‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 2)Chapitre 4 sur 71 · DE LA CECITE, DE L APHONIE , DE L ANGINE. II · texte numérisé non relu

DE LA CECITE, DE L APHONIE , DE L ANGINE. II

L'une el l'antre me parurent également dures sous le doigt, et même entre les doigts. Mais cependant l'une, qui était plus mince , était d'une substance plus sèche et plus compacte. L'autre, qui était plus épaisse, était plus humide que dans l'état naturel, de sorte que l'humeur sembla s'écouler tout entière dans la dissection, non point cependant par jets , mais par exsudation. L'une d'elles (car je n'ai point noté laquelle) répondait à une pupille plus large, et l'autre à une pupille d'un diamètre médiocre.

II. Si par hasard vous désirez d'autres exemples de l'opacité non pas tant de l'humeur crystalline, que de sa tunique, le célèbre deHaller (i) vous en donnera. En lisant ses (2) observations, et celles de Zinn (3), qui confirment que la membrane pupillairedu fœtus a été trouvée par Wachendorff (4), il m'a semblé que je pouvais facilement conjecturer ce qu'était un tégument membraneux placé devant la pupille^ que l'illustre médecin Méad (5) fit voir sur le corps d'un enfant^ qui était parcouru par des artérioles pleines de cire très-liquide^ et dont il se servit pour confirmer que la cataracte membraneuse a été trouvée très-rarement à la vérité , mais

(1) Opusc. pathol. , obs. 3.

(2) Opusc. anat. XIIL

(3) De cr. anat. ociili lium. , c. 2, s. 4, J- 4-

(4) Comraerc. litter. , a. 1740, hebd. 18, I.

(5) Mcnit. medic. , c. i \, s. 2.

l'a été cependant réellement , lorsque la petite membrane a contracté de la sécheresse par quelque fâcheux accident. Je regarde donc comme trèsvraisemblabie que la membrane pupillaire.se trouvant trop épaisse et trop fortement adhérente à l'iris , et ne pouvant se dissoudre et disparaître avant l'accouchement, reste, bouche la pupille dès la naissance , et produit ainsi la cécité , comme tout corps qui est trop épais et trop adhérent à la membrane du tympan produit la surdité, quand il ne tombe pas du conduit auditif sur certains nouveau-nés, comme sur les autres, comme je l'ai dit dans plus d'un endroit dans mes Lettres anatomiques (i).

Il existe aussi d'autres vices, même internes, qui peuvent être éclairés par la comparaison des organes de l'ouïe et de la vue. Mais ceux qui surviennent à l'oeil le peuvent avec d'autant plus de facilité, que sa structure est plus délicate. Si cela n'était pas évident d'ailleurs , on pourrait le conjecturer sans difficulté d'après la seule manière dont le sage Créateur a fait parvenir les fibres olfactives, auditives, et visuelles dans leur organe particulier. En effet, celles qui vont aux narines, y passent par les trous évidens de l'os ethmoïde , et sont par conséquent plus grosses ; celles qui vont aux oreilles, passent par deT trous beaucoup plus petits, et sont par conséquent plus petites ; enfin celles

(i) V, n. 2 et 6; et XIII, n. 3.

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qui vont aux yeux , passent par des trous trèspetits, comme des prosecteurs l'ont démontré tout nouvellement, et sont par conséquent très-petites; en sorte que la structure délicate, plus délicate, très-délicate de chacun des organes des sens, me semble avoir été indiquée comme par degrés. Mais je parlerai de ceci peut-être plus longuement une autre fois. Actuellement passons, comme je l'ai promis, aux maladies des parties qui servent à la voix et à la déglutition, et surtout des nerfs qui se distribuent à ces parties.

12. Je vous ai écrit ailleurs (i) sur une aphonie mortelle causée par l'ivresse, et je vous ai même envoyé l'observation qui m'est propre avec la dissection. J'en ajouterai ici une autre.

1 3. Un domestique, âgé d'environ soixante ans , d'une taille élevée , d'une bonne habitude de corps, adonné au vin, avait été reçu souvent à l'hôpital auparavant, une fois pour une gonorrhée vénérienne grave, qui avait donné lieu à un si grand écoulement d'humeur vireuse, qu'il se plaignait d'une faiblesse des lombes, et plusieurs fois dans un état d'aphonie causée par l'ivresse ; mais cependant l'aphonie s'étant dissipée avec l'ivresse, il s'en était allé bien portant le lendemain matin. Mais enfin se trouvant couché pendant la nuit, dans la rue, dans un état d'aphonie produite par la même cause, on le regarda comme moribond ; et en effet

(i) Epist. i/| , n. 34 et seq.

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son pouls était très-petit. On le transporta au même hôpital, et bien qu'il eut vomi en chemin beaucoup de vin, il ne fit pourtant jamais plus entendre sa voix. Bien plus , le jour suivant il fut pris le matin d'une grande fièvre, et privé en outre de la faculté du sentiment et du mouvement , dans le membre supérieur du côté gauche seulement; car les autres parties irritées témoignaient qu'elles sentaient. Après qu'on lui eut tiré du sang, il sembla bien se trouver un peu moins mal; mais des emplâtres corrosifs, qu'on appelle vésicatoires, ayant enfin été appliqués sur les jambes, n'agirent pas du tout, et il resta jusqu'à sa mort dans l'état d'aphonie dans lequel on l'avait transporté; or la mort survint sans qu'il s'y fût jamais joint aucunes convulsions, au commencement du quatrième jour, le i4 de mars de l'an lySô.

Examen du cadavre. Retenu chez moi par une goutte inattendue du genou, je ne pus pas faire Fexamen du cadavre avant le septième jour, à compter de celui de la mort; et comme je craignais d'être retenu plus long-temps , j'ordonnai de conserver au moins Ja tête, et le pénis avec une partie de la vessie annexe. Pendant qu'on séparait la tête du cou, et cela deux jours après la mort, il s'était écoulé beaucoup de sang noir et épais, ce qui fit que je fus moins étonné de ne pas voir les vaisseaux de la pie-mère distendus par du sang, quand le crâne eut enfin été ouvert. Je trouvai beaucoup d*eau dans le ventricule latéral droit,

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OÙ le plexus choroïde était pâle, et présentait à l'endroit où il se fléchit en avant, des hydatides petites, mais très-nombreuses. Le ventricule gauche contenait moins d'eau, et beaucoup moins d'hj^datides. Cependant cette paralysie du côté gauche ne provenait pas de cette différence qui existait entre l'un et l'autre ventricules. En effet, comme, outre le cervelet et la moelle allongée, l'hémisphère gauche du cerveau se trouvait aussi en bon état, je trouvai dans celui du côté droit une petite caverne arrondie, capable de contenir une petite noix, et pleine de sang noir. Non-seulement cette caverne touchait au côté externe du corps strié et de la couche du nerf optique, mais encore elle occupait une portion de l'un et de l'autre, de telle sorte cependant qu'elle ne s'ouvrait pas dans l'intérieur du ventricule. Après avoir examiné ces objets, je tournai mes regards vers cette partie inférieure de la vessie , et vers l'urètre annexe. Les tuniques de la vessie étaient épaissies, comme sur un homme qui avait éprouvé de la difficulté à uriner pendant la durée des gonorrhées. D'ailleurs un si grand nombre de petits vaisseaux sanguins se dirigeaient vers l'orifice de la vessie à travers sa face interne , et ils étaient tellement distendus par du sang, qu'on aurait cru au premier abord qu'il y avait là autant d'hémorrhoïdes qui couvraient cette partie, qu'il y avait d'espèces de monticules formés par de petits vaisseaux parallèles. Ayant ouvert l'urètre depuis cet

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orifice jusqu'à son extrémité, il ne se présenta nulle part aucun ulcère, ni même rien qui s'éloignât de la couleur naturelle. Bien plus^ quoique j'exprimasse des petits orifices de la glande prostate une matière comme putride , et qui passait du blanc au cendré , je crus que cela dépendait de ce qu'on avait différé la dissection de tant de jours; quant aux autres objets dont je vais parler, je les attribuai à la gonorrhée qui avait existé autrefois. Dans la caroncule séminale, l'orifice de mon sinus était relâcbé, et le sinus luirmême était plus long qu'à l'ordinaire. Sur l'un et l'autre côté de la caroncule étaient de petites lignes parallèles dirigées en long , mais elles étaient très-petites. 11 n'en était pas ainsi d'un anneau formé par la substance intime de l'urètre, et qui, semblable à un lézard^ était saillant au point qu'il semblait qu'il avait pu s'opposer un peu à la descente de l'urine, ou d'une autre humeur, à la manière presque d'une petite valvule. Cet anneau passait sur une partie de la caroncule qui n'était pas la plus basse, et il lui était attaché comme au reste de la surface environnante de l'urètre , sans être libre nulle part. Comme je n'avais pu rien voir contre nature sur la glande de Littre, où sont ouverts les orifices des glandes de Cov^per, je remarquai de nouveau dans la partie qui est à trois ou quatre travers de doigt au-dessus de l'extrémité de l'urètre, des espèces de fibres blanches dirigées obliquement,

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et légèrement saillantes. Ces fibres occupaient les côtés. Au reste , il suffisait de jeter les yeux sur les orifices de mes petits canaux qui se trouvaient entre ces côtés, pour comprendre qu'ils avaient été malades autrefois; tant ils étaient plus contractés que ceux des autres canaux , et tant la surface voisine de part et d'autre différait de tout le reste. Après avoir décrit ce qui appartenait à des maladies graves, vous ne serez pas fâché , je crois , si j'ajoute qu'on trouva dans la tête de cet homme un petit nombre d'objets, dont un était relatif à une maladie, mais à une maladie légère, et dont les trois autres appartenaient non point à une maladie, mais à des dispositions contraires à l'état ordinaire. i°. Une tumeur cystique, qui n'était pas plus grosse qu'un grain de raisin médiocre, était saillante à la tempe droite, non très-loin du front. Elle était pleine d'une matière blanche comme du lait, mais un peu moins liquide. La moitié de la cavité sphérique de la tunique qui contenait cette matière, appartenait à la peau ; l'autre moitié se trouvait au-dessous de la peau. 2^, Les sinus pituitaires du front n'existaient pas. 3°. Les sinus sphénoïdaux existaient bien , mais ils n'étaient pourtant pas divisés en droit et en gauche, mais en supérieur et en inférieur, et ce dernier était le plus grand. /^. Enfin, l'apophyse styloïde gauche était longue de près de quatre travers de doigt, de sorte qu'elle est à peine distante d'un petit doigt (car je conserve encore x. 2

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cette pièce) de l'os hyoïde, cet intervalle étant rempli par le ligament rond qui unit cette apophyse à cet os ; à moins que vous n'aimiez mieux croire par hasard que toute la partie supérieure du même ligament devint beaucoup plus épaisse, et se changea en os , puisqu'il arriva aussi au ligament du côté droit de devenir plus épais et osseux vers le milieu de sa longueur, et cela trèsmanifestement, attendu qu'au-dessus et au-dessous il ny a qu'un ligament.

14. Ce n'est pas ici le lieu de disserter s'il faut nier l'existence de ce ligament , ce que Weitbrecht (i) ne balança pas à faire. Je dirai seulement qu'il aurait été à désirer qu'il eût rencontré, avant de la nier, sinon des osselets tels que ceux que je viens de décrire , du moins tels que ceux que Vésale (2) et Eustachi (3) ont vus et dessinés, et que j'ai vus moi-même en grande partie. Ces osselets sont faits et unis de telle sorte, et ils vpnt directement de l'apophyse styloïde à l'os hyoïde de telle manière, qu'on comprend que c'étaient autant de parcelles de ce ligament, qui d'abord cartilagineuses , deviennent ensuite osseuses, comme les appendices du même os ont coutume de le devenir , et occupent la place et remplissent les fonctions du ligament dont je parle. Quant à Weit-

(i) Syndesmolog. , s. 6, §. i5 et seq. (2) De corp. hum. fabr. , 1. 2, c. i3,

(3)Tab.47,fig.ï4.

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