CHAPITRE PREMIER
Du Tannin dans les tiges de Rubus (PL 4.)
Le tannin est répandu d’une façon générale dans toute la famille des Rosacées ; rarement, il fait exception {Kerria, Japonica). Étudions sa localisation dans les tiges des Rubus.
Les recherches effectuées dans cette voie remontent en 1863, époque à laquelle Sanio décrit les Pyrus, Amygdalus, Prunus ; elles furent continuées plus tard par M. Trécul. Le procédé employé par ce dernier botaniste consiste à faire macérer les jeunes rameaux dans une solution de sulfate de fer. *
PourM. Trécul (1) il y a lieu de douter de la constance d’identité du tannin dans ces végétaux ; dans quelques cas, les sels de fer colorent immédiatement en bleu; dans d’autres, cette teinte ne s’observe qu’à un certain temps d’exposition à l’air. L’auteur ajoute:
(1) Trécul. Comptes rendus, LX, 1035.
Cette coloration ne doit pas être attribuée seulement à une faible proportion du principe tannant, car des cellules qui ne prennent que très lentement cette teinte violacée peuvent passer au noir par une longue aération. »
La plupart des tissus sont imprégnés de tannin ; ainsi, on en trouve dans l’épiderme, le collenchyme, le parenchyme cortical, l’endoderme, le péricycle, le liber, le système fibro-vasculaire et la moelle. Dans certaines espèces, l’abondance du tannin est telle qu’il paraît à priori diffusé dans toute la préparation ; mais en poursuivant l’observation, on ne tarde pas à reconnaître qu’il prédomine en certains points qui sont toujours exactement situés pour des espèces semblables.
Je ne m’occuperai surtout que de ce dernier cas; je noterai d'abord le mode de distribution du tannin dans les divers tissus et comme suite de cette étude, la disposition des éléments tannifères dans l’un de ces tissus, dans la moelle par exemple.
Un premier type est fourni par JR. fruticosus. On aperçoit d’abord deux zones concentriques colorées en noir (fig. 15) : l’une est à la partie interne de l’écorce et correspond à l’endoderme (end.); l’autre, située dans la région cambiale (cb.), dessine le contour externe du bois.
Quant à la portion extérieure à l’endoderme, elle est formée de trois espèces de cellules (p. cor.) :
1° Des cellules à grains verts dont les unes sont sous le collenchyme et les autres près du liber;
2° De cellules incolores plus grandes qui occupent la région moyenne ;
3° De cellules tannifères pouvant former une couche sous le parenchyme vert externe, couche reliée avec une zone tannifère bordant extérieurement le liber par des cellules étroites qui traversent la partie incolore indiquée ci-dessus.
Les rayons médullaires (r. m .)sont également noircis, mais la coloration peut n’affecter que la paroi. Le liber a aussi ses parois colorées ; quelques éléments ont même le contenu sensible au réactif.
Le parenchyme ligneux interne se colore : on rencontre, en effet, çà et là, des cellules tannifères qui deviennent plus nombreuses en face des rayons médullaires.
Dans la moelle, les cellules à tannin ont une forme spéciale (fig. 21-22): elles sont étroites, courtes, disposées en séries longitudinales, lesquelles sont reliées par des'cellules également colorées, aplaties, allongées dans le sens horizontal. Les cellules intermédiaires sont au contraire, beaucoup plus larges et incolores.
Je retrouve d’ailleurs cette description dans le travail de M. Trécul (1).
Comme exemple du second type, je décrirai R. idæus (fig. 18). A première vue, le tannin semble être moins abondant ainsi dans l’écorce, la membrane des cellules est seule nettement colorée : plus de zone noire ni dans le voisinage de l’endoderme, ni dans celui du cambium. En allant de la périphérie au centre, je trouve au-dessous de l’épiderme des cellules à tannin, puis une couche verte avec nombreux cristaux mâclés d’oxalate de chaux ;
(1) Trécul. Compte s rendus, LX, 1035.
enfin, au-dessous de l’endoderme (end.) de grandes cellules incolores dont les plus internes, éparses, sont teintées.
Quelques éléments du péricycle (p. r.) non lignifiés accusent ça et là un contenu tannifère.
Par contre, le liber (l.) est complètement imprégné de tannin.
Dans les faisceaux ligneux, de nombreux rayons médullaires forment autant de lignes noires radiales qu’on n’observe pas dans R. fruticoeus.
La partie in terne du bois présente à peu près la même dis position que dans l'espèce précitée. Mais, où les différen- \ ces sont nettement accusées, d’est surtout dans la moelle.
Ici, nous ne voyons plus le réseau si caractéristique du type précédent; nous retrouvons bien (fig. 25-26) des cellules tannifères en files longitudinales, maïs ces files ne sont plus reliées transversalement comme dans R. fruticosus.
A l’indication de ces deux types, joignons un examen sommaire des caractères présentés par les autres espèces:
R. tomentosus. — Tannin très abondant, formant une couche épaisse à la partie-extérieure de l’écorce, dans laquelle on trouve aussi des masses verdâtres.
L’endoderme tannifère est relié à la zone précédente par des çellules de même nature. Tannin dans la partie extérieure du péricycle, dans le liber secondaire, à la partie interne de la zone ligneuse et à la périphérie de la moelle. Celle-ci, en coupe transversalè, offre un réseau irrégulier de cellules à tannin ; en coupe longitudinale, ce sont des files anastomosées.
&. glanbulosus. — La richesse en tannin est également considérable ; sa localisation est la môme que cidessus. On retrouve, dans la moelle, les files longitudinales anastomosées formant ëti coupe transversale un réseau qui diffère cependant un peu du'précédent par sa régularité, ,
R. îmtJTicosüS. — Abondance de tannin ; les caractères, qui rappellent d’ailleurs les précédents, ont été suffisamment décrits pour qu’il soit inutile d’insister.
La moelle présente un réseau régulier comme R. glandulosus.
R. iDÆtrs. — Espèce peu riche en tannin : on en trouve un peu dans l’écOrce, surtout à la périphérie, dans l’endoderme, dans le liber où il prédomine, à la partie
interne du bois. .
Il est très rare dans la moelle où l’on rencontré, on coupe transversale, quelques cellules isoléés’ et, en coupe longitudinale, quelques files régulières formées d’une seule rangée de cellules sans anastomoses.
* R. stmgosus. —Tannin peu abondant dans la partie corticale externe, dans l’endoderme, dans le liber, à la périphérie de la moelle où il forme un anneau. La moelle a la même disposition quo chez R. idæus. ;
H, PHANrcoLÀ.siüs. :—Tannin en proportion moyenne dans Féeorce, extérieurement ; dans l’endoderme, le liber, le bois, autour delà moelle. ,Gelle~ci, en coupe transversale, montre des celhiles tannifères isolées, rarement groupées, formant en coupe longitudinale des files peu nombreuses sans anastomoses.
R. onoMnis. —- Tannin ; peu abondant. L’écorce est
rapidement exfoliée par suite de la subérification de l’endoderme. Les cellules tannifères se trouvent à la partie interne de l’endoderme, surtout dans le liber, puis à la périphérie de la moelle qui a une structure spéciale. Là, en effet, en coupe transversale, on voit seulement des cellules isolées qui forment sur les coupes longitudinales des files sans anastomoses ; mais ici, ces files n’ont plus la régularité des espèces précédentes, ce qui tient à une structure particulière du tissu médullaire.
R. cæsius. — Tannin un peu plus abondant que chez R. idæus. Dans l’écorce, nous trouvons un anneau noir qui correspond à la couche herbacée ; au-dessus, les cellules collenchymateuses ont les parois teintées ; il en est de même pour quelques éléments du parenchyme cortical. L’endoderme ne paraît pas riche en tannin ; ce principe semble résider surtout dans le liber. La zone cambiale est également très sensible au réactif. Dans le bois, les rayons médullaires sont tannifères ; de là autant de lignes foncées qui rappellent R. idæus.
A la périphérie de la moelle, quelques cellules seulement contiennent du tannin.
La moelle (fig. 23-24) montre bien le passage du premier groupe au second : là, on remarque en coupe transversale des cellules isolées tendant çà et là à former un réseau ; puis en coupe longitudinale des files avec branches transversales peu développées.
C’est en raison de cette disposition que j’ai placé R. cæsius en tête du second groupe.
En résumé :
L’anatomie de la tige me permet d’établir deux séries ;
Lia quantité du tannin donne liou à deux séries analogues ;
La structure du réseau tannique conduit également à deux séries. Mais ici, fait intéressant, je trouve un type intermédiaire servant à rellér les deux séries : c’est R. cæsius.
Ur ces divers groupements correspondent aux deux formes principales affectées par les éléments tannifères dans la paçelle, ; savoir files ^pastomo^ées-d’unepart, files isolées d’autre part, Je; suis donc autorisé à prendre t comme caractère de haute importance cette structure de; ; la moelle dans les tiges de Rubus. , , ,
Dès lors, j’arrive au classement qui suit : ; ;
En files anastomosées. 'rOMEtobsoS
( R.- ï-aitrrtpôSüs ! fi, 1Cr -( R. GLANDULOèÜS J
I En files !
I Réseau.
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tannifères. • ' ' ^iôtèfe J; . il %!. cÀsmL - 9m:
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Du Tannin dans les Racines de Rubus.
Dans les racines, le tannin possède encore une localisation spèciale. On le rencontre, fin effet, dans le parenchyme cortical,' le liber, ! la zone cambiale et dans les fibres ligneuses. Ce dernier point est intéressant à noter, car les fibres du bois, dans la'tige, en sont dépourvues ; o. u
seüls les éléments du parenchyme ligneux et les cellules des rayons médullaires contenaient cet élément.
Produits fournis à la matière médicale par les Dryadées.
C’est à l’astringence, résultant d ? une forte teneur en tannin, que les produits suivants doivent leur emploi thérapeutique :
Feuilles d’ANSÉRiNE ou Argentine : P. anserina.
Feuilles de Ronce : F./ruh’cosus.
Dryade : D. octopetala, plante tonique en même temps qu’astringente.
Rhizome de Fraisier : F. vesc a, improprement appelé racine. Il est à la fois astringent et diurétique ; il communique une coloration rose aux urines'.
Rhizome de Benoîte : G. urbanum, dont la souche possédé une odpur de girofle qui lui a valu le nom de : racine de giroflée.
Rhizome de Tormentille : P. tormentilla, T. erecta. Les souches de cette plante sont encore employées quelquefois agj&Jfctannée.
Rhizome de Quintefëuille ou de Potentille :
P- replans,
A cqté; d$,ces produits astringents, je signalerai les fruits qui sont comestibles ou,qui forment la base de certaines préparations pharmaceutiques. .Ces fruits appartiennent aux, espèces suivantes :
Fraisier : F. vesc a.
Framboisier ; R. idæus.
Ronge (mûre des haies) : R. fruticosus.
Les fruits du R. chamæmorus, espèce à feuilles simples ou lobées, serventû ^alimentation en Sibérie, dans le nord de l’Europe et dans l’Amérique septentrionale.
Enfin, R. villosus n&t-employé ©n Amérique comme astringent et comme vomitif à haute dose. Il porte des poils glanduleux, rougeâtres, sécrétant un liquide visqueux, à odeur résineusè, térébinthacée, qui rend la plante poisseuse. 1/écorce de sa racine est aussi un médicament astringent énergique. Chapman le considère comme un des remèdes lés plus actifs et les plus efficaces dans les cas de diarrhée et de choléra infantile.
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