‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 2)Chapitre 23 sur 71 · LXYIIP LETTRE ANATOMICO-MÉDICALE · texte numérisé non relu

LXYIIP LETTRE ANATOMICO-MÉDICALE

Quelques jnots sut- les Fièvres ; détails plus étendus sur les Tumeurs,

T. Après la quarante-huitième Lettre, qui est la dernière de celles qui traitent des maladies du ventre, les autres que je vous ai écrites ensuite appartiennent aux affections qui existent dans tout le corps, ou qui, si elles existent dans certaines parties, exigent plutôt les soins du chirurgien que ceux du médecin. Devant donc observer actuellement l'ordre que je suivais alors, je commencerai par les fièvres et les tumeurs , et je dirai peu de choses des premières, mais je traiterai un peu plus longuement des secondes.

2. Relativement aux fièvres, comme c'est par une maladie coexistante avec elles qu'elles sont principalement nuisibles, et qu'elles causent la mort, et que souvent même elles naissent de cette maladie et sont entretenues par elle, vous comprenez facilement corn bien il importe de connaître le siège et la nature de cette maladie concomittante. Mais, de même que la dissection fait découvrir quelquefois l'un et Tautre, comme une inflammation des viscères, ou quelque ulcère, de même il est assez fréquent qu'elle ne fasse voir ni l'un ni l'autre; cas dont les exemples s'of-

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frenl d'eux-mêmes, et dont je vous ai rapporté quelques-uns d'après les feuilles de Valsai va , lorsque je vous ai écrit (i) sur les fièvres. Cela est d'autant plus malheureux, quand ces fièvres, comme il arrive souvent, sont pernicieuses et attaquent dans le même temps un grand nombre de sujets, c'est-à-dire quand elles sont malignes et épidémiques; car il importe moins alors d'attaquer la fièvre que cette force maligne qui y est jointe, et qui est spéciale dans presque chaque constitution, ce qui augmente beaucoup la difficulté. Et certes, si vous ne combattez pas surtout celte dernière, vous agissez comme si vous vous efforciez de triompher d'une fièvre produite par la morsure d'une vipère, avec des remèdes antifébriles, et en négligeant le venin, pour me servir de l'exemple dont je vois que Quesnay s'est servi dans l'Histoire de l'Académie royale des Sciences de Paris (2). Il faut donc rendre des actions de grâces au Dieu tout puissant de ce qu'il nous a donné, contre une maladie extrêmement obscure et variée, un remède dont le mode d'action est inconnu, mais dont l'expérience a confirmé les propriétés, du moins contre certaines fièvres pernicieuses; je parle de Técorce du Pérou. Quoique ces fièvres paraissent accompagnées d'une mali£;niîé différente, à en juger par les

(i^ Ejnst. 49, II. 2, et n. 12 et seq. (2) A. 1753.

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causes externes et les symptômes, ce remède peut triompher également des unes et des autres , ainsi que de leur différente malignité, comme me l'ont appris mes observations et celles des antres. Et la matière qui aura commencé à se séparer du sang pour se porter vers la peau ou vers les articulations, et qui de là aura été repoussée à l'intérieur par la violence du froid extérieur, ne s'oppose pas à l'efficacité salutaire du quinquina; car ce remède a très-bien guéri un cardinal qui avait été pris d'une fièvre très-maligne après cet accident, comme je vous l'ai écrit longuement ailleurs (i), de même que le célèbre de Haller, qu'une fièvre très-violente avait presque accablé, avec un érysipèle de la face , à la suite d'une rétropulsion analogue de la goutte, comme il le raconte lui-même dans les notes qu'il a faites à la cent cinquante -deuxième des dissertations qu'il a recueillies et publiées par amour pour le bien public, et qui sont relatives à Vhistoire et an traitement des maladies. C'est donc à dire qu'il faut moins faire attention à ces accidens qu'à ce que je dis alors, savoir qu'il faut voir si les fièvres sont périodiques, c'est-à-dire si elles ont une intermittence, ou du moins une rémission, afin qu'on puisse espérer qu'en employant le quinquina à temps et convenablement, on les chassera, ainsi que la malignité qui les accom- -

(i) Epist. 4^, n. 3o et seq.

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pagne. En effet celui-ci chasse , pourvu qu'il y ait retour périodique, non-seulement ce qui est fébrile, mais aussi ce qui né l'est pas, et ce qui existe sans une fièvre manifeste, quoiqu'il ne réussisse peut - être pas toujours alors. J'ai écrit ailleurs (i) que cela a déjà été observé, et je pourrais actuellement confirmer, par une observation récente et évidente d'Ét. Weszpremus (2) , que le même remède a également triomphé d'une migraine atroce et opiniâtre, qui avait des exacerbations toutes les quatre heurc^s depuis deux semaines, et qui n'avait de rémission que deux heures après. Que si cette observation , qui a été recueillie et publiée Tan 1756, avait pu exister cinquante ans auparavant, époque où je parvins enfin avec peine à triompher, avec des remèdes nombreux et variés, d'une migraine (3) très-violente, qui revenait chaque jour le matin à la même heure, je n'en aurais certainement employé aucun avec plus de plaisir que le quinquina, ni peut-être avec plus de succès, bien que j'eusse ignoré sa manière d'agir.

3. Et plut à Dieu que toutes les fièvres ma-' lignes et épidémiques, dont j'avais commencé à parler, fussent périodiques! Comme toutes sont accompagnées d'une force de malignité variable

(i) lèid. , n. 29 in fin.

(2) Obs. med. 4*

(3) Epist. I , n. I ï .

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et obscure, nous aurions dans cette écorce un médicament que nous pourrions employer non sans espoir, quoique nous ignorions comment il agit. Mais très-souvent elles sont synoques ; et quand on dissèque les corps de ceux qu'elles ont enlevés, ils ne présentent rien , comme je l'ai dit au commencement, qui fasse connaître le siège particulier de la maladie principale, ni sa nature, ou ils présentent bien des lésions de viscères graves et évidentes , mais que l'on comprend facilement avoir été produites par une autre maladie principale latente , quand on les compare avec ce qui a été observé sur les malades. Je m'explique : la lièvre inflammatoire des viscères , par exemple , laisse voir sur les cadavres des viscères enflammés, soit qu'elle ait été bénigne ou maligne; mais si elle est bénigne, on. soulage les malades en répétant les saignées ; et si elle est maligne, par ce moyen elle empire, et elle tue plus promptement. La cause de la différence est une autre maladie principale concomittante , comme dans cette fièvre de Rouen, décrite par le célèbre Malouin(i), et qui enleva, en peu de temps, beaucoup de monde dans cette ville, vers la fin de l'année 1753. Car, par l'effet de Tacriraonie maligne d'une matière qui irritait l'estomac et les intestins, on voyait enfin se déclarer cette inflammation, qui fut trouvée dans les viscères dégénérant déjà en

(i) Mém. de l'Acad. Roy. des Sc.^ a. 1753.

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gangrène , toutes les autres parties étant intactes, surtout la tête, qui , du reste, avait éprouvé une douleur sympathique qui augmentait de jour en jour, et du délire. Ce fut donc sagement et utilement que le collège des médecins de Rouen arrêta qu'il ne fallait point alors faire attention à l'inflammation qui était nulle au commencement, ou qui se développait accidentellement dans le progrès du mal , mais qu'il fallait s'occuper d'évacuer par les premières voies une matière très-acre, parce que si on la laissait à l'intérieur, on avait bien plus à craindre une irritation permanente, qu'une irritation passagère produite par des évacuans surtout fort doux. Or, vous ferez bien d'ajouter au Sepulchretum ce qui fut trouve sur ces cadavres , et sur d'autres (à des époques où régnèrent d'autres fièvres épidémiques) dont vojis trouverez le résultat de la dissection d'un dans le même auteur, ainsi que ce qui avait été observé après des fièvres pestilentielles qui avaient attaqué , dans le cours de ce siècle, des hommes, ou des bœufs (ce qui a eu lieu beaucoup plus souvent, et en beaucoup plus d'endroits); car il existe des examens de cadavres de ces animaux qui ont été décrits soit par des médecins de notre pays, soit par des médecins étrangers. Cependant, vous songerez toujours que les inflammations ou -les gangrènes, ou les autres lésions des viscères qui s'offrirent à la dissection, étaient évidemment l'effet de la maladie principale latente , plutôt que

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la maladie elie-rnème. Vous verrez même que quelques objets qui ont été présentés comme étant contre nature dans ces dissections , avaient peutêtre pu se trouver dans l'état naturel, comme, par exemple, lorsque vous verrez qu'on a noté çà et là, sur des bœufs morts d'une maladie contagieuse, la trop grande plénitude de la vésicule du fiel, et que quelques-uns ont même regardé cette plénitude comme la cause de la dysenterie qui avait tourmenté ces animaux , ainsi que de lin flam mation et du spbacèle des intestins , croyant que la vésicule avait fait passer dans ces organes une quantité d'autant plus grande de bile corrosive, qu'elle en était plus engorgée. A peine un seul médecin, que je sache, Mauchart (i) , pensat-il qu'il fallait expliquer le fait autrement, soit qu'il conjecturât que la vésicule est moins distendue par la bile que par les molécules de l'air qui entre en expansion dans une bile altérée, soit qu'il supposât (puisqu'il dît que cette expansion de l'air a été observée quelquefois , et non toujours), que les tuniques de l'intestin duodénum étant tuméfiées par l'inflammation, ou resserrées spasmodiquement , ou même comprimées par l'expansion des vents, la bile ne peut point s'écouler librement et complètement dans cet intestin par l'extrémité du conduit commun contractée par ces causes; ce qui f^it qu'elle revient

(i) Disput. de lue vaccar. Tubingensi, §. i8.

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en trop grande quantité dans la vésicule, et î a distend par conséquent, attendu surtout (il pouvait ajouter ceci) que plusieurs voies lui sont ouvertes dans la vésicule du bœuf par les conduits liépato-cystiques. Pour moi, avant de lire Mauchart, un autre motif de doute , peut-être plus facile, et tout-à-fait d'accord avec l'état habituel- le plus plus fréquent , s'était présentée mon esprit. En effet , la nature ayant convenablement établi que la bile doit s'écouler plus complètement lorsque l'estomac ou les intestins voisins sont remplis d'alimeiis, et pressent la vésicule par leur gonflement, et les boeufs^ refusant toute sorte de nourriture dès les premiers jours de la maladie qu'ils ont gagnée, je pensais qu'il en résulte que la vésicule n'étant jamais comprimée, retient, en bien plus grande quantité qu'à l'ordinaire, la bile qui s'y écoule incessamment , et est distendue outre mesure par elle. Après avoir proposé ce motif de doute, quel qu'il soit , dans l'amphithéâJre d'anatomie, j'ai appris par une dissertation (i) qu'a publiée Ch. Gianella, mon intime ami du temps qu'il vivait, qu'il n'a pas déplu à ceux qui m'écoutaient, et nommément à ce célèbre professeur. 4. Quant aux tumeurs (car je vous avais écrit sur cette matière après avoir parlé des fièvres), leur siège et leur nature se manifestent fort soii-

(i) Dissert, inscripta, non semper ex cadaverum sectione, elc.

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