‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 2)Chapitre 32 sur 71 · ON · texte numérisé non relu

ON

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Examen du cadavre. Les jeunes étiidians n'eurent pas de peine à obtenir le cadavre, et ils me le firent apporter au gymnase pendant que j'y enseignais Fanatomie, c'est-à-dire au mois de janvier 1753. Il était grand et d'une constitution saine , de sorte que s'il n'eût pas été un peu plus gras que je ne l'aurais voulu , je n'aurais pas pu en désirer de meilleur pour l'observation et pour la démonstration , qui furent faites par moi avec soin ) bien que je ne doive parler ici que de ce qui a rapport à la blessure, et au coup qui résulta de la chute. Ainsi la blessure faite à trèspeu de distance du côté gauche du sternum , entre les cartilages des troisième et quatrième côtes , avait à peine plus d'une demi-ligne de Bologne de long extérieurement; mais elle avait pénétré à travers le médiastin et le péricarde, jusqu'au ventricule droit du cœur, et elle avait traversé la partie voisine de la cloison , vers le point mitoyen entre la base et la pointe, où elle n'avait pas plus de trois lignes de long. C'est pourquoi nous avions trouvé le péricarde distendu par du sang grumeleux noir, et la partie antérieure du médiastin, endessus et en-dessous de l'endroit où la blessure l'avait traversé, était noirâtre par l'effet de la stagnation du sang dans une assez grande étendue, et comme engorgée; mais il n'y avait point de sang dans les ventricules ni dans les oreillettes du cœur. Il n'y avait aucune autre lésion dans l'intérieur de la poitrine; mais extérieurement il y avait à la

2l8 SOIXANTE-NEUVIÈME LETTRE.

partie supérieure du dos des traces de contusion qui s'étendaient de la peau jusqu'à la graisse interposée entre les muscles ronds de l'une et de l'autre épaule. Les tégumens de la tête conservaient aussi sur le front des marques d'une contusion qui avait eu lieu dans la chute, à ce que je crois , comme je ci ois que le sujet mort sur l'escalier (sur les degrés duquel il sera tombé de nouveau en s'efforçaut de se lever) resta enfin couché , de telle sorte qu'il fut plus facile au sang de s'écouler vers la tête, que vers la partie opposée. Ce qu'il y a de certain , c'est que les vaisseaux qui étaient au-dessous du cœur, ne contenaient qu'une médiocre quantité de sang, tandis que ceux qui étaient au-dessus de lui en contenaient beaucoup. C'est pourquoi la surface du cerveau était rouge par l'effet de la distension des vaisseaux sanguins qui parcourent la poitrine, et de leurs ramuscules, comme si une matière rouge y eût été injectée. Je remarquai que les vaisseaux qui se montrent d'ailleurs comme des fils dans l'intérieur de la substance médullaire, n'étaient pas moins engorgés; car il était évident ici pour tout le inonde que c'étaient de petits tubes creux.

5. Si vous comparez cette blessure du cœur avec celle que j'ai décrite dans la cinquante-troisième Lettre (i) , d'après l'observation de Valsalva, et si vous remarquez que l'une et l'autre avaient pé-

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nétré dans la cavité dti même ventricule, c'est-àdire du ventricule droit, sans que l'ouverture de sa paroi fût très différente , vous serez peut-être étonné de ce que dans le premier cas le sujet ne mourut enfin que le huitième jour, tandis qu'il mourut si promptemeut dans le second , attendu surtout que dans celui-là on voyait une si grande quantité de sang épanchée dans la poitrine et dans lewentre. Mais comme ce même épanchement de sang qui s'écoula non-seulement hors du cœur, mais encore hors du péricarde , empêcha ce liquide de s^arréter ^ comme dans mon observation , entre le péricarde et le cœur , de distendre celui-là , et de comprimer celui-ci , vous jugerez facilement, je crois, que la différence dépendait de là. S'il en estainsi, la comparaison de ces deux observations vous fournira de quoi confirmer ce que j'ai admis ailleurs (i) au nombre des autres causes pour lesquelles une hémorrhagie dans le péricarde, bien moins considérable que dans la plupart des autres parties , cause pourtant la mort bien plus promptemeut.

6. Jai dit dans la plupart des autres parties, et au nombre des autres causes , n'ignorant pas avec quelle promptitude un peu de sang épanché dans le crâne , ou beaucoup de sang épanché dans le ventre produit ordinairement la mort, par

(i)Epist. 26, n, 18.

Î22q SOIXANTE-NEUVIÈME LETTRE.

exemple à la suite de la rupture de la rate, comme vous le verrez diaprés plusieurs des observations que je vous ai indiquées pour que vous les lisiez, lorsque j'ai traité (i) des coups du ventre. Que si par hasard celles qui ont été décrites par Mich. Yanselow (2), ou par J. Yal. Scheidius (3), ne se trouvaient point dans ce nombre (car je n'ai pas le temps de faire de nouveau des recherches sur chacun de ces objets ) , voyez-les , et vous comprendrez d'autant mieux que je dis vrai.

7. Si par hasard j'avais rencontré depuis lors dans mes lectures, ou dans mes dissections, d'autres choses qui dussent actuellement être ajoutées à ce que j'écrivis longuement alors, le souvenir de ces observations m'avertirait à propos de les ajouter ici. Mais comme je ne me rappelle rien pour le moment sur cette matière ni sur les ulcères, je passerai à ce qui est relatif aux vices des articulations nuisibles au mouvement. Car depuis que je vous ai écrit la cinquante-sixième Lettre , j'ai vu moi-même quelques cas relatifs à ces vices, ou j'en ai lu qui ont été vus par d'autres. Voici deux histoires dont j'ai été le témoin.

8. Il y avait à Padoue un vieillard qui ne pouvait point incliner la tête sur l'un des côtés sans difficulté, à ce que j'appris, après la dissection ,

(i) Epist. 54^ n. 5.

(2) Disp. exhib. hist. de ruptura lien.

(3) Observ. iienum disrup.

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de ceux qui avaient vécu long-temps familièrement aveclui. Étant mort à l'hôpital d'un catarrhe, à ce que l'on disait, au commencement de mars de Fan 1765, il me fournit l'occasion d'observer certains objets relatifs à l'anatomie de la poitrine, du cou et de la tête, sur lesquels je faisais alors des démonstrations.

Examen du cadavre. Dans la poitrine, la face antérieure du poumon droit présenta deux hydatides, l'une plus grosse, l'autre plus petite. Dans le crâne il y avait de l'eau, dont une portion se trouvait dans les ventricules latéraux. La glande pinéale était petite. Comme les petits muscles interposés en avant entre la première vertèbre du cou et la tête, étaient à peine apparens, et qup cet état ne me paraissait pas devoir être attribué uniquement à une constitution très-mauvaise, c'est-à-dire très molle, pas plus que celui des autres muscles, en examinant plus attentivement, et en faisant des recherches plus profondément, je trouvai ce pourquoi j'ai principalement voulu vous écrire cette' observation. Non-seulement ce qui s'était offert à Columbus (i) qui a écrit, /a^ vu de mes propres jeux la -première vertèbre tellement adhérente à Vocciput ^ quelle ne pouvait se mouvoir en aucune manière^ existait ici aussi ; mais encore on voyait une telle adhérence à la partie antérieure du côté gauche, que cette vertèbre et

(1) De re anat. , 1. i5.

i'occiput ne formaient qu'un seul et même os; et plusieurs vices de conformation dans les parties voisines indiquaient que cette disposition existait depuis la naissance. En effet le corps de la seconde vertèbre qui était, je ne dis pas confondu avec la troisième (car il y avait ici quelques traces d'une ancienne division , tandis qu'il n'y en avait absolument aucune entre la première et l'occiput à à l'endroit que j'ai indiqué); ce corps, dis-je, et l'apophyse odontoïde étaient plus près du côté droit de la tête que du côté gauche, et l'apophyse elle-même était trop courte, tandis que les apophyses qu'on appelle obliques supérieures n'étaient nullement égales entre elles dans toute la face où elles recevaient les apophyses inférieures de la première vertèbre, qui faisaient ici les fonctions des condyles de l'occipital; car celle du côté droit était plus mince, plus élevée et plus tournée en avant que celle du côté gauche. Il est encore d'autres détails que j'omets d'autant plus volontiers pour abréger, que vous pourrez voir ces os * chez moi, lorsque vous viendrez à Padoue. Mais je ne négligerai pas de décrire leïTligamens que je n'ai pu conserver tels qu'ils étaient. Ce qu'on appelle le ligament transverse embrassait par derrière toute l'apophyse odontoïde, excepté la partie inférieure , d'où naissaient les ligamens latéraux, qui étaient pbis longs qu'à l'ordinaire, et plus minces, surtout celui du côté droit. Cependant un ligament très- court et fort épais nais-

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sait du côté gauche et presque supérieur de l'apophyse odontoïde.

9. Mais vous vous souvenez que j'ai décrit dans deux autres Lettres d'autres (i) vices des ligamens que je nommais tout à l'heure, quoiqu'ils ne me parussent pas devoir être regardés comme constitutionnels, comme ceux-ci. Et vous vous souvenez beaucoup mieux encore, parce qu'il en a été question plus souvent, qu'en traitant de la claudication, j'ai décrit parmi ses autres causes les vices de l'articulation qui se trouvent entre la tête du fémur et la cavité de l'os innominé. C'est à ceci que se rapportera l'histoire suivante, qui renferme des détails particuliers que vous n'avez pas lus dans d'autres écrits.

10. Une femme âgée de soixante-dix ans était née et avait vécu saine ; et elle était même accouchée heureusement d'un fils ; mais au second accoumenit, qui fut très difficile, ayant mis au monde une fille, qui a raconté ceci, elle commença à éprouver des douleurs à la région ischiadique droite, et à boiter. Ces maux ne purent jamais être détruits, ni diminués par aucuns secours de l'art, ni par la nature, bien qu'elle fût accouchée heureusement une troisième et une quatrième fois; souvent même elle tombait, parce que le membre droit ne supportait pas assez fortement le poids du corps. Enfin ayant été reçue à l'hôpital

(i) Epist. 62;, n. Il ; et Epist. 63 , n. 19.

224 SOIXAIVTE-IYEUVIÈME LETTRE.

plutôt à cause de sa pauvreté que pour une maladie, elle y fut presque toujours couchée pendant un an et quelques mois, parce que ses douleurs s'exaspéraient , si elle s'efforçait de se lever ; elle conserva de l'appétit , mais ses forces s'affaiblissant peu à peu, et ayant paru de temps à autre n'avoir pas sa raison, elle mourut enfin d'une manière insensible, au commencement de l'année 1754.

Examen du cadavre. Certaines parties de ce cadavre, qui était maigre, ne me furent pas inutiles pour plusieurs recherches et démonstrations que je faisais alors à 1 hôpital. Le cerveau, le cervelet et la moelle allongée étaient assez fermes; car quoiqu'il y eût une médiocre quantité d'eau limpide dans les ventricules latéraux , cependant les plexus choroïdes étaient rouges, et la pie-mère ne suivait pas facilement quand on l'enlevait ; deux indices qui prouvaient que cette eau n'avait pas séjourné long-temps dans le crâne. Je vis aussi l'utérus incliné vers le côté duquel, cette vieille femme avait boité, et les ovaires très-contractés; néanmoins ce premier viscère pouvait me servir à faire voir certaines choses, et entre autres à avertir les jeunes étudians de ne pas croire que je nie à cause de ce que j'avais écrit autrefois dans la première partie des Adversaria (i) en comparant la situation de l'orifice utérin de la vache avec celui de la femme , que la circonférence de cet

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orifice qui est dans l'état naturel chez la femme, ne descende un peu plus en avant qu'en arrière , quoique cette disposition ne soit pas toujours aussi marquée que les dessins ([) d'Eustachi , comparés les uns aux autres , Findiquent. J'examinai enfin l'articulalion du fémur droit avec sa cavité; et comme je croyais y trouver un vice assez grave, parce que cette partie formait une saillie difforme sur le côté externe, j'en trouvai bientôt après, en faisant la dissection, non pas un, mais plusieurs ; et pour porter un jugement plus facile et plus certain par la comparaison , je mis d'abord à découvert la partie supérieure de l'un et de l'autre fémur, et !a partie inférieîjre des deux os innominéSi Soit donc qu'on examinât la face externe de l'os innominé du côté droit , ou sa face interne, on voyait qu'il formait un contour latéral plus grand que celui du côté gauche, et que la paroi de la cavité était plus épaisse à l'extérieur. Or, cette cavité droite avait un orifice plus grand que la gauche, et elle n'était point flexible comme ce que l'on appelle le sourcil, mais osseuse; et de même que la cavité gauche répondait parfaitement à une tête saine de fémur, par sa forme et par ses dimensions, de même la cavité droite répondait à une tête de fémur qui s'éloignait de l'état normal ; car la forme de la tête de ce dernier n'était pas demi-sphérique, mais conique. Or, la

(i)Tab. i/,, fig. 3 et 4.

12(y SOI XAl^JTE- NEUVIÈME LETTRE.

base du cône commençait du côté externe, aux racines mêmes du grand trochanter , tandis que du côté interne elle était peu éloignée du petit trochtinter, La foi me de la cavité droite était donc la même que celle d'un cône creux, et sa profondeur était très-grande en dehors , de sorte que cette cavité était à cet endroit deux fois plus profonde que la gauche. Du reste, tandis que la glande mucilagineuse paraissait être plus grosse qu'à l'ordinaire dans la cavité gauche, et sortir pour ainsi dire de sa fosse, il y avait à peine quelque vestige de cette glande et de sa fosse dans la cavité droite. Mais la couche cartilagineuse qui couvrait naturellement à gauche la surface de la cavité et celle de la tête du fémur, où elle était blanche et brillante, se trouvait brune et livide à droite , et en outre rougè çà et là. Après avoir suffisamment examiné tout cela , et avoir vu en même temps combien le ligament de la tête du fémur droit, qu'on appelle rond , était flasque , je fis couper cette même tête avec une scie dirigée verticalement du sommet à la base, et je fis prolonger îa section jusqu'à la partie voisine du fémur, afin de voir ce qu'il y avait de différent à l'intérieur. Cette différence fut très- manifeste; car quoique cette partie du fémur et la tête fussent couvertes de toutes parts d'une lame osseuse ferme, cependant la moelle qui était renfermée dans les cellules de la tête était d'un blanc jaunâtre et tendait à la nature aqueuse plutôt qu'à la nature

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huileuse, quand on la pressait enlre les doigts, et celle que cette partie du fémur contenait^ tendait davantage à là rougeur et à la nature huileuse. Enfin eu comparant les deux fémurs entre eux, la partie qui est un peu au-dessous des trochanters me parut remarquable soit par sa forme qui différait beaucoup de celle d'un cylindre et approchait davantage de la forme anguleuse, soit par sa courbure, qui formait un segment d'arc dont la partie convexe était tournée en avant. Cependant cette courbure était plus grande sur le fémur gauche que sur le fémur droit; ce qu'on comprendrait plus facilement , si les douleurs et la claudication eussent déjà existé à l'époque où les os encore flexibles cédaient davantage^ au poids du corps dans le membre dont la jeune fille avait coutume de se servir davantage , comme étant plus ferme, et excitant moins de douleur.

I r. Quoi donc ? est-ce que la fille ne disait pas la vérité? Est-ce que la mère qui n'était pas née sans quelques-uns des vices de structure que j'ai décrits, boitait un peu dans le commencepient et lorsqu'elle était à la fleur de la jeunesse? Et dès qu'une nouvelle cause se fut jointe au vice de structure à la suite d'accouchement très-difficile, qui a produit la claudication de différentes manières sur différens sujets, comme je l'ai dit ailleurs (i) , les douleurs devinreïit-elles vives, et

(i)Epist. 48,n. 32.

228 soixajvte-jNeuvjème lettre.

la claudication fut-elle manifeste? et la mère, comme c'est lé coutume des femmes, aima-t-elle mieux qu'on crut que sa maladie dépendait plutôt de cette cause comme d'un accident malhejLireux, que de sa naissance? Ce qu'il y a de certain, c'est que personne ne croira facilement que tous ces changemens et d'antres analogues à ceux que je trouvai, survinrent sur les os d'une femme adulte et déjà mère de deux enfans, attendu surtout qu'on remarquera que celte humeur qu'on^ pourrait croire s'y être jointe et avoir produit les douleurs ischiatiques, n'avait point l'acrimonie que je connus qu'elle avait sur une autre femme boiteuse (i) maltraitée par une sciatiqne, d'après l'érosion du cartilage qui couvre Ja tête du fémur , et d'après la face sanguinolante de sa cavité. Relisez pourtant cette histoire, si vous voulez, et joignez-la à cette autre , ou , si vous l'aimez mieux , à celles dans lesquelles j'ai parlé (2) en même temps, comme dans celle-ci, de la claudication et de l'inclinaison de l'utérus.

12. Voilà ce que j'ai vu moi-même; apprenez maintenant quelques autres choses que j'ai rencontrées depuis lors dans mes lectures, et qui sont le résultat de l'observation ou des remarques des autres sur les maladies des articulations relatives à l'ankylose , à la goutte et à d'autres

(i) Epist. 57, 11. 3.

(2) Epist. 48^ n. 32 et seq.

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vices ,(iont il est question dans les observations que j'ai rapportées ou citées tout-à-l'heure, ou ailleurs. Mais je ne vous renverrai pas à plusieurs exemples ; voyez seulement la dissertation de .Reimar (i) , que j'ai citée aussi dans la Lettre précédente (2) relativement à l'anlcylose : il raconte (3) d'abord ce que le célèbre Hun ter, de Londres, vit sur un fémur qui n'était pas fracturé depuis très-long-temps , de sorte que le cal interposé entre les deux extrémités était encore mou; savoir des fibres osseuses naissant de l'une e4: de l'autre de ces extrémités, et de petits vaisseaux sanguins partis évidemment du centre de l'os, et se prolongeant de là jusque dans l'intérieur du cal. De là Reimar fait la réflexion que si par hasard la croûte des os qui se rapprochent pour former une articulation, est lésée, des fibres et de petits vaisseaux sanguins peuvent naître de part et d'autre, se réunir, et former ainsi une ankylose qu'on appelle vraie, et qui est incurable. Quanta celle qu'il vit (4) au genou d'un enfant qu'il disséqua, et qui était formée par une toile qui réunissait les extrémités des cartilages des parties opposées, toile semblable à celle qui a coutume de se développer presque toujours à la suite d'une in-

(i) De fungo articulor.

23o SOI XANTE -]YEU VI EME LETTRE.

flammation dans la poitrine et ailleurs , il ne doute pas non -seulement qu'elle ne puisse être guérie , mais encore qu'il ne puisse arriver qu'une violence subite, comme une chute, venant par hasard à étendre ou à fléchir l'articulation ini mobile, ne détruise une cohésion de cette nature, et il explique heureusement de cette manière une observation de Meekren , qu'on ne comprendrait pas facilement autrement. Et vous , vous croirez peut-être qu'il faut rapporter au même objet quelques guérisons subites d'une immobilité accidentelle des articulations , opérées par des chirurgiens au moyen d'une forte flexion du membre soujacent, ou au contraire d'une forte extension , si ce membre ne pouvait point s'étendre de lui-même; et vous jugerez que c'est à cela qu'appartient le bruit que l'on entend alors , c'està-dire à la rupture d'une semblable toile déjà assez ferme, ou d'une autre partie. D'après cela il serait à désirer qu'il existât des signes d'une ankylose produite par cette toile; or, si celle-ci a de véritables vaisseaux , comme quelques-unes de ces toiles qui unissent les poumons à la plèvre , il est croyable qu'il y avait autrefois quelque lésion dans l'articulation, comme dans la poitrine, lésion de laquelle ont pu naître des vaisseaux et des fibres, mais des fibres membraneuses, comme je l'ai dit pour les extrémités des os fracturés.

i3. Pour ce qui concerne les autres maladies des articulations, comme j'ai indiqué succincte-

DES BLESS. DE LA TETE ET DE LA. POITR. , etc. 23 l

nient à la vérité, mais suffisamment pourtant, dans la Lettre dans laquelle j'ai dit que la même dissertation a été citée, combien on trouve d'observations différentes dans cette dissertation , je ne parlerai ici que de ce qui est relatif à^ une maladie singulière, comme Reimar lui-même le reconnaît (i), c'est-à-dire à des globules osseux à l'intérieur, et cartilagineux à l'extérieur , que j'avais trouvés l'an 1 746 dans le genou d'une vieille femme , et que je vous ai décrits avec soin dans la cinquante-septième Lettre (2). Cet auteur a vu, ou a entendu raconter et lu en Angleterre plusieurs exemples de cette maladie , qui , quoiqu'aussi rare chez nous , est assez fréquente dans ce pays, pour qu'on l'appelle vulgairement souris du genou. Ces petits corps vont librement d'un côté et d'autre dans la cavité de cette articulation , de sorte que, sur ce sujet, autant qu'on put en juger sans la dissection, un petit corps parut à peine adhérent par une espèce de ligament^ de manière qu il ne ^pouvait point se porter dans toute la commissure. Ils se portent d'eux-mêmes, ou ils sont poussés^avec la main dans les parties de l'articulation où ils ne sont point nuisibles au mouvement, et où ils ne produisent point de douleurs. Du reste , ils ont pu quelquefois être retenus dans ces parties avec des remèdes employés extérieurement et avec de^s

(i) 5. 54etseq.

20% SOIXANTE-NEUVIÈME LETTIlE.

bandes circulaires, à tel point qu'ils ne tombaient pas de nouveau, même quand on négligeait ensuite l'emploi de ces sortes de moyens. Mais dans d'autres cas Fempéchement du mouvement, ou la douleur si on s'efforçait de, l'exercer, a forcé de recourir à des chirurgiens qui retiraient ces petits corps en incisant les parois de l'articulation, quelquefois avec succès , d'autres fois avec un résultat funeste par l'effet des accidens qui survenaient, comme cet auteur exact (i) a noté qu'ils peuvent survenir, et sont même survenus plus d'une fois à la suite des incisions.

Quant à l'origine de ces petits corps, quoiqu'il rapporte deux exemples d'après lesquels on peut croire que ce sont de petits morceaux qui auront été séparés des extrémités des os par violence , cependant, comme on les voit couverts partout cVun caitilage égal^ et qu'une violence extérieure n'a pas toujours précédé la maladie , il avoue avec prudence qu'il ne peut rien dire de positif avant d'avoir examiné ultérieurement un grand nombre d'exemples. C'est pourquoi je ne me repens pas de vous avoir écrit ce qui fut observé autrefois non-seulement par moi , mais encore par son illustre maître de Haller; car le savant Reimar, qui dit ne pas connaître des exemples de cette maladie ailleurs que dans l'articulation du genou, ignore, comme il arrive, une observatioa

(i) §. 26 etseq.

dp:s bless. t>e i>a tête et de la POITR,, etc. 233 de de Haller, qui reconnut cette affection dans l'articulation de la mâchoire, où il trouva en même temps des cartilages détruits en partie. Moimême j'ai vu en pareil cas quelques uns de ces cartilages sillonnés et amincis, mais non cependant assez pour former un bien plus petit nombre de corps que je n'en trouvai; car il n'y en avait pas vingt, comme dans l'observation de de Haller, mais beaucoup plus, et dans le nombre il s'en trouvait cinq d'une telle grosseur, qu'ils égalaient presque des grains de raisin médiocres. Tous ceux que ce dernier et moi avons trouvés avaient la forme globuleuse, tandis que Reimar ne parle que d'un, ou en tout de deux, sans rien dire de la grosseur, ni de la forme, si ce n'est que l'un égalait à peu près une fève en volume. Pour moi, il m'est arrivé en particulier de ne pas trouver tous ces petits corps couverts d'une écorce cartilagineuse; car sur plusieurs elle était entièrement osseuse; mais aucuns n'étaient libres, et tous se continuaient avec les cartilages, ou plutôt avec les glandes mucilagineuses, quoique je comprisse (i) qu'il aurait pu arriver sans difficulté que quelques-uns en eussent été détachés par des secousses qui auraient eu lieu dans le genou. Voyez donc si ces faits que j'ai indiqués, non pas pour les répéter, mais pour comparer, étant réunis aux exemples de Reimar, peuvent servir à imaginer,

OU à confirmer, OU à écarter quelques conjectures sur l'origine de cette maladie.

14. Je ne dois point omettre ici non plus cette observation que le même auteur que j'ai cité indique (ï) eii très-peu de mots, et qu'il a recueillie avec le célèbre Gaubius; car elle a rapport aux maladies des articulations, et même à celle qui tire son nom des articulations , c'est-à-dire à l'arthritis (goutte ). Voici le fait : un homme qui avait eu la goutte étant mort asthmatique par l'effet de la cessation de cette affection, on trouva çà et là dans ses poumons une matière blanche^ assez épaisse en quelques endroits ^ et ayant en apparence la nature gypseuse. En lisant ceci, vous vous rappellerez facilement ce que je vous ai écrit (2) sur la matière arthritique, soit qu'abandonnant les articulations elle se porte sur d'autres parties , soit au contraire qu'elle sorte convenablement du corps , par exemple par les intestins, comme j'ai rapporté qu'Albertini l'a vu dans un cas où elle était comme de la chaux , ou comme du gypse récemment formé y ou par les voies urinaires, cas dont vous avez un très-bel exemple qui a été publié par l'Académie Royale des Sciences de Paris (3), et qui a pour sujet un homme qui commençait à éprouver par intervalles de légères attaques de goutte, et qui

(1) Innotulaa, ad §. 40.

(2) Epist., 67, n. 9.

(3; Hist., a. 1747, obs. anat. 3.

«ES BLESS. DE LA TETE ET DE LA POITR. , etc. 2 35

fut délivré du retour de ces attaques (lesquelles sans doute auraient été beaucoup plus graves) par des urines laiteuses qu'il rendit pendant environ neuf mois, et dans lesquelles s'enfonçait bientôt une matière argilleuse qui acquérait la dureté du gypse dans l'espace d'une ou de deux heures.

Mais si cette matière ne sort pas, et qu'elle ne puisse pas se porter sur les articulations, ou qu'elle ne continue pas à s'y porter, j'ai fait voir (i) par l'exemple de son Éminence le Cardinal Cornéli, quels maux funestes elle produit alors, et je pourrais maintenant le confirmer par ceux d'un autre Cardinal, et même de l'Auguste Empereur Charles vu, qui ont été rapportés par le célèbre J. God. de Hahn (2), si je n'avais point résolu de ne pas m'arréter ici à d'autres histoires d'arthritiques, et d'ajouter quelque chose sur une maladie bien différente. Quant à vous , vous comparerez néanmoins avec fruit l'un et l'autre exemples de de Hahn avec ce que j'ai écrit sur le Cardinal Cornéli; car ils sont comparables au cas de mon Cardinal, savoir le preitiier par la constitution du corps, et par un soupçon de calcul dans la vésicule biliaire, le second par un calcul rénal , et tous les deux par des symptômes relatifs à la poitrine et à la tête.

(1) Epist. 67, n. 10.

(2) Hist. podagraS;, etc.^ ad fin.

i5. Comme je vous ai écrit une Lettre, la cinquante-huitième , sur la maladie vénérienne , vous vous souvenez sans doute que j'^' ai rapporté d'autant moins d'observations, que je vous avais envoyé dans plusieurs autres Lettres, à l'occasion de différentes maladies auxquelles cette affection était jointe, un grand nombre d'histoires que j'ai indiquées en particulier au commencement de cette Lettre (i). A ces observations ajoutez -en d'autres maintenant, et surtout celle que je n'ai point omise en traitant (2) de l'aphonie, comme étant relative en même temps à des lésions produites par une gonorrhée virulente de Turètre sur un homme. Quant aux organes génitaux de la femme, vous verrez (Juels maux produits par cette maladie le célèbre Rœderer observa, d'après sa dissertation sur le squirrhe de l'utérus qui n'avait point encore paru lorsque je vous écrivis pour la première, et vous saurez, d'après l'observation suivante que je n'avais pas recueillie à cette époque, ce qui s'est présenté à moi.

.16. Il était certain qu'une femme dans la force de l'âge avait été prise d'un œdème des jambes, qui s'était ensuite dissipé ; mais on ignorait par quelle affection elle avait principalement été enlevée. Toutefois il n'était pas douteux qu'elle n'eût la maladie vénérienne. Voici ce que je remarquai

(2)Epist63,n. i3.

DES BLESS. DE LA TÊTE ET DE LA POITR., etc. aSy

contre nature, en disséquant son cadavre avant le milieu de mars de l'an 1754» pour faire l'examen et la démonstration d'autres parties qui étaient dans l'état naturel.

Examen du cadavre. Il y avait un peu d'eau dans la poitrine ; mais le crâne, les ventricules du cerveauj et la cavité de l'épine en contenaient davantage. Dans le ventre^ l'utérus était très«incliné à gauche.

Je ne pus voir du même côté, malgré mes recherches très-attentives, absolument aucune trace de l'ovaire, ni de l'extrémité de la trompe. En effet, à peine la trompe qui n'était pas creuse, autant que je pus le voir, mais solide, avait-elle mesuré \\u. trajet de trois travers de doigt, à partir de l'utérus, qu'elle se terminait brusquemeot. On ne voyait rron plus là, ni dans le voisinage aucun indice de lésion, d'altération, ou de cicatrice, de sorte qu'il paraissait que les choses étaient en cet état depuis la naissance. A droite la trompe se terminait bien à l'ovaire; mais elle était tellement confondue avec lui qu'on ne voyait aucunes de ses franges, et que l'ovaire ne pouvait point être aperça avant qu'on n'eût coupé la trompe qui s'était développée sur lui, attendu surtout qu'il était petit. Il était composé d'une substance blanchâtre, qui à l'incision se présenta mouillée en dedans par une humeur blanche, et renfermant des globules blancs. En enlevant l'utérus avec le vagin, et la vessie qui était très-grosse et distendue par de

Ià38 SOIXANTE-NEUVIÈME LETTRE.

Furine, et avec l'intestin rectum, on aperçut une quantité extraordinaire de graisse, surtout pour une femme qui n'était pas grasse , autour de cet intestin; et en même temps on ichor fétide, semblable à de l'eau dans laquelle on a récemment lavé de la chair;, sortait par la vulve et par l'anus. Toute la face interne du fond de l'utérus était mouillée par une humeur visqueuse d'un brun jaunâtre et sale, à travers laquelle on voyait des points rougeâtres et de petites lignes qui devenaient plus remarquables quand on appliquait les doigts par dessous , ce qui dépendait de l'expression du sang. Il n'y avait rien de notable au col, ni à l'orifice; mais le vagin , qui était entièrement livide à l'intérieur, et brun au milieu de sa paroi postérieure , présentait un peu plus près de son orifice inférieur que de l'orifice de l'utérus , un trou circulaire, dont le diamètre avait deux travers de doigt, et dont les bords étaient noirs et très-fétides : le trou s'ouvrait dans l'intestin rectum.

17. Je n'ai rien à ajouter sur les maladies produites par un poison, auxquelles appartient la cinquante-neuvième Lettre. Car quoiqu'une réputation extraordinaire m'ait fait connaître depuis lors les éloges qu'on a donnés contre la morsure de la vipère et du chien enragé, à un antidote trouvé par un homme recommandable que je vous ai cité ailleurs, J. Larber; cependant comme j'ai été informé que le même homme célèbre écrit

DES BLESS. DE LA TEÏE ET DE LA POITIl., etc. 239

maintenant une dissertation où il embrasse non seulement ses expériences faites avec le même antidote sur des chiens, mais encore des exemples très-heureux de guérison obtenue sur des hommes, j'aime mieux vous renvoyer à cette dissertation où vous verrez tous les détails d'une manière claire et complète , que de vous indiquer moi-même peu de choses d'une manière incomplète. J'espère donc qu'elle sera publiée au premier jour. Adieu.

î^40 SOIXANTE-DIXIÈME LETTRE.

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