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CHAPITRE CINQUIÈME

ORGANE ODORIFIQUE.

La nature, qui attache le même intérêt, les mêmes soins à produire qu'à conserver les espèces, n'a pas voulu que le faible devint, dans toutes les circonstances , la proie inévitable du fort. Elle a mis dans la distribution des armes destinées à l’attaque, à la défense ou à l’évasion ,

cette infinie variété, cette mesure calculée, qui témoignent en faveur de ses ressources conime de sa vigilance inépuisable. Dans mes recherches sur l’anatomie des Coléoptères, j'ai fait connaître un appareil des sécrétions excrémentitielles qui forme un des traits saillans de l’organisation de certaines familles de ces insectes, notamment de celle qui est en tête de cet ordre, et qui est peut-être la plus nombreuse en espèces : je veux parler de la famille des Coléoptères carnassiers. Cet appareil, toujours binaire, et comparable en tous points à l'organe urinaire des quadrupèdes , prépare, conserve et excrète une liqueur plus ou moins àcre que l'animal assailli ou menacé lance par des orifices placés près de l'anus, soit sous la forme d’une rosée imperceptible, soit par l'explosion avec bruit d’une fumée bien visible. "

L'ordre des insectes Hémiptères, tout obscur qu'il paraît et tout négligé quil est, n’a pas été déshérité des sollicitudes de la nature sous ce rapport. Tout le monde connait l'odeur puante et caractéristique à laquelle les Punaises doivent vraisemblablement leur dénomination. Cette odeur, que linsecte exhale à volonté, est préparée dans l’intérieur du corps par un organe spécial dont la position et la structure diffèrent beaucoup de celles des Coléoptères, et que J'ai cru devoir désigner par le nom significatif d’organe odorifique.

La faculté d'émettre une odeur plus ou moins exaltée appartient exclusivement à cette première section des Hémiptères que M. Latreille appelle des Æétéroptères. Je ne me Suis Jamais apercu, et aucun auteur à ma connaissance n'a remarqué, que les insectes compris das la section des Æomoptères répandissent de l’odeur.

Les Cimex de Linnæus, dont M. Latreille composé sa famille des Géocorises, sont les Hémiptères le plus

spécialement pourvus de l'organe odorifique; mais ce n’est que lorsqu'on les irrite, ou qu’ils se sentent menacés d’un danger, qu'ils exhalent l'odeur subtile et pénétrante qui leur est propre. Si l’on vient à surprendre, sans en être apercu, un de ces insectes, même d’entre les plus puans, comme la Pentatome grise, par exemple, et qu’on sen approche assez pour le flairer, on se convaincra qu'il ne transpire de son corps aucune mauvaise exhalaison. Mais pour peu qu'on le manie, on est aussitôt infecté par une vapeur invisible. Saisissez avec une pince la Pentatome en question, et plongez-la dans un verre rempli d’eau claire ; armez votre œil de la loupe, et vous verrez s’élever de son corps d'innombrables petites bulles qui, en venant crever à la surface du liquide, exhalent à l’instant cette effluve qui affecte si désagréablement l’odorat. Cette vapeur, essentiellement äâcre, exerce sur les yeux, quand elle les atteint, une action irritante très prononcée. Lorsqu'on tient entre les doigts un de ces insectes vivans, de manière à ne point boucher les orifices odorifères, et à diriger vers un point déterminé de la peau les fusées de cette vapeur, on verra qu'il en résulte une tache ou brunâtre ou rutilante que les lotions répétées n’enlèvent pas d’abord, et qui produit dans le tissu cutané une altération analogue à celle qui succède à l'application d’un acide minéral. Si, dans la dissection des Cimex dans l’eau , on s'attache à ne point porter le scalpel sur l'organe qui renferme l'odeur, celle-ci ne se fait que peu ou point sentir à l'opérateur. Mais si l’on fait à dessein une large incision à cet organe, on voit aussitôt s’en élever un globule assezggros, qui, parvenu à la surface de l’eau , y crève et s'y divise en une myriade de gouttelettes dont l’odeur n’est plusséquivoque. Ces gouttelettes sont comparables à celles qui résultent du mélange d’une petite quantité

d'huile fortement battue avec de l’eau. Toutes sont parfaitement orbiculaires, assez brillantes , et forment, pour me servir de l’expression vulgaire, des yeux plus ou moins contigus, mais bien circonserits, et ne se fondant pas ensemble. Je regrette que l’analyse chimique de cette huile animale ne vienne pas compléter ce que l'observation anatomique a pu nous en apprendre.

Les Géocorises n’exhalent pas tous la même odeur. Celleci présente, soit dans sa qualité, soit dans son abondance ou son intensité , des modifications que Je ferai connaître. Il est même des espèces, en petit nombre à la vérité, chez lesquelles nos sens deviennent inhabiles à constater une odeur quelconque, malgré l'existence d’un organe destiné à la produire. ;

Ce n'est pas à l'extrémité postérieure de l’abdomen , et près de l'anus, ainsi qu'on l’observe dans les Coléoptères, que se trouve relégué l’organe odorifique des Hémiptères , mais bien tout-à-fait dans le centre du corps de l’insecte. Cet organe est fort simple; il consiste en une bourse assez grande ( fort rarement en deux), placée à la base de labdomen , immédiatement au-dessous des viscères digestifs, et couchée sur la paroi ventrale de cette cavité. Elle a une forme arrondie ou ovalaire, une texture en apparence membraneuse, une couleur le plus souvent d’un jaune plus ou moins orangé. Cette bourse est logée presque toute dans la cavité abdominale, mais son insertion a réellement lieu dans la région pectorale du métathorax, tout près de l’union de celui-ci avec l’abdomen. Toutes mes recherches pour découvrir dans son voisinage des vaisseaux, des glandes, ou un appareil propre à la sécrétion de l'humeur oléagineuse , ont été vaines. Ainsi cette bourse serait en même temps un organe sécréteur par ses parois, et un réservoir.

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Les orifices ou ostioles extérieurs qui donnent issue à l'odeur spécifique des Punaises sont placés sur la päroi pectorale externe du métathorax, justement entre les insertions des seconde et troisième paires de pattes. On découvre de chaque côté de cette région un pore, bien distinct des stigmates, pratiqué sur une éminence qui dans la Pentatome grise et dans plusieurs autres de ce genre, ressemble à un bout de conduit tubuleux auquel on aurait fait une excision en bec de plume à écrire.

Je vais exposer maintenant les différences qui s’observent soit dans l'organe, soit dans l'odeur des diverses espèces d’'Hémiptères dans lesquelles j'ai eu occasion de les étudier.

La Scutellère rayée répand au moindre attouchement une odeur bien prononcée. Sa bourse odorifique a environ une ligne et demie de largeur, une couleur jaune, une forme arrondie, comme divisée en deux lobes par une impression médiane produite par un nerf couché sur elle. On peut manier la Sc. maure sans qu’elle exhale une odeur sensible, et l’on ne parvient à développer celle-ci, et encore à un faible degré, qu’en irritant fortement ou en blessant cet insecte. Du reste, son utricule à odeur ressemble à celle de l’espèce précédente, à la couleur près, qui est ici d’un Jaune safrané.

La Pentatome grise est un des Géocorises dont l'odeur est la plus puante, la plus exaltée , la plus prompte à s’exhaler, la plus tenace. Sa poche à odeur est d’un jaune orangé. Les P. émeraude, du genévrier, des baies, du grateron, sont presque aussi puantes que la P. grise, et n'en différent point par leur organe odoritique. La bourse à odeur est d’un jaune pale dans la P. dissemblable. La P. ornée offre une singulière particularité, c'est que, malgré qu’on l’irrite, qu’on la blesse, qu'on la déchire, 1l

ne s'échappe de son corps aucune exhalaison qui rappelle, même au plus faible degré, celle des Punaises. Dans mes investigations sur ce point, J'ai même cru y déméêler une odeur qui n’était point déplaisante. Je rappellerai à ce sujet que Fallen, dans sa monographie des Cimex de la Suède, observe que le Lygœæus pastinacæ répand odorem ferè gratum. Vu reste l'organe odorifique de la P. ornée existe comme dans les autres espèces, seulement la bourse, qui est d’un jaune safrané , est moins développée.

Les Corés exhalent une odeur d’une qualité différente de celle des Peritatomes, mais il est bien difficile d'exprimer cette différence. Dans le C. bordé et le C. chlorotique, Vorgane odorilique ressemble à celui des Pentatomes ; mais dans le C. hirticorne Jai reconnu l'existence de deux bourses à odeur, arrondies, d’un orangé vif, munies chacune d'un petit col tubuleux. Cet exemple d’une bourse double est, jusqu’à ce Jour , isolé.

Les deux Ælydes que j'ai disséqués répandent, quand on les touche, une odeur spéciale tirant vers l’acescence, et rappelant celle qu'exhale, parmi les Carahiques, le Chlænius velutinus. Leur poche odorifique est assez grande, vu: la taille des 4/ydes, ovale-oblongue, jaune.

Le Zygée porte-bouteille fournit, lorsqu'on lirrite, une odeur singulière et point désagréable d’éther acétique. La Pyrrhocore, pour bien qu’on l’inquiète, n’exhale aucune odeur appréciable. Le Miris de Carcel répand une odeur sui generis où l’on démêle celle des fleurs du Hyacinthus racemosus. Sa bourse à odeur est pyriforme et d’un jaune vif. Le Capse tricolor affecte l’odorat de manière à rappeler l’odeur des feuilles du Groseiller noir.

La Phymate m'a paru inodore. Je ne dis rien de la Punaise des lits dont tout le monde connaît la puanteur.

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4oo RECHERCHES

On retrouve encore dans le Réduve stridulant Yodeur du Chlænius cité plus haut.

La vapeur exhalée par les Gerris a quelque chose d’alcalescent.

L’odeur des Vaucores a quelque chose d’âcre. Celle des Corises rappelle les Pentatomes. La Notonecte émet une exhalaison vulvaire analogue à celle des grands Dytiques, mais faible. Je n’ai reconnu dans le métathorax de cet insecte aucun vestige d’organe odorifique, et Je ne serais pas surpris qu’il en fût entièrement dépourvu. L’odeur fétide dont je viens de parler est peut-être fournie par un appareil des sécrétions excrémentitielles qui a échappé à mes recherches,

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