‹ Recherches anatomiques et expérimentales sur la métamorphose des amphibiensChapitre 9 sur 45 · III. - L'ÉTAT LARVAIRE ET L'ÉTAT ADULTE · texte numérisé non relu

III. - L'ÉTAT LARVAIRE ET L'ÉTAT ADULTE

Cette courte étude des modifications subies par la respiration et la circulation au moment de la métamorphose, montre combien sont considérables les changements subis par la larve. Au point de vue respiratoire, là vie larvaire apparaît comme un véritable stade poisson : la coexistence de la respiration pulmonaire se présente elle-même dans des conditions qui ne font qu'accentuer l'analogie* En effet, nous avons vu que le poumon joue le rôle d'une véritable vessie natatoire, puisque l'animal s'en sert comme d'un appareil hydrostatique.

Mais l'examen anatomique vient nous fournir un fait intéressant en faveur de cette homologation.

Nous avons trouvé, du côté gauche, chez la larve de grenouille grise {R. esculenia), une connexion vasculaire curieuse entre le poumon et la veine splénique. Ce vaisseau, partant des capillaires

pulmonaires, s'engage dans les languettes du corps adipeux {beai^' coup plus développé de ce côté), et vient se terminer dans la vei^e splénique à 2 millimètres environ de son point de sortie (PI. I, fig, 3 «).

Or, un fait analogue est signalé par Stannius (47) à propos de la vessie natatoire des poissons. Après avoir parlé des corps rouges^ des réseaux admirables concentriques et superposés formés par le système aortique sous la tunique fibreuse de la vessie, il indique finalement un «tronc veineux efférent unique qui reporte le sang « dans le système de la veine porte ou dans celui des veines du « corps. »

Un autre point de comparaison, et des plus curieux, est fourni par le canal lacrymal. C'est un point que nous avons eu l'occasion de développer il y a quelques mois (7), et dont nous nous contenterons de reprendre les données essentielles. Le canal en question est d*origne épiblastique. Né au contact de l'orifice externe des fos$es nasales par un cordon plein qui prend une lumière dans la suite, il s'étend graduellement en arrière, et finit par atteindre l'angle antérieur de l'œil où il débouche sur la paupière inférieure. Telle est, en résumé, la description donnée par Bom en 1876 (13). Nous ajoutons : que le canal n'atteint la paupière qu'à la fin de la meta* morphose ; qu*à la sortie des pattes antérieures, il s'ouvre au dehors à un millimètre et demi environ de l'angle oculaire, par un orifice simple chez la Grenouille, triple chez TAlyte.

Si l'on compare l'appareil naso-lacrymal de la grenouiUe à ce stade au système olfactif d'un Téléostéen ou d'un Ganoïde comn^e le PoJyptère (Po>/y/>/erM5 WcAtr), à part la communication avec la bouche, il y a identité complète, aussi bien au point de vue de |a structure qu'au point de vue des relations anatomiques. Les rapports qui existent entre l'appareil olfactif des Sélaciens et certains stades embryonnaires des Vertébrés supérieurs, ont suggéré une théorie phylogénique donnée par Balfour, et d'après laquelle l'orifice des fosses nasales dans l'arrière-bouche serait homologue de l'orifice nasal antéro-inférieur des Poissons, entraîné par le développement des bourgeons fronto-nasaux ; l'orifice nasfil

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externe serait homologue de Forifice postéro-supérieur des Poissons.

L'analogie dont nous avons parlé entre un Téléostéen et nos larves au début de la métamorphose, nous a conduit à faire à cette théorie une réserve expresse, au moins pour le cas des Poissons osseux. Nous ne ferons que reproduire nos conclusions :

1" L'orifice nasal antérieur des Poissons osseux n'est pas homologue de l'orifice des fosses nasales dans l'arrière-bouche chez les Amniotes; il est l'orifice nasal externe vrai. Avec la fosse dans laquelle il s'ouvre, il correspond à l'appareil olfactif des autres Vertébrés dans son ensemble ;

2" L'orifice nasal postérieur des Poissons n'est pas homologue de l'orifice externe des autre types : il est en rapport avec un rudiment de canal lacrymal.

Un fait particulièrement remarquable et bien fait pour imposer le rapprochement en question, c'est que précisément, les Poissons osseux comme les Amphibiens fournissent les plus grosses objections à la théorie du transport dans la bouche. Chez les Poissons, les relations anatomiques des orifices rendent l'hypothèse bien peu admissible; mais, chez les Amphibiens, nous avons. la négation "même de la théorie, puisque le transport en question n'existe pas, l'orifice interne se produisant par perforation.

Que sont devenus ces divers caractères chez la larve totalement évoluée?

Le rôle du poumon comme appareil hydrostatique a disparu, ou du moins ne s'exerce plus de la même façon.

La connexion vasculaire entre le poumon et la veine splénique n'existe plus.

Le canal lacrymal s'est définitivement adapté à sa fonction en se mettant en rapport avec l'œil.

Sans revenir ici sur les grandes modifications anatomiques subies par l'appareil' circulatoire, puisqu'elles sont bien connues, nous avons cru devoir signaler les rapprochements de détail qui se sont présentés à nous au cours de ces recherches, et qui peuvent offrir un certain intérêt.

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