VI
inù TRENTE HUITIEME LETTRE.
sur une autre femme dont a parlé le célèbre Gutermann (i). D'aiUres, qui furent attaquées de cette tumeur de l'ovaire, furent plus heureuses, quoiqu'elle fut parvenue au dernier degré de développement, comme une fille qui, d'après le rapport de l'illustre Gulmaun (-i)^ jouit malgré cela pendant quinze ans d'une parfaite santé; car les menstrues étaient rés^ulières ^ et V appétit y le soni' ineilj etc, étaient en bon état, si ce n'est que les deux dernières années elle était prise fort souvent de lipothymies : telles furent aussi deux femmes que J.-Dav. Mauchart (3) disséqua. On peut conjecturer d'après les paroles suivantes dont ce dernier fait précéder l'observation, quel fut l'élat de la santé de ces femmes pendant plus de sept ans, durant lesquels elles ne furent jamais forcées de se coucher, si ce n'est près des dernières semaines. « Ces hydropiques ne pâlissent pas, mais elles con- « servent plutôt la couleur rosée de leurs joues; « elles n'ont point les pieds tuméfiés, en sorte que a ces parties maigrissent plutôt avec les autres « membres et le corps, quoique leur abdomen « grossisse tous les jours; si elles portent pendant « Inng-temps ce fardeau sans une lésion notable «r de leurs fonctions, si elles ont un bon appétit, u si elles ne sont pas très -altérées, si elles ne
{ 1 ) Act. N. C. , t. 3 , obs. io5.
(2) Eoruind., t. 2, , obs. 80.
('^) Eph. N. C. , cent. 8, obs. 14.
DT: LHYDROPISrE ET DE LA TYMPANITE. I^Q
« toussent pas, si le veiilre fait ses fonctions, si « l'urine est naturelle, si la masse de l'abdomen. « ne cède ni aux purgatifs ni aux diuréticjues, si « le mal tire son origine d'un accouchement diffî- « cile, d'une couche malheureuse, de la gestation « d'une mole, ou (Vuii avortement, et s'il n'existe « point de signes de cachexie, elles sont toujours « attaquées d'une hydropisie de l'ovaire appelée « enkystée ou cjstique, » Toutefois, si l'on etitend ces paroles d'un grand homme de manière à croire qu'elles n'ont été écrites pour aucune aulre hydropisie que pour celle de l'ovaire, vous concevez que ce qui a été exposé plus haut (i) et ce qui le sera plus bas relativement à quelques autres hydropisies, ne s'accorde pas avec elles.
Pour ce qui regarde d'ailleurs les signes de cette hydropisie, l'illustre Trew (2; dit à l'endroit où il rapporte une observation de cette affection qui lui est propie, que parmi ceux qui examinèrent l'abdomen de la femme pendant sa vie, les uns -prononcèrent que c était une hydropisie enkystée , mais les au très e^ doutèrent^ parce qu en pratiquant la percussion on n avait pas pu sentir la fluctuation assez manifestement. Ensuite il cherche lui même dans les cas oit V abdomen prend un r>olume contre nature^ et ou il est en même temps lourd et pesant ^ mais oïL la fluctuation ne peut pas se sentir assez
(2) Commerc. litt.^ a. 1734;, hebd. 44-
]8o TKEWTE-HUITIÈME LETTRE.
exactement en percutant le ventre ; il cherche, disje , s'il est permis de conclure de là que la maladie doit être appelée hydropisie de V ovaire plutôt quascite. D'un autre côté, le célèbre Targioni (i) qui a vu une hydropisie énorme de l'ovaire, et qui a écrit avec autant d'exactitude et d'érudition que qui que ce soit sur cette maladie, parle d'une dame qui la porta trente-quatre ans depuis le premier commencement jusqu'à la fin : à la vérité l'écoulement des menstrues fut excessif tant que l'âge le permit, elle fut tourmentée à la fin par de fréquens vomissemens, et par quelque difficulté de respirer quand elle montait, et elle maigrit considérablement dans la partie supérieure de son corps; mais du reste elle mangeait bien, elle put se tenir debout jusqu'à la dernière semaine de sa vie, se mouvoir comme elle voulait, et, ce qui est plus étonnant, se coucher sans en être incommodée sur l'un ou l'autre côté à volonté, ou en supination et la tête basse. Il rapporte que la même dame avait pendant sa vie et après sa mort^ un ventre que l'on trouvait rempli d'eau par le toucher, parce qu'en le frappant même légèrement avec une main et en plaçant l'autre main sur le côté opposé, on sentait la fluctuation, comme sur les ascitiques. Et cependant un sac remplissait toute la cavité du ventre, et ce sac était lui-même tellement rempli d'eau, qu'ayant à peine été lé-
(l) Prima raccolta d'osserv. med.
DE l'hYDUOPISJE ET DE LA. TYMPANITE. l8l
gèrement incisé, celle-ci s'échappa avec la plus grande impétuosité.
Faut-il attribuer cette différence à ce que sur la femme de Trew l'eau était séparée en plusieurs cellules, tandis que sur la dame de Targioni elle était renfermée dans une seule cavité, de telle sorte que rien ne s'opposait à ce que la fluctuation se propageât? Je le ferais peut-être, et cette considération ne serait pas sans quelque utilité pour le traitement comme je l'indiquerai dans la suite (i), si Camérarius le père n'ayant pu sentir aucune fluctuation comme il a été dit plus haut (2), avait fait quelque mention de cellules en parlant de son grand sac. Vous ferez vous-même des recherches avec plus de soin à ce sujet, soit dans les auteurs que j'ai nommés , soit aussi dans ceux que j'ai sans doute omis (3), et parmi lesquels il vous faudrait surtout consulter Bénévoîi (4), s'il avait pu décrire les autres objets avec la même exactitude qu'il a mise dans la description du sac formé par une expansion de l'ovaire.
65. Jusqu'ici j'ai cité des observations qu'il faut rapporter sans aucun doute à l'hydropisie de l'ovaire. Maintenant j'en indiquerai aussi, comme je l'ai promis, quelques-unes dans lesquelles vous
{?>) Vid. Epist. 65, n. 17.
(4) Osservaz. g.
douterez si la même chose est possible. Vous lirez deux histoires du célèbre J. M^rt. Brchni (i) daus lesc|nelles deux grands sacs remplis d'eau furent poriés. Fun peudant quatorze ans, et l'autre pendant deux ans; celui-ci érait t?'è s- étroitement attU' ché à la vessie nrinaire, et celui-là étant adhérent au fond de T utérus vers le côté gauche , et paraissait avoir commencé à se former à cet endroit au moyen de divers conduits et canaux. Comme il lï'est fait aucune mention des ovaires ni des trompes, de même que dans une histoire publiée il y a trentecinq ans dans deux villes voisines de celle-ci relativement à une hydropisie renfermée dans l'utérus, lors cependant que ce viscère ne contenait pas d'eau, comme il aurait dû en contenir, et de même surtout que dans une observation de Heur. A!b. Nicolaï (2) (comme vous pouvez le voir) où un grand kyste distendu par de l'eau s'élevait du côté gauche du fond de l'utérus jusqu'au diaphragme; il est nécessaire que je reste encore ici dans le doute, quoique je n'ignore pas que Riedliu (3) a pensé non sans raison que Chydropisie qu'on nomme utéiine a la plupart du temps son ojigine et son siège dans les ovaires , d'oit se forment ces sacs qui sont souvent si grands , qui contiennent une quantité d'eau si remarquable^ et qui couvrent
(1) Act N. C. , t. 6, obs. 94.
(2) Dec. obs. illust. anat. , obs. g.
(3) Obs. 56, cit. ad n. 64.
DE LIIYDROPISIE ET DE LA. 1 YMPAINITE. i8j
les intestins. Du reste, Du verney le jeune (i) a vu aussi deux grands kystes de cette espèce qui étaient nés du côté gauche de l'utérus et qui embrassaient l'ovaire; mais sur l'une des femmes ce dernier n'était pas dilaté, à ce qu'il dit, et il se trouvait renfermé dans l'intérieur d'un autre kyste plus petit, tandis que sur l'autre il était bien dilaté, mais cette dilatation n'était rien en comparaison de la grosseur du kyste dans lequel il était contenu. J'aurais peut-être conjecturé que la tunique externe des ovaires dilatée par l'eau avait formé ces grands kystes, s'il n'avait pas dit qu'ils étaient nés du côté de l'utérus.
Ç)^. Il existe aussi des exemples de l'hydropisie de la trompe de Faliopia, dont les uns sont également certains, et les autres douteux. Je mets au nombre des exemples certains celui que les éditeurs (2) de la Bibliothèque Anatoniique reçurent de Munnick et qu'ils ont publié. En effet il suffit de jeter les yeux sur le dessin pour comprendre que la trompe droite s'était dilatée eile-méme pour contenir cent douze livres d'eau; or cette maladie tourmenta une malheureuse fille pendant dix-huit ans. L'hydropisie de la trompe que Siboldus a décrite était à peu près égale à celle-là; mais celle dontCyprianus a rapporté l'histoire était plus considérable, autant que je puis le voir d'après les
(i) Mém. de l'Acad. Roy. des Se, a. 1703. (2; Cit. suprà^ ad n. Sg.
l84 TIlIiNTE-HUl TIÈME L]iTTRE.
Actes des Erudits de Leipskk (i); car je ji'avais entre les mains aucune de ces deux observations lorsque j'écrivais ceci. Je ne doute pas d'ailleurs qu'une hydropisie des cornes de Futérus n'eût réelîemenl son siège dans les trompes, lorsque je regarde le dessin deTuipius (2), auteur de la description , lequel dessin, ainsi que celui de Munnick et les autres, manquent dans le Sepulchretum. Et plut à Dieu que Sponius dont j'ai cité plus haut (3) l'observation , eût joint un dessin à son histoire ! il aurait levé pour moi un doute que la description ne peut pas lever. Il regarde lui-même son sac comme une dilatation de la trompe, et il écrit que la trompe qui embrassait l'ovaire s'était portée T espace cVun demi-pied plus haut que ne V exigeait sa situation naturelle ^ attendu que le sac parvenait jusqu'au cartilage xiphoïde. Mais la trompe a coutume de se porter plus loin que dans l'état naturel sur la face du sac, non pas lorsqu'elle est ellemême le siège de l'hydropisie, mais lorsque c'est une autre partie voisine, par exemple l'ovaire, comme Duverney (4) l'a vu, comme Targioni (5) l'a observé assez bien, et comme Schacher (6) et
(1) A. i685, m. aprilis, et a. 1701, m. febr.
(2) Obs. med. ^ 1. 4> c. 45.
(4) Cit. suprà, ad n. 64. (5; Ihid,
{%)Jbid,
DE l'hYDROPISIE ET DE LA TYMPANITE. l85
Maggius et Dodius (i) l'ont dessiné. Ainsi comme Sponius dit que Tovaire n'était nullement hydropique, et qu'il se plaint de ce que le chirurgien imprudent incisa avec trop de précipitation le péritoine en même temps que les muscles, j'ai cru (a) que cette hydropisie pouvait être mise au nombre des autres exemples de l'hydropisie de cette membrane. Que si vous voyez la chose autrement, de telle sorte que vous retranchiez de l'endroit cité cet exemple et quelque autre , ce à quoi je ne m'oppose pas, il en restera encore assez.
Mais à quoi rapporterons-nous enfin l'observation de Rolfinck (3) qui trouva le ligament gauche supérieur de l'utérus tellement distendu par de l'eau , c\u il occupait toute la cavité du ventre ? Croirons-nous qu'un anatomiste exercé, comme lui, n'aurait pas reconnu une dilatation de l'ovaire ou de la trompe attachés à ce ligament, s'il l'eût vue? Est-ce que outre les autres hydropisies voisines de ce même ligament, nous en admettrons encore une particulière à lui et formée par de l'eau accumulée entre ses deux membranes? Il vit cela sur une femme, qui, bien que son abdomen eût pris un grand développement et que ses menstrues fussent déjà supprimées depuis trois ans entiers, conservait cependant tout son appétit et remplis-
(i) Cit. suprà;, ad n. 64.
(3) Sepulchr. ,seçt. hâc 21, obs. 61 et 55, J. 24.
l86 TRENTE-HUITIÈME LETTRE.
sait ses devoirs domestiques, quoiqu'avec peine, jusqu'à ce qu'elle mourut subitement, comme l'une des deux femmes de Brehm (i) qui toutefois avait le cœur très-volumineux, et comme la dame de Targioni; car sur tant d'exemples de maladies de cette espèce que j'ai cités, je ne me souviens pour le moment que de ces trois femmes qui moururent inopinément.
67. Maintenant si vous recueillez avec un esprit attentif les signes que j'ai indiqués de temps en temps en passant en revue les observations de presque chacune de ces hydropisies, vous remarquerez facilement combien ils s'accordent entre eux et avec ceux de l'hydropisie du péritoine, et vous comprendrez que si la grande masse du ventre a déjà duré pendant long-temps (Duverney le jeune (2) exigeait plus de deux ans depuis son premier commencement), si la tumeur a augmenté peu à peu , comme sur les femmes enceintes, sans causer beaucoup d'incommodités, et sans aucun ou du moins sans un grand changement de couleur à la peau, si les remèdes purgatifs et diurétiques n'ont point apporté de soulagement, et si les membres inférieurs ne se sont tuméfiés que dans les derniers temps; vous comprendrez, dis-je, si toutes ces circonstances ont eu lieu, que la f^mme est attaquée presque toujours non pas d'une ascite, mais
(i) Cit. snprà^ n. 65.
(2) Cit. ibld.
DE L HYDROPISTE ET DE LA TYMPANTTE. I 87
de quelque hydropisie enkystée, sans qu'il soit nécessaire néanmoins qu'elle ne soit pas attaquée de celle-ci lorsque quelqu'un de ces caractères aura manqué. En effet, il y a eu aussi des femmes qui se plaignaient, par exemple, de douleurs intérieures du ventre, parce que les viscères, et surtout les intestins, étaient pressés par le poids et la distension du sac voisin qui était plus adhérent ou plus saillant dans un certain endroit; ce qui, comme vous le concevez, a lieu dans l'hydropisie de l'ovaire ou de quelque partie semblable, plutôt que dans celle du péritoine. 11 peut également y en avoir quelques-unes, ruais c'est beaucoup plus rare, qui éprouvent quelque soulagement de l'administration des médicamens, si par liasard ceuxci évacuent l'eau, non pas celle qui est enfermée dans le kyste, mais celle qui est épanchée dans la cavité du ventre; car Duverney déjà cité a noté que cet épanchement existe aussi quelquefois , mais presque toujours d'une manière peu abondanle, qu'il survient lorsque le kyste ne peut pas contenir une pliis grande quantité d'eau, et que c'est pour cela que les membres inférieurs ne se tuméfient que fort tard, comme il a été dit.
Quant aux signes propres à faire distinguer l'une de l'autre les hydropisies en question, vous comprenez vous-même que vous ne pouvez rien attendre de moi à ce sujet; car tel est le voisinage des ovaires et des trompes, ainsi que des ligamens qui les unissent , et telle est la nécessité des fonc-
î88 TRENTE-HUITIEME LETTRE.
lions de toutes ces parties pour Facte de la génération, qu'on ne peut point déduire du siège de .la tumeur, ni de l'inaptitude de la femme à engendrer, quelle est celle qui est hydropique. Bien plus, quoique la femme conçoive pendant ce temps là, comment croirez-vous que ces parties ne sont pas affectées, puisque vous savez qu'il suffît pour la conception qu'elles soient saines d'un côté ? Néanmoins vous conjecturerez que quelqu'une d'entre elles, surto^it l'ovaire (ce qui a lieu le plus souvent), peut être tuméfié lorsque le commencement de la tumeur s'est manifesté à leur siège. Je dis que cela est possible; car la tumeur peut même être là, sans pour cela exister dans ces parties. Il faut prendre garde aussi alors que la tumeur ne soit peut-être d'une autre espèce, comme dans le cas où Gandolphe (i) remarqua que l'un et l'autre ovaire égalaient la grosseur d'une tête et dépassaient le poids de cinq livres, et qu'ils étaient composés partout d'une seule et même substance, et comme dans celui où il vit sur une autre femme le même genre de maladie dans l'un des ovaires qui pesait environ quatorze livres.
Mais on rencontre encore assez souventau même endroit des tumeurs d'une autre espèce, surtout des stéatomes (tel est celui qui s'est offert (2)
(i) Hist. de l'Acad. Roy. des Se, ann. 1707, obs. anal. 4' (2) Supràj n. 34.
DE l'hYDROPISIE ET DE LA TYMPANITE. 1 89
aussi à mon observation), qui simulent quelquefois l'hydropisie de l'ovaire d'après l'avertissement de Schacher (i). Toutefois en examinant avec attention et habileté toutes les circonstances antérieures et concomiltantes, vous soupçonnerez que latumeur est plus facilement hydropique lorsque l'état du corps, du régime et de la maladie a été ou est propre à disposer les femmes aux hydropisies. Quant à la manière dont vous devez conjecturer que l'eau est plutôt accumulée entre les muscles et le péritoine que dans l'intérieur de celui-ci, j'ai tâché de l'indiquer plus haut (2), autant que cela est possible dans des maladies de cette espèce; et si en attendant je trouve dans mes lectures, ou si j'imagine dans mes méditations quelque chose pour distinguer les autres hydropisies, au moins par une légère conjecture, je ne l'omettrai pas dans la prochaine Lettre. (3)
68. Que s'il est difficile de distinguer les hydropisies que j'ai citées, il l'est beaucoup plus de les guérir parfaitement. Et ne dites pas que la nature a montré elle-même le moyen d'y parvenir, par la raison que la femme dont parle Brehm (4) recouvra la santé après l'évacuation de l'humeur qui s'opéra tous les deux jours par un petit trou , comme
(i) Diss. suprà^ ad n, 64 cit., §. i3.
(4) Cit. suprà, ad n. 69.
igO TRENTE -HUITIEME LETTRE.
je l'ai déjà dit. En effet , cette hydropisie paraît avoir été une hydropisie dn péritoine, comme Tétait en effet celle dans laquelle d'après le rapport d'Anhorne (i) la nature tenta le même moyen, d'abord avec avantage, mais ensuite sans succès. Mais moi , qui ai parlé plus haut du traitement de l'hydropisie du péritoine, je fais des recherches ici sur celui des hydropisies qui étant enfermées dans un sac , sont contenues dans la cavité du ventre. Or, il est certain que Duverney le jeune (^.) , chirurgien aussi exercé qu'aucun autre à pratiquer la paracentèse, nie positivement avoir vu guérir aucune femme qui fût attaquée d'une hydropisie enkystée; il dit même que plusieurs qui étaient bien portantes et qui n'éprouvaient d'autre incommodité que celle de la pesanteur du ventre, ayant voulu être délivrées de cette pesanteur par Tévacuation de l'eau, périrent bientôt après, tandis que sans cela elles auraient vécu long-temps, et même quelquefois très-long-temps, comme le prouvent les nombreux exemples qui ont été cités. Mais d'autres auteurs ont observé en outre dans différens endroits, que la paracentèse avait été prompteraent suivie de la mort dans ces maladies. Et cela n'est pas étonnant; car rien n'est plus fréquent que de voir de l'air pénétrer jusqu'à l'eau, qui déjà n'est pas d'une bonne nature par
(i) Cit. sLiprà, ad n. 69.
(2) Cit. ad n. 65.
DK LHYDROPJSIE ET DE LA^ TYMPANITE. I9I
elle-même, comme l'indique sa couleur qui est brune la plupart du temps , ou bien jusqu'aux parties du sac qui sont déjà relâchées, viciées et ulcérées, et produire des cbangemens promptement funestes. En effet, c'est principalement pour cela que quoique les malades se croient et paraissent aux autres considérablement soulagées au premier abord, cependant l'eau qui à la première évacuation n'était pas d'une très-mauvaise nature, se trouve lorsqu'on l'évacué une seconde ou une troisième fois ou qu'elle s'écoule ensuite, verte, ou noire, ou trouble et féculente, ou sanguinolente, ou très-fétide, et enfin non sans pus, comme vous le reconnaîtrez facilement en lisant les observations du chirurgien cité sur une femme et sur une fille âgées l'une de trente ans et l'autre de soixante, ainsi qu'une histoire de Riedlin (i) et deux d'Anhorme (2) sur trois femmes.
Que croyez-vous qu'il doive arriver, lorsque l'eau est déjà purulente ou fédide par elle-même ? Tulpius (3) vit dans les trompes neuf livres d'eau et de pus. Maggius et Dodius (4) trouvèrent une humeur fétide dans l'ovaire. Que sera-ce^ si la face interne du sac est pleine d'abcès, comme Duverney l'observa? D'ailleurs quand même l'eau ne
(i) Eph. N. C, cent. 5, obs. 67,
(2) Eoriimd. cent, g, obs. loo^ n. 3 et 4.
(3) Cit. ad n. 66.
(4) Ad n. 64.
ig2 TRENTE-HUITIÈME LETTRE.
serait ni purulente, ni fétide, et ]e sac sans abcès, il est certain que le plus souvent il y a à l'intérieur ou bien des hydatides attachées, ou bien de l'eau ou une autre matière séparée en plusieurs sacs plus petits; d'où il arrive que Feau étant évacuée d'un côté, l'abdomen n@ se désenfle pas de l'autre, ou que son écoulement cesse bientôt, et que le chirurgien sent un obstacle s'il pousse la canule. Que faut-il faire alors, je vous prie? faut-il ouvrir chaque sac en particulier? Trew^ (i) eut à ouvrir plus de dix fois des cloisons membraneuses de sacs plus petits, pour évacuer toute l'eau d'un sac plus grand qui les contenait tous. Est-ce qu'il est permis de faire pendant la vie pour le traitement ce que l'on fait après la mort pour l'examen? et si cela était permis, quelqu'un pourrait il voir dans la cavité cachée du ventre les plus petits sacs et les ouvrir chacun en particulier, sans blesser en même temps aucun intestin ni aucune partie voisine? Qu'arriverait-il, s'il y avait une infinité d'bydatides , comme je disais qu'il y en a souvent? Qu'arriverait-il, si toutes les cellules ne contenaient pas de l'eau, et que les unes renfermassent une matière semblable à du fromage ou à de la bouillie, comme dans une observation de Miegius (2)? Qu'arriverait-il, s'il y avait en outre un grand squirrhe, tel que celui que Duverney ob-