DES VEINES INTRA-MUSCULÂIRES
Il y a dans les muscles deux modes de circulation bien distincts ; la circulation par grands canaux veineux, la tirculaliou par arcades anastomotiques. Le premier existant dans les jumeaux dans toute sa pureté, je prendrai pour type de ma description les veines de ces muscles.
§ I. Circulation par granch- canaux veineux. — Les artères jumelles sont accompagnées par deux veines à peu près égales en volume; si on les suit au milieu des fd)res musculaires, on voit que, dans un point de leur trajet, ces deux veines se séparent et marchent chacune de leur côté; Tune d’elles continue son trajet dans l’épaisseur du muscle, s’épuise peu à peu et finit par se réduire à ses radicules originaires; quant à l’autre, elle se rapproche de la superficie, sans que son calibre diminue, et s’abouche à plein canal avec une branche anastomotique venue des veines superficielles. Rien n’est plus manifeste et plus facile à vérifier que cette disposition remarquable. La planche annexée à ce travail en montre plusieurs exemples.
Reprenons maintenant les choses en sens inverse et nous dirons ;
'!*’ Toutes les veines musculaires naissent par des radicules uniques, lesquelles se réunissent successivement ern un tronc unique.
i.r: DKNTi .
2" Ce troue unique se réunit toujours après un trajet plus ou moins long à une branche anastomotique venue tle l’extérieur.
3° De la juxtaposition de ces deux veines il résulte que les artères musculaires sont accompagnées de deux veines " satellites, jusqu’à la rencontre d’une anastomose.
L’une d’elles doit donc être considérée comme une voie de passage pour le sang qui s’écoule par l’anastomose ; elle ne reçoit que de petites branches nées dans le muscle; l’autre est essentiellement la veine musculaire-, elle a ses origines au milieu des fibres et ne communique pas avec l’extérieur.
4° Les branches anastomotiques ne se jettent jamais isolément dans les troncs profonds extra-musculaires; elles se réunissent toujours tôt ou tard à une veine musculaire.
5“ Il existe toujours une communication transversale entre les deux veines au moment de leur juxtaposition, et une paire de valvules dans la branche musculaire, immédiatement au-dessous. A partir de ce point, les communications entre les deux veines juxtaposées ne sont pas fréquentes, ce qui est une preuve de plus de leur indépendance primitive.
11 résulte de ce qui précède, que, d’après le nombre des branches anastomotiques qui pénètrent et marchent dans l’épaisseur d’un muscle quelconque, on peut savoir celui des grands courants veineux qui le traversent, puisque chacune des paires veineuses acolytes des artères comprend un tronc anastomotique. Mes recherches ne me laissent pas le moindre doute à l’égard des conclir sions précédentes; la vérification en est d’ailleurs auss* simple que possible.
L’origine des veines musculaires de la jambe par des radicules uniques est un lait sur lequel personne, je crois, n’avait attiré l’attention. Ce qu’il y a surtout de remarquable, c’est que la jonction d^ine des veines ainsi formées avec une anastomose n’a lieu souvent qu’après un très-long trajet’ de sorte qu’on voit parfois un vaisseau de fort volume parcourir un muscle dans une étendue de plusieurs centimètres en restant toujours unique. Le muscle jumeau représenté dans la planche renfermait une veine qui marchait ainsi seule pendant une longueur de plus de 7 centimètres.
Ce caractère des veines musculaires les rapproche des mésentériques, des faciales, des cérébrales; or, ces dernières ne possèdent pas de valvules. En est-il de même des premières ? Il est remarquable que les premières sont aussi uniques ; que les divisions des artères mésentériques ne sont accompagnées que par une seule branche veineuse, N’y a-t-il pas un enseignement à tirer de cette coïncidence, et ne peut-on pas dire de toute veine qui marche seule à côté d’une artère, et par cela seul qu’elle est unique, qu’elle est dépourvue de valvules? Si cette loi est juste, il est permis de l’appliquer aux origines des veines musculaires, qui réalisent les conditions requises. Mais ce serait trop s’aventurer que de raisonner ainsi à priori et d’après l’analogie, si l’observation ne confirmait l’induction précédente. En effet, dans les vaisseaux dont il s’agit, on ne trouve pas de valvules en deçà de celles qui sont placées immédiatement au-dessous de leur jonction avec les branches anastomotiques. D’ailleurs, d’après Haller, les vaisseaux de moins d’une ligne, c’est-à-dire de 2 millimètres, en sont dépourvus ; M. Houzé admet comme limite inférieure 1 millimètre. Si M. Sappey en a décrit
((ans les veinns ciliaires el dans celles des ninsclesde l’œil, leur existence dans les vaisseaux qui re(;oivent le san^ noir provenant d’un organe aussi délicat que l’œil n’implique nullement (jue celles des autres parties du corps aient besoin d’en être munies. H y a donc, par contre, une liaison intime entre l’existence des valvules et la pluralité des veines satellites des artères; Tune de ces dispositions anatomiques ne peut exister sans la seconde. Il y a entre elles une solidarité manifeste et très-propre à jeter du jour sur le but physiologique véritable de la présence, à côté d’un grand nombre d’artères, de deux courants veineux en communication l’un avec l’autre par des anastomoses multiples. Je reviendrai sur ce point à l’occasion de la théorie des canaux de sûreté (voy. plus loin).
Le mode spécial d’origine que je viens de décrire est-il propre à certains muscles de la jambe, ou bien se retrouve-t-il partout avec la môme constance ? Je voudrais être en mesure de fournir à cette question une
réponse absolue. Malheureusement le temps m’a manqué pour explorer à ce point de vue le reste du système musculaire. Malgré quelques recherches faites sur les muscles de l’épaule et du bras, dont les résultats ont été favorables à cette manière de voir, je n’ose encore présenter que sous toutes réserves la généralisation de la loi qui piœside à la constitution des veines musculaires de la jambe. Je puis seulement dès à présent signaler une grande différence entre celles-ci et celles du bras par exemple, c’est que les radicules originelles de ces dernières, bien qu’uniques primitivement, se réunissent très-vite deux par deux autour des dernières ramifications arléi'ielles. On a vu qu’à la jambe cette réunion est
Irès-liirdive et s’opère entre des branches déjà voliiinilieuses.
J’ai constaté celte particularité non-seulement dans les jumeaux et dans le soléaire, mais dans le poplité, le fléchisseur propre du gros orteil, le jambier antérieur et les péroniers latéraux. Il est très-probable que des recherches ultérieures me la révéleront dans les autres muscles de la jambe.
Elle apparaît dans toute son évidence dans ceux qui sont parcourus par de grands courants de passage, dans les jumeaux, le soléaire et môme le jambier postérieur, lorsqu’il est traversé par l’anastomose qui relie les veines tibiales postérieures aux péronières. Elle existe encore, mais réduite à ses proportions niinimes, dans les veinules musculaires de la région antérieure de la jambe, qui se juxtaposent aux petites branches anastomotiques venues de la surface du membre.
§ II. Circulation par arcades anastomotiques. — Ce mode de circulation se voit exclusivement dans les muscles qui reçoivent leurs artères par plusieurs points situés sur une môme ligne verticale ; tel est le soléaire. Toutes ses artères pénètrent dans son épaisseur en perforant sa face profonde, et sont échelonnées à des intervalles variables, depuis son extrémité supérieure jusqu’au tendon d’Achille.
La disposition des veines en arcades se présente de la manière suivante :
Chaque tronc artériel perforant est accompagné de deux veines garnies chacune d’une paire de valvules qui empêchent le reflux du sang vers leurs extrémités; audessus de ces valvules, elles communiquent par une ana-
sluniuse transversale. A partir de ce point, elles s’écartent l’nne de l’autre, se dirigent en sens inverse et chacune va séparément a la renconti'c d’une veine (jui provient également de l’écartement des perforantes supérieures et inférieures. Toutes les veines satellites des artères .sont ainsi reliées entre elles par ces arcades anastomotiques, et grâce aux communications transversales qui existent toujours à leur point de contact, il y a dans l’épaisseur du muscle un canal parallèle à son axe, dans lequel la circulation peut continuer, lorsque les valvules des embouchures sont abaissées.
Mais il faut une voie d’écoulement à la partie supérieure pour que ce but soit rempli; elle existe en effet. La dernière arcade est constituée par une veinule qui s’échappe du muscle par sa partie supérieure et va se jeter en général dans un tronc très-éloigné du point de terminaison des veines qui en émergent. J’ai constaté dans le soléaire une branche de cette nature, qui est représentée dans la planche placée à la fin de ce travail ; il y en a une aussi qui se dégage de la partie la plus élevée du jambier antérieur et constitue une des veines articulaires inférieures externes. (J’en ai parlé à propos des anastomoses des veines profondes entre elles.) 11 est probable qu’on en trouverait partout où la circulation veineuse en arcades est normale. J’ai constaté celle-ci de la manière la plus nette dans le soléaire, dans le jambier antérieur, dans le long péronier latéj’al ; j’incline à croire qu’elle existe dans tous les muscles qui reçoivent un grand nombre d’artérioles très-rapprocliées les unes des autres, mais à son minimum de développement, par suite du très-petit volume des veinules juxtaposées.
Les branches constituantes des arcades sont en général
de petites dimensions; elles sont le plus souvent uniques, (juelquefois doubles, et séparées par une assez grande (listance vers leur milieu, tandis qu’elles se rapprochent à leurs extrémités; elles semblent dépourvues de valvules.
§ III. Circulation mixte. — Parfois les grands canaux qui caractérisent le premier mode de circulation se disposent eu arcades, mais dans le soléaire seulement ; on voit leur partie inférieure s’aboucher après un certain trajet avec les veines tibiales ou péronières, et se prolonger au-dessus de ce point jusqu’à leur terminaison définitive. Cette disposition est exceptionnelle.
§ IV. Circulation plexiforme. — On voit quelquefois les veines intra-mu scolaires des jumeaux et du soléaire former des plexus à mailles allongées, qui par en bas sont unis aux veines superficielles et donnent naissance, en se prolongeant en haut, aux veines ordinaires. Cette forme spéciale m’a paru se rattacher à un commencement de dilatation morbide. Chez les sujets jeunes, les arcades doubles ont seules quelque analogie avec elle.
§ V. Circulation propre à certains muscles. — Les muscles jumeaux ne possèdent normalement qu’un seul mode de circulation; ils sont parcourus par les grands courants veineux décrits en premier lieu. On en trouve en général deux dans le jumeau interne ; ses veines émulgentes sont au nombre de quatre disposées par paires autour des artères (voyez la planche). Dans les cas où le nombre des communications extérieures augmente, rien n’est changé à la marche ultérieure des vaisseaux.
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Dans 1(3 jiimeuii cxkîmo, les cliuses se passent de la inènie façon, à celte différence près (jiie la circulation y est en g(hiéral moins d(3veloppéc et les anastomoses moins nondjreuses.
Le jandjier postérieur présente aussi dans sa [)artie inlérieure un courant de passage (voyez aux anastomoses entre les tibiales et les péronières), cpii se comporte d’après la loi ordinaire pai* rapport aux veines nées dans ce point du muscle.
I.e soléaire pnisenle toujours réunis les deux types principaux, et c’est la circulation en arcades ou par grands courants qui domine, selon ([ue ses artères y plongent par sa face profonde dans des points espacés régulièrement, ou qu’elles s’y engagent par sa partie supérieure. Il en résulte certaines variétés de di.slril)ution vasculaire, dans lesquelles on reconnaît toujours l’application de la loi primordiale.
Les arcades se voient particulièrement dans la loge interne de ce muscle, les grands canaux de communication dans sa loge externe ou vers la partie postérieure de sa loge interne. Ceux-ci ne dépassent pas le nondjre quatre; les premières se montrent en série do deux à (juatre et il y en a souvent deux rangées parallèles (voyez la planche).
Les muscles de la région antérieure de la jambe renferment aussi les deux modes de circulation ; seulement les branches venues des veines superficielles sont^d’un faible calibre. Elles se réunissent aussi aux veines musculaires. Enfin je rappelle que le jambier antérieur, surtout dans sa partie supérieure, po.s.sède une série de plusieurs petites arcades, et que, dans le long péroiner
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laUh-al, la même disposilioii s’observe avec de plus grandes proporlions.