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APPAREIL SENSITIF

Les insectes, tout privés qu'ils sont de colonne vertébrale et de cœur, recoivent, ainsi que les animaux du premier rang, des sensations, exercent des volitions, et un appareil particulier préside à ces deux actes de lorganisme , comme il participe à l’exercice de toutes les fonctions viscérales. Cet appareil, parfaitement circonscrit, est le système nerveux, et la nature ne s’est pas écartée, pour son organisation, du plan adopté généralement, car les insectes ont un cerveau, un prolongement

rachidien , des ganglions et des nerfs, et ces diverses parties paraissent avoir les mêmes attributions physiologiques que dans les êtres les mieux organisés.

Les auteurs de traités généraux sur les animaux, en parlant du système nerveux des insectes, n’ont eu en vue que celui de quelques grandes larves et des grands Coléoptères ou Orthoptères ; personne, Jusqu'ici, n'avait fait connaître cet appareil dans les Hémiptères et autres insectes suceurs ; en sorte que dans leurs généralisations ils se sont laissé entraîner sur ce point à des erreurs inévitables. L’organe sensitif des Hémiptères est très différent de celui des Coléoptères. Au lieu d’avoir, comme ces derniers, une série de huit à dix ganglions distribués dans les deux grandes cavités splanchniques, c’est-à-dire dans le thorax et l’abdomen, les Hémiptères n’ont que deux ganglions logés tous deux dans le thorax, et la seconde de ces cavités n’en a point. Mais le cordon médian ou rachidien se divise en plusieurs paires de nerfs très développés, dont les subdivisions se distribuent dans les viscères de la cavité abdominale. L’ensemble de cet appareil est parfaitement symétrique, c'est-à-dire qu'il fournit à droite et à gauche un même nombre de nerfs semblables, et qu'il est partageable, par une section médiane, en deux moitiés identiques.

Ce peu de mots sur le système nerveux des Hémiptères est applicable, en général, à tous les insectes de cet ordre. Je n’ai point l'intention d’entreprendre une névrologie détaillée des familles et des genres ; travail qui exigerait de nombreux matériaux qu'il m'a été impossible de recueillir, et je me bornerai à l'exposition succincte de ce système, dans la Pentatome grise, la Nèpe et la Ci-

gale.

Le cerveau ou le ganglion céphalique de cette Penta-

tome est arrondi, modérément convexe, mais non sphérique, d’une couleur grisätre, d’une texture fibreuse extérieurement , pulpeuse à l’intérieur. Il n’a présenté à mes investigations attentives aucune trace d’anfractuosités ni de division. Il fournit de chaque côté un bulbe assez développé pour les nerfs optiques principaux , en avant et latéralement les nerfs optiques des ocelles, et en arrière l'origine du prolongement rachidien. La ténuité des nerfs qui se distribuent aux antennes les a sans doute dérobés à mes recherches ; mais de chaque côté du cerveau, en arrière du bulbe des grands nerfs optiques , le microscope m'a fait découvrir trois nerfs rapprochés, mais distincts , qui prennent peut-être leur origine à la face inférieure de ce bord de l’encéphale, et que je suppose destinés aux diverses parties du bec.

Chacun des grands yeux de la Pentatome (j'entends parler des yeux réticulés ou à facettes) recoit deux nerfs optiques rapprochés et contigus. Ces nerfs naissent tous deux d’un bulbe ovalaire fourni, comme je viens de le dire, par le cerveau , et séparé de celui-ci par une espèce de col. Ils se terminent du côté de l’œil par deux expansions arrondies , d’un aspect grenu ou papilleux, contiguës, presque confondues ensemble , et remarquables par une couleur rouge violacée, sorte d’enduit que M. Muller appelle pigmentum (x). Ces expansions des nerfs optiques constituent de véritables rétines, et l'aspect papilleux dont J'ai parlé est sans doute produit par les cônes vitrés qui, d’après le savant professeur que je viens de nommer,

(Gi) Recherches sur la physiologie comparée du sens de La vision ; par M. F. Muller, professeur à l’université de Bonn. — Leipsig , 1826.— Extrait sur les yeux et la vision des Insectes, des Arachnides , etc , inséré dans les Annales des Sc. nat., juillet, août, septembre, 1829.

forment l'intérieur de l’œil des insectes. L'existence de deux nerfs optiques et de deux rétines pour un seul œil est un fait digne de remarque et qui me semble nouveau.

Les nerfs optiques des ocelles ou stemmates sont simples, d’une finesse capillaire d’un bout à l’autre, et proportionnellement plus longs que les précédens. Ïls prennent directement leur origine à la partie antérieure et latérale du cerveau, tout près du bulbe des grands nerfs optiques. Îls se terminent par une rétine arrondie, pareillement enduite d’un pigment rouge violacé, et qui m'a aussi paru papileuse.

Le prolongement rachidien naît de la partie postérieure et moyenne du cerveau, dont il n’est que la continuation, et se termine, en se divisant en plusieurs troncs nerveux, vers le milieu de la cavité abdominale. A son origine il consiste en deux cordons fort courts et contigus qui émettent une paire de nerfs pour les muscles cervicaux et l’œsophage. Aussitôt après 1l est remplacé par les deux ganglions dont je parlerai bientôt, et qui rompent ainsi sa continuité. Il reparait à la suite du ganglion postérieur, sous la forme d’un cordon déprimé qui suit la ligne médiane du corps. À son entrée dans l'abdomen, il donne successivement naissance à quatre paires de petits nerfs récurrens, puis il semble se partager en quatre autres paires de troncs nerveux assez considérables, et rapprochés à leur origine, qui vont épauouir leurs divisions dans les viscères de la digestion et de la génération.

Les ganglions nerveux de la Pentatome ne sont qu’au nombre de deux, ainsi que je l'ai déjà avancé en parlant de l'appareil sensitif des Hémiptères en général. Ils sont tous deux renfermés dans la cavité thoracique, placés sur la ligne médiane, fort rapprochés l’un de l’autre, et séparés seulement par un étranglement peu prononcé. Ils

ne se ressemblent ni par leur forme, ni par leur grandeur, ni par le nombre des nerfs qui y prennent leur origine. En considérant le segment du thorax auquel ils correspondent plus particulièrement, on peut désigner le plus antérieur sous le nom de ganglion mésothoracique, et le postérieur sous celui de métathoracique. Le premier est le plus petit, et d’une forme arrondie. Il fournit trois paires de nerfs dont les ramifications paraissent principalement destinées aux muscles des premières pattes, aux glandes salivaires et à l’origine du canal alimentaire. Le ganglion métathoracique est presque cordiforme. Il émet dix paires de nerfs qui se distribuent soit aux muscles nombreux qui meuvent les pattes, les ailes et les hémélytres, soit aux glandes salivaires , à l’estomac et à l’organe odorifique.

D’après cet exposé du système nerveux de la Pentatome, on voit que le nombre des paires de nerfs de cet Hémiptère, indépendamment du cerveau, du prolongement rachidien et des ganglions, se monte au moins à vingtsept, savoir : Cinq au cerveau, neuf au prolongement rachidien, et treize aux ganglions.

Le système nerveux de la Vèpe présente une différence essentielle avec celui des autres Hétéroptères et des Homoptères, c'est la distinction bien tranchée, la séparation parfaite des deux ganglions thoraciques.

Le ganglion céphalique , lorsqu'on l’a dégagé des parois du crâne sans l’endommager, ce qui n’est pas toujours facile, apparaît avec une configuration, un volume peu en rapport avec ceux de la boîte qui le renfermait. Cette différence du contenu au contenant prouve, d’une part, que cet organe cérébriforme est très compressible; et, de l’autre, que lorsque la cause comprimante cesse, il manifeste son expansibilité. Ce ganglion est formé de deux

sphéroïdes largement confondus à la ligne médiane. Il se prolonge de chaque côté en un nerf optique renflé dans son milieu en un bulbe ellipsoïdal, et se termine par une rétine transversalement ovale, enduite d’un pigmentum d'un violet foncé comme pointillé. De la partie postérieure du ganglion céphalique partent deux nerfs rachidiens d’une excessive briéveté, formant un collier dans lequel est engagé l’œsophage.

Le premier ganglion qui suit, ou le ganglion prothoracique , est assez grand , lenticulaire, arrondi, en partie engagé dans la tête, et en partie dans le prothorax. Il émet latéralement trois paires de nerfs principaux, et deux prolongemens rachidiens établissent sa communication avec le second ganglion.

Celui-ci, ou le ganglion métathoracique , est séparé du premier par tout l’intervalle du mésothorax. Il est ovalaire, et fournit sur ses côtés cinq paires de nerfs considérables et quelques autres de moins importans. Il se prolonge en arrière en deux forts cordons rachidiens. Ceuxci, dans leur trajet dans l’abdomen , donnent naissance à plusieurs paires de petits nerfs, et en approchant de la région postérieure de cette cavité, ils se partagent en grandes branches qui se divisent et se subdivisent. La figure dira le reste.

Le système nerveux de la Cigale , insecte qui , sous ce rapport, peut être pris pour type de la grande division des Homoptères, présente les traits généraux que j'ai assignés à l’ordre des Hémiptères ; mais il offre aussi, comparativement aux Hétéroptères, quelques modificatiGns qui exigeaient et une description et une figure spéciales. Cet appareil se compose, ainsi que dans les Hétéropteres , d’un ganglion céphalique, de deux ganglions thoraciques, et d’un grand nombre de paires de nerfs

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destinés aux viscères et aux divers tissus de l’insecte.

Le ganglion céphalique ; ou le cerveau (quoique par sa texture il démente cette dernière dénomination), est formé par la réunion de deux lobes hémisphéroïdes semblables, qui , vus extérieurement , paraissent simplement contigus ; mais la rainure longitudinale et médiane qui semble les séparer n’est que superficielle. La partie antérieure de chacun de ces lobes donne naissance au nerf optique principal, destiné aux grands yeux, au nerf oculaire. Ce nerf, pyramidal ou plutôt en forme de courte et grosse massue, vient embrasser le bulbe oculaire. Le bout de celui-ci , dégagé de dessous la cornée réticulée et ovalaire qui constitue l’œil extérieur, se présente sous l’aspect d’une lentille arrondie, dont la rétine semble, à l'œil nu, simplement pointillée d’un brun sanguin sur un fond gris, mais où une étude attentive, avec le secours d’une forte loupe, fait apercevoir une réticulation très fine dont les mailles sont des polygones arrondis. Entre les origines des nerfs oculaires, et un peu en-dessous de la ligne médiane qui forme la démarcation des deux lobes céphaliques, paît un nerf trifide, un véritable trépied , dont les branches sont les petits nerfs optiques des trois ocelles, les nerfs ocellaires. La rétine du bulbe de ces yeux lisses est bordée d’un rouge vif, et le disque lenticulaire est lavé d’une teinte rosée pâle, avec un pointillement imperceptible.

Du bout postérieur et un peu inférieur des lobes du ganglion céphalique, partent deux cordons nerveux rachidiens assez courts, dont l’écartement forme une sorte d’anneau ou de collier dans lequel s'engage l’œsophage. Ces cordons fournissent, vers leur milieu, une paire de nerfs dont la distribution m'a paru se faire particulièrement aux muscles destinés aux mouvemens de la tête.

Les ganglions thoraciques de la Cigale, loin d’être dis-

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