‹ Recherches anatomiques et histologiques sur le Zonites algirus ... Observations sur quelques épidermes végétauxChapitre 27 sur 40 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le rapport qui existe entre les organismes et le milieu qui les environne à été signalé par les observateurs de tous les temps. Ce rapport est surtout manifeste chez les plantes, qui, attachées au sol où elles ont pris naissance, subissent dans toute leur intensité les influences extérieures ; aussi la végétation porte-t-elle l'empreinte des lieux où elle se développe, et prend-elle un aspect variable, suivant que les conditions d’existence qu’elle rencontre sont elles-mêmes différentes.

Nous pourrions, à l'appui de ces idées, invoquer l’opinion de tous les naturalistes.

« Plus il y a de différence, dit Auguste de Saint-Hilaire, entre les milieux où eroissent les plantes, plus est grande aussi celle qui existe entre leurs formes et leurs caractères (1). » Il ya de telles relations, en effet, entre l'aspect des végétaux et leurs stations, qu'un botaniste n'aura pas de peine à reconnaître si une plante à grandi sur les hauts sommets ou dans les plaines, si elle s’est développée à l'ombre épaisse des forêts ou dans les lieux secs et découverts, si elle a pris naissance au bord de la mer ou dans l'intérieur des terres. Tous les voyageurs ont été frappés par cette harmonie qui existe entre le monde végétal et les conditions extérieures si complexes qui tiennent, soit à l’atmosphère, soit au sol, et qui constituent le milieu ambiant, Il n’en est pas qui, ayant gravi les cimes escarpées des Alpes ou des Pyrénées, n'ait été surpris par la physionomie spéciale de la vé-

(1) Aug, de Saint-Hilaire, Leçons de botanique, p, 53. Paris, 1840,

gétalion à ces altitudes élevées, et ceux qui ont pu visiter les pays tropicaux gardent une impression ineffacable de l'aspect que donne à ces belles contrées une végétation inconnue à l'Europe.

Aujourd'hui, au milieu des discussions ardentes soulevées par la théorie de la mutabilité de lespèce, il est du moins un fait hors de toute contestation et admis par tous les naturalistes, c’est l'influence des milieux sur les formes organiques. Les adversaires les plus convaincus de la doctrine transformisie reconnaissent, conme les autres, ces modifications qui sont sous la dépendance des conditions extérieures, et l’un d'eux, M. Faivre, dans un livre destiné à combattre les idées que Darwin personnifie de nos jours, proclame hautement, et en termes très-nets, cette influence indéniable. « Aucun fait n'est mieux assuré, dit-1l, que celui de la variabilité relative des espèces sous l'influence des conditions extérieures. Les relations normales des organismes et des milieux, les modifications déterminées par les changements dans les conditions d'existence, en témoignent également la réalité (1). »

Les modifications que subissent les végétaux, suivant le milieu où ils vivent, doivent atteindre surtout les parties qui sont directement en rapport avec ce mileu, et qui sont placées à la surface du végétal, c’est-à-dire l’épiderme et les organes épidermiques ; et en effet, parmi les changements que les observateurs ont mentionnés dans les formes végétales, ce sont ceux qui se présentent le plus fréquemment. Ainsi le développement des stomates, l'absence de poils ou leur présence en nombre plus ou moins grand, sont dans un rapport certain avec les conditions de milieu. Pour les poils, on a remarqué que ce sont les espèces qui vivent dans des lieux arides ou dans des stations froides qui en ont le plus, tandis que des espèces voisines qui croissent dans des fonds abrités et humides sontglabres. Par exemple, certaines Véroniques (V, Beccabunga, Anagallis, scutellata), qui habitent les bords des ruisseaux, des fontaines, sont glabres, tandis que d’autres (V. verna, triphyllos, precor) qu'on trouve dans des

(4) Ernest Faivre, La variabilité de l'espèce el ses limites, p. 18. Paris, 1868,

terrains secs, sont garnis de poils. On pourrait citer bien des faits analogues, et ne sait-on pas que la même plante pourra être dépourvue de poils ou en être couverte, suivant qu'elle croitra dans un lieu humide où dans un lieu aride et sec ? Ainsi on voit des Laserpitèum (1) glabres dans des prairies humides, velus dans des lieux secs. De même, des plantes qui sont garnies de poils dans des localités froides, montagneuses, les perdent si on les transporte dans un fonds chaud et humide : c’est ce qui arrive pour les plantes alpines par exemple. M. Faivre rapporte que, dans le jardin botanique de Grenoble, M. Verlot a vu ainsi « le Céraiste des Alpes reprendre la livrée du Céraiste des champs, et la Bétoine hérissée des hauts sommets se rapprocher, en modifiant ses caractères, de la Bétoine oflicinale (2). »

L'influence des changements de milieu sur les caractères extérieurs des végétaux n’a pas échappé, comme on voit, à l'attention des naturalistes ; mais si le fait en lui-même a été reconnu dans ce qu'il a de général, nous ne sachions pas qu’on ait cherché à déterminer de près quelles sont les modifications en rapport avec les conditions extérieures que subit l’épiderme dans sa structure. Séduit par l'intérêt de cette étude, nous n'avons pas craint de l’aborder, et bientôt nous avons reconnu nonseulement qu'il y avait un champ immense d'observations à parcourir, mais encore qu'on pourrait élucider bien des questions par une expérimentation longtemps continuée. Nous ne nous sommes pas trouvé dans des conditions favorables pour embrasser le problème dans toutes ses parties, et nous avons dû nous borner à quelques résultats qui, pour n'être pas complets ainsi que nous l’aurions désiré, n’en présenteront pas moins quelque intérêt, nous l'espérons.

Nous avons été encouragé à entreprendre ce genre de recherches par les conseils d’un maître éminent, M. le professeur Duchartre, auquel nous sommes heureux de pouvoir témoigner notre gratitude pour la constante bienveillance qu'il nous a toujours montrée.

(4) Laserpitium pruthenicum L.

(2) Faivre, loc. cit., p. 25.

Page 1