LE TENTACULE
Le tentacule est un organe à peu près cylindrique, qui s’implante sur les parties antérieures et latérales du corps. Il se renfle dans sa partie terminale, qui est en même temps légèrement comprimée, et présente en ce point une coloration brune plus foncée que celle du reste de l'organe. La figure 37, faite à la chambre claire, représente un tentacule fraîchement coupé, placé sous le compresseur; elle montre l’ensemble de l’organe, mais dans un état de demi-contraction.
La forme du tentacule, lorsque l’animal est en marche, est fort différente; cet organe est alors beaucoup plus allongé, et mesure 4 à 4,5 millimètres, tandis qu'après la contraction il se réduit à 1 ou à 1,5 millimètre. Le tentacule, en état d'extension, est bien représenté, ainsi que l’animal entier, dans le livre de Moquin- Tandon et le travail de Simroth. L'animal le dirige généralement en avant pour éclairer sa marche; il le tient alors presque parallèle à l’axe du corps. Cependant, si une impression lumineuse trés intense le surprend, si surtout quelque odeur vive vient à le frapper, il redresse ses tentacules et exécute avec l'extrémité des mouvements dans tous les sens. Ces organes viennent-ils à rencontrer un objet, le Cyclostome les contracte vivement et Les reporte en arrière, surtout si l’objet est rugueux. Lorsque le Cyclostome progresse sur une surface polie, sur une lame de verre, par exemple, les attouchements sont très nombreux, mais le contact est de courte durée. J’ai touché doucement l’extrémité des cornes, avec un fil de platine bien poli, le tentacule se contractait rapidement, mais revenait bientôt à sa position première. J'ai obtenu le même résultat avec une gouttelette d’eau placée sur le fil. J’ai présenté des fragments de la matrice ou de la vésicule glandulaire, pensant qu'il s’en dégagerait une odeur suffisante, pour impressionner un animal chez lequel l’appétit
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sexuel est fort développé. Il tournait bien dans quelques cas ses tentacules du côté de l’objet, mais restait le plus souvent indifférent, et, sous cette influence, ne modifiait jamais sa direction. J'ai plongé le fil de platine dans les essences de girofle, de bergamote et de térébenthine, je l’approchais ensuite du tentacule; lorsqu'il restait à Le une simple gouttelette, l’animal se contractait tout entier, et rentrait dans sa coquille. Mais si je laissais tout d’abord évaporer l'essence, jusqu’à ce que l'odeur devint absolument imperceptible pour moi, je pouvais, en présentant le fil de divers côtés, obtenir une inclinaison correspondante du tentacule, qui semblait venir flairer le fil. Souvent même l’animal changeait de direction, et suivait l’objet de sa curiosité. Les résultats les plus nets ont té obtenus avec l'essence de bergamote.
Les vapeurs d'acide acétique et d'ammoniaque, même en quantité infinitésimale, ont une action très énergique; la sensibilité des tentacules pour cette dernière substance est exquise. En effet, Si on approche du tentacule, une gouttelette de picrocarminate d'ammoniaque, qui, essayée, au tournesol, se montrait tout à fait neutre, non seulement l’animal contracte son tentacule, mais se retire même aussitôt dans l’intérieur de sa coquille, Ce n’est pas seulement comme substances odorantes que ces deux matières agissent sur le tentacule; il faut tenir compte de leur action chimique. Mais on peut conclure des expériences précédentes, que le tentacule possède une sensibilité générale exquise.
J'ai expérimenté avec des essences sur des animaux qui avaient eu leurs deux tentacules coupés la veille. Il fallait amener la gouttelette presque au contact du moignon, pour obtenir chez eux une faible réaction. J’ai coupé le tentacule d’un seul côté, et j'ai obtenu de ce côté le même résultat, tandis que le tentacule intact se comportait comme d'ordinaire. Il m’a semblé que, lorsque les Cyclostomes ne possédaient plus qu’une seule corne, ils la dirigeaient dans tous les sens, avec une activité bien plus grande, comme pour suppléer à l'absence de l'organe coupé.
Nous pouvons déjà conclure de ces quelques observations, que le tentacule est un organe d’olfaction, mais qu’il possède ég'alement dans son extrémité renflée, histologiquement si différenciée comme nous le verrons bientôt, une sensibilité tactile très délicate.