‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptèresChapitre 38 sur 65 · Savans étrangers · texte numérisé non relu

Savans étrangers

le système trachéen résulte de la réunion par anastomose de deux moitiés en tout semblables.

Les trachées, qui se distribuent dans l'abdomen et dans la tête, appartiennent toutes à l’ordre des trachées tubulaires ou élastiques. Indépendamment de celles-là, il y a dans le thorax un petit nombre de trachées utriculaires , et une disposition particulière de quelques branches de ces vaisseaux qui constituent une espèce de tissu parenchymateux que nous avions signalé autrefois , et qui sera l’objet d’un examen spécial.

… De chaque stigmate caudal part un tronc trachéen qui forme la souche, l'axe principal de Pappareil. Ce tronc suit les flancs des cavités abdominale et thoracique. Dans son trajet dans l’abdomen, 1l fournit six troncs secondaires assez courts, de chacun desquels naissent deux branches principales récurrentes , dont l’une, très ramifiée, se distribue aux viscères abdominaux, et dont l’autre, simple et située profondément au-dessous de tous les organes, se continue avec sa congénère du côté opposé , et forme ainsi une arcade qui traverse l'abdomen. Cette arcade établit la communication des deux moitiés de l'appareil trachéen. Le premier , le cinquième et le sixième de ces troncs secondaires, à partir du stigmate caudal, viennent se fixer non loin du bord externe des sixième, second et premier segmens ventraux de l'abdomen. Cette insertion a lieu sur des points qui dans la plupart des autres insectes présentent des stigmates; mais ceux-ci sont effacés dans la Nèpe, et l’investigation la plus rigoureuse, aidée des verres amplifians , ny déni pas même le plus léger vestige de l'existence de ces ostioles pneumatiques. Le tronc s'insère là, à nu, sur le tégument ventral, etil n "y a aucune issue. Le ont. le troisième et le quatrième de ces troncs secondaires AHbutissettti comme nous l'avons déjà insinué

plus haut, au bord antérieur et un peu interne de chacun des trois faux stigmates, et leur mode d'implantation, malgré des apparences trompeuses, est semblable à celui des précédens,

Cette insertion trachéenne borgne, obturée ou en culde-sac, loin d’être une observation stérile, devient au contraire pour nous un fait anatomique très significatif. C'est une de ces preuves ajoutées à cent autres, que la nature, dans l'immense série de ses productions, ne procède point par des transitions brusques , ne fait pas de saut , pour me servir du terme consacré. Ce n'est que graduellement qu’elle passe d’un mode d'organisation à un autre; et sans sortir de notre sujet, n'est-ce pas un fait bien digne de remarque que, sur les six stigmates abdominaux qui existent dans les Hydrocorises en général, la Vèpe nous en offre trois simplement obturés , et trois entièrement effacés ou oblitérés ? Il est présumable que dans des genres voisins des /Vèpes qui ne nous sont point encore connus, où dont le scalpel n’a pas dévoilé la splanchnologie, on en trouvera où les faux stigmates seront remplacés par de véritables, ou auront tout-à-fait disparu, et d’autres où les insertions à nu des troncs trachéens secondaires aboutiront à des bouches respiratoires, ou dont ces troncs, à défaut de l’existence de celles-ci, prendront une autre direction.

Poursuivons la distribution générale de lappareil trachéen. Avant de franchir les limites de la cavité abdominale, le tronc principal envoie un tronc secondaire simple et court à un sachet utriculiforme, visible à l’extérieur de linsecte, et situé près de l'angle postérieur et externe du métathorax. Il en fournit d’autres, soit aux sachets parenchymateux que nous décrirons bientôt, soit aux pattes et aux ailes, et parvenu à la partie antérieure du prothorax, ce tronc principal se divise en un faisceau de branches qui

pénètrent dans la tête. Justement au-dessous du ganglion nerveux métathoracique, par conséquent au centre de ce compartiment du thorax, se trouve un sinus trachéen formé par la confluence de quatre grandes branches qui s'y rendent en sautoir. Ce sinus remplace dans le thorax les arcades trachéennes de l’abdomen, et devient, comme celles-ci, le moyen de communication entre les deux moitiés du système des trachées thoraciques.

Nous allons maintenant passer à l’étude des trachées utriculaires et des tissus trachéens particuliers, dont j'ai indiqué le siège dans la cavité thoracique.

: En promenant une loupe attentivement sur les divers compartimens du thorax de la Vèpe, dans le but dy découvrir des stigmates, je ne tardai pas à constater, tout près de l’angle postérieur et externe de la région dorsale du métathorax, l’existence constante d’un petit sachet transversalement ovalaire, d’un blanc terne, d’une consistance souple , formant là comme un commencement de hernie, et marqué de quelques légères plissures dirigées dans le sens de son petit diamètre. Les bords correspondans de la base de l’abdomen et du métathorax sont en cet endroit échancrés , et la scissure ou l’hyatus résultant de ces deux échancrures, est le siége du sachet. J’ai reconnu que dans certains cas celui-ci était plus saillant et utriculiforme, et que dans d’autres il paraissait au contraire affaissé , ridé, Je soupconnai alors que ces changemens étaient sous l'influence de la fonction respiratoire, et les vivisections m'ont paru le confirmer. Nous avons déjà dit que ce sachet recevait une branche trachéenne assez considérable. Il parait même que cette dernière forme là une souche d’où partent les troncs trachéens destinés soit aux pattes intermédiaires et postérieures , soit aux ailes. Je présume que ce sachet peut servir à la

Nèpe, ou pour favoriser le vol où pour gagner la surface de l’eau.

Immédiatement au-dessous de l’écusson de cet Hydrocorise, on rencontre deux corps semblables, oblongs, placés à côté l’un de l'autre, et séparés seulement par la ligne médiane. Ces deux corps simples, et un peu plus gros à leurs extrémités, se font remarquer le plus souvent par une enveloppe lisse et d’un blanc satiné presque nacré. Fixés par leurs bouts à la face inférieure de la région scutellaire , ils sont libres entre ces deux points. Si on les arrache avec précaution, en les saisissant par leur centre, il n’est pas rare que leurs bouts entraînent une sorte de calotte brunatre et cornée qui se détache comme une épiphyse. Cette calotte est leur point d'attache propre. Quand on déchire ce corps, qui est d’une consistance très souple , on voit qu'il renferme une espèce de bourre ou de parenchyme que le microscope démontre formé par des ramuscules trachéens : on dirait un sachet rempli d’un tissu parenchymateux. Une forte trachée qui naît du tronc principal des vaisseaux aérifères , règne le long du bord externe de chacun de ces sachets, où elle est en partie enchässée, et en sort par leur bout antérieur pour aller de nouveau confluer avec le tronc principal. Si l’on poursuit cette trachée dans l’intérieur du sachet, on se convaincra que c'est elle qui fournit tout le tissu parenchymateux qui le caractérise. Mais les branches qui forment ce dernier, ne naissent pas de toute la périphérie de la trachée. Une face du tronc de celle-ci est tout-à-fait à nu, et c’est cellelà qu'on apercoit le long du sachet. Lorsque cette trachée est débarrassée de l'enveloppe du sachet, et étalée, elle ressemble à un panache, ou à un plumet d’autruche, qui ne se termineraient pas en pointe. Les deux figures qui accompagnent le texte expriment cette disposition. Tel est

l'état le plus ordinaire de ces deux corps sous-scutellaires de la Vèpe. Dans des conditions plus propres à nous révéler leur véritable texture, conditions rares à la vérité, mais qui se sont présentées deux fois dans le cours de mes nombreuses dissections de cet insecte, je me suis convaincu de leur organisation musculaire , au moins à l’extérieur. Le parenchyme trachéen se trouvant, dans ces conditions, moins pénétré d'air, la couleur d’un blanc satiné ou nacré disparaît, et au lieu d’une enveloppe lisse, J'ai distinctement reconnu, sous la forme de stries longitudinales, les rubans ou faisceaux musculeux grisätres qui se portent d’un bout à l’autre de ce corps.

Dans la Ranatre les panaches trachéens existent presqu'à nu au milieu des masses musculaires du thorax.

Dans leur position normale, les sachets sous-scutellaires de la /Vèpe se trouvent situés au-dessus de deux autres corps placés sur la table inférieure du métathorax, et en grande partie musculo-parenchymateux comme eux. Ces sachets métathoraciques recoivent aussi du tronc principal des trachées une branche volumineuse; mais ils présentent cette différence essentielle avec les précédens, qu’ils ont chacun deux utricules trachéennes plus ou moins développées. l’une de ces utricules s'observe un peu avant le bout antérieur du sachet, où elle est un peu latérale; Vautre termine directement le bout postérieur, et pour peu qu’elle soit gonflée, elle pénètre dans la cavité abdominale. Ces utricules, soit qu'on les trouve dilatées par de Pair, soit qu'on les rencontre affaissées sur elles-mêmes, sont toujours formées par une membrane d’un blanc pur sans aspect satiné ou nacré. Elles me paraissent remplir lPoffice de vessies natatoires, dans les cas rares où l’insecte, dépourvu de supports, est obligé de s'élever à la surface de Peau pour y respirer.

SUR LES HEMIPTÈRES. 383

On rencontre encore dans le métathorax une paire d’utricules trachéennes, mais petites, oblongues , et indépendantes d’un tissu parenchymateux.

La structure extérieure des animaux, leur genre de vie, leurs habitudes, doivent être, pour le scrutateur du but final de l’organisme,des considérations d’une grande valeur, qui, combinées avec celles fournies par la conformation , la texture intime, la position des organes, et les expérimentations, le mettent sur la véritable voie des solutions physiologiques. Examinons , d’après ces principes, la fonction respiratoire de l’insecte dont je viens de décrire le stigmate et l’appareil trachéen.

La grandeur et la structure insolites des faux stigmates de la /Vèpe, avant que je leur eusse imposé cette épithéte, et la coïncidence assez insidieuse des sachets parenchymateux du thorax, m'avaient autrefois, Je l’avoue, fait naître la pensée d’un mode spécial de respiration que J'inclinais à croire au moins semi branchial. Mais une étude sévère de cet insecte, tant sous le rapport de l'anatomie que sous celui de l’entomologie, m’a enfin placé dans le sentier de la vérité.

Quoique la Vèpe soit un insecte aquatique, on n’aperçoit dans sa structure extérieure, rien, absolument rien qui puisse la faire reconnaître pour un insecte nageur. Ses pattes glabres et arrondies ne sont propres qu’à l’'ambulation ou à la préhension; son corps plat, cuirassé et compact, gagne promptement le fond de l’eau , et ses tégumens habituellement salis par la boue, annoncent assez son habitude de ramper dans la vase. Aussi ces Hémiptères choisissent -ils pour leur habitation ordinaire les eaux tranquilles ou un fond vaseux où les plantes aquatiques abondent. À la faveur de ces dernières, ils peuvent grimper pour se rapprocher de la surface du liquide, où on les

voit émerger de temps en temps la pointe de leur siphon respiratoire, pour y puiser l'air atmosphérique. J'ai conservé pendant plusieurs mois ces insectes dans des bocaux qui réunissaient les deux conditions dont je viens de parler, et J'ai pu ainsi étudier à loisir leurs habitudes. Je les ai vus passer des heures entières le bout du siphon à fleur d'eau, et le corps immergé, comme suspendu sur les plantes qui lui servent de support. J'ai été à même de constater alors, avec le secours de la loupe, le mouvement presque insensible de linhalation de air, et l'attention la plus soutenue ne m'a jamais décelé le moindre travail , la moindre action dans les faux stigmates. Cette observation cent fois répétée me donnait déjà la presque certitude que cet insecte respirait uniquement par le siphon caudal. Cependant Je voyais aussi la Vépe gagner le fond de l’eau et y demeurer long-temps , ou immobile en guettant sa proie, ou rampant pour l’atteindre. Une expérience décisive devait lever tous mes doutes. Il s'agissait de placer des /Vèpes dans l’eau, de manière à priver celle-ci du contact de l'air atmosphérique, et à mettre l’insecte dans la nécessité, pour le maintien de son existence, de retirer de l’eau même son élément vital, si la nature l'avait organisé pour cette opération de chimie animale. Je renfermai donc deux /Vèpes bien portantes dans un flacon assez large, rempli d’eau jusqu’au goulot, et hermétiquement bouché, de manière à ne laisser aucune couche d’air entre le bouchon et le liquide. Voulant d’ailleurs respecter les autres habitudes de l’insecte, j’eus Le soin de laisser au fond du flacon et de la vase et des détritus végétaux; conditions favorables aussi aux animalcules dont les ÆVèpes peuvent se nourrir. Au bout de deux heures de cette réclusion, ces insectes donnèrent des signes non équivoques de malaise et de souffrance. Après avoir vainement

redressé leur siphon, on les voyait faire jouer, l’une sur l’autre , les deux tiges de celui-ci, les entr'ouvrir, les refermer, pour les tenir de nouveau écartées. Un vide considérable qui s’observait entre la région dorsale de l'abdomen et les élytres, témoignait de l’oppression extrême de l’insecte. Enfin, au bout de dix heures, les deux [Vèpes étaient mortes sans retour, et les branches du siphon demeuraient dans le plus grand état de divergence. Ja renouvelai deux fois cette expérience, et j’obtins le même résultat avec quelque légère différence pour l’heure de la mort.

De tout ce que nous venons d'exposer sur l’appareil respiratoire de la ÆVèpe, il résulte ce fait rigoureusement établi et nouveau pour la science, que cet insecte ne respire que par les stigmates du siphon caudal.

L'appareil respiratoire des ÂMotonectes et des Corises s'éloigne beaucoup de celui des /Vèpes, et se rapproche davantage de celui des Amphibicorises, Les stigmates abdominaux , au nombre de six paires, sont fort petits, ronds, semblables à des points, et situés sur deux séries longitudinales , le long des côtés du ventre, un sur chaque segment. Les trachées de ces Hydrocorises sont toutes tubulaires et d’une finesse capillaire. On trouve aussi dans leur thorax une ébauche d’organe pulmonaire. Les trachées y sont disposées en rangées presque contigués; comme des tuyaux d'orgue, et il est possible, avec un peu d'adresse, de les détacher en un seul faisceau qui prend la forme d’un panache.

CICADAIRES.

La multiplicité de mes occupations m'a fait négliger, à mon vif regret, l'étude des orifices respiratoires dans les Hémipières de la section des Homoptères, et malheureu-

4+ Savans étrangers. 49

sement je ne trouve point dans les auteurs de quoi suppléer à mon insuflisance sur ce point.

Les stigmates abdominaux de la Cigale (C. orni), situés, comme ceux de tous les Hémiptères, à la région inférieure ou ventrale de l'abdomen, sont au nombre de six paires, une pour chaque segment, et disposés au côté interne d’une ligne longitudinale enfoncée, qui est une espèce de pli. Leurs ostioles m'ont paru dénués de péritrème, et sont placés, un peu latéralement, sur un petit espace arrondi, blanchätre, peu ou point saillant, de texture analogue à celle des tégumens.

Les Cigales sont pourvues des deux ordres de trachées, les tubulaires et les utriculaires. Les premières se distribuent plus spécialement aux viscères abdominaux , et sont très fines. Celles qui sont affectées aux organes digestifs sont pour la plupart enveloppées d’un fourreau adipeux, tandis que la couleur nacrée brille de tout son éclat dans les trachées de l'appareil génital. La cavité thoracique offre deux troncs aérifères assez grands, qui vivifient les glandes salivaires et pénètrent dans la tête. Les trachées utriculaires sont en général de fort petites bulles, les unes globuleuses , les autres polymorphes, plus ou moins groupées. On en trouve , avec cette dernière condition, sur la membrane péritonéale de l’abdomen et sur la surface des masses musculaires qui garnissent la poitrine. Indépendamment de ces petites bulles, on voit une utricule conoïde plus grande de chaque côté de la cavité mésothoracique.

Nous avons dit qu’en général les trachées utriculaires étaient d'autant plus nombreuses ou d’autant plus développées, que les insectes avaient un système musculaire plus puissant, une locomobilité plus énergique. A en juger par leurs habitudes aéricoles et par l'ampleur de

leurs ailes, on pourrait croire que les Cigales ont un vol fréquent , un genre de vie très actif, et on devrait être surpris alors du petit nombre de leurs utricules aérifères. Mais les naturalistes à portée d'observer les mœurs de ces insectes, se convaincront que, contre les apparences , ils ont des habitudes sédentaires. On les voit se tenir des heures, immobiles, comme collés contre les troncs ou les branches des arbres; et quand on les oblige à changer de place, ils le font par un vol peu prolongé et mou, c’est-àdire non bourdonnent.

APHIDIENS.

L'insuflisance de mes instrumens amplifians ne m'a pas mis à même de constater l'existence des stigmates dans les Pucerons. Leurs vaisseaux aérifères appartiennent tous aux trachées tubulaires, et sont d’une finesse telle, qu’il faut le secours du microscope pour les reconnaître. Ce n’est qu'à une forte loupe et à un Jour favorable qu’on peut s'assurer de l'aspect nacré ou argenté de ces vaisseaux. Ils n'apparaissent que comme les brins les plus ténus de la soie.

Page 1