‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 2)Chapitre 26 sur 71 · DES FIÈVRES ET DES TUMEURS. I9I · texte numérisé non relu

DES FIÈVRES ET DES TUMEURS. I9I

peine congelée , mais très-molle et presque fluide, et même fluide et presque aqueuse. Je rappelle ceci pour que vous compariez cette moelle avec celte huile médullaire que je vous ai écrit ailleurs (i) avoir vue dans une exostose du tibia d'un homme, et dans la cavité du même os qui répondait à l'exostose, et qui était également liquide et abondante; car si elle n'est pas abondante, elle ne peut point pousser en dehors les lames ramollies des os, comme je le dis alors, et comme je l'ai dit un peu plus haut. Aussi dans l'observation de Morand l'os de la cuisse jusqu'au trochanter externe et les extrémités du péroné étaient épaissis, tandis que l'épaisseur du crâne était deux fois plus grande que dans l'état naturel ; car le sang qui se trouvait entre les deux tables de celui-ci ayant été exprimé au moyen d'une longue compression , un aussi grand amincissement succéda à une aussi grande épaisseur. Vous pouvez donc ajouter ceci à ce que je vous ai écrit (2) alors sur les tumeurs des os, et sur leur ramollissement (3); car vous comprendrez par-là que certaines choses se trouvent confirmées encore davantage , et que d'autres peuvent quelquefois se passer et s'expliquer un peu différemment sur les différens sujets. 5. Maintenant des tumeurs de parties très-dures

(1) Epist. 5o, n. 60.

(2) Ibid. , n. 67 et seq,

(3) Vid. etiam epist. 58 , n. 6 et seq.

ig2 SOIX AJVTE- HU ITIEME LETTRE.

passons à celles d'une partie très- molle, c'est-àdire de la membrane adipeuse. Outre celles que j'ai indiquées ailleurs (i)^ il m'est arrivé d'en examiner depuis deux autres.

6. Une vieille femme était morte à l'hôpital, à l'époque de l'ouverture du cours public d'anatomie, l'an 1^55. Son cadavre ayant été transporté au gymnase, faute de meilleur, je l'examinai; et. comme on ne savait rien de certain sur le compte de cette femme, si ce n'est qu'elle était morte d'une manière insensible, je remarquai, pour omettre d'autres détails, et, entre autres clioses, que les ongles des pouces des deux pieds se développaient en forme d'une petite corne qui se conlournait également de part et d'autre au-dessus des deux ou trois doigts voisins; je remarquai, dis-je, que de la partie antérieure et moyenne de la cuisse gauche il s'élevait, dans le sens de la longueur de celle-ci, une tumeur demi-sphérique , dont le diamètre avait plus de deux travers de doigt, et qui était assez molle pour pouvoir en imposer pour un mélicéris. La peau avait sur cetîe tumeur la même couleur que partout ailleurs, et elle n'avait nulle part aucune teinîe ictérique, mais elle présentait seulement une gale légère. Je dirai ce que contenait la tumeur, et comment elle le contenait, quand j'aurai fait connaître ce que j'observai dans l'examen des viscères.

(i) Epist. 60, n. .22 et seq.

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Examen du cadavre. Dans le ventre, les intestins étaient flasques, surtout le rectum, quç des hémorrhoïdes tumifiées en dedans avaient mis en mauvais état. La rate était un peu plus grosse que dans l'état naturel. La vésicule du foie contenait une bile jaunâtre, dans laquelle était un calcul d'une forme sphérique, plus volumineux qu'une très-grosse aveline, d'une couleur noire, mais présentant à l'extérieur des espèces de points un peu gros et d'un blanc jaune, dont un était saillant. Vous comprenez pourquoi j'ai noté plus haut que la femme n'avait point une couleur ictérique. Vous pouvez donc réunir cette observation à tant d'autres que je vous ai citées autrefois (i); et pour que vous n'ayez point à regretter les autres remarques que je fis sur ce calcul, apprenez qu'aussitôt que je l'eus enlevé, je le jetai dans de l'eau médiocrement chaude, et qu'il s'enfonça sur le champ; que l'ayant ensuite repris et posé doucement bientôt après sur la surface de l'eau, il s'enfonça de nouveau aussitôt. Après cela l'ayant mis de côté, je l'examinai ce même jour, et voyant qu'il s'était séparé de lui-même en grande partie en plusieurs morceaux noirs, je les mis dans du papier; je pris de nouveau ces morceaux, vers le quarantième jour, et j'en mis plusieurs des plus petits, et le plus gros de tous, sur la surface de l'eau ; ils surnagèrent tous d'abord, mais une minute

(i) Epist. 37.

l^^ SOIXANTE -HUITIÈME LETTRE.

ne s'était pas encore écoulée, que ce gros morceau s'enfonça , ainsi que les autres peu de temps après. Je retirai donc celui-là , et l'ayant mis de nouveau sur l'eau, il s'enfonça aussitôt. Ayant approché d'une petite flamme deux des morceaux que je n'avais pas mis dans l'eau, ils prirent feu, mais ils ne conservèrent pas la flamme, ne se liquéfièrent pas, et rendirent une odeur de plume brûlée. Mais apprenez d'autres choses que j'observai sur l'un des ovaires, sur les trompes et sur l'utérus, pour les réunir à des lésions semblables que je vous ai décrites ailleurs. Cet ovaire égalait une très-grosse noix, et était formé de membranes blanches et dures, qui interceptaient de l'eau. Les deux trompes étaient tellement confondues avec les ligamens larges de l'utérus, que leur grosse extrémité ne se voyait pas. Le fond de l'utérus présentait d'un côté, à l'intérieur, deux ou trois excroissances , et de l'autre le commencement d'une seulement. Toutes ces excroissances étaient formées d'une substance blanche, qui, dans la plus, grosse , était composée de membranes blanches qui embrassaient des cellules pleines d'eau. La forme de cette excroissance était ovalaire dans le sens de la longueur de l'utérus, et elle se continuait avec la membrane interne de ce viscère par un pédoncule un peu gros, mais beaucoup plus mince qu'elle, sur la face antérieure de l'organe. Sur cette face il y en avait aussi deux autres qui se continuaient avec la même tunique, non point par un

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pédoncule, mais par toute la base, et qui étaient déprimées, sans contenir de l'eau. A la poitrine et au cou ( car je ne touchai pas à la tête) je remarquai deux choses relatives aux vaisseaux. L'aorte pectorale était parsemée intérieurement de taches blanches, qui annonçaient qu'il s'y serait formé de petites lames osseuses, si la vie eût été plus longue. Quant à la veine jugulaire externe gauche, qui descendait le long du cou, elle se divisait au milieu de son cours en trois parties , qui après avoir formé trois isles, se réunissaient de nouveau après un trajet d'environ trois doigts. Mais ce dernier état est plutôt rare que morbide, et le premier est très-fréquent à cet âge. Actuellement je reviens à ce que j'ai promis , savoir à la tumeur demi-sphérique, qui simulait sur la cuisse un méliceris par cela même qu'elle n'était pas pendante par un pédoncule, et que l'un de ses hémisphères était caché sous la peau. Celle-ci ayant donc été incisée, il fut évident pour tous ceux qui étaient présens que ce n'était autre chose qu'une excroissance de la membrane adipeuse; car elle était entièrement formée par cette même membrane, qui était disposée en autant de parties parallèles, sans présenter avec elle aucune différence, si ce n'est que la graisse qui était brunâtre ailleurs, était plus blanchâtre sur la tumeur. Du reste, il n'y avait point sous la peau d'autre membrane qui embrassât la tumeur en forme de kyste, et il n'existait au-dessous de celle-ci au-

cune interruplion qui la séparât de la membrane adipeuse avec laquelle elle se continuait.

7. Je rapporterai maintenant moins longuement une autre observation d'une tumeur recueillie du vivant du sujet.

8. Un bomme honnête, du territoire de Padoue, portait une tumeur semblable à une figue assez volumineuse, et pendante à l'une des cuisses par un pédoncule court qui n'était pas plus gros que le doigt. La tumeur était molle, de sorte qu'on comprenait au toucher que ce n'était point un sarcome, et qu'elle n'était pas distendue par une grande quantité d'humeur qu'elle aurait contenue. Elle avait la même couleur que le reste de la peau , dont elle ne différait que parce qu'elle était rendue inégale cà et là par des protubérances demisphériques, peu élevées cependant, et pas plus grosses que le bout du petit doigt Elle n'était pulsative nulle part; elle n'était jamais douloureuse, même à la pression , et elle ne donnait jamais lieu à aucune incommodité, si ce n'est lorsqu'il fallait monter à cheval. C'est pour ce seul motif, joint à la crainte qu'elle ne grossît de plus en plus chaque jour, que cet homme me demanda si on pouvait la couper sans danger. En faisant attention à ce qui a été dit, et comme je voyais qu'il n'y avait d'antre vaisseau qu'une veine qui rampait sur la peau de la tumeur, et qui n'avait même pas en haut la grosseur d'une plume de pigeon, et que je me souvenais que des tumeurs semblables

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avaient été amputées avec succès, je répondis volontiers que oui, lors surtout que Jér. Vandelli, professeur public de chirurgie dans ce gymnase, et homme d'une très-grande expérience, eut dit qu'il en ferait l'excision. 11 la fit en effet heureusement, au commencement de juin de Tan 1757; il s'écoula très-peu de sang, quoiqu'il eût fait la section un peu au-delà de l'origine du pédoncule; la cicatrice se forma facilement, et le sujet guérit très-bien en peu de temps.

Examen de la tumeur. La tumeur qui pesait environ cinq onces me fut envoyée^ le matin même , p?ir le fils de Vandilli, digne de son père et de ses savans aïeux; je la disséquai aussitôt sous ses yeux^ et c'était exactement ce que j'avais pensé, c'est-àdire une excroissance de la membrane adipeuse. Tel je vous ai décrit ailleurs (i) le pédoncule de celle qui fut coupée par Valsalva, tel était celui-ci, c'est-à-dire qu'il avait la structure de la membrane adipeuse qui existe sur les sujets sains , et qu'il était composé d'une substance qui formait un certain nombre d'espèces de cylindres, et qui descendait dans le pédoncule, d'où elle se continuait dans l'intérieur de la tumeur, où elle était jaunâtre, molle, onctueuse, tumeur qu'elle formait en entier , ainsi que toutes ces petites protubérances demi-sphériques. Les parties dont elle était composée non-seulement étaient fort

(1) Epist. 5o,n. 23.

adhérentes à la peau , mais encore étaient étroitement unies entre elles çà et là , de sorte qu'avec les doigts seuls on ne pouvait pas les séparer les unes des autres. Cependant il n'y avait absolument d'autre tunique que la peau qui embrassât cette tumeur, comme nous le voyons dans les tumeurs cystiques; et la peau elle-même, quoiqu'un peu épaisse, ne pouvait point se séparer en deux lames; mais de petits vaisseaux sanguins se trouvaient çà et là au-dessous d'elle, surtout vers les parties supérieures.

9. Ces tumeurs que j'ai disséquées sont sans doute petites, comparativement à ces tumeurs volumineuses, dont je vous ai cité ailleurs (i) des exemples qu'il faut surtout voir dans Palfyn, et à ces autres plus volumineuses encore , du poids de soixante livres, ou plus, que des hommes célèbres (2) ont ajoutées à celles-là. Mais comme elles passent pour être semblables à celles qu'on appelle cystiques, et particulièrement nattes^ vous comprenez qu'elles différaient des miennes^ quoiqu'elles continssent de la graisse. Au reste passons des tumeurs uniques et souvent assez grosses, à celles qui sont multiples et petites, ou du moins médiocres; et arrêtons-nous à celles dont j'ai à peine dit quelques mots dans la cinquantième Lettre, et dont les unes se développent sur

Il 1 .1, 1 1 I I I I I— — — 1—

(i) Ibid., n. 22.

(2) Vid. Italica Palfyn, edit, part. 5, c^ 4,

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