INTRODUCTION
Nous avons pu reprendre nos travaux plus tard, mais pour le même motif, nous avons du en restreindre sensiblement le cadre, c’est à dire, qu’au lieu d'examiner toutes les altérations de tissus, relatives au goître, nous nous sommes bornés à étudier l’hypertrophie et l’hyperplasie folliculaire, et à rapporter pour ce qui a trait aux vaisseaux, aux lymphatiques et aux nerfs, les résultais des recherches des différents auteurs.
Avant d'aller plus loin, nous tenons à remercier vivement Monsieur le professeur Zahn qui à eu la bonté de mettre à notre disposition tout ce dont nous avions besoin pour notre étude, et qui nous a dirigé dans nos recherches.
Qu'il recoive ici l'expression de notre sincère recon-
naissance.
CONSIBÉRATIONS GÉNÉRALES
Avant d'aborder l'étude du goître, il est nécéssaire de résumer les notions que l’on possède actuellement sur le développement embryonaire de la glande thyroide.
Külliker (Æntwihlungs Geschichte) dit que c’est à Remack que nous devons les premières recherches exactes sur la composition de la thyroide du poulet. Ces recherches ont eu pour résultat de montrer que cet organe, provient d’un bourgeonnement du pharynx.
Ces assertions ont été pleinement confirmées plus tard par Gôtte, W. Müller, A. Seessel, et les observations poursuivies à un tel point, dit Kôülliker, que nous sommes complètement instruits au sujet du développement de la thyroide du poulet. D’après ces auteurs, la première trace de la glande, se trouve chez le poulet, déjà à la fin du deuxième jour, mais cette ébauche n’est nettement constituée que vers le troisième jour, et consiste alors en un simple bourgeon situé dans le plan médian.
Grand de 0.12-0.17 mm. arrondi, il résulte d'un bourgeonnement de l’épithélium de la paroi antérieure du conduit digestif. Son siège est d’après W. Müller, à la bifurcation du bulbe aortique en deux arcs aortiques, les plus antérieurs. Il reçoit ainsi un revêtement de la membrane fibreuse des artères. |
Au quatrième jour, cette excroissance se sépare de la paroi du canal digestif, en s’allongeant sous forme de vésicule pédiculisée dont le conduit disparait alors. Après - cela, l'organe vésiculeux, suivant les données de W. Müller (qui s'accordent avec celles de Seessel), devient solide.
Au 5° jour, la glande, jusque là simple, s'étrangle, se transforme en deux corps arrondis, solides, qui, petit à petit, dans le cours de leur développement ultérieur, se portent toujours plus bas, et occupent enfin leur place définitive.
W. Müller a suivi les transformations ultérieures des thyroides paires de l'embryon du poulet. Chacune d'elles est transformée, au 9" jour de l’incubation en un réseau d'utricules cylindriques solides mesurant de 15-25 mm. d'épaisseur.
Ces utricules, vers le 12° jour, présentent une lumière étroite à la facon d’une fente, et de légers élargissements à côté des quels on trouve aussi des follicules en forme de sphères de 12 à 20 mm. Au 16% jour les follicules, d'une grandeur de 16-30 mm. forment les parties con- Stituantes prédominantes de l'organe, mais il se trouve encore des utricules épithéliaux, cylindriques, saisis par la compression.
Donc la loi du développement de la glande thyroide du poulet est en somme la même que celle des glandes en grappe. Les observations faites par Kôülliker sur des embryons de lapins, viennent à l'appui de ces données. Il a
aussi trouvé que la glande thyroïde, chez l'embryon du lapin, n’est au début qu’un épaississement mamillaire de l'épithélium pharyngien, siégeant à la hauteur et à l’angle des arcs aortiques les plus antérieurs.
Chez un des nombreux embryons qu’il a examinés, Kolliker a observé, au 9" jour, une proéminence de la paroi pharyngienne, avec épithélium épaissi. Pendant que la thyroide se sépare de l'épithélium du pharynx en se pédiculisant toujours plus, le deuxième arc aortique disparait et la glande, libre, vient se placer au côté ventral du 3% arc, pour prendre enfin sa place définitive (lorsque cet arc se transforme) entre les carotides et au devant du commencement de la trachée. Pour ce qui concerne la structure ultérieure de la thyroide, ce n’est chez l'embryon du lapin, que vers le 16° et 17" jour qu’une transformation en deux lobes latéraux, réunis par un petit isthme, a lieu.
Quant à la formation histologique de la glande, il est facile d'observer ici, comme chez le poulet, qu’à un moment donné (15° - 16" -17"° jour) elle est constituée par des cylindres épithéliaux, longs, ramifiés, aux extrémités et dans le cours des quels, peuvent se former des vésicules.
Kolliker et Remack avaient, depuis longtemps déjà, remarqué cette structure et W. Müller a poursuivi plus tard cette étude dans un travail détaillé.
Quant à la thyroide humaine elle se composerait au 2° mois, d’àäprès W. Müller de deux lobes latéraux unis par un isthme mince.
Cet auteur trouva au deuxième mois seulement, des utricules cylindriques de 0.014 mm. de diamètre; à la fin de ce mois se voient déjà des follicules. Chez les nouveaux nés, il existe à côté de follicules de 0.015-0.15 mm.,un réseau d’utricules, épais en moyenne de 14-24 mm.
Külliker observe que la richesse vasculaire est remarquable chez le nouveau né.
Au 3" mois il trouva la glande composée de vésicules de 0.036 -0.11 mm. et il crut voir que ces vésicules se multipliaient en poussant des bourgeons arrondis qui se séparent ensuite.
Plus récemment A. Woelfler ! de Vienne a fait des recherches sur le développement de la thyroide chez des embryons de veaux et de porcs.
Après avoir indiqué le mode de formation des vésicules glandulaires paires, il dit qu’à leur dépens, se développent des bourgeons cylindriques qu'il appelle cylindres glandulaires primaires (primären Drüsencylindre).
Une vascularisation lacunaire sépare les masses épithéliales glandulaires, en cellules isolées, rangs de cellules et amas cellulaires au dépens des quels (grâce au développement progressif du système lacunaire sous forme de vaisseaux affectant la disposition de réseaux) se constituent les formations glandulaires secondaires (secundären Drüsen formationen). Celles ci, pour la plupart, tendent à prendre la forme sphérique, au moment où se développent aussi des réseaux capillaires réguliers,
L'opinion de Friederich Arnold ?, d’après la quelle la thyroide comme le thymus, se formeraient au dépens de la trachée, vers la fin du deuxième mois, sous forme d’un blastème intimément uni au parenchyme encore membraneux de cette dernière, a soulevé de nombreuses contestations. D'après ces recherches, la thyroide ainsi que le thymus, ne seraient au début, que des excroissances creu-
! A. WoELFLER, Ueber die Entwicklung und den Bau der Schilddrüse. 2? Anatomie des Menschen, page 1321.
ses du conduit aérien membraneux, se séparant plus tard de celui ci.
Cette manière de voir nous venons de ledire, ne trouve plus guère de défenseurs.
Chez le fœtus à terme, la glande a atteint son plus grand volume relativement au corps; après la naissance ces dimensions diminuent de nouveau.
Quant à la structure définitive, normale, de la glande thyroide chez l’homme, les auteurs modernes admettent qu'elle se compose d’une trame de tissus conjonctif, renforcée à la périphérie à la manière d’une véritable capsule dont les trabécules parcourent l'organe dans toutes les directions et le divisent ainsi en lobes et lobules. Dans les aréoles formés par ce stroma, on trouve des vésicules closes, arrondies, ovales ou oblongues , se groupant en lobules oblongs ou arrondis, séparés par des cloisons de tissus conjonctif plus épaisses que celles qui séparent les vésicules.
Les follicules qui ont un diamètre de 45 à 110 mm. (Külliker), de 0.0501 à 0.1026 mm. de diamètre selon Frey, se composent d’une membrane propre hyaline, mince, tapissée à l’intérieur d’un revêtement épithélial formé de cellules cylindriques de. 0.0196 à 0.0113 mm. de diamètre (Frey). Les noyaux des cellules ont en moyenne 0.0086. mm. de diamètre (Peremeschko).
Le centre de la cavité close est occupé par un liquide clair, visqueux, albumineux ou finement grenu, et le plus souvent à la place de ce liquide, par de la substance colloide.
Dans le liquide exprimé du corps thyroide de l'adulte, on a trouvé de la leucine, de l'hypoxanthine, des acides
gras volatils, de l'acide lactique et de l'acide succinique (Frey). Le poids spécifique de la glande serait de 1.045 d'après Krause et Fischer.
Les vaisseaux sont très nombreux, parcourent le stroma et arrivent à la surface des follicules et enveloppent la membrane propre dans un réseau capillaire arrondi serré. Les vaisseaux qui le composent ont chez le chien, de 0,0072 à 0.0115 mm. de diamètre, chez le veau de 0.0088 à 0.0115; la largeur des mailles du réseau est en moyenne de 0.0201 à 0.0226 mm. (Frey). \
Les veines présenteraient d'après Legendre, une disposition spéciale. Après avoir enveloppé les alvéoles sous forme de capillaires, les vaisseaux se réunissent par groupes de 3 à 4 branches veineuses qui aboutissent à des troncs communs, comme les rayons d'une étoile.
Les vaisseaux lymphatiques sont également nombreux.
Sappey en 1857 admettait que les Iymphatiques doivent
prendre naissance sur les parois des vésicules. Frey en 1863 montra par des injections que ces vaisseaux commencent effectivement autour des follicules, avec des extrémités peu nombreuses terminées en cul de sac, pour aboutir à des réseaux situés vers la périphérie de l'organe.
L'enveloppe de la thyroide est tapissée de troncs lymphatiques noueux, d'assez gros calibre; ils partent d’un réseau situé dans la couche profonde de cette enveloppe et composé de canaux très volumineux. Ces canaux forment en s'’anastomosant entre eux, un réseau dont les mailles enveloppent les lobules secondaires du corps thyroide (Frey).
Plus récemment Pierre A. Boéchat ! dans sa thèse inaugurale, présente le résultat des recherches détaillées qu'il à faites sur le système lymphatique. Voici ses conclusions:
« Le stroma conjonctif de la glande thyroide soutient un vaste réseau caverneux lymphatique dont les sinus communiquent largement les uns avec les autres et sont partout revêtus d’un endothélium. » Les follicules de la glande en question, seraient, d’après le même auteur, constitués par une membrane formée d'une couche unique d’épithélium polygonal adossée directement sur un grand nombre de points à la paroi endothéliale des canaux lymphatiques.
Les nerfs, peu nombreux, proviennent tous du grand sympathique selon Frey. Boéchat admet qu'ils proviennent aussi du pneumogastrique et il cite l'opinion de Berres, d’après le quel, la branche descendante de l’hypoglosse donnerait quelques rameaux. Legendre aurait suivi un certain nombre de filets du récurrent et du laryngé externe, se rendant à cet organe.
H. Jones (1850) également cité par Boéchat, émit l’opinion que les filets nerveux arrivent jusqu'aux follicules autour des quels ils forment un plexus. Frey, dans son traité d'Histologie et d'Histochimie, dit que les nerfs pénétrent dans l'organe avec les vaisseaux.
« Ils sont constitués, écrit-il, presque exclusivement par des fibres dépourvues de moelle et forment des troncs ra-
1 Recherches sur la structure normale du corps thyroide. Paris, 1873. page 43.
mifiés qui se dirigent entre les lobes et les lobules. Ils présentent des cellules ganglionnaires isolées ou groupées au nombre de 2 à 5. Leur terminaison est complètement inconnue. Des filaments très fins se perdent dans le tissus conjonctif qui limite l'espace glandulaire, » Voilà ce que les recherches modernes ont révélé sur l'anatomie de la glande thyroide.
Nous pouvons avec ces données aborder l'étude du goitre.