CHAPITRE II HISTOLYSE
L'étude de la dégénérescence physiologique des tissus a été poussée très loin chez les Invertébrés avant d'être abordée chez les Vertébrés. Depuis le remarquable travail deWeissmann(18Sé), sur le développement postembryonnaire des Muscides, de nombreux chercheurs parmi lesquels il faut citer en première ligne : Ganin (20), Viallanes (50), Kowalewsky (28), ont traité le même sujet; on peut dire que les méthodes histologiques actuelles ont donné sur ce point tout ce qu'elles peuvent donner et qu'il reste uniquement des difficultés d'interprétation. Kowalewsky, partant des résultats obtenus par MetschnikofF sur les Spongiaires et sur les larves d'Echinodermes, voit dans la métamorphose des Insectes, une action bien marquée des éléments amiboïdes sur les tissus; il figure des phagocytes renfermant des fragments de muscle parfaitement reconnaissables et attribue à l'action de ces éléments rhistolyse que subit la larve. Mais, c'est en somme à Metschnikoff que revient l'honneur d'avoir indiqué, dans les phénomènes de régression, ce processus capital et d'une constance remarquable auquel il donne le nom de Phagocytose, Ce processus, il l'avait suivi dans divers groupes dlnvertébrés lorsqu'en 1883 (36), il le signala précisément dans la régression de la queue chez les Âmphibiens. Des dissociations lui permirent d'observer des amoncellements d'éléments amiboïdes à l'extrémité des faisceaux
HISTOLYSE 28
musculaires, et de véritables phagocytes contenant des fragments de muscles et de nerfs. Cette indication importante appelait une étude plus complète. En 1887, Barfurth (6) donna le premier travail histologique sur la régression de la queue chez la larve de gre* * nouille. Ce mémoire comprend une étude de chaque tissu, mais renferme de nombreuses lacunes et quelques erreurs. Barfurth, sans avoir vu les faits signalés par MetschnikofF, est porté à admettre la phagocytose. Enfin, un récent mémoire de Loos (31) 1889, sans ajouter beaucoup aux observations de Barfurth, rectifie quelques-unes de ses données, mais aboutit à un résultat tout différent : « Non seulement, écrit Loos, les muscles et les nerfs, mais aussi les autres tissus de la queue des Batraciens, dégénèrent par eux-mêmes, et sont digérés uniquement par le fluide cavitaire du corps sans le concours des leucocytes. »
La phagocytose, dans le cas qui nous occupe, est donc un sujet de contestation. Mais elle-même ne représente, dans Tensemble des processus de dégénérescence, qu'un point particulier pouvant rentrer dans des interprétations générales bien différentes. Ajoutons immédiatement que Barfurth et Loos, n'étudiant que la queue, ont laissé de côté des faits histolytiques du plus haut intérêt, et dont l'importance leur aurait été révélée par des observations plus complètes. On verra bientôt qu'il s'agit ici de phénomènes très généraux, et que nous n'avons pas seulement en vue des organes autres que la queue qui dégénèrent totalement comme les branchies.
Méthodes de recherches et matériaux employés.— Nos recherches ont été faites, en partie avec des matériaux frais, en partie avec des matériaux fixés et conservés. Les matériaux frais ont servi aux dissociations : les colorants le plus généralement employés étaient le vert de méthyle et le picro-carmin.
Les matériaux destinés aux coupes étaient fixés dans ime liqueur dont la composition suit :
Eau 50 grammes
Acide chromique 6 gr. 5
Acide osmique à 1 p. 100 5 grammes
Acide acétique. , 6 —
16 MÉTAMORPHOSE DES AMPHIBIENS ANOURES
C'est la liqueur de Flemming légèrement modifiée. Les bon» résultats qu'elle nous a donnés nous ont conduit à Tadopter exclusivement à la fin de ces recherches. Les inclusions ont été faites, soit à la celloïdine, soit à la paraffine. Les coupes à la celloïdine, montées dans la glycérine, offrent des avantages considérables pour Tétude de Thistolyse musculaire ; celles à la paraffine montées dans le baume présentent avec plus de netteté les structures nucléaires, surtout après une coloration intense : elles sont surtout utiles pour Fétude des épithéliums.
Les tissus, fixés dans la liqueur susindiquée, montrent presque tous les détails que nous allons donner, sans coloration. Nous avons pourtant employé avec fruit différents réactifs ayant ime élection nucléaire très marquée : outre le carmin, Thématoxyline, employés d'une façon courante, nous signalerons la safranine et surtout la rosaniline. C'est ce dernier colorant qui nous a fourni les plus belles préparations. Une dernière remarque : toutes nos colorations ont été faites sur les coupes ; la coloration en masse a été constamment évitée.
Les larves dont nous nous sommes servi sont celles de : Rana temporaria^ R, esculenta^ Alytes obstetricanSy Rufô vulgaris,
La grenouille a été souvent prise plus volontiers parce que les travaux antérieurs portent sur elle. Et du reste, dans un groupe homogène comme celui des Anoures, le choix du type ne parait pas avoir grande importance pour une étude de processus.