GENRE XXII. — CZCADA, CIGALE
Les Cigales proprement dites sont des insectes dont les auteurs les plus anciens ont fait mention, et qui ont acquis une certaine célébrité par leur chant ou plutôt par le son rauque et monotone, la stridulation qu’elles font entendre pendant les ardeurs de la canicule. Toutefois, malgré cette célébrité, leur histoire naturelle est encore enveloppée de beaucoup d’incertitudes , et il reste à confirmer par des observations positives plusieurs faits consignés dans les ouvrages qui traitent de ces insectes. Ainsi il serait intéressant et même utile d’être fixé sur le degré de confiance qu'il faut accorder à ce passage d’Aristote
SUR LES HEMIPTÈRES. 219
(ist. anim. , Gb. V, cap. xxx) où il dit, en parlant des nymphes des Cigales, qu'il appelle Tettigometra : Gustu suavissimcæ sunt antequam cortex rumpatur. Ex plus bas, à l’occasion des Cigales elles-mêmes : Æt ante coitum mares suaviores sunt; & Coùtu feminæ, quippe quæ ova candida gustu habeant grata. Les Cigales étaient donc chez les anciens Grecs un mêts recherché ! Et non-seulement ce mets n’est plus usité aujourd’hui, mais nous ignorons la manière dont ils lapprêtaient. Les savans que le Gouvernement a envoyés en Morée sous la direction M. Bory de Saint-Vincent, pour en explorer les productions naturelles et les monumens antiques , pourront peutêtre fixer nos incertitudes à ce sujet.
Les Cigales sont des insectes essentiellement habitans des contrées chaudes , et encore faut-il que celles-ci soient plus ou moins peuplées d'arbres, ainsi que l'avait très bien observé Aristote. Elles ne sauraient vivre là où cette double condition ne se rencontre point.
Esrèce 1. CICADA ORNI. Lin. — Panz., fasc. 50, fig. 22.
CIGALE DE MOYENNE GRANDEUR. Réaum., Mém., t. V, p. 151, pl. 16, fig. 7.
La Cicare panacnée. Geoffr., 1. c., 1, p. 420.
Nigrescens griseo-pulverulenta ; prothoracis tergo lineolis nigris impressis variegato; mesothorace supra littera M resupinata , rufo-testacea notato; segmentis abdominalibus rufomarginatis ; hemelytris margine interno punctis sex nigris cum maculis quatuor interioribus anastomosantibus.
Hab. in pinetis quercetisque Gallie merid. Long. 1 poll.
La Cigale de l’orne est l'espèce la plus commune dans ie midi occidental de la France, où il n’existe pas un seul pied d’orne ; elle est surtout excessivement répandue dans
les forêts de pin maritime qui abondent entre Bayonne et Bordeaux.
Il est permis d'élever des doutes sur lassertion répétée dans plusieurs livres, que les piqüres faites par cette Cigale à l’arbre dont elle porte le nom, déterminent l’'écoulement de la manne.
Son tube alimentaire a une longueur bien plus considérable que celui des Hémiptères hétéroptères , puisqu'elle égale environ dix fois celle de son corps; il se reploie par conséquent en de nombreuses circonvolutions. Il est d’une texture fort délicate. L’œæsophage se dilate insensibiement en un Jabot peu prononcé. Le ventricule chylifique débute constamment par un estomac courbé en anse, à parois minces, lisses et diaphanes , dilaté à droite en un petit cul-de-sac latéral, et s’abouchant du côté opposé dans une poche oblongue plus ou moins boursouflée , soutenue par un ligament suspenseur fibro-membraneux , tantôt plissée, ratatinée, tantôt lisse ou simplement lobée , suivant son degré de plénitude. Cette poche dégénère en arrière en un tube intestiniforme très replié , qui égale en longueur la moitié de tout le canal alimentaire, pointillé de jaune ou de blanc, allant se dégorger dans la poche elle-même, à côté de l'insertion hépatique. Cette disposition insolite du ventricule chylifique qui se dégorge dans lui-même, en constituant un cercle complet , forme le trait le plus caractéristique de l'appareil digestif des Cicadaires. L’intestin proprement dit naît du cul-de-sac de l'estomac, et présente à son origine un bourrelet vaivulaire; il est filiforme, diversement reployé , et se dilate avant sa terminaison à l’anus, en une poche stercorale constante , à parois musculo-membraneuses.
Les vaisseaux hépatiques sont au nombre de quatre, très entortillés , variqueux, diaphanes et fragiles; flottans
par un bout, ils s’insèrent isolément par l’autre entre le cul-de-sac de lestomac et l'embouchure de la portion intestiniforme du ventricule chylifique.
Espèce 2. CICADA PLEBE14. Lin.
TerriGoniA PLEBEIA et T. FRaxINI. Fabr.,l. c., p. 40. La crane Creaze. Réaum., ins., t. V, p. 151, pl. 16, fig. 1-G Nigra, thorace variegato ; elytris, alis abdomineque supra immaculatis operculis magnis. Oliv., Encycl. méth., n° 33.
Celle-ci reconnaît plus spécialement pour patrie la zone des oliviers.
Son tube digestif n'offre aucune différence appréciable avec celui de l’espèce précédente.
Le professeur Meckel , d’après un article consigné dans l'ouvrage de Ramdohr (1), s’est aussi occupé de la dissection de cette même espèce ; mais il a donné une description bien incomplète de son organisation viscérale. Il attribue à la portion récurrente du ventricule chylifique (qui est pour lui l’intestin) la faculté de sécréter une humeur spéciale pour la digestion , et il parle de l'existence de six vaisseaux biliaires, qui très positivement ne sont qu'au nombre de quatre.
FULGORELLES.
L'étude de l’organisation viscérale des Fulgorelles, à laquelle je n’ai eu occasion de me livrer que lorsque Jj'avais déjà disséqué un assez grand nombre de Cigales proprement dites et de Cicadelles, est venue me fournir une nouvelle preuve de la circonspection qu’il faut apporter dans l'établissement des règles générales , surtout dans une science qui, ainsi que l’Entomotomie, peut être consi-
(1) Ramdobr, L. c,, p. 201.—Meckel, Beytr. z. verz. Anat. Heft, 1, p.71, tab. I, fig. 1.
dérée comme étant encore au berceau. Tous les insectes de la grande famille ou plutôt de la tribu des Cicadaires , soumis Jusque alors à mes vivisections, étaient remarquables par la complication de leur canal alimentaire, dont une portion récurrente s’'abouche à l’estomac de manière à former un cercle complet, et dont le tube intestinai proprement dit a une origine insolite. Cette organisation singulière, ces connexions bizarres, dont l'explication physiologique n’est pas peu embarrassante, semblaient d'autant plus propres à devoir constituer un trait commun à toutes les Cicadaires, que Je les avais constatées dans les plus grandes Cigales comme dans les plus petites Cicadelles ; mais le scalpel porté dans les viscères des Fulgorelles a démenti cette :nvocation , en apparence fondée , de la loi d’analogie.
Ces derniers insectes occupent dans le cadre entomologique de M. Latreille une place intermédiaire aux Cigales et aux Cicadelles. Mais si, comme il est permis de le croire , les grandes Fulgores exotiques, telles que les l. laternaria et candelaria, ont un tube alimentaire organisé sur le même plan que celui de notre F°. europæa, et si dans la classification on accorde à la considération de lPappareil digestif la valeur qu’il mérite, il faudra donner aux fulgores la prééminence sur les Cigales, et les placer en tête des Collirostres ou Cicadaires.