LXÏX^ LETTRE ANATOMICO - MEDICALE
Des Coups et des Blessures de la Tête et de la Poitrine; des Vices des Articulations ^ et de la Maladie Vénérienne.
I, Je n'ai point pour le moment assez de matériaux relatifs aux maladies dont j'ai traité dans la cinquante-unième Lettre et dans les suivantes, pour ne pouvoir point les embrasser en définitive dans celle-ci. Vous ajouterez donc ce qui suit à la Lettre où j'ai traité des blessures et des coups de la tête.
2. Unhomme qui n'avaitpoint encore cinquante ans , trèssgrand buveîir , et par conséquent ivrogne , tomba d'autant plus facilement en descendant un escalier, qu'il boitait déjà d'un côté depuis quelques années par suite de douleurs causées par la maladie vénérienne, à ce que l'on disait. Or, en tombant il se fit une telle contusion à la tempe gauche, qu'ayant entièrement perdu la faculté du sentiment et du mouvement sur-le-champ, il mourut dans cet état en quatre heures de temps seulement. Son cadavre fut accordé à l'amphithéâtre dans un temps convenable pour le commencement du cours public d'anatomie, c'est-à-dire peu de temps après le milieu du mois de janvier de Fan
1756. Voici ce que j'y remarquai eu le disséquant avec soin.
Examen du cadai^re. Dans le ventre, l'estomac était encore considérablement distendu par du pain et par du vin, de sorte que le sujet paraissait n'avoir vomi que peu, ou plutôt point, à la suite du coup. Après que toutes ces substances eurent été enlevées, l'estomac ne présenta même pas la plus petite ride. Le foie et la raie étaient gros , et non morbides cependant, si ce n'est que la substance de la rate me parut mollasse à la dissection, et sa couleur pâle. Les deux reins étaient creusés par un grand nombre d'hydatides , qui depuis leur propre tunique s'étendaient jusqu'au point de toucher les petits tubes qui reçoivent les papilles ; la surface intérieure de ces hydatides était inégale, mais elles étaient embrassées de tous côtés dans une membrane qui leur était propre. La vessie urinaire était fort ample , surtout en long , de sorte qu'elle était presque deux fois plus longue qu'à l'ordinaire. Mais ces dispositions ne sont point étonnantes sur un buveur. Du reste je ne dirais pas facilement si ce que je rçmarquai sur la caroncule séminale, appartenait à la maladie vénérienne, ou existait depuis la naissance. L'orifice du sinus qu'elle présente était plus grand que tous ceux que je me souviens d'avoir jamais vus ; et il n'était pas placé en long, mais en travers, ce que je n'ai vu sur aucun autre sujet. Cependant le sperme ne sortait point par cet orifice^
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mais, comme à l'ordinaire, parles deux qui sont sur ses côtés. La face interne de l'aorte n'était point lisse vis-à-vis l'ouverture de la coeliaque, et elle présentait de petites écailles osseuses ailleurs dans le ventre, etmçme deux à cet endroit. Dans la poitrine, la même grosse artère offrait le même vice à l'intérieur en quelques endroits, mais surtout près, de ses valvules , dont deux n'étaient pas exemptes d'ossification. Au-dessus des A'^alvules , le grand sinus de Valsalva était plus large que dans l'état naturel , quoique le cœur eût un volume médiocre. Mais cela était morbide. Voici ce qui était naturel, et ce que je ne crois pas avoir vu d'autres fois. La veine sous-clavière droite était formée de deux qui commençaient à l'axillaire, et qui ne se réunissaient en une qu'après qu'elles s'étaient rapprochées de l'ouverture de la jugulaire interne, de sorte qu'elles formaient une île longue de cinq travers de doigt. Du reste ces deux veines qui embrassaient l'île , étaient de la même grosseur ; mais à gauche l'île de l'extrémité de la veine axillaire était beaucoup plus courte, puisqu'elle n'avait que deux doigts de long, et qu'elle était embrassée par des veines inégales, l'une étant beaucoup plus petite que l'autre. Avant de parler de la tête, j'ai à intercaler quelques détails, dont je ne veux point omettre les uns, et dont je ne puis point omettre les autres. Comme la graisse était assez abondante sur l'abdomen et dans l'abdomen, elle ne l'était pas autant au cou, au d.os^
et aux lombes; mais elle était tellement adhérente contre nature, et même attachée à la surface des muscles, et à celle des petits faisceaux dont ceuxci sont composés , qu'elle causait une assez grande gêne aux prosecteurs. Dès que je fus parvenu aux membres inférieurs , il m'arriva , sur celui qui était sain, ce qui arrive rarement , qu'en introduisant, comme j'en ai l'habitude , le manche du scalpel , ou la main, entre les deux branches en lesquelles le nerf crural postérieur semble se diviser enfin au jarret, je ne pus pas confirmer en me dirigeant vers la partie supérieure, non pas qu'il est unique, mais qu'il est composé de deux , qui sont bien adlîérens dans toute l'étendue de la cuisse, et même quelquefois plus haut, mais qui réellement ne se réunissent point en un. Au reste en faisant une incision longitudinale, comme j'ai coutume de la faire sur chacun d'eux, ou du moins sur le plus gros, pour faire la démonstration des fibres parallèles dont il est composé, je fus étonné de voir tant de graisse interposée entre celles-ci, qu'il semblait contenir partout plus de cette graisse que de fibres. En effet, quoiqu'il y ait plusieurs années que j'ai remarqué assez souvent sur des cadavres qui n'étaient pas entièrement maigres, qu'une graisse manifeste est inter'posée entre ces fibres, contre l'opinion de ceux surtout qui veulent comparer les nerfs à des cordes tendues; cependant je n'en avais jamais vu auparavant autant que j'en vis alors, et il ne
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m'était pas venu à l'esprit qu'il fût possible ( comme vous comprenez facilerpent que cela peut avoir lieu , si quelquefois quelque autre chose contre nature s'y dépose à la place de la graisse) de voir se développer des maladies que l'on attribue à l'obstruction, ou à un autre vice des fibres nerveuses. Cependant ce membre était sain , comme je l'ai dit. Quant à l'autre (c'est de ce côté que l'homme boitait), il était tellement contracté , que malgré toute la force des mains on ne put point l'étendre. Il ne put pas non plus être suffisamment étendu (bien qu'on l'étendît alors un peu plus facilement ) , lorsqu'on eut coupé en travers les tendons des muscles fléchisseurs, qui étaient extrêmement tendus au jarret. La couleur de ces muscles , ainsi que celle des extenseurs , n'était pas rouge, comme l'était sans doute celle des autres, mais brune et sale. Bien plus, la couleur d'une très-petite quantité de mucilage qui se trouvait à ce genou , différait de la couleur naturelle, et la grosse glande mucilagineuse ressemblait à de la graisse blanche et un peu dure. Mais presque tout cela semblait devoir être attribué à la cessation des mouvemens de ces muscles et de cette articulation. Enfin, en coupant la tête, je rémarquai que le muscle temporal qui avait été contus par le coup, était tuméfié et noir par l'effet de la stagnation du sang, et du relâchement de sa substance intérieure. Quant an crâne, je ne le trouvai là, ni ailleurs, ni fracturé, ni fêlé, ni
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même déprimé. Mais les vaisseaux qui rampent à travers la pie-mère se montrèrent çà et là trèsengorgésd'un sang noir, et l'on voyait un grumeau assez considérable de ce liquide qui s'était épanché sur celte méninge. Cette mort si prompte fut donc l'effet de cet épanchement, et de la commotion du cerveau.
3. Vous réunirez cette histoire aux autres que j'ai écrites au commeiîcement des cinquanteunième et cinquante-deuxième Lettres, et qui font voir que le crâne était également resté intact à la suite de coups , mais non les parties qui sont au-dessous de lui, quoique dans aucune d'elles la mortnefûtaussipr'>mpte. Recevez-en actuellement une que vous réunirez à une autre qui a été décrite dans la cinquante-troisième Lettre (i). Car c'est la seconde qui m'ait offert une blessure du cœur. De cette manière nous passerons d'un viscère principal, le cerveau, à un autre viscère principal, le cœur, et d'un cas de mort prompte à un exemple de mort très-prompte.
l\. Un cordonnier, d'environ quarante ans, rencontra, en descendant un escalier, un de ses ennemis , qui lui enfonça un couteau dans la poitrine , et s'enfuit aussitôt. Pour lui , il s'écria qu'il était blessé; et retirant le couteau de la blessure, il mourut sur la place avec une telle promptitude ^ que ceux qui étaient accourus aussitôt du voisinage , ne purent le trouver vivant.