IV.- STRUCTURE DE LA TIGE DANS LES AUTRES ESPÈCES
J’étudierai maintenant la tige dans les autres espèces désignées. Elles peuvent, par leur structure, se rappro-
cher soit du type Fruticosus, soit du type Idæus ; de là, possibilité de former deux séries parallèles.
A la première série, c’est-à-dire celle qui comprend R. fruticosus, je joindrai R. tomentosus et R. glancLulosus.
Là, les écorces ont un aspect général assez analogue : elles sont divisées en deux zones distinctes, mais leurs dimensions respectives sont différentes!
Ainsi, R tomentosus présente: 1° Une zone extérieure collenchymateuse formée de sept à huit rangées de cellules allongées, à parois tangentielles épaisses : c’est la portion la plus développée.
2° Au-dessous, un parenchyme cortical constitué d’abord par deux ou trois rangs de petites cellules arrondies, formant une couche herbacée circulaire ou à peu près;
3° Entre la couche herbacée et l’endoderme, deux ou trois rangs de grandes cellules incolores qui sont séparées, de distance en distance, par des cellules plus petites, arrondies, à contenu verdâtre. Ces petites cellules relient lacouche herbacée à l’endoderme. Toutefois, les grandes cellules sont plus nombreuses dans les échancrures qui correspondent aux angles rentrants de l’endoderme.
Quant à la couche herbacée, elle émet de loin en loin des prolongements dans le sens radial à travers le collenchyme. La partie de ce tissu qui correspond à ces ramifications possède des cellules à parois minces. Les ramifications se trouvent surtout au-dessous des stomates, caractère commun aux R. fruticosus et R. glandulosus.
L’on voit, dans le parenchyme cortical, un peu d’oxalate de chaux en mâcles ; ce sont, au contraire, des octaèdres dans le voisinage de l’endoderme.
Passons maintenant à l'écorce de JR. glanduloaus. Elle est plus mince et ses deux zones ont à peu près même épaisseur ; l’inégalité, quand elle existe, est surtout à l’avantage de la portion extérieure. Gétte dernière est constituée par un collenchyme circulaire comprenant quatre ou cinq rangs de cellules oblongues à épaississement tangentiel ; elle est plus développée au-dessous des éminences.
Le parenchyme Cortical comprend :
1° Une zone herbacée, circulaire, formée de deux rangs de cellules de même diamètre que les précédentes et qui émet des prolongements à travers le collenchyme.
2° Au-dessous, deux à trois rangs de cellules rectangulaires ou polygonales incolores plus grandes que les précédentes. Ce tissu est plus épais entre les îlots successifs du péricycle. Quelques rares mâcles dans le parenchyme cortical, contre la couche herbacée.
L’endoderme eBt, comme dans l’espèce qui précède, sinueux et subérifié. Le péricycle est fibreux ; il est en arceaux terminés par des pointes très marquées (R, tomentosus), moins accentuées (R. glandulosvis),
Les îlots fibreux correspondant à chacun des faisceaux libéro-ligneux sont séparés par de grands rayons médullaires qui s’avancent jusqu a l'endoderme, en s’étalant en éventail dans la région du péricycle (R. tomentoaw )> tandis qu’ils s’élargissent peu (R. ylanduloma). Qéei explique l’aspect différent que j’ai noté pour le péricycle- ■Des rayons médullaires d’origine secondaire, en notnbre assez restreint d’ailleurs, divisent .la masse lignenseï,; see4 tionnent le liber et atteignent le péricycle. Cette disposi-
tion s’observe surtout chez les faisceaux d’origine primaire. La moelle rapproche beaucoup de R. p'uticosus ; •on retrouve là, en effet, le réseau caractéristique et les files anastomosées. Elle est très développée dans ces deux espèces, particulièrement chez R. tomentosus.
Les trois autres espèces qui me restent à analyser appartiennent à la seconde série, à celle du R. idæus : ce sont les R. strigosus, R. phanicôlasius et R. odoratus. Comparons les résultats de cette analyse : les éléments épidermiques sont allongés tangentiellement et leur cuticule est mince. R. odoratus a des poils courts et droits ; les deux autres espèces en sont dépourvues! Les aiguillons sont peu nombreux, à tel point que les productions épidermiques semblent nulles chez R. strigosus. L’écorce, dans ces trois espèces, est mince; elle présente quelques éminences. Le eollehchymë est nettement 'séparé du parenchyme cortical ; il constitue la zone la moins développée dahs R. strigosus et R. phanicolasius, tandis qu’il est, au contraire, plus large que le parenchyme cortical chez JR. odoratus.
Dans les deux premières espèces, le collenchyme est, en effet, 1 formé de deux rangées de petites cellules rectangulaires ou oblongues, à épaississementtangentiel; celui de la dernière espèce est constitué par un nombre plus élevé'de rangées depetitescellulesarrondies ouallongées, a épaississement tangentiel et radial. Ce tissu offre un maximum de développement au-dessous des saillies épidermiques.
Le parenchyme cortical accuse des dimensions inverses : tandis qu’il prédomine chez R. strigosus et R. pha-
nicolasius, il est restreint chez R. odoratus. C’est un tissu parenchymateux formé de grandes cellules irrégulières, incolores, à parois minces, s’étendant jusqu’à l’endoderme (R. strigosus). Il comprend d’abord des petites cellules qui ne diffèrent des éléments du collenchyme que par la moindre épaisseur des parois ; puis leur succèdent des cellules plus grandes qui deviennent polygonales et s’allongent (R. phanicolasius )..
Le passage d’une zone à l’autre est ici moins brusque que pour R. strigosus et chez ces deux espèces, on ne voit pas de couche herbacée bien distincte, tandis qu’elle existe à la limite de séparation du collenchyme et du parenchyme cortical chez R. odoratus. Le parenchyme de ce dernier est un tissu mou, peu épais, formé de grandes cellules allongées, irrégulières.
On trouve de l’oxalate de chaux dans l’écorce, en mâcles peu nombreuses situées surtout à la limite des deux zones (R. strigosus) en mâcles un peu plus nombreuses disséminées dans le parenchyme cortical, avec quelques prismes dans le voisinage de l’endoderme (R. phanicolasius) ; en mâcles très abondantes dans le parenchyme cortical (R. odoratus). L’endoderme dans ces espèces est circulaire, sinueux ; mais il n’est pas en arceaux et présente de nombreuses divisions. Le péricycle est fibreux, non homogène : il forme un anneau interrompu en face des rayons médullaires qui vont s’élargissant à partir du cambium.
Tantôt ces rayons médulaires sont très larges, formés de plusieurs rangs de cellules dont le nombre s’accroît jusqu’à la limite externe du péricycle (JR. strigosus).
Ceux des R. odoratus et R. phanicolasius sont minces dans la région ligneuse, puis s’étalent comme il est dit plus haut ; toutefois, leur étendue tangentielle, vers l’endoderme, est moindre chez R. phanicolasius que chez R. odoratus. De là résultent des différences dans l’aspect général du péricycle : celui de R. phanicolasius est assez régulier et offre à peti près partout la même épaisseur : c’ëst un anneau interrompu en face des rayons médullaires interfasciculaires, ainsi qu’en face des rayons d’origine secondaire.
Cette régularité est déjà moindre chez R. odoratus ; elle disparaît entièrement chez R. strigosus.
Là, en effet, dans un même faisceau et à une portion épaisse du péricyle, succède une partie mince; ou bien, on remarque que le péricycle s’amincit à ses extrémités et s’incurve légèrement en arc dont les pointes sont disposées ici vers l’intérieur, là vers l’extérieur.
Les rayons médullaires de R. odoratus sont particulièrement riches en oxalate de chaux mâclé dans leur portion extra-cambiale. Ces cristaux deviennent rares chez R. phanicolasius et R. strigosus.
Le liber est divisé par quelques petits rayons. Le bois est limité intérieurement par une ceinture que forment les rayons médullaires. Les faisceaux primaires font saillie dans la moelle ; le bois primaire a ses trachées en files radiales avec parenchyme interposé et également très développé à leur partie interne (R. odoratus et R. phanicolasius ), caractère que ne partage point R, strigosus, ,
A ces premiers faisceaux font suite des fibres ligneu-
ses disposées en séries radiales et séparées, de distance en distance, par dés rayons médullaires à un seul rang de cellules.
ÏDans le bois secondaire, les vaisseaux sont peu nom-^ breux (R. odoratus, R. phanicolasius) ; ils paraissent disposés en zones concentriques, de telle sorte qu’il y ait alternance entre les massifs fibreux et vasculaires. Chez E. strigosus cependant, on ne remarque plus pareille régularité et les vaisseaux sont plus nombreux.
Quant à la moelle, elle est formée chez ces trois espèces de cellules polygonales au milieu desquelles apparaissent quelques rares cellules plus étroites, allongées, comme le montrent les coupes longitudinales. Ces petites cellules sont tannifères. On trouve aussi quelques mâcles d’oxalate de chaux.
Maintenant, que la structure de ces différentes tiges est connue, si je rapproche les caractères fournis par le péricycle, j’arrive ainsi à dresser le tableau cidessous :