‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 2)Chapitre 34 sur 71 · Une vieille femme était morte d'une ascite · texte numérisé non relu

Une vieille femme était morte d'une ascite

Examen du cadavre. La substance du cœur était pâle. Le rein gauche était plus petit que le rein droit; et quoique sa surface fût rendue un peu inégale par un petit nombre d'espèces de sillons peu profonds , il ne présenta cependant rien à l'intérieur qui s'éloignât de l'état habituel. En examinant ceci, je remarquai qu'au lieu d'une l'aorte fournissait deux artères iliaques, voisines l'une de l'autre et même contigués , mais ayant chacune cependant son orifice propre , que deux ¥eines spermatiques revenaient à la veine émulgente du même côté, et que l'une de ces deux artères, ou de ces deux veines, était plus petite que l'autre. Mais ce sont là des variétés naturelles ; voici ce qui dépendait d'une maladie : il s'élevait dans la>cavité du fond de l'utérus, sur le côté, une excroissance arrondie, blanche, dure, petite. Enfin, à l'ouverture de la vessie urinai^e qui était parfaitement saine, je remarquai que les deux corps qui descendent des uretères, se réunissaient non point à angle, mais au moyen d'un corps aussi gros et aussi saillant qu'eux , en lequel ils se transformaient; du reste je ne pus pas voir que celui-ci envoyât quelque chose à Forifice de la vessie, qui en était distant d'un travers de doigt, loin de pouvoir remarquer que quelque protubé-

rance arrondie s'élevât dans tout cet espace , ou dans Tintérieur de l'urètre.

lo. Une autre vieille femme avait succombé à une inflammation du poumon, et à un flux de ventre qui s'y était joint. Après que l'on eut enlevé tous les viscères du ventre, excepté l'utérus et l'a vessie urinaire, son cadavre fut transporté à l'amphithéâtre.

Examen du cadavre. A l'ouverture de la poitrine, on trouva le lobe inférieur du poumon fortement adhérent au côté gauche; ce lobe, qui était considérablement augmenté de volume et pesant , ressemblait à du foie cuit, à la dissection. Plus le cœur était petit sur le portefaix (i), plus il était gros sur cette femme , qui, du^reste, était d'une taille médiocre. Et s'il était gros, ce n'est pas que les parois de ses cavités parussent amincies et tiraillées ; elles étaient même d'une épaisseur sinon trop grande, du moins convenable, et leurs colonnes et leurs faisceaux musculeux, ainsi que ceux des oreillettes , étaient épaissis ; en sorte que j'étais moins étonné d'^ne chose que je ne me souviens pas d'avoir vue d'autres fois, savoir que les artères coronaires avaient des orifices qui avaient plus de deux lignes de Bologne de diamètre, et que celle qui était la plus proche du côté de l'un de ces orifices, savoir l'artère adipeuse, n'en avait même pas un très petit; tandis qu'outre plu-

(i) Supràj n. 5.

'254 SOIXANTE-DlXlÈaiE LETTRE.

sieurs orifices médiocres, le sinus de la veine pulmonaire en avait un un peu moins grand que celui que j'ai dit qu'était celui des artères coronaires; il recevait deux ou trois petites veines qui ramenaient le sang des parois du sinus, comme je le vis après l'avoir incisé. Un cœur comme celui-là avait ses ventricules pleins de concrétion;^ polypeuses. En regardant toute la partie de l'aorte qui était renfermée dans la poitrine ; je ne vis qu'un seul endroit où sa face interne ne fût pas lisse; elle était saillante à cet endroit, et il y avait entre les tuniques une dureté osseuse qui n'occupait pas plus d'espace que n'en aurait pu couvrir l'ongle du petit doigt. Cet endroit était à droite, là où l'aorte, après avoir déjà formé son arc , commençait à descendre en droite ligne. Je remarquai en même temps quelque chose qui mérite d'être noté. Car il n'est pas rare que parmi les artères qui naissent de la paroi postérieure de l'aorte descendante jusqu'à la division de son tronc, il n'y en ait quelquefois qu'une au Heu de deux. Mais ici, au dessous des deux paires des artères intercostales inférieures, les trois paires suivantes manquaient, un seul orifice se montrant trois fois de suite au lieu de deux, à la partie moyenne, et n'étant pas plus grand que les autres, ne se divisant pas brusquement en deux, comme il le fait le plus souvent, lorsqu'il est unique, et même se prolongeant en une seule artère, dans un trajet d'au moins un travers de doigt, c'esl-à-^

dire dans tout le trajet où il était resté adhérent à Taorte. Mais d'un autre coté le diaphragme (puisque j'ai commencé à parler des variétés, je ne veux point passer celle-ci sous silence, quoique je l'ai vue et fait voir assez souvent) avait deux trous séparés par un interstice très-petit , mais très-évident, au lieu d'un, par où devait passer la veine cave , pour entrer dans la poitrine. Enfin , voici ce que le ventre présenta de remarquable dans les parties inférieures qui avaient été laissées dans cette cavité. Les deux ovaires , surtout celui du côté droit, qui étaient blancs et beaucoup plus gros qu'à l'ordinaire, et tubéreux , étaient composés de tumeurs , ou d'hydatides , dont quelques unes étaieiit grosses et tellement distendues par de l'eau , en comparaison des autres , que ce liquide sautait un peu haut si on les pressait. Cependant l'une et l'autre trompes en étaient entièrement exemptes. La face interne du fond de l'utérus était d'un rouge noirâtre , couleur produite par la stagnation du sang en plusieurs endroits; et si pour exprimer ce liquide, on plaçait les doigts extérieurement sous l'utérus, on déchirait cette face interne à cause de sa laxité. Cette circonstance, et une autre qui fixa mon attention sur le même cadavre , et qui ne doit point être passée ici sous silence à cause de sa rareté, je veux parler des deux nerfs (i) en les-

(i) Vid. Epist. 69, n. 2.

^56 S01XA]>rTE-I)IXJEME LETTRE.

quels j'avais divisé le crural postérieur jusqu'au bassin par la seule interposition de la main, et dont Tuo, qui était un peu plus gros que le correspondant , et que j'avais séparé en deux parties longitudinales avec le scalpel, me présenta, non loin de son axe, un vaisseau entre ses fibres, auxquelles il était presque parallèle, vaisseau qui était plein de sang, et qui avait presque une ligne de Bologne de diamètre ;- ces deux circonstances donc, comme j'avais commencé à le dire, avaient fait soupçonner que du sang était peut-être stagnant en telle quantité dans les vaisseaux du bassin et des parties qui appartiennent à cette cavité, ainsi que dans la vessie et dans l'urètre annexe, qu'il était nuisible à mes rechercbes ordinaires. Mais la vessie et l'urètre ayant été ouvertes, je trouvai bien que de petits vaisseaux nombreux et longitudinalement parallèles rendaient la tunique interne de ce canal noirâtre dans toute son étendue, mais d'autant plus qu'on approchait davantage de son orifice inférieur, lequel était relâché, et laissait tomber en dehors une petite partie de cette tunique qui était aussi relâchée à droite, comme je l'ai vu sur quelques autres femmes (i). Cependant dans la partie supérieure de l'urètre il n'y avait que la couleur qui s'opposait à mes recherches, et cet obstacle n'existait même pas dans la vessie. Celle-ci était en effet

(i) E|>isi. 5o, n. 5i , etEpist. 56 , n. 21,

très-saine, et elle présentait les deux corps saillans qui partent des uretères, et qui se réunissaient* assez bien pour former un angle, qui était éloigné d'un travers de doigt de Torifice de la vessie. Mais ni cet espace, ni cet orifice, ni la partie voisine de l'urètre, ne présentèrent rien d'arrondi , ni même de légèrement saillant, à mes yeux, ni à ceux des spectateurs qui regardaient attentivement avec moi; et, pour le dire en un mot, il n'y avait ni trace, ni vestige de cette luette.

II. Voilà le résultat des recherches que j'ai faites sur cette luette, et que j'ai répétées sur cinq vessies, dont aucunes n'avaient été distendues par une maladie, ni par une certaine quantité d'urine, ni par de l'air injecté, à l'exception de la troisième, dans laquelle on n'avait pourtant introduit qu'autant d'air qu'il en fallait pour faire voir sa forme. Je n'ai pas disséqué un plus grand nombre de cadavres cet iiiver; mais j'ai reçu différentes parties d'autres cadavres pour remplacer celles qui n'étaient pas assez saines, et par ce moyen j'ai heureusement terminé encore cette année mes leçons qui embrassent toute Fanatomie; or il y a quarante-cinq ans que j'ai commencé à remplir Thonorable fonction de professeur de cette partie.

12. Du reste, si par hasard vous vous étonnez de ce que j'ai été dans cette Lettre moins fidèle à mon habitude de faire sur presque toutes les histoires quelques remarques, quelquefois même un grand nombre, mais au contraire de rapportera

peine et assez rarement un petit nombre de variétés parmi celles que j'avais observées dans les dissections , apprenez, pour ce qui concerne le premier objet, que je n'ai point fait de remarques, soit, parce que j'ai voulu envoyer promptement ce que j'avais promis, soit parce que j'en avais déjà fait assez dans tant d'autres Lettres sur la plupart des sujets semblables; et, pour ce qui regarde le second, j'ai agi ainsi, non pas tant pour que cette petite Lettre ne vous parût pas trop courte , que parce que je commence déjà à perdre l'espoir d'avoir encore assez de temps à vivre pour rassembler les variétés que j'omettais, ainsi que plusieurs objets que j'ai dit de temps à autre ne devoir pas être placés dans les descriptions des parties morbides , parce que quelques-unes de mes observations sont relatives à l'anatomie des mêmes parties dans l'état naturel. Agréez donc cette Lettre sous l'un et sous l'autre rapport, conformément à votre honnêteté. Adieu.

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