquée sur le tissu compact de la sclérotique dont la sépare en partie le canal de Schlemm.
Les rapports de chacune de ces parties demandent à être précisés.
La base du triangle réticulé est en continuité de tissu à la fois avec le muscle ciliaire et avec la sclérotique.
La face sclérale présente un rapport constant non seulement chez l'homme mais encore chez les quadrupèdes, et par conséquent d'une importance capitale, c'est son contact avec le canal de Schlemm. Ainsi que Schwalbe l'a établi, ce canal est compris entre le tissu compact de la sclérotique en dehors et le système trabéculaire en dedans ; il représente une fente séparant ces deux tissus. A un faible grossissement sa lumière paraît
immédiatement limitée en dedans par le réticulum. Mais pour le moment nous réservons la question de savoir comment est réellement constituée cette paroi interne. Cette situation entre le réseau trabéculaire et la sclérotique compacte est la caractéristique anatomique la plus importante du canal de Schlemm et c'est elle que l'on accepte généralement comme permettant de déterminer ce qu'il faut entendre par canal de Schlemm chez les animaux.
Par exemple chez le porc, dont le système trabéculaire scléro-cornéen est très développé, on observe vers sa surface sclérale non pas un canal unique mais une série de petits canaux, dont les uns touchent par leur face interne le réticulum et par l'autre face la sclérotique compacte. D'autres pénètrent entre les travées du réseau et semblent s'ouvrir dans ses mailles ; d'autres enfin sont limités de toutes parts par le tissu dense de la sclérotique : ces derniers vaisseaux sont regardés comme des veinules par les auteurs qui voient dans le canal de Schlemm un conduit lymphatique. Mais c'est là une question sur laquelle nous ne pouvons encore nous prononcer ici.
Chez le bœuf comme chez le porc il existe un assez grand nombre de petits vaisseaux vers la face sclérale du réticulum scléro-cornéen. On rencontre même des lumières vasculaires complètement incluses dans le réticulum et qui pourtant ne peuvent être confondues avec les mailles de celui-ci.
D'une façon générale le canal ou les canaux de Schlemm sont plus rapprochés de la pointe du muscle ciliaire que de la membrane de Descemet. Ils sont donc principalement en rapport avec la partie postérieure du réticulum scléro-cornéen. Ceci est bien net chez l'homme et le porc.
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Après avoir acquis ces notions indispensables sur la topographie microscopique de la petite région qui nous occupe, nous pouvons enfin aborder l'étude de sa texture et de ses éléments histologiques.
1° Etude du réticulum scléro-cornéen sur des prépara-
Fig. 5. — Les lamelles superficielles de la bandelette réticulée (réticulum scléro-cornéen) obtenues par arrachement et examinées par leur face tournée vers la chambre autérieure (homme). Grossissement 250 diamètres.
S, côté du tendon ciliaire. — i, côté de la membrane dcDescemet. — a, trabécule superficielle. — b, trabécule du deuxième plan. — c, trabécule du troisième plan. — d, un des noyaux des cellules endotbéliales formant gaine autour des trabécules.
On voit que non seulement les trabécules de chaque plan s'anastomosent en réseau, mais encore que les divers plans se réunissent les uns avec les autres pour former un système réticulé continu.
tions à plat. — En voyant sur une coupe (fig. 1) comment le tendon du muscle ciliaire se continue avec les trabécules du tissu réticulé, il vient à l'esprit qu'en arrachant ce muscle ciliaire on entraînera avec lui une partie du réticulum qu'il sera dès lors facile d'étudier à plat. C'est à quoi l'on peut en effet réussir dans certains cas. Mais
en général le tendon du muscle ciliaire se déchire et la bandelette réticulée reste adhérente à la face interne de la sclérotique. Il faut alors saisir avec des pinces fines l'extrémité du cordonnet saillant (anneau limitant postérieur de Schwalbe) que forme le bord postérieur de la zone réticulée et l'arracher. On obtient ainsi une bandelette à bord postérieur épais, à bord antérieur mince et translucide, comprenant en général toute la largeur de la zone réticulée, du muscle ciliaire à la membrane de Descemet. Des fragments de cette dernière restent fréquemment attachés au bord du réseau trabéculaire.
Quand la bandelette du réticulum scléro-cornéen a été ainsi arrachée dans toute son épaisseur, elle comprend beaucoup trop de plans superposés pour que l'on en puisse faire un bon examen au microscope. Maison réussit quelquefois à la dédoubler suivant son épaisseur. Les deux lamelles ainsi obtenues sont assez minces pour être étudiées à plat après coloration par le picro-carminate.
Examinons d'abord la lamelle la plus superficielle, c'est-à-dire celle qui baigne directement dans l'humeur aqueuse et étudions-la sa face libre tournée en haut.
Du bord opaque où se fait l'insertion du muscle ciliaire on voit partir des trabécules grêles, anastomosées entre elles de manière à circonscrire des mailles larges et irrégulières, et dessinant ainsi un réseau étendu du muscle ciliaire à la membrane de Descemet (fig. 4).
A travers ces mailles superficielles, dont l'extrémité ciliaire peut être pigmentée, on entrevoit une série d'autres réseaux à constitution analogue, mais à mailles plus étroites. Ces réseaux superposés sont reliés entre eux par des trabécules anastomotiques à trajet plongeant.
Si nous examinons maintenant la seconde lamelle obtenue par dédoublement de la bandelette réticulée nous
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reconnaîtrons immédiatement qu'elle diffère de la superficielle. Comme celle-ci elle est bien formée de réseaux superposés, mais ici les trabécules sont larges, aplaties, elles circonscrivent des mailles beaucoup plus étroites. Quand plusieurs travées s'anastomosent entre elles, elles constituent en général, par leur coalescence, une sorte de plaque imperforée en forme d'étoile irrégulière. Les mailles du réseau, les plaques de fusion des travées, ces travées elles-mêmes, ont toutes leur grand axe 'dirigé transversalement, c'est-à-dire dans une direction circulaire autour de la cornée. C'est le contraire pour les plans superficiels de la bandelette réticulée, ici mailles et travées ont leur grande longueur dans le sens des rayons de la cornée.
Comment se comportera ce système de trabécules au niveau de la membrane de Descemet ?
Pour résoudre cette question il faut étudier les pièces où les fragments de la membrane de Descemet sont restés en continuité avec la bandelette réticulée. On se débarrasse par le pinceau de l'épitliélium de Descemet et on étudie la préparation à plat sa face libre tournée en haut.
Nous venons de parler des plaques de fusion des trabécules observées dans les couches profondes du tissu. A mesure que l'on s'approche de la membrane de Descemet on constate, dans certains cas, la présence de plaques de fusion de dimensions considérables, qui témoignent en quelque sorte delà tendance à se constituer en membrane continue que présentent à ce niveau les trabécules. Mais, que ces grandes plaques existent ou non, la limite du tissu réticulé se constitue par la fusion des trabécules des divers plans (réduits en nombre et tassés à ce niveau comme les feuillets d'un livre) en une sorte de zone striée,
qui est l'origine de la membrane de Descemet, et à laquelle Schwalbe a donné le nom à! anneau limitant antérieur. Le pied de chaque trabécule se perd dans cet anneau par une base élargie, le tissu de la trabécule étant continu avec celui de l'anneau. Ce dernier, qui présente toujours un certain nombre de trous ovales, estabsolument l'équivalent d'une vaste plaque de fusion circulaire autour de la cornée se continuant par son bord intérieur avec la membrane de Descemet, par son bord postérieur avec le tissu réticulé.
Il serait mieux encore de dire qu'un même tissu constitue l'anneau limitant et le tissu trabéculaire, la seule différence consistant dans la largeur et le nombre des mailles. Rares, elles laissent au tissu l'aspectd'une lamelle plus ou moins perforée ; nombreuses, elles le découpent en une sorte de dentelle.
L'anneau limitant antérieur possède, comme les trabécules elles-mêmes, une fine striation dirigée suivant son axe, c'est-à-dire circulairement. Au contraire, la membrane de Descemet est parfaitement homogène, ne présente aucune strie ; il en résulte que malgré la continuité des tissus il existe une différence histologique entre la membrane de Descemet et l'anneau limitant. C'est immédiatement en avant de lui que se présente chez l'adulte et surtout le vieillard la zone plus ou moins régulière des verrues de la membrane de Descemet. Ces verrues à aspect vitreux et parfaitement homogène font corps avec la membrane dont elles constituent un épaississement localisé. Elles se développent uniquement là où la membrane commence à avoir son aspect vitreux et non, par conséquent, sur l'anneau limitant.
Passage de Vépithëlium de la membrane de Descemet sur les trabécules. — Sur des préparations à plat examinées