‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptèresChapitre 23 sur 65 · GENRE XXX. — PSYZLA, PSYLLE · texte numérisé non relu

GENRE XXX. — PSYZLA, PSYLLE

Geoffroi, qui le premier institua ce genre aux dépens de quelques Chermes de Linné, y a compris des insectes @ssez dissemblables entre eux, pour autoriser l’établissement de nouvelles coupes génériques, lorsqu'on se donnera la peine de les soumettre à une étude spéciale comparative.

Espèce 1. PsYLLA FICUS. Latr., Hist. nat., t. XII, p. 579. La Psvice pu riquier. Geoff., Ins. Par. , I, p. 484, pl. 10, fig. 2.

Le Faux Puceron ou rieurer. Réaum., Mém., t. IIE, p. 351, pl. 29, fig. 17 — 24.

Cuermes ricus. Lin. — Fabr., 1. c., p. 306.

Nunc virescens, nunc subtestacea ; antennis villosis crassiusculis articulo ultimo minuto emarginato bisetoso; ocellis rubicundis; hemelytris diaphanis, nervis distiche ciliatis; tibiis posticis apice uno latere serrato-pectinatis; scutello bispinoso; metathorace subtus utrinque unicuspidato, unguibus antennarumque apice atris.

Hab. in ficu carica. Long, vix 2 lin.

On voit, par ce signalement , que cet insecte, quoique connu et décrit par plusieurs auteurs, avait été peu sévèrement étudié; il varie par sa couleur, et ces variations sont indépendantes du sexe : tantôt il est entièrement vert, et tantôt d’un roux pâle ou livide, avec le ventre verdâtre. Parmi les individus verts, il en est qui ont la région dorsale de Pabdomen très noire, et d’autres dont le tergum du thorax est marqué de taches roussâtres. Les antennes, constamment d’un roux obscur, et fortement hérissees de poils noirâtres , sont d’une épaisseur uniforme dans toute leur étendue ; l’insecte les tient dirigées en avant et un peu divergentes. Elles sont composées de dix articles bien comptés, cylindroïdes, à l’exception du premier qui est plus gros, plus court, plus ou moins arrondi ; et du dernier, qui, en quelque sorte rudimentaire, est fort petit, un peu comprimé, échancré en avant, avec une soie divergente et raide aux pointes de l’échan# crure., Le troisième article est le plus long de tous. Les yeux, assez grands, saillans et brunätres, sont tout-à-fait latéraux et distans. Les ocelles, au nombre de trois, dont

un derrière chaque œil, et le troisième au-dessous de l’échancrure du front, ressemblent à de très petits rubis. Le prothorax est fort étroit, presque linéaire. L/extrémité postérieure du métathorax, ou l’écusson, est constamment terminée par deux pointes distinctes , un peu relevées, qui, au premier coup d'œil, semblent appartenir à l’abdomen, qu’elles débordent un peu. La partie de la région sternale du métathorax, que M. Audouin désigne sous le nom d’épimère, est large, et se termine en arrière par un stylet particulier, spiniforme, dont les auteurs n’ont point parlé, et qui doit servir soit à produire, soit à favoriser l’action de sauter. Ce caractère s’observe aussi dans la Psylle de l'aune, qui est d’ailleurs une espèce trés distincte de celle du figuier. Les pattes sont ou verdätres ou roussâtres ; mais les ongles, ainsi que les quatre ou cinq dents de peigne acérées et unilatérales qui s’observent à l’extrémité tarsienne du tibia, sont noirs. Ce dernier trait , qui n’est point mentionné dans les ouvrages, n’est pas étranger à la production du saut. Le bec de notre Psylle n’est point placé, comme l’avancent la plupart des entomologistes, précisément entre les pattes antérieures , mais en arriere de cette double articulation, comme l'avait très bien observé Geoffroy. Les hémélytres ou ailes su périeures dont je présente ici une figure très exacte, sont diaphanes, avec queiques mouchetures noirâtres à leur bord supérieur ou interne, et parfois une teinte brune qui accompagne quelques nervures. Je renvoie à l’explication des figures ce qui concerne ces dernières, qui sont bordées de barbes ou de cils couchés fort remarquables.

Cet insecte n'est pas rare sur le figuier; il se tient habituellement soit à la face inférieure des feuilles, soit le long des jeunes pousses, qu'il suce pour sa nourriture.

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Il y demeure presque immobile, mais il se dérobe en sautant avec prestesse aussitôt qu'on cherche à le saisir avec les doigts. Il commence à paraître vers la fin de mai, etson en trouve encore d’accouplés vers la mi-octobre. Je suis porté à croire que dans cet intervalle de temps il se produit plus d’une génération. Les plus grands individus acquièrent à peine deux lignes de longueur.

Il serait superflu d’insister sur la description de la larve, que notre inimitable Réaumur a fait connaître avec son exactitude accoutumée. J’ajouterai seulement à ce qu'il en a dit, que ses antennes sont d’une seule pièce et velues en-dessus.

La dissection de la Psylle s'accompagne de difficultés incroyables; et je suis forcé d’avouer que, malgré une patience cent fois éprouvée, 1l me reste encore quelques doutes, quelques incertitudes sur son organisation viscérale.

Dans tous les animaux en général, c'est à ia tête que l'appareil digestif prend naissance. La Psylle, avec un petit nombre d’autres insectes , forme une exception remarquable à cette règle : sa tête n'offre aucune trace ni de bouche, ni de sucoir. Nous venons de voir que son bec est situé sous le thorax, un peu en arrière de larticulation des pattes antérieures; c’est donc de ce point que part son tube alimentaire. La configuration singulière, les connexions insolites de ce dernier organe, ne sont pas moins faites pour exciter notre surprise et notre embarras, que celui de la Cigale et des Cicadelles. L’œsophage a une si grande ténuité, il est si démesurément long, si diaphane, si fragile, qu'il se dérobe le plus souvent aux investigations les plus attentives, et J'avais déjà disséqué plus de vingt individus , que Je désespérais de pouvoir me fixer positivement sur sa direction et ses

rapports; mais enfin J'ai eu la rare satisfaction de le voir dans toute son intégrité. Plus délié qu'un cheveu, il se porte, d’un trait, depuis l’origine du bec jusque vers le tiers postérieur du corps; là il s’insère à un renflement plus ou moins prononcé, qu’à raison de sa position J'ai long-temps cru faire partie de l’intestin proprement dit, et qui doit cependant porter le nom d'estomac. Celui-ci paraît effectivement postérieur à une autre portion du canal digestif qu'il précède dans les autres insectes; en sorte que, dans la Psylle, la plus grande partie de l'organe alimentaire semble avoir éprouvé ur renversement de haut en bas ou plutôt d'avant en arrière. 1/estomac. ou cette première poche gastrique où s’abouche l’œsophage, dégénère en un tube court, plus ou moins boursouflé, ployé sur lui-même, qui se dirige d’arrière en avant pour se continuer en un anneau ou collier qui représente la portion récurrente des Cigales. Cet anneau, dont les parois sont minces, lisses et pellucides, forme la partie la plus grosse, la plus apparente de tout Pappareil digestif. Le microscope y découvre cà et là des espèces de mouchetures blanches qui ne sont que des flocons alimentaires coagulés, contenus dans sa cavité. L'une des deux moitiés de cette anse annulaire , et J'ai toujours trouvé que c'était la gauche, s’amincit un peu en arrière pour recevoir les vaisseaux hépatiques. Immédiatement à côté de l'insertion gastrique de l’œsophage, par conséquent tout près de Porigine de l’estomac, naît l'intestin proprement dit, conduit tubuleux très délié, capillaire, qui se porte en arrière, et ne m'a présenté aucune EL tion appréciable.

Je n'ai encore rencontré dans aucun insecte des vaisseaux hépatiques aussi courts que ceux de la Psylle. ils sont en quelque sorte rudimentaires, et annoncent

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d'avance que cet organe cessera d'exister dans des insectes voisins, mais placés plus bas dans léchelle animale. Nous verrons bientôt qu’en effet les Pucerons n'offrent aucun vestige d'appareil biliaire. - Cette considération , qui a beaucoup de valeur dans la classification anatomique, devrait peut-être engager à placer les Psyllides immédiatement avant les Aphidiens proprement dits, et à donner la prééminence sur elles à la Dorthésie, où nous allons trouver un organe hépatique bien mieux caractérisé. Quoi qu'il en soit, les vaisseaux biliaires de la Psylle sont, malgré leur briéveté, assez gros et très apparens. Il y en a quatre bien distincts, assez distans lun de lautre, insérés séparément et en quelque sorte implantés à nu sur cette portion de l'anneau ventriculaire, qui est un peu atténuée. Leur insertion a lieu d’une manière irrégulière, c’est-à-dire qu'elle ne se fait pas, comme dans les autres insectes, sur une même ligne circulaire : l'inspection des figures rend cette disposition patente. J’ai rencontré ces vaisseaux le plus souvent d’un jaune plus où moins foncé, quelquefois d’un vert émeraude dont l'intensité est variable. Ils sont variqueux, comme festonnés, et leur bout libre et borgne est assez obtus.

GENRE XXXL — DORTHESIA, DORTHÉSIE (1).

C’est avec beaucoup d’hésitation que M. Latreille, dans son dernier ouvrage (1829), a conservé la Dorthésie parmi les Gallinsectes, et il termine l’article qui la concerne en disant que cet insecte est plus voisins des Pucerons que des Cochenilles. Ses tarses, d'un seul article et terminés par un seul crochet, la rapprochent sans doute

(r) Genre isolé.

de ces derniers; mais le nombre des articles des antennes, la locomobilité constante des femelles, et l'absence de toute muiation considérable de forme, l’en éloignent beaucoup. Ces derniers caractères, un bec court placé dans lentredeux des pattes antérieures, et quelques traits de son organisation splanchnique, lui donnent de l’analogie avec les Psyllides. Mais des viscères qui ont un degré de plus de perfection que ceux de ces dernières, et surtout le développement de l'organe hépatique, semblent lui revendiquer, dans le cadre entomologique, une place avant la Psylle, ainsi que je viens de le faire remarquer à l’article de celle-ci. Toutefois Je pense que, dans l’état présent de la science, la Dorthésie forme un genre isolé qui ne saurait encore être incorporé dans les familles établies, et qui, par des découvertes ultérieures, pourra sans doute constituer un groupe particulier.

Il paraît que les yeux de la Dorthésie ont éludé les investigations des divers entomologistes qui ont décrit cet insecte, car il n’en est point fait mention dans leurs ouvrages. Ces organes de la vue consistent en deux boutons saillans, oblongs, oliviformes, lisses, c’est-à-dire non réticulés , placés sur les côtés de la tête, un peu en arrière de l'insertion des antennes. Celles-ci sont filiformes, dirigées habituellement en avant, et composées de huit articles seulement, cylindroïdes , dont le premier est plus gros et plus court que les autres. Les tarses ne sont très positivement formés que d’un seul article, et celui-ci se termine par un ongle unique modérément arqué. Le bec est court, assez gros, obtus, hérissé de quelques poils, placé entre les articulations des pattes antérieures. Îl n’y a point d'oviscapte.

Espèce 1. DORTHESI14 CHARACIAS.Bosc.— Latr. Gen. Cr. et Ins., t IL, p. 173.

Coccus caracias. Dorth., Journ. de Phys. (1785). — Oliv., Encycl. méth., Cochenille, n° 19.

Coccus pusrus. Fabr. — Panz., fasc. 35, fig. 21 (bona).

Femina. — Aptera, lamellis niveis ceraceo-amylaceis nunc squamiformibus seriatim imbricatis, nunc in caudam sacciformem crassam retusam sulcatam coadunatis eleganter obtecta ; pedibus antennisque nudis fusco-piceis.

Hab. in euphorbia characias, rubo, urtica, geranio, etc. Long. 2 1/2 lin.

Tout le corps de cet insecte est enveloppé , cuirassé par une substance d’un blanc pur, d’un aspect semblable à l’'amidon, d’une consistance concrète , solide , analogue à celle de la cire, glabre et nullement cotonneuse ni duvetée , élégamment disposée par lamelles ou écailles d’inégale longueur, mais symétriquement rangées, que l’on peut enlever sans blesser l'animal. La région dorsale offre quatre séries de ces lamelles, dont les extérieures, plus longues, se contournent un peu en approchant de la partie postérieure. La tête est abritée par deux tubercules conoïdes de cette substance. La queue, dont la longueur surpasse celle de tout le corps, est un grand sac obtus, tronqué, que l’on peut détacher tout d’une pièce. Elle est cannelée en-dessus, unie en-dessous; et dans les femelles fécondées elle renferme un duvet cotonneux où sont déposés les œufs. Les pattes sont nues et brunâtres, ainsi que les antennes, et la loupe y découvre des aspérités qui sont de petits poils raides.

L’enveloppe de la Dorthésie lui donne une forme et une grandeur qui sont loin de représenter celles de son propre

corps. Panzer l’a bien figurée avec son test ou sa cuirasse. Le dessin (fig. 102) que j'offre de cet insecte dépouillé de celle-ci, pourra servir à compléter son histoire; son corps n'a pas alors plus d’une ligne et demie de longueur. Il est arrondi, légèrement déprimé sur les côtés, et composé de dix segmens (sans y comprendre la tête) qui imitent des st à transversales. Les cinq premiers sont un peu plus larges que les quatre suivans. Le dernier est enchassé dans une large échancrure de celui qui le précède, et est percé d’un trou qui doit être ou la vulve ou l’anus. L’enveloppe cutanée de cet insecte est roussätre, et, soumise au foyer du microscope, elle paraît toute couverte de très petites aspérités qui servent à fixer les lamelles du test.

Toutes mes recherches pour découvrir un mäle de la Dorthésie ont été infructueuses jusqu’à ce jour. J'attacherais un grand prix à la connaissance et surtout à la dissection de ce sexe, que Dorthès et, d’après lui, Olivier, disent dépourvu de bec, par conséquent condamné à ne point prendre de nourriture. Il est permis d'élever des doutes sur cette assertion.

Lorsqu'on pratique sur le dos de cet insecte une légère incision qui n'intéresse absolument que la cuticule, on voit s'échapper une humeur noiratre qui, dans l’eau, se convertit en une pulpe incohérente d’un gris vert. Celleci m'a semblé logée entre la peau et une membrane sous-jacente péritonéiforme assez épaisse et d’un tissu comme spongieux. On peut présumer que ce dernier est l'organe essentiellement sécréteur de la matière du test , laquelle, après avoir été convenablement élaborée, est transmise au dehors ou exsudée par les pores de la peau, qui la modèlent en même temps.

L'appareil digestif de la Dorthésie a bien plus d’analogie avec celui des Cicadelles et de la Psylle qu'avec celui

des Pucerons, et je répète encore ici que le développement de son organe hépatique lui donne , dans la méthode naturelle, la prééminence sur la Psylle. Son tube alimentaire naît, comme dans cette dernière, entre les insertions des pattes antérieures, où se trouve le bec. Il est proportionnellement plus long que celui des Pucerons, et s'il était déployé il aurait environ trois fois la longueur du corps de l’insecte. 1° æsophage, bien plus court que celui de la Psylle, est à son origine d’une ténuité plus que capillaire. Îl m'a paru ensuite à peine renflé en un jabot oblong. Il s’'abouche brusquement à un estomac d’abord dilaté, puis se continne en un tube grêle comme un fil, à parois minces et pellucides , se courbant pour revenir en sens inverse de sa première direction, en un mot, récur rent, et allant se terminer, par une insertion à nu, non loin de son origine, de manière à former un cercle complet. l'intestin proprement dit, naît, comme celui des Cigales, de l'estomac lui-même, par une implantation brusque vis-à-vis du point où se termine la portion récurrente du ventricule chylifique. Il est d’abord grêle comme un cheveu , assez long, et va s’insérer sur le côté et presqu'à l'extrémité postérieure d’une poche en cul-de-sac, oblongue, semblable à la vessie natatoire de quelques insectes aquatiques. Cette bourse cæcale, que J'ai trouvée remplie d’un liquide excrémentitiel clair comme de l’eau, dépasse de beaucoup, par son extrémité borgne et arrondie, l'insertion de lintestin grêle, puis elle s'amincit en arrière pour aller se terminer à l'anus.

L'organe hépatique de la Dorthésie a une configuration, un développement et un mode d'insertion qui lui sont propres, et qui forment un des traits remarquables de son organisation viscérale. Lorsqu'on fait l'ouverture

SUR LES HÉMIPTÈRES. o4t

de l’abdomen par la région dorsale, c'est le premier viscère qui se présente au scalpel, et il égale presqu’en grosseur le tube alimentaire lui-même. Il consiste en deux vaisseaux biliaires, grands comparativement à la taille de l’insecte , variqueux , comme entrecoupés d'espace en espace, de couleur blonde ou roussâtre, reployés chacun en une anse ou plutôt en un anneau qui se prolonge jusqu’à l'extrémité postérieure de l’abdomen, aboutissant tous deux à un seul commun, fort court et décoloré, qui se fixe vers le milieu de la portion récurrente du ventricule chylifique. On voit que ce dernier siége d'insertion s’observe aussi dans la Psylle, et cette considération ana-

tomique justifie le rapprochement de ces deux genres d'insectes dans le cadre entomologique.

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