‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 3)Chapitre 1 sur 44 · DE J. B, MORGAGNI A SON AMI · texte numérisé non relu

DE J. B, MORGAGNI A SON AMI

De VHjdropisie Ascite ^ de la Tjmpanite^ de VHydropisie du Péritoine^ et des autres Hydropisies quon appelle Enkystées,

3. Je crains que la Lettre que je vous ai envoyée dernièrement ne soit suivie d'une beaucoup plus longue, attendu que je vois que la section vingtunième du Sepulchretum dont je dois suiyre maintenant le titre, De la Tumeur du ventre appelée Hydropisiey est si étendue. En effet, il n'y a pas de raison pour que je m'arrête à la dix-neuvième section qui est intitulée du Scorbut , ni à la vingtième qui traite de la Cachexie y de VAnasarque ^ de la Leucophegjnatie , puisque dans les villes où

Vî. I

a TRENTE-HUITIÈME LETTRE.

j'ai vécu il n'est arrivé que très-rarement, pour ne pas dire jamais, que quelqu'un soit mort du scorbut, et que vous trouverez cà et Jà dans d'autres auteurs des dissections de sujets morts de celte affection, et quelques-unes en particulier dans Poupart (i) et dansMéad(2); d'ailleurs ces trois autres maladies sont de telle nature, qu'il est beaucoup plus convenable, ou du moins plus commode de les rapportera un autre endroit. Aussi lorsqu'on retranche de la section qui est consacrée à ces affections, les scliolies et les observations qui, comme on nous en donne positivement l'avertissement, appartiennent aux fièvres , à la phthisie , aux douleurs^ ou aux tumeurs du ventre, à la mélancolie, à la paralysie, à la dyspnée, à la syncope, et à d'autres affections, et dont quelqu'une se trouve répétée (3) de temps en temps, elle se réduit à un assez petit nombre d'histoires, dont la plupart sont également relatives à un autre sujet, et nommément aux hydropisies du ventre. Si parmi les tumeurs dont je dois traiter, l'ascite et la tyrapanite formaient seules la matière de la vingtunième section, cette Lettre ne serait peut-être pas plus longue que la précédente. Mais comme il est question dans cette section , non-seulement de ces affections, mais encore de la plupart des

(i) Mém. del'Acad. Roy. des Se, ann. 1699.

(2) Monit. med., c. 16.

(3) yid.oU. II, 5. 6 et 7.

DE l'hYDROPISIE ET DE LA TYMPANITE. 3

autres tumeurs du ventre, j'ai résolu de renvoyer ces autres tumeurs à la Lettre suivante, et de ne traiter presque dans celle-ci que des deux premières, de rhydropisie du péritoine , et des autres hydropisies qu'on appelle enkystées. Toutefois vous ne recevrez pas ici une seconde fois des observations qui appartiennent aussi à ce sujet, et qui ont été rapportées ailleurs, surtout lorsque j'ai écrit sur Fhydropisie de la poitrine ; mais vous en recevrez d'autres soit de Valsalva, soit de moi. Celles qui suivent immédiatement sont de lui.

2. Un homme de soixante ans , affecté d'une hernie, est pris de difficulté de respirer et de soif. Le ventre et les pieds se tuméfient. Enfin la soif ayant diminué, il meurt.

Examen dit cadavre. Pendant qu'on coupait la membrane adipeuse et les muscles de l'abdomen, il se manifesta une matière séreuse dans leurs interstices; il s'en présenta aussi dans la cavité du ventre. Un petit sac formé par le péritoine, et contenant une portion d'intestins, communiquait avec la partie gauche de cette cavité. Dans la poitrine, le péricarde était rempli de sérosité. Il y avait du sang liquide dans les ventricules du cœur.

3. Quelle que fût la cause de Fhydropisie sur cet homme (car bien qu'il ne faille pas nier que quand les intestins se précipitent dans une hernie, quelque conduit de la lymphe ne puisse se rompre quelquefois par le tiraillement du mésentère, cependant je n'ignore pas que cela arrive

4 ÏREHTE-HUITIEMË LETTRE.

très-rarement, et que quand cet accident a lieu^ le cljyle s'écoule en même temps que la lymphe); quelle que fût donc la cause de l'ascite, vous voyez qu'à cette hydropisie il s'en joignit deux autres, l'anasarque et Thydro péricarde. En effet, il est rare que la première soit simple, comme le prouveront aussi presque toutes les histoires suivantes.

4. Julia Bonetli, âgée de cinquante-cinq ans, maigre et bossue des deux côtés, ayant commencé à se plaindre peu de mois atiparavant d'avoir la respiration moins facile, fut transportée enfin en état de maladie à Fhôpital de Sainte- Marie de la Mort de Bologne, le 29 novembre de l'an i6d8. Elle avait la respiration laborieuse, mais plus lorsqu'elle était couchée sur le côté gauche que quand elle se trouvait sur le côté droit. Si elle s'asseyait sur son lit, alors la difficulté de respirer augmentai! tellement qu'elle élait sur le point d èfre suffoquée. Tous les secours étant inutiles, la tlilficulté de respirer augmentant de jour en jour, et le pouls se trouvant faible et languissant, elle fut prise de défaillances assez légères, mais fréquentes; sa face se tuméfia, et devint en quelque sorie livide, et elle mourut le i3 décembre.

Examen du cadavre. La cavité du \enlre était remplie d'eau limpide. L'épiploon était couvert de quelques vésicules, et se trouvait sans graisse. La cavité droite de la poirrine contenait environ quatre onces d'eau, et celle du côté gauche en contenait autant que possible, en sorte qu'elle s'écou-

ï)È l'hydropisie et de la tympanite. 5

lait pendant qu'on coupait le sternum. Dans cette dernière cavité, le poumon était légèrement tuméfié et rongeâtre, comme s'il était attaqué d^inflammalion; dans l'autre, ce viscère ne s'éloignait que peu ou point de l'état naturel. Le veniricule droit du cœur offrit aussi avec beaucoup de sang coagulé, une concrétion polypeuse de la grosseur d'un doigt, qui s'élendait soit dans la veine cave, soit dans l'artère pulmonaire. Dans celui du côté gauche on observa seulement un commencement d'une concrétion de cette espèce.

5. Il n'est pas facile de prononcer dans des histoires comme celle-là, laquelle des deux hydropisies précéda l'autre, si ce fut celle de la poitrine, ou celle du ventre. Cependant, si vous voulez à raison du vice de conformation de la première cavité, que ce fût aussi dans elle que Teau sac* cumula d'abord , je ne m'y opposerai pas. Du. reste, je croirais que c'est à cause de cette structure que survinrent les accidens qu'on observa sur cette femme d'une manière contraire à ce qui arrive ordinairement, c'est-à-dire qu'elle respirait plus difficilement étant couchée sur le côté où le poumon était tuméfié et Feau très-abondante, et qu'elle était sur le point d'être suffoquée lorsqu'elle s'asseyait sur son lit.

6. Une vieille femme commença à éprouver dans l'automne une tuméfaction de tout le corps, à avoir la respiration difficile , et à ressentir une soif incommode. A ces symptômes (si ce n'est que

6 THENTE-HUTTIÈME LETTRE.

la soif cessa vers la fin) il se joignit de la tous av^c des crachats d'une matière catarrhale; le décubifus était en outre difficile sur le côté gauche, ce qui faisait qu'elle était presque toujours couchée sur le côté droit. Elle mourut également dans ce décubitus, lorsque le pouls s'était déjà tellement concentré, qu'on le sentait à peine.

Examen du ^cadavre. Pendant qu'on coupait la peau du cadavre et les muscles, il s'écoula beaucoup de sérosité. Celle-ci remplissait également le ventre, qui formait une tumeur volumineuse, mais molle cependant. Cette sérosité reçue dans un vase de verre avait la couleur de l'urine , et vers le premier ou le second jour elle présenta une concrétion qui nageait, et qui était si ferme que malgré l'agitation du vase elle ne se séparait point en parties. Le reste du liquide placé sur du feu se troubla et s'épaissit peu de temps après, et ensuite il commença à offrir une légère concrétion sur les côtés du vase; mais par les progrès de l'évaporation, il forma une pellicule à la partie supérieure, et après qu'il eut ainsi diminué au-delà de la moitié, il devint tout-à-fait semblable à de la crème d'orge. Le foie parsemé çà et là de taches blanchâtres, plus grandes en dehors et plus petites en dedans, était pâle. La rate était très-dure. Les vaisseaux de la lymphe se présentaient d'une manière assez évidente aux environs des lombes et au-dessous, dans les parties intérieures du ventre. Dans la cavité gauche de la poitrine le poumon était

DE LIIYDROPISIE ET DE LA TYMPAIVITE. 'J

libre de tous côtés, mais dans la cavité droite il était attaché à la plèvre dans ton le sa circonférence, an moyen de plusieurs nœuds membraneux qui étaient entrelacés; quand on remuait ces membranes, il s'écoulait beaucoup de sérosité qui était renfermée dans leurs interstices. Les sinus du coeur contenaient une grande quantité de sang liquide et d'un rouge affaibli, ainsi que tous les vaisseaux; ce viscère se trouvait aussi au milieu d'une sérosité qui non-seulement remplissait, mais encore dilatait considérablement le péricarde. Bien quecette sérosité du péricarde parût être semblable par sa couleur et par une concrétion ferme qui s'était formée d'elle-même, à celle qui était contenue dans le ventre, cependant elle ne se concréta pas au feu , et elle resta toujours liquide en s'évaporant insensiblement; elle laissa seulement une légère peau au fond du vase. Les petites parlies salines de l'une et l'autre sérosité ne présentèrent point à l'examen une figure déterminée; toutefois la figure des parcelles de la première différaient un peu de celle des parcelles de la seconde. Au reste, cette concrétion qui nageait dans l'eau du péricarde, avait presque une forme sphérique , et elle semblait être formée d'espèces de petites vésicules rassemblées en un seul corps.

7. Yalsalva avait coutume, lorsqu'il trouvait de l'eau épanchée dans les cavités du corps, nonseulement de considérer quelle était sa qualité, / mais encore de chercher sa nature au moyen d'ex-

périences de différentes espèces, dans lesquelles il se servait souvent de feu, et quelquefois d'un mélange de certaines choses. Il avait coutume aussi d'examiner le siège des conduits de la lymphe, et de noter s'ils étaient engorgés, ou s'ils ne se manifestaient en aucune manière. Vous aurez remarqué qu'il suivit cette double coutume, soit dans la plupart des autres observations de ce genre qu'il a laissées, soit surtout dans celle que je viens de rapporter. Il cherchait, je crois, de ces deux manières, d'où l'eau était sortie, si c'était de ces petits vaisseaux rompus, ou d'ailleurs, pour voir si par hasard après une longue suite d'observations il parviendrait à reconnaître d'après une portion d'eau enlevée à un hjdropique vivant^ qu'elle s'était écoulée de ces petits vaisseaux, et à prononcer d'après cela que la maladie était incurable. En effet, ce diagnostic étant admis, comme dans un exemple que je vous ai cité ailleurs (i), il s'ensuit le pronostic indiqué, qui était inconnu des anciens, aussi-bien que ces vaisseaux. La découverte de ceux-ci na point changé le pronostic dans cette maladie, prétendaient inconsidérément certains détracteurs de l'anatomie détaillée; mais le diagnostic étant changé, il est évident que les moyens de traitement le sont aussi, ce qu'ils n'accordaient pas; car pourquoi le médecin tourmenterait-il avec des remèdes trop violens ceiix dont

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