FAMILLE SIXIÈME. LES APHIDIE NS
En abordant l'histoire anatomique des Pucerons, de ces insectes que les prodiges de leur fécondité innée et en quelque sorte virginale, et de leur génération vivipare, ont rendus célèbres; de ces insectes qui ont exercé la sagacité, la patience des Leeuwenhoek, des Bonnet, des Réaumur, des Lyonet, et tout récemment encore de M. Duvau (1), on s’écrie avec Pline, Rerum natura nusquam magis quam in mintmis tota est ! Il était en effet réservé à ces êtres qui, par leur petitesse, leur obscurité, et surtout leur conservation difficile pour les collections , semblaient voués au mépris ou à l'indifférence, d'attirer, de fixer l’attention soutenue des plus graves observateurs, et de dévoiler au zoologiste les phénomènes organiques les plus singuliers, les problèmes physiologiques les plus irrésolubles.
(1) Nouvelles Recherches sur l'Histoire naturelle des Pucerons (présentées à l’Académie des Sciences, 1825).
+ Savans étrangers. 31
Je répéterai ici ce que J'ai déjà dit, à l’occasion des Psyllides, que les Æphidiens doivent, dans un cadre entomologique basé sur les rapports naturels , constituer une famille parfaitement distincte de la précédente, ainsi que M. Latreille l'avait d’abord établie dans son Genera.Foutefois, on n’y comprendra point le genre Thrips, qui, d’après les observations de M. Siraus, devra peut-être rétrograder vers un autre ordre d'insectes.
GENRE XXXIL — 4PHIS, PUCERON.
Malgré tout l'intérêt qu'ont inspiré les Pucerons aux scrutateurs de la nature, il est vrai de dire qu’on s’est plus occupé à étudier leurs mœurs , leur genre de vie et leur mode de propagation , qu'a déterminer rigoureusement leurs nombreuses espèces, et à y établir de nouveaux genres que semble réclamer l’état actuel de l’entomologie. Je partage, sous ce rapport, le sentiment de MM. Lepeletier et Serville, auteurs de l’article Puceron, dans l’'Encyclopédie méthodique.
Les espèces, sur lesquelles J'ai plus spécialement dirigé mes investigations anatomiques, sont les suivantes :
Espèce. 1. ZPHIS ROSÆ. Lin.
Le Puceron pu rosier. Réaum. , Mem., t. LE, pl. 21, fig. 1-4. Ovato-oblongus, antice attenuatus, virescens ; abdomine bicorniculato ; corniculis elongatis subteretibus nigris ; appendice anali ovato-oblongo virescenti; antennis setaceis corpore longioribus ; alis diaphanis.
Hab. in rosæ summitatibus. Long. 1 lin.
Espèce 2. ZPHIS PAPA ERIS.Fabr., Ent, syst. IV , p. 218. Ovatus nigro-carbonarius opacus, antennis pedibusqu& pallidis ; antennis setaceis corpore longioribus ; abdomine bicorniculato, corniculis concoloribus teretibus ; appendice anali subclavato, alis diaphanis costa virescenti.
Hab. in papavere somnifero, blito vulgari, etc. Long. 1 lin,
SUR LES HEMIPTÈRES. >
ES sÈ
Esrèce 3. ZPHIS LONGIPES. Mihi.
Ovatus , niger, obscurus, glaber, nudus ; antennis piceis sex articulatis corpore brevioribus; articuloultimo exciso-subulato ; prothoracis dorso plano transverso utrinque impresso ; rostro thorace vix longiore ; abdomine bituberculato; ano inermt, pedibus piceo-nigris, tibiis posticis longioribus arcuatis : alis maculis duabus magnis atris subfenestratis.
Hab. in summitatibus quercus tauzin et quercus roboris. Long. 1 1/2 lin.
Ce n’est ni |. quercus, ni V4. roboris des auteurs.
Esrèce 4. ÆPHIS PINI MARITIMÆ. Mihi.
Ovatus nigro-obscurus, plus minusve albo-farinosus , villosulus ; antennis sex articulatis corpore brevioribus ; rostro corporis fere longitudine ; metathoracis dorso trituberculato ; pedibus posticis longioribus ; alis diaphanis costa obscure virescenti.
Hab. in summitatibus pini maritimæ. Long. 1 1/2. lin.
[est distinct de V4. pini de Linnæus, figuré par Pauzer( fase. 05. fig. 17. ) ; mais il pourrait bien se rapprocher de V4. pineti. Fabr., Ent. , syst. IV, p. 219.
Cette espèce, ainsi que la précédente, rentre avec les A. piceæ, pini, populeti, de Panzer, et autres analogues, dans la seconde division judicieusement établie par M. Latreille , dans son Genera, et qui peut être convertie en un genre propre.
Les Pucerons, ordinairement réunis par sociétés, par troupeaux , ou , pour parler plus correctement, par tribus, s’établissent sur les sommités tendres des plantes, ou sur les feuilles des arbres. Ils y enfoncent leur bec et y puisent les sucs végétaux les plus subtils. Quelques-uns d’entre eux , inoculant sans doute dans le tissu végétal quelque humeur äcre spéciale, y déterminent des irritations nu-
tritives, des excroissances, des espèces d’hypertrophies qui prennent des formes plus ou moins constantes, le plus souvent caverneuses ou vésiculaires.
L'appareil digestif des Pucerons présente une exception fort remarquable, unique, suivant moi , je ne dis pas seulement dans l’ordre des Hémiptères, mais même dans la classe entière des insectes; c’est l’absence absolue des vaisseaux hépatiques. Ce trait négatif forme le caractère anatomique le plus distinctif de la famille des Aphidiens. Et qu'on ne s’imagine point que la petitesse de ces animaux soit un obstacle à la découverte des conduits sécréteurs de la bile. Dans les nombreuses autopsies entomologiques auxquelles je me suis livré, J'ai très souvent mis en évidence cet organe dans des insectes du double plus petits que les Pucerons. Il en est même parmi ces derniers qui ont une taille très favorable aux dissections , tels que le Puceron longipèede, celui du pin maritime, celni du saule, etc. Ramdohr (1), qui a décrit et figuré le canal alimentaire d’un Puceron du pommier, ne fait non plus aucune mention de l'appareil biliaire de cet insecte. Enfin , ce qui me semble une preuve assez solide de la non-existence de cet organe, cest que dans les Psylles, qui précédent les Pucerons dans le cadre entomologique, les vaisseaux hépatiques offrent déjà une dégénération très marquée, et sont réduits à un état rudimentaire.
Le tube alimentaire des Pucerons a environ trois fois la longueur du corps de l’insecte, et forme par conséquent dans sa position naturelle plusieurs circonvolutions. L'œæsophage a une ténuité plus que capillaire, et son insertion à l'estomac est le plus souvent brusque, c’est-à-dire qu'il y
(1) Æbhandlung über die Verdaungs w erkzeuge der Insecten, p. 198, tab. xxvr, fig. 4.
paraît implanté. Cette dernière poche gastrique se présente sous la forme d’une dilatation plus ou moins prononcée, suivant certaines conditions digestives, et peut-être aussi suivant les espèces. Je l'ai constamment trouvée ovoide ou turbinée dans les Pucerons du rosier et du pavot, tandis qu'elle est à peine sensible dans le P. longiptde, et dans celui du pin maritime. L’estomac dégénère ou se continue en un conduit tubuleux filiforme, reployé, rempli d’une pulpe blanchätre homogène. Ce tube, avant sa terminaison à l'anus, se renfle de nouveau en un cæcum oblong constant, que J'ai très souvent trouvé plein d'une humeur excrémentitielle limpide.
La texture du tube digestif des Pucerons est musculomembraneuse, fort délicate, et cet organe est lisse à l’extérieur, c’est-à-dire dépourvu de papilles et de villosités.