‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 3)Chapitre 14 sur 44 · chapitre précédent (i). Moi, dit-il, /'ai appris par · texte numérisé non relu

chapitre précédent (i). Moi, dit-il, /'ai appris par

expérience que celles dont la face est d'une couleur

agréable et rosée , qui mangent assez bien, boivent ^

déchargent leur ventre, urinent sans un malaise

notable, et dont les corps ne cèdent pas beaucoup

aux purgatifs, aux diurétiques et aux diaphoré-

tiques; que celles-là , dis-je^ sont attaquées ordinai*

rement d'une affection hydropique de l'utérus , des

trompes ou des ovaires , et que Veau renfermée dans

un petit sac ne peut être chassée par aucuns moyens ,

(i) 8, adenogr.

l6o TREHTE-nUITIEME LETTRE,

parmi lesquels il compte aussi ceux de la chirurgie. Quant aux autres signes dont il ne parle pas, vous voyez facilement en prenant la raison elle-même pour guide, qu'ils peuvent aussi être communs à l'hydropisie de ces parties et à celle du péritoine.

En conséquence, voyons les symptômes restans de rhydropisie du péritoine; car il en^st qui s'acquièrent par l'examen et par le toucher de l'abdomen. Certes ce serait un signe très-facile celui que je me souviens d'avoir lu, et qui a été proposé par un homme célèbre ; je veux parler de cette élévation de l'abdomen , qui est toujours très-petite aux environs de l'ombilic dans cette hydropisie, parce que le péritoine ne peut pas se séparer à cet endroit des tendons des muscles. Mais ce symptôme paraît s'être offert autrement à Hoechst^tler(i), à Drelincourt (2), et à Nuck (3), dont le premier vit dans cette maladie l'ombilic étendu et tout-à-fait dilaté, le second déjeté en avant ^ et le troisième tellement i-^/Z/^/z^, qu'il dépassait faci^ lement la grosseur du poing. Que sera-ce , si sur u ne femme de la campagne dont Brehm (4) a donné la description , l'ombilic non-seulement formait une saillie de la grosseur d'un œuf d'oie, mais encore

(1) Cit. ad n. 47.

(2) Ad n. 5o.

(3) Ibid.

(4) Acl. N. C, tom.8, obs. 79.

DTÎ LHYDUOPISIK ET DE LA TYMPAIVÎTr:. l6l

se rompit spontanément et répandit tous les deux jours par un petit trou, une telle quantité de sérosité limpide inodore, que la grande tuméfaction du ventre s'étaiU dissipée complètement la malade guérit? Toutefois comme il paraît seulement y^/^/^ vraisemblable à Tauteur que cette hydropisie appartenait au péritoine, il est convenable que je rapporte ici un exemple plus certain , et confirmé par l'anatomie, comme je le fais presque toujours; ce sera celui du célèbre Anhorne. (i)

L'ombilic ayant formé une saillie de la grosseur du poing sur un jeune bomme que Ton croyait d'autant plus facilement ascitique, qu'il avait été affecté d'une anasarque plus d'une fois auparavant, se rompit de lui-même et répandit beaucoup de sérosité, au poitit que la sauté du sujet paraissait déjà rétablie; l'humeur s'élant accumulée de nouveau deux mois après, Tombilic devint saillant et la répandit; ensuite la tuméfaction qui s'était dissipée deux fois, disterulit Fabdomen pour la troisième, mais le malade étant déjà dans la consomption, le liquide évacué de la même manière ne fut d'aucun secours contre îa mort. La dissection ne fit point découvrir de sérosité dans la cavité.du ventre; mais tout ce qu'il erï testait, l'auteur le trouva dans la dupllcature du péritoine ^ où il vit aussi sa source, ceai-k-àïve plusieurs petits tubes lymphatiques , ou de petits nœuds glanduleux ^

(i) Eph. N. Cf cent. 9, obs. 100, n. 2.

162 TREFTE-PIUITIEME LETTRE.

qui à la -pression rèpcuidaient une humeur limpide. J'ai rapporté ceci avec de longs détails, parce que cet exemple d'hydropisie du péritoine est le seul qu'il m'ait été possible de trouver jusqu'ici sur le sexe masculin. En effet, relativement à ce que vous pourriez peut-être vous imaginer en lisant le cas d'un homme illustre (1) dont le ventre s'était tuméfié au déclin d'une fièvre et d'une grande colique, et se désenfla lorsque l'ombilic, qui était déjà saillant auparavant, se rompit spontanément et répandit trente livres et beaucoup plus d'un pus véritable et très -fétide ^ dont il s'écoula ensuite aussi une assez grande quantité par une fistule de l'ombilic qui resta avec deux squirxhes comme glanduleux situés à côté de celui-ci ; relativement;, dis-je, à ce que vous pourriez peutêtre soupçonner que ce cas doit être rapporté à une hydropisie du péritoine, je voudrais que vous considérassiez d'abord combien s'éloignerait de votre soupçon l'opinion d'un médecin extrêmement habile, quoiqu'il ait avancé le fait comme un problème y et ensuite que quand même une matière morbide se serait transportée, ou, si vous l'aimez mieux, se serait accumulée dans l'endroit même où cette hydropisie se forme, cette matière n'était pas de la sérosité dans quelqu'une de ses parties, mais était du pus véritable dans sa totalité.

(1) Commerc. litt. , a. 1785, liebd. 3/, n. 2.

DE LKYDROPiSFK ÏT DE LA TYMPAJYITE. l63

Quant à moi, je n'ai même pas osé cotnpler plus haut parmi les histoires des hydropisies du péritoine iine observation singulière de Gabriel (i) sur une femme, quoique cet auteur ait trouvé une quantité presque incroyable d'eau non pas dans la cavité du ventre , mais entre le péritoine et les muscles ; car il ne me semblait pas qu'elle eût été sécrétée à cet endroit, attendu que quelques médicamens hydragogues purent en évacuer une telle quantité dans l'espace de trois jours, que le ventre énormément tuméfié s'affaissa totalement; ce qui n'a pas lieu dans cette espèce d'hydropisie, comme il a été dit plus haut (2). £t effectivement, comme Thydropisie s'était développée sur cette femme après une inflammation de la rate, ce viscère fut le seul de tous qui fut trouvé en mauvais état; car il présentait quelques sinus ulcéreux qui formaient au moyen de membranes intermédiaires un petit canal, à travers lequel la sérosité passait de la rate entre le péritoine et les muscles de V abdomen.

Mais, pour revenir au symptôme tiré de l'affaissement de l'ombilic et des parties environnantes les plus proches , j'aimerais mieux croire avec Respinger (3) que j'ai déjà cité et dont l'observation est également contraire à ce signe, que lorsqu'il

(1) Eph. N. C ;, dec. 3, a. 5 et 6^ obs. 279,

(2) N, 58 in fin.

(3) Cit. ad n. 5o.

a été proposé on avait vu qiieîques cas dans lesquels ou ia maladie n'était pas encore avancée, ou du moins Teau se trouvait en petite quantité. De là vous pouvez concevoir que quand même on ne pourrait pas objecter à ce symptôme ce qui lui a été objecté un peu plus haut, il serait cependant inutile, tant que l'hydropisie du péritoine ne s'étendrait pas jusqu'à la région de l'ombilic et même alors, pour distinguer ces autres hydropisies enkystées qui ne sont point situées entre les muscles et le péritoine, de celle dont je parle.

Je crains aussi cette insuffisance pour d'autres signes de la même hydropisie , qui ont été proposés par des hommes du reste très-savans. Ces signes, les voici : la conservation à peu près de la même forme du ventre, quoique ia position du corps change; une circonscription particulière de la tumeur; l'existence de quelque endroit du ventre où l'on ne sente aucun coup, ni aucune fluctuation, si l'on frappe sur le côté opposé. Mais, pour commencer par ce dernier symptôme, et pour passer sous silence que Nuck (i) a placé parmi les signes ou du moins parmi les signes favorables de cette maladie une fluctuation presque nulle que le malade sent, Hoechstetter (2) a noté à la fin de la scholie dans l'histoire de sa malade, que la grande masse du ventre rendit à la vérité un son à la

(i) Cit. ad n. 5o.

(2) Ad n. 47.

DE l'hYDROPISîE ET Di: LA. TYMPANITE. l65

percussion comme un tambour, mais que la fluctuation de Veau ne iwX. jamais sentie, et Camérarius le père (i) a écrit que même après la mort de la femme (c'est-à-dire lorsqu'on peut manier le ventre plus librement et le percuter plus fort), l'abdomen ne parut pas contenir quelque chose qui fût plutôt liquide que solide, par la raison qu'o/2 ne pouvait sentir aucune fluctuation. Ainsi ce troisième signe ne sera utile que lorsqu'il sera possible de remarquer la fluctuation.

Quant au second symptôme tiré de la circonscription particulière de la tumeur, il ne pourra point servir lorsque cette hydropisie distendra tout l'abdomen, au point que le ventre soit assez également tuméfié , d'après l'expression du même Camérarius, ou qu'il soit égal, non pointu , et qu'il ne présente çà et là aucunes petites élévations , comme Drelincourt (2) l'a vu. D'ailleurs lorsque la tumeur sera circonscrite dans une certaine région, on ne verra point assez pour cela lorsqu'elle occupera les parties inférieures, si elle dépend d'une hydropisie, et si, dépendant d'urne hydropisie, elle appartient au péritoine, ou aux parties dont Nuck parlait; quoique cette observation de Munnick publiée dans la Bibliothèque Analomique {y) fasse voir suffisamment combien l'hydro-

(i) Ad n. 5o.

\i)IbicL

(3) Tom. i^ in adnot. ad Graaf. de Mulier. org. ubi de oviduct.

ï66 TRE1VT&-HUITIÈME LETTRE.

pisie même de l'une des trompes peut s'étendre quelquefois en hauteur et en largeur.

Enfin , pour ce qui regarde le premier signe, il sera peut-être utile lorsque la quantité d'eau retenue par le péritoine sera encore peu considérable. Mais lorsqu'elle aura augmenté au point que le ventre soit pendant jusqu'au milieu des cuisses, comme vous le voyez dans le dessin de Meekren (i), ou presque jusqu'aux genoux, comme dans le cas décrit par Helwig (2), et même qu'il couvre d'une part les jambes, et de l'autre toute la poitrine, comme Palfyn (3) le rapporte; il n'est certainement pas croyable alors que la forme du ventre ne change pas, si la position du corps change.

Quant aux autres symptômes que l'on ajoute à ceux-là, et qu'il faut chercher au moyen d'un stylet, ou du toucher, ou des injections, après que l'eau a été évacuée par le chirurgien, outre qu'ils sont tardifs, ils sont aussi d'une telle nature qu'ils différencient bien cette maladie de l'ascite, mais non pas de ces autres genres dhydropisie.

60. Gardez-vous de croire que je désapprouve les symptômes que j'ai examinés jusqu'ici. En effet, je n'ai excepté que les cas oii la plupart pourraient être inutiles. Or il arrivera difficilement qu'ils soient tous inutiles dans la plupart des cas, sur-

(i) Cit. ad n. 49.

{2^ Ad n. 5o.

(3) Ibicl,

DE l'hYDROPISIE ET DE LA TYMPANITE. I 67

tout si Ton examine .ivec beaucoup d'attention les premiers temps de la maladie, et si l'on considère avec soin quel était alors l'éJat des choses, par exemple si la tumeur avait commencé à l'épigastre, ou si, ayant commencé à Fhypogastre, elle était néanmoins immobile peiadanl que la femme se tournait d'un côté sur l'autre quand elle était couchée, et ne donnait point lieu, quand elle élait debout, à un sentiment de poids interne à la région du pubis, ou à une difficulté d'uriner; quoique dans les progrès de la maladie il puisse aussi exister des indices qui nous fassent croire que certaines parties ne sont pas le siège de l'affection , comme l'utérus si les menstrues continuent à revenir régulièrement, ou qui nous fassent conjecturer que ce viscère, les trompes et les ovaires ne sont point affectés d'une tumeur hydropique ou autre, comme quand la femme n'éprouve rien de ce que j'ai dit tout à l'heure.

En un mot, il faut louer l'intention et l'esprit de ceux qui nous ont les premiers indiqué les symptômes des maladies. Cependant c'est à nous de voir, après avoir rassemblé plus d'histoires de maladies et de dissections qu'ils n'ont pu en rassembler eux-mêmes, de quel signe nous pouvons nous servir avec plus de sûreté, et quand nous le pouvons, et de quel signe au contraire nous ne pouvons nous servir qu'avec moins de sûreté et lion sans danger de nous îromoer.

6i. De même dans le traitement de celte hy-

i68 TRENTE-nUTTiÈME LETTRE.

dropisie, cest à dire de l'hydropisie du péritoine ( pour eu dire aussi quelque chose, coumie je l'ai promis) , que pouvaient faire de mieux Tulpius ( i) et Meekren (9) , que de louer uniquement contre elle, après avoir examiné par l'anatomie la nature et le siège de cette maladie, la paracentèse recommandée par A^alœus et Coster pendant la vie de la femme? C'est qu'ils voyaient d'une part que tous les antres remètles étaient inutiles, et de l'autre que cette opération pouvait être pratiquée et plus promptement et plus sûrement, attendu que les viscères sont entièrement séparés de l'eau, et par conséquent conservent leur intégrité, à laquelle on doit sans aucun doute rapporter la vigueur du corps et la conservation de ses fonctions, qui se maintiennent furt long- temps dans cette bydropisie, comme je Tai dit Ç^). C'est par les mêmes raisons que d'autres médecins et chirurgiens ont adopté !a même opinion, surtout Nuck (4), q»^*! ne doute pas que les conduits de la lymphe rompus ne se ferment une seconde fois après l'évacuation de l'eau, parce qu'ils sont comprimés entre les muscles de l'abdomen qui se contractent, et les lames du péritoine; ce qui n'aurait nullement lieu dans l'ascite produite par la rupture de vais-

(i) Cit. ad n. 49.

(2) 7/jic/.

(4; Cit. ad n. 5o.

DE l'iIYDROPJSIE ET DE LA TYMPANITE. 1 69

seaux lymphatiques. Cet auteur rapporte aussi deux guérisons de Fhydropisie du péritoine, opérées de cette manière , Tune par son ami , et l'autre, qu'il jugea appartenir à ce sujet, par Th. Barlholin ; et à ces faits il en aurait ajouté d'autres, s'ils eussent existé alors, comme celui où le célèbre Deguer (i) guérit la partie droite inférieure de l'abdomen, et surtout celui où la nature opéra ellemême la guérison de tout l'abdomen d'après le rapport de Brehm (2) déjà cité; dans le premier de ces cas le liquide évacué était de l'eau claire, et dans le second c'était une sérosité limpide et inodore.

Mais après qu'on eut remarqué que le sac du péritoine ne se comportait pas toujours comme Tulpius et Meekren le virent, et qu'il y avait quelquefois des tumeurs, des abcès et des ulcères, de telle sorte que l'on pouvait bien en retirer l'eau, mais non point dessécher les sources de ce liquide et d«j pus (ce qui fut cause qu'une dauie dont Littre (3) parle, et une femme dont Laubius (4) ^«^^^ mention , ne purent point être sauvées, bien qu'on eût évacué l'eau treize fois en deux mois sur la première, et seize fois en dix mois sur la seconde, de manière que la totalité du liquide sur celle-ci,

(i) Act. N. C. , tom. 5, obs. 2.

(2) Vid. suprà , n. 69.

(3) Cit. ad n. 5o.

(4J IbicL

fut de plus de sept cent vingt livres); dès lors ce moyen de guérison ne parut point avec raison dans tous les cas aussi prompt et aussi sûr qu'on l'avait cru d'abord. Je ne doute pas que vous ne trouviez ceci d'autant plus juste, que j'ai rapporté un plus grand nombre d'observations, même des temps antérieurs , dans lesquelles ces lésions du péritoine ne manquaient pas.

Ainsi, outre les femmes pour lesquelles seulement Tulpius avait fait une exception, savoir celles dont les forces étaient déjà abattues, et outre celles que Nuck avait exclues ensuite pour différentes causes , mais qui doivent être rapportées presque toutes au même chef, Littre a bien fait et a fait sagement en en ajoutant encore d'autres à celles-là, et en avertissant avec quelle crainte d'une terminaison malheureuse nous entreprendrons le traitement non-seulement sur celles chez lesquelles la maladie est extrêmement invétérée et étendue, mais encore sur celles chez lesquelles l'eau évacuée est épaisse, fétide et de mauvaise couleur, et chez lesquelles on sent après l'évacuation de l'eau, dans une partie du sac du péritoine, quelque tumeur ou quelque dureté. Ce dernier signe fut manifeste dans la suite sur la femme de Laubius, qui présenta aussi une autre circonstance qu'il faut ajouter à ceci, savoir qu'une ponction ayant été faite au côté droit il ne s'en écoula que du pus, tancïis qu'il sortit de l'eau par l'autre côté où la ponction avait été pratiquée en même

DE LHYDKOPISIE ET DE LA TYMPAîîITE. I7I

temps. Toutefois ces derniers signes sont relatifs à la connaissance antérieure non pas de l'issue du traitement à entreprendre, mais de celle du traitement déjà entrepris.

62. Mais avant que vous n'entrepreniez ce traitement, je désire que vous vous informiez avec soin s'il existait auparavant quelque dureté ou quelque tumeur, que la grande distension de l'abdomen cacherait actuellement, et de plus si une douleur (je ne parle pas de celle que produit la distension elle-même, mais de celle d'une sensation ulcéreuse, indice d'une érosion) tourmente la malade, ou du moins est excitée dans quelque partie de l'abdomen quand on la presse fortement. Je n'ignore pas avec quel bonheur Chomel (i) réussit même dans le cas d'une grande suppuration et d'une certaine érosion, quoique toutes les d^ux fussent récentes , ni ce que Littre (i) propose contre ces ulcères, savoir d'abord des injections, puis des compressions méthodiques et des bandages, et ce qu'il recommande même contre les tumeurs, c'est à-dire des incisions faites de haut en bas, et ensuite leur traitement. Je sais aussi que dans le but de procurer du soulagement et non de guérir, Laubius (3) évacua l'eau dans un cas où il existait des tumeurs et du pus. Mais ici je vous parle,

(i) Ad n. 5o.

(2) Tbid.

(3) lèicl.

172 TREHTE- HUITIEME LETTRE.

non pas de poursuivre un traitement commeticé par la nature ou par l'art, mais de l'entreprendre librement et non sans un espoir raisonnable d'obtenir une guérison parfaite.

Ainsi vous éviterez, lorsque vous le pourrez, ces malades que j'indiquais en outre tout à l'heure. Mais il en est encore d'autres chez lesquelles les tumeurs ne sont pas entièrement cachées par l'abdomen distendu , soit que la quantité d'eau se trouve encore trop peu considérable, comme dans l'une des observations que j'ai rapportées (1) moimême, soit aussi qu'une humeur ou une autre matière quelconque trop épaisse soit contenue dans un sac non pas continu, mais partagé en plusieurs cavités, de telle sorte que les unes soient plus engorgées et les autres moins , telles qu'elles furent trouvées dans la dissection d'une sae^efemme, après sa mort, par Camérarius le fils (2), qui avait refusé avec prudence de pratiquer la paracentèse recommandée par un autre, parce qu'il avai t remarqué que V abdomen présentait une masse inégale et une résistance différente dans les dùffé-- 7'e/2^e^re^/o72^. Car qu'aurait pu faire cette opération dans ce cas, ou même dans celui que Gahrliep (3) avait décrit? En effet, une matière semblable à du gluten ou à du frai de grenouille ne s'écoule pas

(2) Act. N- Q. y tom. \y obs. 160.

(3) Cit. ad n. 5o.

DE l'hYDROPISÏE ET DE LA TYMPANïTE. I^S

par une ouverture fort large, ni à plus forte raison par un trou ordinaire; et si elle est ténue et même très-ténue, du moment qu'elle est séparée par plusieurs cloisons, comme dans ces deux observations, elle a beau sortir d'une cavité qu'on aura perforée, elle ne sort pas pour cela des autres, et voilà pourquoi il est nécessaire qu'il arrive ici ce que j'ai dit (i) avoir lieu dans Fascite, quand celle-ci est formée par des hydatides, lors même qu'elles sont unies entre elles. Comme je vois que ce cas est mis au nombre des différens genres d'ascite, je n'ai pas voulu passer ici sous silence cette hydropisie enkystée^ comme les observateurs l'ont appelée; car bien qu'elle diffère par la matière et par les cloisons de Thydropisie la plu-s fréquente du péritoine, cependant elle se développe sur cette membrane; et par la raison que ce cas est plus rare, je n'ai pas dû l'omettre ici, et j'ai même du en parler pour ce motif, afin que si par hasard on le rencontre , on ne le confonde pas imprudemment une autre fois avec Fascite, ou avec l'autre hydropisie de péritoine qui est plus connue.

63. Bien plus , je veux parler aussi avant de finir des autres hydropisies qu'on appelle également enkystées. Il en est quelques-unes qui s<rnt ainsi nommées par ceux qui les décrivent, et qui appartiennent cependant à Fhydropisie la plus fré-

quenîe du péritoine, comme celle sur laquelle une Dissertation a été publiée par le célèbre S.cbelfer (i), qui pense (2) comme moi à ce sujet: car une grande quantité de sérosité était accumulée dans la duplicature du péritoine^ et formait ainsi un grand sac, auquel était attaché un grand stéatome. Mais quelques autres hydropisies ne lui appartiennent pas, comme celle que décrit l'illustre Anhorne (3), et dans laquelle une quantité presque incroyable d'humeur était renfermée entre le péritoine et l'épiploon épaissi et endurci, sur une femme dont la face était fort colorée relativement à r extrême maigreur de son corps , et les pieds exempts de tuméfaction. Je n'omettrai pas de temps en temps des signes de cette espèce , non plus que d'autres, afin que vous puissiez les comparer avec mes doutes (4) énoncés plus haut. C'est ainsi également que Duverney le jeune (5) rapporte qu'une femme âg^ée d'environ trente ans, dont le ventre avait déjà commencé à se tuméfier sept ans auparavant, avait un bon teint, un bon appétit, tm bon sommeil, et était encore assez agile, lorsqu'étant morte après des évacuations d'une sérosité de différente nature, il vit à l'ouverture du

(1) Hist. li^^dr. saccati.

(3) Eph. N. C, cent. 9, obs. 100^ n. 7.

(5) Mém. de l'Acad. Roy. des Sc., a. 1708.

1)K L*HTDROPISIE ET DE LA TYMPANITE. 1^5

ventre un grand sac qui contenait plusieurs cellules, lesquelles ne communiquaient point entre elles, et dont chacune renfermait une matière particulière et différente des autres. Le même auteur disséqua aussi une ascitique, dans le ventre de laquelle il trouva en outre un grand kyste rempli d'une sérosité rougeâtre. Il existe aussi des hydropisies enkystées à l'égard desquelles on ne voit point assez d'après la description anatomique , si elles appartiennent à ces dernières , ou aux premières, comme vous le jugerez facilenient^près avoir lu ce qui est écrit relativement à un sac qu'on examina sur une fille (r) qui fut enlevée par une mort très- prompte, à la suite de l'évacuation de l'eau. .

64- Quoique je doive écrire quelque chose dans la Lettre suivante sur l'hydropisie des ovaires, cependant comme on la met aussi elle-même au nombre des hydropisies enkystées, j'en parlerai plutôt ici, de crainte d'être encore trop long ou pas assez clair dans cette Lettre, et vous réunirez facilement ce que j'en dirai à ce qu'il m'a fallu intercaler par anticipation (2) sur la même maladie. Il existe aussi des observations de cette affection dont les unes sont certaines, et les autres douteuses. Rapportons des exemples de l'une et de l'autre espèce, que vous pourrez réunir à ceux

(i) Eph. N. C, cent. 7, obs. 17.

du Sepulchretum. Ainsi, au nombre des observations certaines de cette hydropisie commençante ou peu avancée se trouvent celles qui ont élé recueillies par Camérarius îe fils (i), par Goetz (2), et par Maggius et Dodius (3). Le premier trouva dans un ovaire quatre onces d'humeur, le second trois livres, les derniers trois livres et demie; et ceux-ci (car les deux premiers n'avaient reçu aucun renseignement notable relatif aux sigîies qui appartiennent à ce sujet) apprirent eu prenant des informations, que la femme s'était plainte souvent d'un poids qu'elle sentait au bas-ventre, de telle sorte que ce poids tombait sur le côté sur lequel elle se couchait, et que si elle se tournait sur l'autre côté le poids s'y transportait. En outre, les femmes dont ont parlé Riedlin (4)> Vacher (5) etSacher (6), racontaient lorsqu'elles étaient déjà affectées d'un gonflement extraordinaire d'un ovaire et du ventre, la première que son abdomen avait commencé à se tuméfier au côté gauche dans le temps où néanmoins elle avait conçu et éîait heureusement accouchée, ayant conservé même à la fin de la maladie sa gaîlé et sa force, parce qu'il n'y avait

(1 ^ In obs. 160, cit. suprà , ad n. 62.

(2) Act. N. C. , t. 2 , obs. 207,

(3) Apud Valiisii, , Llor. délia Generazione, p. 3, c. 5, et tab. T3.

(4) Eph. N. C. , cent. 7 , obs. 56.

(5) Hist. de l'Acad. Roy. des Se. , a. 1739, obs. anat. 3. (6; Dibserl. de virgiu. ascitica, §. 10, i3, etc.

DE LllYDBOPISrE ET DE LA TYMPANITE. 1 77

absolument rien qui rihcommodât hors la tuméfaction du ventre; la seconde, qu'avant tout elle avait éprouvé de la douleur au côté gauche de l'hypogastre six ou sept ans auparavant; la troisième, que ses incommodités avaient commencé il y avait quelques années par une douleur du ventre qu'elle ne savait point expliquer, et qu'ensuite la tumeur ayant fait des progrès peu à peu, son poids tombait habituellement sur le côté qu'exigeait la position du corps. Ces deux dernières femmes, ainsi que la première, n'avaient retiré aucun soulagement des médicamens de toute espèce; mais elles n'avaient point, comme elle, éprouvé peu d'incommodités, surtout dans les derniers temps, puisqu'elles ne pouvaient prendre du repos dans le lit qu'en s'appuyant sur leurs genoux fléchis, le corps incliné en avant et la tête posée sur un oreiller étendu. Telle était aussi jusqu'à un certain point la position que Scheffer (î) dit avoir été nécessaire à sa femme pour prendre du repos; mais celle-ci était affectée d'une hydropisie du péritoine, et les trois dont je parle d'une hydropisie de l'ovaire gauche, lequel s'entrouvran l cà et là sur la troisième avait donné lieu en outre à une ascite, comme cela arriva sur cette veuve dont la description a été faite par Bassins (2), et

(i)Cit. n. 63.

(2) Dec. 4 9 ol^s. anat. 8.

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