‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptèresChapitre 4 sur 65 · APPAREIL DIGESTIF · texte numérisé non relu

APPAREIL DIGESTIF

La digestion est la fonction principale de tous les animaux en général, puisqu'elle sert à la conservation de l'individu. Aussi les organes qui l’exercent doivent-ils être placés en première ligne pour létablissement des grandes coupes ou divisions qui servent à grouper ceux de ces animaux qui ont entre eux des ressemblances de conformation générale et de genre de vie. Elle consiste, dans le plus petit des Hémiptères comme dans l’homme, à introduire dans le corps. des substances alimentaires prises au dehors, et qui par le jeu , l’action successive des diverses parties de l'appareil, sont convenablement élaborées, puis converties en deux parties dont l’une est destinée à réparer, à entretenir le corps, et dont l’autre, réduite à l’état d’excrément, doit être rejetée comme inutile.

Quoique les Hémiptères aient tous pour bouche un bec articulé , destiné à extraire par succion les liquides dont ils se nourrissent , ils présentent néanmoins entre eux de grandes différences , et pour la nature de l'aliment qu'ils prennent, et pour leurs habitudes. Ainsi les uns vivent de sucs végétaux de diverses qualités, les autres pompent les humeurs d'animaux de classes différentes ; 1l en est de tout-à-fait sédentaires, et il y en a qui sont d’une grande locomobilité ; ceux-ci circulent au grand air, ceux-là se cachent dans les lieux obscurs ; quelques-uns vivent constamment dans l’eau, quelques autres , véritables amphibies , ont une vie tantôt aquatique , tantôt aérienne; enfin, on en voit qui séjournent à l’état de larve sous la terre, tandis qu'à celui d'insectes parfaits ils sont exclusivement habitans de l’air. Toutes ces modifications dans les habitudes entraînent des nuances correspondantes d’organisation, ou, si l’on veut, des conditions organiques particulières président à chacune de ces différences dans le genre de vie.

Qu'on ne s'imagine point que les insectes dont J'essaie l’organographie, encore qu'ils soient destinés à ne prendre qu'une nourriture liquide , aient pour bec une simple pompe aspirante où un sucoir proprement dit. Ne faut-il pas , pour puiser cette nourriture, vaincre la cohésion des tissus organiques qui la contiennent ? L'infecte punaise, la cigale, ne sont-elles pas obligées de percer, de déchirer le derme animal et la fibre végétale pour s’abreuver de leurs sucs? Leur bec est donc un composé de lames acérées et tranchantes, d’instrumens piquans et perforans. Ce n’est point encore toul. La nature, aussi ingénieuse pour les formes que conséquente pour le fond, ne renonce Jamais d'une manière brasque et absolue au type de sa création.

Ainsi, non-seulement vous retrouvez dans le bec des

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Hémiptères des pièces constitutives qui ont des traits d’analogie avec les mandibules et les mâchoires des insectes broyeurs, mais vous rencontrez des espèces dont les pattes antérieures sont parfaitement comparables par leur forme, leur structure et leurs attributions, aux mandibules les mieux organisées de quelques insectes carnassiers, notamment à celles de plusieurs Arachnides. Ces pattes sont destinées à saisir une proie vivante, à la déchirer, à la triturer. La Phymate, la Naucore et autres Hémiptères qui vivent de rapine, sont dans ce cas.

Si la salive ne servait qu'à ramollir, à délayer les alimens introduits dans la bouche, ainsi qu'on le dit en parlant des grands animaux, on n’en verrait pas la nécessité dans les Hémiptères , puisque ces insectes vivent exclusivement de liquides : cependant ils sont tous pourvus de glandes salivaires bien caractérisées ; celles-ci sont situées non dans le voisinage de la bouche, mais généralement suspendues dans le thorax. Leurs canaux afférens s'ouvrent à l’origine de l’œsophage, et il n’est pas rare qu’il existe des bourses destinées à tenir en réserve la salive.

Le tube digestif des Hémiptères est un organe musculomembraneux, constamment placé, ainsi que celui de tous les insectes en général, au-dessus du système nerveux rachidien et de l'appareil générateur, et au-dessous du cordon appelé vaisseau dorsal ; il est aussi en rapport plus ou moins immédiat avec des lambeaux ou des lobules du tissu adipeux splanchnique. Sa longueur varie suivant les familles et les genres; il est rare qu’elle ne dépasse pas une fois au moins celle de tout le corps de l’insecte, et le plus souvent elle l’excède de quatre, de cinq, de six et même de dix fois. Dans son trajet de la bouche à l'anus, cet organe se fléchit ou se reploie en circonvolutions plus ou moins nombreuses ; il présente des dilatations ou des

poches, quelquefois des anastomoses ; enfin il offre dans ses diverses parties des modifications de texture relatives aux fonctions à remplir. Dès sa sortie de la tête, il s’engage entre les deux cordons nerveux qui naïssent du'ganglion cérébral, et qui lui forment comme un collier. Il s'accompagne de branches et de rameaux trachéens plus où moins multipliés, qui non-seulement lui forment des brides pour le maintenir en place, mais qui pénètrent son tissu et en activent la vitalité.

Deux tuniques principales composent la texture de cet organe , l’une externe, l’autre interne. Je n'ai point constaté l'existence d’une troisième tunique intermédiaire, que Ramdohr attribue à tous les insectes, et qu'il appelle f/oconneuse. La tunique externe est contractile et musculeuse , formée de deux plans de fibres, l’un longitudinal, l’autre annulaire; elle est toujours lisse et glabre à l'extérieur, c'est-à-dire que Jusqu'ici je n'ai jamais observé dans aucune espèce d’Hémiptère ces villosités où papilles qui hérissent certaines parties du canal alimentaire de quelques familles des Coléoptères, spécialement des carnassiers. La tunique interne qui représente la muqueuse digestive des grands animaux est très délicate, lisse, pellucide, et il n’est pas toujours facile de la mettre en évidence. On voit que cette texture est conforme au but physiologique que doit remplir l’organe. Il est facile de se convaincre par les vivisections, non-seulement des mouvemens vermiculaires et péristaltiques qui résultent de l’action combinée des deux plans de fibres, mais des divers modes de contraction qui tous tendent à mêler, à ballotter les ingesta, à leur imprimer une direction tantôt progressive, tantôt rétrocessive, qui, d’une part, favorise la formation et la séparation du chyle pour l'acte nutritif, et qui, de l’autre, procure l’expulsion du résidu excrémentitiel de la digestion.

Si on ne voulait envisager la division du canal digestif des Hémiptères que sous le point de vue physiologique , on n’y établirait en général que deux portions distinctes : l’une, commencant à la bouche et se terminant immédiatement après l'insertion des vaisseaux hépatiques , serait destinée à recevoir, à élaborer les matériaux alimentaires , à leur donner les conditions propres à être employés pour l'acte nutritif; l’autre comprendrait depuis l’insertion biliaire jusqu’à l'anus, et servirait exclusivement à contenir le superflu de la nutrition ou les excrémens. Mais dans l'esprit qui a dirigé mes recherches, il me paraît plus convenable de procéder à cette étude par l'examen combiné des caractères anatomiques et des fonctions.

La première poche du canal de la digestion est une dilatation de l’œsophage, qui, par sa comparaison avec celle de plusieurs oiseaux, doit porter le nom de jabot; elle n'existe pas dans tous les Hémiptères, et elle est plus ou moins prononcée suivant son degré de plénitude. Une contracture annulaire, siége d’une valvule, la sépare de la poche suivante. C’est dans le jabot que séjournent d’abord pendant un certain temps les alimens; c’est là qu'ils subissent, par leur combinaison avec la salive, une première élaboration digestive, un commencement d’animalisation. Aucun Hémiptère ne m'a offert de gésier comme on en voit dans les Orthoptères et dans plusieurs familles de Coléoptères. La liquidité de la nourriture des Hémiptères leur rendait parfaitement inutile cet organe de trituration.

Dans mon travail anatomique sur les Coléoptères , j'ai désigné la portion du tube digestif qui suit le Jabot, et qui se continue jusqu’à l'insertion hépatique, sous le nom de ventricule chylifique ; d’après ses attributions physiologiques. Elle correspond, et par sa position et par ses

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