‹ Recherches anatomiques et considérations physiologiques sur la circulation veineuse du pied et de la jambeChapitre 5 sur 12 · DES CANAUX DE SUD ÉTÉ · texte numérisé non relu

DES CANAUX DE SUD ÉTÉ

>1. Sappey a décrit, sous le nom d’anastomoses par communication longitudinale, des branches qui se détachent d’un point d’un tronc veineux, montent ensuite le long de la paroi et se terminent dans le môme tronc après un trajet d’une étendue variable. Cet anatomiste n’a signalé cet ordre de canaux que le long des saphènes. M. Verneuil (1) a-repris leur étude et est arrivé, après des recherches approfondies, à leur attribuer un rôle tout spécial dans la circulation. Ils naissent d’un segment de veine compris entre deux paires valvulaires et se terminent par leur extrémité supérieure dans un autre segment situé au-dessus des valvules supérieures du premier; leur cavité ne présente aucun repli de cette nature, de sorte que la marche du sang peut s’y faire aussi bien de bas en haut que de Haut en bas. Il en résulte que leur véritable rôle doit être d’égaliser, dans les deux portions de vaisseau ainsi réunies, la tension du sang, c’est-à-dire l’effort des molécules du liquide les unes eontreles autres et contre les parois*. Cette interprétation très- ingénieuse a donc pour elle des preuves anatomiques ; du moment

(1) Ihdlftins de la Société analumi(]ue, 2' série, t. 11.

•juo CGS canaux sont tivalvulaires, rô({uilibre de tension se ])roduit tataleinent; aussi continuei*ai-j(î à les appeler, avec M. Yerneuil, canaux de sûreté.

Etendant plus loin sa théorie, ce chirurgien en fait 1 application à toutes les veines cpii marchent de pair en s envoyant des anastomoses transversales; grâce à ces communications toujours ouvertes, chacun de ces vaisseaux peut être regardé comme le canal de sûreté de son voisin ; voilà la raison pour laquelle les veines munies de valvules ne marchent jamais seules, tandis que celles qui en sont dépouryues, étant toujours soumises à une pression égale dans toute leur étendue, peuvent se passer d'un canal de sûreté collatéral (1).

Ainsi présentée, cette théorie soulève plusieurs questions :

1° Quelles sont les veines pourvues de canaux de sûreté ?

2° Y en a-t*il dans les veines profondes ?

3° Y en a-t-il autant que de segments de veines comprises entre des paires valvulaires ?

Les saphènes et les veines superücielles en général ne sont pas seules à présenter cette espèce particulière d’anastomoses. On en trouve aussi sur les veines profondes. On peut faire rentrer dans cette catégorie les petites branches,, qui portent parfois à trois et môme à quatre le nombre des tibiales postérieures dans certains points ; au-dessus, et au-dessous de leurs extrémités le nombre deux reparaît.

J'ai, parmi mes croquis, une veine poplitée côtoyée pendant 7 centimètres par un canal veineux d’envi-

(1) Verneuil, Communications citées .

rou 2 millimètres de diamètre, lequel, sans aucun doute, remplissait le rôle indiqué. On peut considérer encore comme canal ou canaux de sûreté, la ou les veinules qui longent la fémorale, depuis l’anneau du long adducteur jusqu’à l’embouchure de la saphène interne.

Mes recherches personnelles ne me permettent pas de multiplier ces exemples; mais il est certain que le système à'sang noir de la jambe en offre plus d’un : ce que je puis affirmer, c’est qu’il n’y a pas autant de canaux de sûreté que de paires de valvules; ainsi que me le disait récemment M. Verueuil, il arrive assez souvent qu’ils mettent en communication deux segments de veine séparés par une certaine longueur de vaisseau et non continus Pun à l’autre ; les segments intermédiaires, une fois les valvules abaissées, restent isolés de leurs voisins.

On peut placer, à côté de cet ordre de vaisseaux, des veines que j’ai déjà fait connaître pour la plupart, dans ce qui précède; leur destination physiologique doit être étudiée à part. Leur rôle est, non plus de veiller à l’équilibration de la tension, mais de pré^enir les arrêts complets de la circulation dans certains groupes de vaisseaux soit superficiels, soit profonds, et de transporter le trop-plein dans des vaisseaux placés en général beaucoup plus haut, en passant par-dessus les obstacles. A ce titre ces canaux méritent plutôt le nom de canauæ de déri~ vation. On va en juger par les développements qui suivent.

Leur situation est régie par la loi suivante :

ToiUes les fois que la circulation dans une branche veineuse ou dans le système vasculaire d'un muscle est exposée à des arrêts fréquents, par suite de la présence d'un

obslaclo à son oxivhoM supérieure^ cette hrancke ou ce sjjstème de veines est muni d’un camd de dérivation (/ui enjund)e l’obstacle.

I^a réalisation de celle loi se conslale dans plusieurs points très-précis. Le ligaYnent interne du tarse étant inextensible, il faut (jue, pendant qu’il est tendu par la ilexion du pied, le retour du sang dans les veines tibiales I)ostérieures ne soit pas entravé; aussi y a-t-il, au-dessous de son bord intérieur, une anastomose déjà décrite entre ces vaisseaux et la saphène interne.

Le ligament antérieur du tarse pourrait, de la môme manière, empêcher la dilatation des veines pédieuses; il s’en détache une veinule, celle qui longe le nerf niusculo-cutané qui, d’anastomose en anastomose, se prolonge jusqu’à l’articulaire supérieure externe; pendant la contraction des muscles, le sang, bien que ne pouvant plus parcourir ces branches de communication avec les veines profondes, trouve ouverte devant lui une voie de dérivation vers la cuisse.

Une des anastomoses détachées de la saphène externe, se partage entre le soléaire et les veines péronières; si ce muscle se contracte, la circulation est re?idue possible dans les péronières par une petite arcade fibreuse ipii en protège la partie inférieure.

Plus haut, les branches destinées aux jumeaux sont de même munies de leur canal de dérivation; il accompagne le nerf saphène externe; situé en dehors de l’obstacle représenté par ces muscles, il se dirige vers une des jumelles externes ou internes, et s’y jette tout près de leur terminaison.

La branche supérieure de la saphène externe doit être aussi regardée comme un canal de la même espèce.

Ce n’esl pas tout encore ; loule veine faisant partie (1^111 système d’arcades doit être considérée comme une voie d’échappement pour le sang situé au-dessous d’elle; cette disposition manquerait son but, si un canal spécial ne rendait l’écoulement du sang dans cet ordre de vaisseaux indépendant des causes de ralentissement ou d’arrêt complet, liées aux variations de la circulation dans les veines profondes de la jambe. Ce canal existe pour le soléaire (voyez la planche) ; il va se rendre dans une veine jumelle externe. Nous connaissons celui du jambier antérieur et du long péronier latéral.

Ces considérations s’appliquent aussi aux anastomoses directes des saphènes avec les veines profondes. On sait qu’elles se disposent souvent en arcades.

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