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HISTORIQUE

Linné est, au rapport de Favanne, le premier auteur qui ait figuré l'Ombrelle (1). Dans le Musœum Tessinianum, publié en 1753, il représente la coquille vue par dessus et vue par dessous, et en donne une très-courte description sous le nom d'Operculatum leve. 1 ajoute qu'elle appartient à un genre inconnu. Dans son Systema naturæ, il ne crut pas devoir l’admettre ; et ce n’est que beaucoup plus tard que nous la trouvons mentionnée en deux endroits différents dans l'édition que Gmelin donna de cet ouvrage, appelée dans l’un Patella sinica et dans l'autre Patella umbellata (2). Sa provenance est en outre soigneusement indiquée.

L'abbé Dugast fit paraître en 1767 un Catalogue raisonné et systématique des curiosités de la nature et de l’art qui composent le cabinet de M. Davila (3). Dans le chapitre de cet ouvrage où sont énumérés les Lepas ou Patelles à coquille simple et entière, il consacre quelques lignes à la description d’un Lepas des Indes très-rare, qu'il propose de nommer Parasol chinois. Le dessin qui accompagne sa description est très-semblable à celui du Musœum Tessinianum.

La plupart des grands traités de conchyhologie de l’époque, tels que ceux de Martini (4), Chemnitz (5), Favanne (6). contiennent des dessins et des descriptions plus ou moins exactes de l’'Ombrelle indienne, calquées les unes sur les autres, et qui ne renferment aucun détail nouveau. Tous, du reste, jusqu’à Lamarck, la rangent parmi les Patelles ou Lepas sans trou.

(4) Voy. Linné, Musœum Tessinianum, 1753, p. 116, tab. VI, fig. 5, A et B.

(2) Voy. Linné, Sysfema naturæ, cura J, F. Gmelin, 1789, p. 3705, n° 67, ct p. 3720, n° 146.

(3) Voy. Catalogue systématique et raisonné des curiosités de la nature et de l'art qui composent le cabinet de M. Davila, 1767, t. I, p. 78, pl. 2, fig. A.

(4) Voy. Martini, Neue Systematisches Conchylien-Cabinet, t. W, 1769, p, 103, taf. 6, fig. 144. ,

(5) Voy. Chemnitz, Neue Syslematisches Conchylien-Cabinet, &, X, 1788, p. 341, n° 14645 et 1646, taf. 169.

(6) Voy. Favanne, Catalogue systématique et raisonné, 1784, p. 35 et n° 143. — Conchyliologie (3° édition de l'ouvrage de Dargenville), 1780, t, 1, p. 525, pl. 34, H,

l G. MOQUIN-TANDONX.

Lamarck, dans son Système des Animaux sans vertèbres (|), rapporta au genre Acarde, dont 1] avait enlevé les Sphérulites, le Parasol chinois. Mais, plus tard, quand il fut reconnu que les soi-disant coquilles qui formaient pour Commerson et Bruguière le type du genre n étaient autre chose que des épiphyses de vertébres dorsales de grands Cétacés, il en retira le Parasol chinois et créa pour cette espèce, jusqu'alors la seule connue, le genre Ombrelle, qu'il placa à côté des Pleurobranches dans sa division des Semi-Phyllidiens. Il y joignit daus la suite une seconde espèce provenant du golfe de Tarente (2).

Ce genre fut adopté par Cuvier dans la seconde édition de sou Règne animal (5).

Il faut arriver à de Blainville pour trouver les premieres notions sur l'organisation de l’Ombrelle. Jusqu'iei il n’est en effet uniquement question dans les auteurs que de la coquille. De Blainvillle, dans un voyage qu'il fit à Londres. eut occasion de voir et de disséquer un individu conservé dans l'alcool de VU. indica, que possédait le Muséum britannique et que son ami, le docteur Leach, avait mis à sa disposition. De retour en France, il publia le résultat de ses recherches en 4819 dans le Bulletin de la Société philomathique, et plus tard en fit paraitre un extrait accompagné de trois dessins dans le Dictionnaire des sciences naturelles et dans son Traité de malacologie (1).

Dans ce mémoire, il commence par donner une description de l'animal; mais, trompé par de fausses apparences, il propose de créer pour lui un geure nouveau, le genre Gastroplax. La coquille de l'individu qu'il examina avait été en effet détachée de la face supérieure et ramenée sous le pied, auquel elle tenait assez fortement pour qu'il erût reconnaitre « une adhérence intime de la substance calcaire avec la fibre musculaire ».

(1) Voy. Lamarck, Système des Animaux sans vertèbres, an IX.

(2) Voy. Lamarck, extrait du Cours de zoologie professé au Muséum, 1812; ct Histoire naturelle des Animaux sans vertèbres, 1822, t. VI, 12° partie, p. 339.

(3) Voy. Cuvier, le Règne animal distribué d’après son organisation, nouvelle édition, 1830, t. III, p. 65.

(4) Voy. de Blainville, Bulletin de la Société philomathique, 1819, p. 178. — Dretionnaire des sciences naturelles, xo'. XVIII, art, Gasrropcax, p. 177, 44° fascicule de l’atlas, pl. 61, fig. 1, 1 #, 16, 1 s.

La

RECHERCHES SUR L'OMBRELLE DE LA MÉDITERRANÉE. 5 Cette singulière anomalie l'embarrasse beaucoup : aussi, à la fin de son travail, revient-il sur ce point et passe-t-il en revue toutes les raisons qui le portent à penser que l'animal qu'il a vu n'avait pas été altéré. Lamarck, auquel il fit part de ce fait, émet de grands doutes sur son exactitude , et. dans son dernier ouvrage (1822), 1l s'exprime ainsi à ce sujet : « Il serait extraordinaire et contraire à l'ordre de la nature que la coquille de l'Ombrelle fût attachée sous le pied de l'animal ». Il se fonde d'ailleurs sur des observations faites sur le vivant à l'ile de France par M. Maïthieu. De Blainville n'en persista pas moins dans son opinion, puisqu'on trouve reproduit dans son Manuel de malacologie, pubhé en 1827, le dessin qu'il avait donné pour la première fois dans le Dictionnaire des sciences naturelles. et qui représente la face :nférieure du pied avec la coquille qui repose sur lui.

La seconde partie de son mémoire est consacrée à l'anatomie. Il donne quelques détails sur la forme et les rapports du tube digestif et du foie. qui s'ouvre, suivant lui, dans l'estomac par quatre grandes ouvertures, mais il ne parle pas des glandes sahvaires, ni de la structure du bulbe. Pour l'appareil cireulatoire, 1lse borne à dire que le cœur est composé d’une oreillette et d'un veniricule situés trausversalement à la partie dorsale; que l'oreillette recoit une grosse veine branchiale, produite ellemême par la réunion de deux autres branches. et que du ventricule partent presque au même point deux aortes, l'une antérieure, pour les organes génitaux, un lobe du foie et de la tête. l'autre postérieure, pour le reste du foie. l'estomac, l'ovaire. L'appareil reproducteur est décrit presque aussi succinctement.La glande de l'albumine est prise pour l'ovaire, et la glande hermaphrodite pour le testicule. De ces deux glandes se détachent le canal déférent et l'oviducte, qui, d'abord séparés, ne tardent pas à s'accoler l’un à l’autre et se réunissent dans l'organe excitateur mâle. L'orifice par où sort la verge est celui qui existe dans cet organe, et c'est aussi dans la cavité de sa gaine qu’aboutissent deux bourses, l'une en forme de gourde, l'autre en forme de poire. Quant à la terminaison disuncte de l’oviducte. de Blainville avoue ne pas l'avoir vue. Nous ne trouvons non plus que

peu de détails relatifs au système nerveux. Le collier æsophagien se compose de trois ganglions de chaque côté. Le premier, immédiatement appliqué sur lœsophage, donne des nerfs buccaux ; le second, plus volumineux, fournit les nerfs locomoteurs de l'appareil buccal. De plus, de chacun de ces deux ganglions naît un gros filet qui va fournir un plexus placé à quelque distance et d'où émanent les nerfs de la locomotion. Le troisième ganglion, situé au-dessous, se réunit à celui du côté opposé et complète ainsi le collier. Il n'est pas parlé du stomatogastrique, mais les trois commissures inférieures sont nettement indiquées.

Delle Chiaje, dans son ouvrage sur les animaux mvertébrés du royaume de Naples, s’est occupé de l'Ombrelle (1). Ses recherches, faites sur des mdividus de VU. mediterranea conservés dans l'alcool, renferment de nombreuses inexactitudes. C’est ainsi qu'il décrit le système nerveux comme formé de deux bandelettes qui entourent l’æsophage, accompagnées chacune de deux ganglions, les uns supérieurs, les autres inférieurs, d’où partent en nombre infini des nerfs pour les côtés et le dessus du corps, et pour la masse hépatique et l'intestin. Il a ajouté cependant quelques faits nouveaux à ceux qu'avait fait connaître de Blainville, Il à vu les ganglions du stomato-gastrique et les cordons qui les unissent aux ganglions cérébroïdes ; 11 a vu aussi la glande hermaphrodite et son canal excréteur, qu'il considère comme un ovaire et comme un oviducte. Il a observé la structure de la langue et de la membrane qui revêt en dedans les parois de l'estomac. Enfin, dans le passage suivant, 1l signale l'existence du corps de Bojanus, qu'il prend pour l'organe producteur de la coquille: « Analoga alla glandula de pleuro- » branchi trovo quella che occupa porzione della cavità superiore » addominale sottù il mantello, non lungi dal pericardio divisa » in vari lobetti e questi granellosi e rosini. Sospettai nelle » Aplisie che l’analoga glandula avese somministrato gli elementi » calcari dell’opercolo ; ora riunovo lo stesso sospetto, tantoppiü

(4) Voy. Delle Chiaje, Memorie sulla storia e notomia degli Animali senza vertebre

del regno di Naplio, t. IV, 1829, p. 487, tav. LXIX, fig, 5, 19, 20, 21. ARTICLE N° 6.

RECHERCHES SUR L'OMBRELLE DE LA MÉDITERRANÉE. 7 » che qui è in immediato contatto col pallio, al quale attaccasi la » conchiglia. »

Quelques années plus tard, M. Deshayes inséra dans l'Encyclopédie méthodique (4) un long article qui contient un résumé de ses observations sur quelques beaux individus de lPespèce méditerranéenne. Il décrit l'animal, et relève, comme l'avait fait Delle Chiaje, dont il semble du reste ne pas connaître le travail, l'erreur que de Blainville avait commise au sujet de la coquille. Mais il comprend d’une manière toute différente de ses devanciers l'appareil reproducteur. Il regarde la seconde poche séminale comme le testicule. 1 paraît ne pas avoir vu la glande hermaphrodite et prend pour l'ovaire le corps de Bojanus, dont il fait partir le canal excréteur comme oviducte : « On trouve, » dit-il, pour les organes femelles un grand ovaire jaunâtre qui » s'étend sur les parties postérieure et latérale gauche du foie. » De son extrémité latérale droite, naît un oviducte assez épais » dans son milieu, extrèmement atténué à ses extrémités et » plusieurs fois infléchi sur lui-même. Ce premier oviducte » aboutit à la base d’un organe tourné en hélice. Cet organe est » le second oviduete que M. Cuvier appelle matrice dans Îles » Hélices.» La description du système nerveux y est singulièrement simplifiée. Deux gros ganglions assez profondément bifides communiquant par deux filets latéraux à une paire inférieure de petits ganglions, sont réunis l’un à l’autre en dessus par une large bande nerveuse transverse. De chaque côté de l'extrémité de cette bande nerveuse partent des nerfs qui vont à la masse buccale et aux tentacules. Les nerfs qui naissent des ganglions eux-mêmes se rendent, les uns aux viscères de la digestion, les autres aux muscles du pied ; de plus, le ganglion du côté droit fournit une grosse branche qui se distribue aux organes de la génération. Enfin, les petits ganglions inférieurs émettent des filets qui se jettent le long de l’œsophage et sur la partie inférieure de la masse buccale. Ces filets, très-nombreux, forment un plexus. On trouve encore dans le cours de ce travail d'autres

(4) Voy. Deshayes, Fncyclopédie méthodique, HISTOIRE NATURELLE DES VERS, L. II, 1832, p. 660,

inexactitudes moins importantes. C’est ainsi qu'il y est dit que «les vaisseaux biliaires, réunis en très-grand nombre, y pénètrent (dans l’estomac) par plusieurs grandes cryptes» ; que lorgane copulateur «se prolonge en une sorte de trompe fendue à la partie supérieure, et dans laquelle on trouve un petit organe mâle de la génération ».

En 4840, M. Cantraine publia, sous le litre de Malacologie méditerranéenne, les recherches qu'il avait faites pendant un voyage en ltalie sur les Mollusques du bassin de la Méditerranée (1). Mais son ouvrage, presque exclusivement consacré à des descriptions, ne renferme que des détails sommaires sur l'anatomie de l'Ombrelle, et n’ajoute rien aux recherches précédemment acquises.

C’est à peu près à la même époque que parut dans les Archives de Müller l'important travail de Meckel sur les organes génitaux des Mollusques (2). Dans les quelques lignes qu'il consacre à l'appareil reproducteur de l'Ombrelle, ce célèbre anatomiste arrive à déterminer, d’une manière plus exacte qu'on ne l'avait fait jusque-là, les divers organes qui composent cet appareil. Le premier, il établit qu'il n'existe point de pénis et que la glande sexuelle est hermaphrodite; mais 1! n'indique pas de quelle façon se termine le canal excréteur de cette glande, et il se trompe quand il figure la seconde poche séminale débouchant directement dans le vestibule. |

Enfin, on trouve une nouvelle étude sur l’organisation de l’'Ombrelle dans le grand ouvrage de Souleyet sur les Mollusques recueillis pendant le voyage de la Bonite autour du monde (3). Dans ce travail remarquable accompagné de beaux dessins, mais malheureusement peu étendu, ce savant malacologiste a reconnu la véritable composition des centres nerveux. Il à vu que le collier œsophagien est formé de six ganglions réunis en

(4)mVoy Cantraine, Malarologie méditerranéenne, in Nouv. Mém. Acad. Brux.,

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