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tions de Coscbwitz (i), et une deSchulze (2), dans anciine desquelles il ii'evSt fait mention de calculs de la vessie, tandis que dans toutes il est parlé de douleurs calculeuses; mais que dans les deux premières les reins étaient purulens et les uretères dilatées d'une manière étonnante, pendant que dans la troisième ces conduits non-seulement étaient dilatés , mais encore entortillés et formaient des circonvolutions nombreuses à l'instar des intestins grêles, telles à peu près que je les ai décrites sur un palefrenier (3); tant l'urine avait eu de force même pour allonger les uretères. Néanmoins les orifices de ces conduits faisaient voir que ce liquide n'avait pas reflué de la vessie en haut, puisqu'ils étaient bouchés tous les deux dans cette troisième observation, et que l'un l'était dans la première par de petits cailloux anguleux qui y étaient attachés, ou par de petits fragmens comme testacés, qui donnaient lieu par leurs pointes à une constrictlon spasmodique.
Quant à moi, je n'ai jamais nié qu'il n'arrive aussi quelquefois, et, si vous voulez, fort souvent, que les reins soient viciés et les uretères distendues de cette autre manière. Je dis même que si ce mode de lésion a précédé, ou que l'autre lui succède ensuite lorsque les calculs sont tombés dans la ves-
(1) Dis^ert. de valvul. in ureter.^ J. 5 et 7.
(2) Dissert, de vas. umbilical. , §. 6.
(3) Epist. 4, n. 19.
DE LA DYSURIi- l.T DE L ARDEUR DE l'uUIINE. 5/\J
sie, qu'ils l'obstruent et c[u'ils Ja picjuent, le vice des reins et des uretères augmentera d'autant plus par le reflux de l'urine purulente, que ce premier mode les aura affaiblis davantage auparavant.
Vous voyez donc très-bien ce qui doit retenir le lithotomiste prudent, qui est appelé pour faire l'extraction d'uii calcul après que le malade a éprouvé des incommodités longues et graves; ou si par hasard il est forcé quelquefois de faire l'opération par l'impatience de celui-ci, vous comprenez qu'il doit au moins annoncer d'avance ce qui peut rester d'incommodités et de danger, même après le succès de la taille. Si des calculs ^ dit Arétée (i), ont pj^oduit des ulcères dans les reins, d en résulte des maladies incurables , et il survient une prompte colliquation et la mort; toutefois Hippocrate (2) le devança en prononçant même en général sur la suppuration des reins, que cette maladie est grave, et que plusieurs sujets avaient été conduits par elle à une phthisie rénale; et non-seulement (3) que les lésions des reins et de la vessie se guérissent difficilement si la vieillesse s'y joint, mais encore (4) qu'// n avait pas vu des affections des reins guérir au-delà de cinquante ans.
Certes , je n'ignore pas ce que peut le hasard
(i) De sig. et caus. diLiturn. morb. , 1. 2 , c. 3 in fin.
(2) De intern affect. , n. 16.
(3) Sect. 6, aph.6.
(4) De morb. popular. ,1.6, secl, 7.
clans ces cas, comme dans la plupart des autres; car je me souviens qu'ici, en 1708, la cure d'un patricien de Venise âgé de plus de soixante ans qu'AJghisi désespéra de guérir pour plusieurs raisons qui n'étaient pas peu fondées , lut entreprise bientôt après par Termite J. Beauiieu , et réussit très beureuseraent , comme je l'écrivis autrefois longuement au célèbre Moraml dans une lettre que je lui adressai en réponse à ce qu'il m'avait demandé. J'ai lu d'ailleurs dans le Sepulchretum (i) que dans un autre cas l'opération fut accompagnée de beaucoup plus de danger dans les commencemens , et que l'issue ne fut cependant pas malheïireuse. Il y a aussi dans cet ouvrage (2) l'histoire d'une princesse, qui après avoir été tour^ mentée par des douleurs très-graves des reins avec pissement de sang et de pus, en fut délivrée ensuite, et qui après avoir enfin succombé à une autre maladie, présenta dans l'un des reins un petit calcul , aux environs duquel il s'était formé une cicatrice belle , saine et propre^ de la longueur d'un demi doigt. Bien plus, lisez l'observation de Bruniier sur un prince, que j'ai citée plus haut. Nonseulement vous comprendrez que ce traitement palliatif àoiïi j'ai dit plus haut (3) que Valsalva avait coutume de faire usage, avait été assez utile fc» ■ ■ ' '■■ ''" ■ ' "■ ' ' ■■ "■ ' ■ ■-»
(1) Sect. super aS, obs. 4, 5- i5.
(2) Sect. 22, obs. 26, §. 8.
DE LA DY&URIE ET DE l'aRDIîUR DE LURINE. ^49
à ce prince pour que Brunner ait écrit non sans raison une chose dont il serait à désirer que les lithotomistes se souvinssent dans les cas dangereux, donc la lithotomie ne sera pas toujours ahso^ lument nécessaire dans le calcul de la vessie; mais encore vous verrez ce qui est presque au-dessus de toute croyance y que le pro secteur trouva dans la vessie du même personnage, quoique pius que sexagénaire, les cicatrices des ulcères que le calcul et un traitement contraire avaient produites auparavant.
Mais il y a bien de la différence entre considérer ce qui a lieu fort rarement, et ce qui a lieu fort souvent; et, pour revenir à nos jeunes filles, autre chose est d'être appelé à temps, autre chose est d'être appelé quand la maladie a déjà fait trop de progrès. Ceci deviendra évident par u»ie observation que Laur. Mariani, médecin très-expérimenté, m'écrivit dans la même Lettre que j'ai citée plus haut (i).
25. Une aiguille de tête en os avait été entraînée dans la vessie d'une jeune fille de la campagne de la même manière que dans les exemples précé.dens, et bien qu'elle causât des douleurs et beaucoup d'incommodilés, la jeune fille ne fit cependant point l'aveu du fait, avant qu'un calcul ne se fut formé sur l'aiguille, et qu'elle n'épr uvâ« des tourmens intolérables. Examinée enfin alors, ou
55o QUARANTE-DEUXIEME LETTRE.
trouva la pointe de l'aiguille qui proéminait dans la cavité du vagin , près de la partie inférieure duquel l'urètre était perforée. Mariani pensa que si Fiirètre était légèrement incisée en long, cette pointé pourrait être ramenée dans ce canal, et que de cette manière Faiguille et le calcul se trouvant placés en droite ligne, on pourrait voir s'il ne serait pas possible en écaillant peu à peu et adroitement la pierre, qui peut-être était fragile, de la réduire à une ténuité telle qu'on pût la retirer avec l'aiguille. La résistance d'autres médecins fit qu'on abandonna cette malheureuse fille à son sort sans rien tenter. Le calcul et les douleurs augmentaient avec le temps, et l'orifice de la vessie étant déjà presque entièrement bouché, il s'écoulait à peine quelque peu d'urine qui était fétide. Dans cet état, des fièvres s'y joignirent aussi, et la mort termina enfin cette vie malheureuse.
Examen du cadavre. A l'ouverture du ventre, on trouva du pus dans sa cavité, et l'on crut qu'il provenait des reins qui étaient en suppuration. Il y avait dans la vessie attaquée d'un sphacèle, un calcul qui avait la forme d'une poire; car plus il s'éloignait de la peûte tête et de la partie supérieure de l'aiguille, plus il s'amincissait. Lorsqu'on le retira de la vessie à laquelle il était adhérent par quelque partie , il laissa de petites écailles qui étaient agglutinées à cet endroit. Et cependant on le plaça alors sur une balance avec Taiguille, et il pesa dix- huit deniers; mais lorsque ensuite
DE LA DYSURIE ET DE LARDEUR DE LURINE. 5!jl
on m'écrivit ceci, il n'en pesait que quatorze. 26. Celui qui avait lieurensement retiré une aiguille sur une autre jeune fille avant qu'il ne se fût formé une pierre, comme il a été dit plus haut (i), ne désespérait pas de pouvoir en retirer une autre sur celle-ci chez laquelle le calcul était commencé et avait déjà un certain volume, si après avoir ramené la pointe dans l'urètre, et l'y avoir assujettie avec une pince, il essayait d'amincir le calcul , s'il le pouvait de quelque manière, avant de l'amener; et en cela il aurait imité jusqu'à un certain pointpremièrementBénivénifa) qui diminua le volume d'une pierre dans l'urètre d'une fille, et ensuite, s'il ne réussissait pas selon ses vœux, Molinetti (3), qui en avait retiré une autre de force. Peut-être en effet pouvait-il encore à cette époque réussir à quelque chose. Mais après que le calcul fut parvenu à ce volume, et que toutes les incommodités eurent augmenté avec hii, quel est celui qui aurait pu avoir quelque espoir? Que si la pierre eût été aussi mince, et la voie par laquelle la cavité de l'urètre commuïiiquait avec celle du vagin aussi large, qu'ils durent l'être dans un cas analogue qui fut envoyé d'Italie , et qu'on lit dans l'Histoire de l'Académie Royale
(i)N. eod. 22.
(2) De abclitis morbor. caus. , c. 8a.
(3) C. cit. supvà, ad n. 21.
55a QUARANTE-DEUXIÈME LETTRE.
des Sciences de Paris (i), peut-être ce corps serait-il également tombé de lui-même dans l'intérieur du \agin. Je croirais d'ailleurs que dans ce cas aussi il était passé dans le vagin plutôt de la partie supérieure de l'urètre que de la vessie, attendu que nous lisons qu'il en résTiita non pas un écoulement d'urine par le vagin, mais seulement une incontinence d'urine. En effet, soit que l'aiguille s'écliappant des doigts ne soit pas enlraniée tout entière uaus la vessie chez la plupart des sujets, comme je le conjecturais plus haut (a), soit, si vous l'aimez mieux, qu'elle soit repoussée dans l'urèîre par la contraction de la vessie après qu'elle a été entraînée tout entière dans ce viscère (circonstances d)nt je regarde la première comme plus vraisemblable, parce que je sais que la pointe qui était la partie saisie avec ies doigts, et non pas la petite tète, se trouvait du côté de l'urètre, du moins dans les exemples de Molinetti et de Mariani. et dans un égal nombre d'autres que je vais rapporter immédiatement), il peut arriver trèsfacilement que la petite tète étant poussée en avant par la partie postérieure de la vessie, qui est poussée elle-même dans cette direction par le vagin annexe qui se gonfle dans ce moment de volupté, la pointe de l'aiguille se porte obliquement en
(i) A. 1735, obs. anat. io<-
DE LA. BYSURIE ET DE l'aRDETJR DE l'urii^E. 553
arrière, et se fixe ainsi, surtout si elle est fort aiguë, à la paroi postérieure de Turètre, et la perfore enfin après avoir été poussée par les fréquen tes contractions de la vessie.
Cet accident qui eut lieu sur une jeune fille de la campagne qui réclamait le secours de nos chirurgiens pendant que j'écrivais ceci, avait dû survenir également sur une autre jeune fille âgée de quatorze ans, dont un chirurgien, à qui j'ai enseigné l'anatomie, me raconta l'histoire peu de temps après la mort de celle dont je vous ai donné la description (i). Comme elle faisait, étant assise, la même chose que cette autre, et qu'elle s'était introduit profondément dans l'urètre la petite tête d'une aiguille qui était presque aussi longue que ce canal, elle fut effrayée de l'arrivée soudaine de sa mère, lâcha l'aiguille, et sentit en même temps qu'elle avait été entraînée très-profondément. Elle supporta à peine pendant quatre jours ses incommodités et ses douleurs sans rien dire, et le cinquième elle avoua le fait à sa mère, et donna ces détails au chirurgien que j'ai nommé. Celui-ci conjecturant d'après le siège de la piqûre dont la malade se plaignait le plus, que la partie inférieure de l'aiguille était ûxée vers le milieu de l'urètre, craignit qu'en introduisant quelque instrument dans ce canal il ne la poussât tout-à-fait dans la vessie, et d'après la permission et même
5^4 QUARATÎTE-DEUXIÈME LETTRE.
îa prière de la fille et de la mère, ayant introduit un doigt dans le vagin , et bientôt après un autre, il dégagea l'aiguille avec autant de bonheur que d'adresse, de telle sorte que la pointe se montra à l'orifice de l'urètre, et put être saisie avec une petite pince. C'est ainsi qu'il retira l'aiguille, qu'il m'apporta, en donnant lieu à l'écoulement de deux petites gouttes de sang seulement, et sans laisser aucune incommodité. Cette aiguille de tête était, ou du moins paraissait être d'étain ; elle était longue de quatre travers de doigt, et avait une pointe très-aiguë : et déjà le chirurgien avait remarqué qu'un peu de matière tartareuse, qu'il avait essuyée imprudemment, avait commencé à s'attacher çà et là sur sa surface.
27. Je ne voudrais pas que vous fussiez fâché de ce que je semble confirmer par tant d'exemples que j'ai rapportés, ce que quelques-uns ont écrit, que les femmes à qui cet accident arrive sont Italiennes pour la plupart. Plût à Dieu que toutes les femmes de notre pays sussent combien d'entre elles o[it été enlevées prématurément de cette manière au milieu des tourmens les plus affreux. Mais comment les jeunes filles de la campagne, ou du peuple , qui sont ignorantes par leiir âge même, pourront-elles le savoir? Toutefois, je ne dois point passer les exemples sous silence, afin que les médecins avertis par leur fréquence, puissent, si par hasard quelqu'une d'entre elles commence à se plaindre d'une difficulté d'uriner, s'in-
DE LA DYSTTRIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. 555
former de toutes les circonstances avec plus de soin, et arracher la vérité avec adresse et prudence, pendant qu'on peut encore porter du secours. Du reste ces exemples ne sont pas communs dans toutes les parties de l'Italie, du moins dans quelques-unes de celles où j'ai habité pendant assez long-temps, et d'ailleurs tous les pays étrangers ne manquent pas d'exemples analogues, qu'il n'est nullement nécessaire que je cite ici avec un soin inopportun; mais si vous en cherchez, vous en trouverez en lisant Vaîlisnieri (i), ou Platner (2), ou enfin d'autres auteurs. Et je ne doute pas qu'il n'j ^n eût davantage , si l'on disséquait partout ailleurs autant de cadavres qu'en Italie , ou si la pudeur ne forçait pas la plupart des femmes à dissimuler la véritable cause de leur maladie.
En effet, les unes font ce qu'aurait fait la jeune paysanne (3), et ce que quelques-unes ont fait, comme on le voit dans Alghisi (4) et dans Vaîlisnieri (5), même dans ce pays, c'est-à-dire qu'elles gardent le silence le plus opiniâtre sur le fait; d'où il arrive très-facilement que l'on enterre avec elles l'aiguille dont personne ne se doute. D'autres au contraire prétendent qu'elles l'ont avalée,
(1) Obs. supràj ad n. 19 cit.
(2) Disp. de cale, ad vesic. adhasr.^, J. lo , not. ît et p.
(4) Litotora., c. 3.
(5) Adnot. ad cit. obs.
556 QOARAJYTE-DEUXIÈBÏE LETTRE.
pour tromper les médecins, lors même qu'ils la trouvent pendant la vie ou après la mort. Et effectivement il y eut un temps où elles leur en imposaient aussi en Italie, comme cette fille de Venise, chez laquelle un gros calcul se forma sur une aiguille de tête extrêmement longue, et dont Alex. Bénédictus (i) fit mention à la fin du quinzième siècle : or celui-ci, quoiqu'il ait réfuté (2) ceux qui croyaient que l'aiguille était passée par les veines, de l'estomac au foie, du foie au cœur, et du cœur aux reins et à la vessie, pensa cependant lui-même qu'elle avait pénétré peu à peu et avec beaucoup de temps par sa pointe dans les intestins, et quelle s'était frayé une voie jusqu'à la vessie; et de même Cju'il est digne d'éloges en ce qu'il condamna une opinion que d'autres ont admise même long-temps après, à mon étonnement, de même il ne doit pas facilement être imité en ce qu'il en proposa une autre qui a eu un très-grand nombre de partisans. En effet, il ne s'agit pas ici de quelque aiguille fine, mais de grosses aiguilles dont l'une des extrémités a fort souvent une tête volumineuse, et dont l'autre n'est pas quelquefois très-aiguë, et qiû (je parle des cas où les filles disent par pudeur qu'elles les ont avalées) se rendent toujours à la vessie comme par un fait exprès, sans ces douleurs et ces symptômes antérieurs et
(1) Hist. corp. hum. j, 1. 2, c. 9.
DE LA DYSURIE Eï J)E l'aRDEUR DE l' URINE. 557
concomitaiis qu'exigeraient le phénomène et une voie comme celle-là. Aussi est-il plus rare, du moins à présent, de trouver parmi les Italiens, qui sont plus savans, cette crédulité, qui s'est conservée dans quelques autres pays, comme j'en vois des preuves évidentes, même dans certains ouvrages recommandables. Il restait à imaginer que nx3n-seulement les aiguilles, mais encore l'étui, qu'on appelle aciarium , avait passé par la même voie; car un homme d'un grand mérite, Bénévoli (i), écrit l'avoir retiré de la vessie d'une fille de la Toscane. ,
Vous serez peut-être encore fâché ici de ce que je parle d'une action presque incroyable de la part d'une jeune fille d'Italie. Mais lisez les notes qui se trouvent au § iSdq (2) des Institutions de Chirurgie de Platner; vous verrez si cellelà est la première qui Tait faite.
Cependant si on s'était servi de cette voie d'Alex. Bénédictus pour expliquer le passage de quelque aiguille, non pas dans la vessie de la femme dans laquelle on pénètre du dehors par un trajet trèscourt et facile, mais dans celle de l'homme dans laquelle on pénètre par un chemin beaucoup plus long et flexueux, je le croirais plus volontiers, comme je l'ai écrit ailleurs (3), surtout dans cer-
*i» Il ■ I I II I ■ Il I II ^m^imimm ■« i i m. ii i i ■ i i i ■ ■ uni m
(i) Obs. 42. ^
(2) Not. b.
(3) Advers. 3^ animad. 36.
558 QUARAJVTIÏ-DEUXIÈME L£TTRE.
tains cas. Et pîût à Dieu que je pusse le croire dans celiii que je vous décrirai immédiatement! je me serais moins plaint, et je me plaindrais moins encore de ce que plus la chose est certaine, plus elle est difficile à comprendre.
28. Un paysan de quarante ans était affecté déjà depuis long-temps d'une grande difficulté d'uriner; et cependant ce ne fut pas pour cette incommodité, mais pour une ulcération du scrotum et pour une fièvre, qu'il vint à cet hôpital un mois avant de mourir. A la fièvre il se joignit d'abord un relâchement du ventre, puis de la constipation , et de la maigreur qui fit des progrès de jour en jour; celle-ci étant parvenue au dernier degré, et la face étant devenue cachectique, il succomba aux anciennes douleurs de la vessie. Comme il était déjà très-près de la mort, il parut désirer ce que peu d'individus de sa condition désirent ordinairement, savoir qu'on cherchât par Tanatomie la cause de cette dysurie de longue durée et très* douloureuse. C'est pourquoi il appelle un chirur- ^ien/ct il hii avoue qu'il s'était introduit dans l'urètre deux ans auparavant une aiguille de tête en cuivre, et qu'il n'avait pas su, comme il ne savait pas encore si elle était tombée ensuite, ou si elle était restée. Mais il ne dit pas de quelle manière ni poiprquoi il se l'était introduite, et le chirurgien ne le lui (îemanda pas, parce qu'il était déjà mourant, et qu'il fit ce récit avec une sorte de pudeur. Celui-ci m'ayant raconté cela dans le
DE LÀ DYSURJE ET DE LAltDEUll DE l'uRINE. SSq
moment où je faisais par liasard dans riiôpital la démonstration d'autres parties qui étaient dans l'état naturel ou contre cet état, j'ordonnai qu'on apportât immédiatement le cadavre pour ajouter aussitôt cette recherche à toutes les autres, parce que je croyais qu'elle durerait peu de temps. Et comme je pensais que l'aiguille s'était arrêtée à la courbure de l'urètre, ou que si par hasard elle était tombée ensuite, elle y avait laissé une grande lésion, je jugeai qu'avant tout il fallait ouvrir ce canal en long jusqu'à cet endroit.
Examen du cadavre. Après l'incision du scrotum dont l'ulcération encore existante avait été produite par une strangurie, à ce que je crois, les testicules ayant paru plus gros que dans l'état naturel, et entièrement tuméliés, on vit facilement que cela dépendait des tuniques devenues épaisses et blanches, et non de la substance distendue de ces organes. Bien que la tunique vaginale fut adhérente çà et là à la tunique albuginée, cette substance était assez saine, excepté à l'endroit où est attaché le globe inférieur de Tépididyme; car ces dernières parties étaient purulentes et noirâtres. L'urètre ayant alors été ouverte dans toute la longueur de la face inférieure de la verge et dans le périnée, à partir de soi) orifice externe, je ne trouvai sa membrane interne ni ulcérée, ni couverte de cicatrices, ni rouge, mais au contraire blanchâtre, et lisse partout, et pourtant un peu épaisse. Ayant compris d'après cela
56o QUARANTE-DEUXIÈME LETTRE.
qu'il nous fallait aller plus avant, j'ordonnai d'en- Jever aussitôt tous les autres organes urinaires. La vessie était sans urine, et contractée sur elle-même, mais elle avait une forme irrégulière ; car à la par^ tie supérieure du côté droit elle formait un sac médiocre et carré, qui déjà était noirâtre. Tout le monde vit ce qu'était ce sac, et ce qu'il contenait, après qu'on eut incisé par la face antérieure, d'abord la partie supérieure de l'urètre qui restait à examiner, et ensuite la vessie elle-même. Et dans cette partie de l'urètre jusques et y compris toute la caroncule séminale, qui était amaigrie, mais dont le sinus existait cependant comme dans Fétat naturel, nous ne trouvâmes pas plus de lésions que nous n'en avions observé dans le reste du canal qui avait été disséqué auparavant. Mais immédiatement au-dessus de la caroncule, toute la face interne, non-seulement de la prostate, mais encore de la vessie se présenta ulcérée, et couverte d'une sorte d'escarre blanchâtre. D'ailleurs les tuniques de la vessie, comme on l'avait remarqué en les coupant, étaient épaissies, et en partie livides et noirâtres, en partie blanches et comme squirrheuses. Tel était aussi l'état de ce sac dont j'ai parlé tout à l'heure; car non-seulement il communiquait avec la vessie par un orifice qui était aussi large que lui, mais encore il était composé du prolongement de toutes les tuniques de ce viscère. Dans son intérieur était un calcul de la grosseur d'une noix médiocre, ou plutôt d'une petite
DE LA DYSIIRIE ÏT Dli l'aRDEUR DE l'uRINE. 56 1
noix dont il avait aussi la forme jusqu'à nn certain point; il était couvert d'une petite quantité d'humeur semblable à de l'albumine. L'aiguille sortait par un des côtés du calcul très-près dé l'une de ses extrémités, et elle s'élevait de deux travers de doigt au-dessus de sa surface, tandis que son autre partie, qui s'étendait jusqu'à sa petite tête, était cachée profondément, ou du moins très-fermement dans l'intérieur de ce corps, de telle sorte qu'elle semblait pouvoir égaler, et peut-être même surpasser un antre travers de doigt. Mais cette autre partie qui s'étendait jusqu'à la pointe, laquelle était très-aiguë, se trouvait très-droite; car elle appartenait à une aiguille des plus fermes, et non des plus fines, et elle se portait obliquement en bas, hors de l'orifice du sac, de manière à ce que la pointe était fixée à la partie inférieure du côté gauche de la vessie contractée, d'où on la retira sans aucune difficulté. Je ne cherchai pas quel était alors le poids du calcul ; mais lorsque je le cherchai, sept ans après qu'il eut été trouvé, il pesait avec l'aiguille dix grains de plus que deux drachmes et deux scrupules, ou, si vous l'aimez mieux, il pesait un demi-scrupule de plus que deux drachmes et deux scrupules d'après la mesure des poids médicinaux d'ici. Mais il a déposé une poussière jaunâtre à l'endroit où je l'ai conservé ; car sa surface n'est point lisse, et elle tend en très-grande partie à cette couleur jaunâtre. Du reste les orihces des uretères dans la vessie et aient beaucoup plus grands VI. 3(?
562 QUARANTE-DEUXIÈME LETTllK.
qu'à l'ordinaiî e ; et les uretères elles-mêmes étaient grosses, et tellemeut distendues par du pus, qu'elles égalaient en quelques endroits la grosseur du pouce: Les reins aussi étaient plus gros que dans l'état naturel, et engorgés; ils étaient pâles à l'extérieur, mais à l'intérieur ils étaient à demi putréfiés, ef remplis d'un pus cendré. Je crus qu'il n'était pas nécessaire, et le temps ne me permit pas d'examiner le reste du cadavre.
29. Je recueillis le ^8 novembre de l'année ly/p cette observation rare, et peut-être unique si l'on considère attentivement toutes les circonstances, sous les veux d'un concours très-nombreux de jeunes étudians et de docteurs, et j'en écrivis la substance au célèbre Morand au mois de juillet de l'année suivante. Celui-ci me répondit qu'il l'avait communiquée à l'Académie Royale de Cbirurgie, et il n'en a rien dit de plus qui me soit parvenu. Or, le motif qui m'avait engagé à lui faire part de ce fait, c'était le désir de savoir si par hasard un cas analogue s'était présenté à Paris , ville très-célèbre par sa population, ainsi que par les autres sciences, et surtout par l'art d'enlever les calculs, et de ne pas ignorer comment on croyait qu'ft avait pu avoir lieu. Lorsque je dis un cas analogue, j'entends une aiguille de la même longueur, de la même solidité, de la même rectitude que la mienne; car il ne serait pas également étonnant qu'une aiguille plus courte et flexible fût parvenue dans la vessie à travers l'urètre
I)Ii LA UYStJHIE 1.T DE l'aRDEUR DE L URINE. 563
d'un homme. J'avais bien lu dans Paré (i) qu'on avait retiré de la vessie d'un homme un calcul <^e la grosseur d'une noix y au milieu duquel on voyait implantée une aiguille parfaitement semblable à celle avec laquelle les cordonniers ont coutume de coudre. Mais si elle était cachée dans le calcul , elle était plus courte que la mienne; et si elle s'élevait audessus de lui, nous ignorons cependant quelle était sa longueur. Quelle que fût d'ailleurs celle de ces deux dispositions , nous ignorons si l'aiguille était légèrement fléchie ou droite, et surtout si elle était entrée par l'urètre. Car il est d'autres voies à travers lesquelles elle put passer dans la vessie, pj^r la raison surtout qu'elle n'avait pas de tête. C'est aiiisi qu'un homme très-savant, Méad, pensa qu'une aiguille semblable, si j'ai bonne mémoire, que le célèbre Cheselden (2) a représentée dans la trentième table, et autour de laquelle il s'était formé un calcul qui fut retiré de la vessie d'un enfant, était entrée par le périnée. C'est ainsi également que Yallisnieri (3) soupçonnait qu'un petit rameau d'une certaine plante particulière qu'il avait trouvé dans le calcul d'une vessie de sanglier, était parvenu jusque là par une blessure que quelque branche pointue et dure aurait faite dans une forêt épaisse au ventre de
(i)Oper. , 1. 24, c. 19.
(a) Theanat. of the hum. body.
(3) Opère, tom. \, p- 6, nella lettera al Giorgi.
l'animal pendant qu'il courait. Vous jugerez vousmême si c'est (le la même manière qu'un autre petit corps également ligneux put se trouver dans l'intérieur d'un calcul qu'on dit (i) avoir été observé dans la vessie d'un cochon domestique.
D'ailleurs l'aiguille put suivre aussi une autre voie, je veux parler de celle indiquée par Bénédictus qui conduit des intestins dans la vessie; et bien que j'aie écrit plus haut (2) qu'on ne doit pas l'admettre facilement, je pense cependant qu'il ne faut pas la rejeter dans tous les cas, surtout lorsqu'on ne peut pas objecter ce que j'ai objecté à cet endroit. Je veux éclaircir ceci par un exemple, que je ne me souviens pas d'avoir vu cité par ceux qui ont parlé des autres cas de cette espèce. Vous le trouverez parmi les réponses médicales (3) de Claudinus. Un enfant avait avalé une aiguille, qu il se retira lui-même de l'urètre quelques années plus tard, après l'avoir poussée avec les plus grands efforts pendant qu'il urinait, quoiqu'un petit calcul eût augmenté son volume. Le chemin par otï elle était parvenue dans la vessie, ou du moins dans l'urètre, fut indiqué par des lombrics longs, cylindriques et vivans, dont quelques-uns furent rendus par ce canal après des douleurs des organes urinaires les premières années qui sui-
(i) Eph. N. C, cent. 7, obs. 7, cum scholio.
(H) Resp. 40.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. 5G5
virent la déglutition de l'aiguille, tandis qu'après que celle-ci eut été rejetée, il en sortit un autre également vivant et très-long, non sans une matière fétide et d'une couleur noire. De même que vous voyez qu'il faut ajouter cet exemple à ceux que j'ai cités plus haut (j) en parlant des vers rendus par l'urètre, de même vous comprenez que quoique l'aiguille de cet enfiint excédât deux doigts en longueur, et qu'elle ne fut pas sans tête, cette explication ne peut pas être transportée à ces femmes qui disent que des aiguilles de tête leur sont tombées de la bouche dans la vessie, s'il est constant qu'elles n'ont souffert aucune des incommodités qui démontrent qu'il existe une voie ouverte des intestins dans la vessie; or comme cela n'est pas constant sur l'homme de Paré , rien n'empêche de soupçonner que l'aiguille avait pu suivre autrefois ce chemin sur lui.
Mais, dites-vous, il est d'autres sujets chez lesquels il n'y a point lieu à des soupçons de cette espèce, puisqu'ils ont avoué, comme le mien, qu'ils s'étaient introduit par l'urètre dans la vessie, l'un un épi d'orge, l'autre, si je comprends bien l'auteur, le ferret d'une aiguillette. J'en conviens, moi qui ai lu le dernier cas dans Dionis (2) , eî le premier dans Platner (3). Mais je ne sais pas encore
(2) Cours d'Opérat. de Chirurg,, 3 démonsî.
(3) Disp. siiprà^ ad n. 27 cit. ^ §. j 1. •
B66 QUARANTE-DTUXIÈME LETTRE.
quelle était la longueur de ce ferret d'aiguillette, ni s'il était un peu fléchi; quant à l'épi, il n'est personne qui ne sache combien il est flexible. En outre, il paraît que les deux sujets, du moins l'un, avouèrent qu'ils poussèrent fort avant et jusque dans la vessie, ce qu'ils avaient commencé à introduire. Pour le mien, au contraire, tant s'en faut qu'il eût continué à pousser l'aiguille introduite dans la première partie de l'urètre, qu'il ignorait entièrement, comme je l'ai dit (i), si elle était tombée, ou si elle était restée. Mais supposez qu'il eût continué à la pousser, une fois arrivée à cetle grande courbure qui se trouve au périnée, comment enfin, je vous prie, nne aiguille de cette longueur et de cette rectitude aurait-elle pu la surmonter et se diriger en haut? pourquoi ne s'y arrêta t-elle pas? pourquoi, ayant une pointe si aiguë, ne se fixa-t-e!le pas à cet endroit, si cette pointe était en avant? ou si, ce qui est plus vraisemblable, elle n'était pas eu avant, comment ne blessa-t-elie pas cette partie pendant que l'aiguille se tournait?caril n'y avait aucune cicatrice, comme je l'ai dit.
Voilà donc ce que j'avoue ne pouvoir point encore suffisamment comprendre; et le même aveu a été fait par tous les hommes savans, et nommément par Cocchio et Bénévoli , qui en passant par ici, et en me visitant avec Thonnéteté qui les ca-
DE LA DYSURIE ET DK l'aROJLUR DE l'uRINE. 56^
ractérise, ont vu cette aiguille et l'ont considérée avec la plus grande attention. Toutefois je ne m'arrêterais pas à des aigu illes très-petites , et par conséquent flexibles, et bien moins encore à des chandelles de cire très-fines. Si vous lisez un cas relatif à ces dernières, qui paraît être le même que celui qui a été rapporté (i) en d'antres termes vingt-cinq ans après; si vous lisez, dis-je, ce cas pour en prendre seulement quelque partie, vous serez moins étonné que la vessie d'une femme attire subitement à elle des aiguilles, puisque vous comprendrez que celle d'un homme avait également ahsorhé subitement une chandelle.
3o. Relativement à ce que les reins et les uretères étaient plus gros que dans l'état naturel et remplis de pus sur noire paysan, cela s'accorde avec ce qui a été exposé et expliqué plus haut (2). Je pense d'ailleurs qu'il faut rapporter le petit sac dans lequel le calcul était caché à la même cause , c'est-à-dire à l'urine qui avait été retenue fort souvent par l'effet d'une dysurie très-douloureuse, et qui par conséquent poussait en dehors quelque partie de la vessie qui était plus faible. Vous savez bien d'après mes Ach>ersaria (3) que telle était aussi mon opinion, lorsque j'écrivis pour la première fois dans cet ouvrage ce que j'avais observé sur
(i) Eph.N. C. , cent, i et 2^ obs 102^ et Act., t. 4, obs. 34- (2) N. ?.2 , 23. ^
(3)IIÏ^ animad. 36.
ces petits sacs. Du reste je n'ignore pas qu'elle a été ensuite confirmée par d'autres auteurs, qui rapportent des exemples de femmes grosses, dont ]a vessie s'était relâchée en quelque endroit à la suite d'une ischurie très- grave, pour former de petits sacs de cette espèce , ou des hernies, comme je les avais aussi appelées moi-même; toutefois je ne vois pas trop pourquoi on rapporte parmi ces exemples celui qui se trouve dans Ruysch (Thés. VIII, n. eu), à moins qu'on ne désigne par hasard non pas celui qui est décrit à cet endroit, mais celui qui y est répété à son occasion, c'est-à-dire la première observation de la Centurie de cet auteur. Avec cette observation vous en comparerez une autre qui a été rapportée dans les Actes de l'Académie de Vienne (i), et vous comprendrez facilement ce que c'était sur une dame d'une trèsgrande noblesse que cette tumeur qui était suspendue aux parties génitales, et après l'incision de laquelle il sortit un gros calcul avec de l'urine, après quoi il resta une incontinence de ce liquide, ou plutôt une strangurie dépendante de la nonentière guérison de la plaie qui avait été faite.
Au surplus ces deux observations, et une autre de Rob. Dodonée ('2) qui peut paraître analogue, indiquent un sac formé ou du moins agrandi autant par le poids des calculs, que par l'impulsion
(i) Tom. 4f ol>s. 96 in fin.
(2) Medlc. obs. , c. 45,
DE LA DYSIJRIE ET DE l'aRDEUR DE LURIIVE. SGq
(le l'urine, sac qui se trouvait à la partie inférieure de la vessie. C'est là que Riolan (i) avait vu aussi autrefois (2) de ces sacs formés par des calculs, mais il en avait observé également quelquefois sur les côtés. Maintenant au contraire je vois qu'on admet que dans la plupart des cas ces sacs sont sur les côtés, et principalement du côté gauche, et cela, aux yeux du moins de quelques-uns, comme si c'était une disposition naturelle. Quant à moi, j'ai déjà fait connaître ailleurs (3j ce que j'ai observé relativement à la forme naturelle de la vessie. Je ne veux pas disserter ici pour savoir si ce viscère a en outre des sinus, ou, comme on les appelle, des appendices. Il me suffirait de voir que tout ce que j'ai dit de cette forme avant Weitbrecht fut rapporté par quelques auteurs de telle sorte que je ne parusse pas l'avoir dit après lui [le croirait-on?); quoique personne ne puisse avoir lu la dissertation de cet écrivain sans avoir été averti du temps où chacun de nous a publié ce qui lui appartient par cette note même que l'A'cadémie Impériale de Pétersbourg (4), aussi juste que savante, a placée d'elle-même dans cette dissertation. Il s'est trouvé d'ailleurs des gens qui ont déjà confondu ces sinus observés par Rioian et par d'autres , avec ceux que
(i) Anthropogr. ,1. 1, c. 28.
(2) Encheir. anat.^ 1. 2, c. 3o.
(3) Epist. anat. r , n. 6t.
(4) Comment., tom. 5.
5^0 QUARANïr-DEUXIÈMÈ LETTRE.
j'avais VUS, et qui avaient été formés, non point par des calculs, mais par une rétention trop longue d'urine dans la vessie. C'est à cette dernière espèce que purent appartenir ces deux appentiices que de Berger (0 trouva en forme de sacs sur une vessie; car il étaient remplis d'urine, et ils existaient sur un vieillard mort d'une suppression de ce liquide; du reste nous saurions plus exactement s'ils étaient de cette espèce, si l'auteur eût noté les endroits où ils s'élevaient.
Mais il y avait eu auparavant des médecins qui expliquaient différemment l'origine des sacs de la vessie, les uns (2) les rapportant à une conformation primitive, les autres (3) à un calcul qui grossissant peu à peu entre les tuniques de ce viscère, formerait par la séparation de celles-ci un sac suspendu à la vessie, et qui, lorsqu'enfin la tunique interne serait rompue ou rongée, communiquerait avec sa cavité; communication dont quelqu'un, il n'y a pas bien long- temps , s'est approprié l'explication, quoique dans toute cette dissertation où il a passé en revue les différens modçs^'adhérence d'un calcul à la vessie, il n'ait parlé nulle part positivement de ces petits sacs sailîans en dehors de la vessie.
Au reste, si l'on propose ces deux origines des
(i) Hist. de TAcad. Roy. des Se, ann- 1704, obs. anat. 22.
(2) Sect hâc Sepulchr. 25, in schol. ad obs. 3.
(3) Ibid. in schol, ad J. 7, obs. 8.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. ^71
petits sacs dans certains cas particuliers , il n'y a pas (le raison pour que nous les rejetions d'une manière absolue; mais si on les propose dans tous, d'autres observations de moi que j'ai rapportées ailleurs, et surtout celle que j'ai décrite un peu plus haut (i), s'y opposent très-manifestement. En effet, vous voyez d'après les y^d^ersaria (2) que comme de petits sacs s'étaient déjà formés et que d'autres commençaient seulement à se former sur un intrépide buveur, les commencemens de ces derniers se montrèrent uniquement là où les tuniques pouvaient être poussées en dehors des aires que les fibres charnues de la vessie laissent entre elles. Qui croira d'un autre côté que le petit sac existait antérieurement sur le paysan, au lieu d'avoir été formé par l'aiguille, par le calcul, et par une rétention d'urine très-fréquente? et d'ailleurs le calcul ne pouvait pas s'être développé entre les tuniques, puisqu'il se forma sur une aiguille in~ troduite dans la cavité de la vessie, ni par conséquent avoir rompu la tunique interne pour se frayer une entrée dans ce viscère. Bien plus, il n'est aucun des sujets sur lesquels j'ai trouvé de ces petits sacs, qui eût cette tunique rompue, tandis que sur tous elle se trcn^ivait relâchée, de même que les autres membranes, et entrait en expansion pour former le petit sac; ce que vous recon-
(2) Animad, cit. ""
5j2 QU.iRllVTE-DEUXTEME LETTRE.
naîtrez en relisant la dissection du paysan, et celle d'un vieillard dont je vous ai parlé ailleurs (i). Au reste je n'ai vu des calculs dans ces petits sacs que sur le paysan, et je n'ai pas compris qu'il y en eût eu auparavant; et d'ailleurs il m'est arrivé de rencojitrer ces derniers, non pas aux orifices mêmes des uretères, ou plus bas, mais au-dessus de ces orifices, et même beaucoup plus haut, comme vous le verrez très-bien par mes observations que j'ai indiquées.
3i. Ces petits sacs diffèrent donc de ceux que les calculs se préparent en s'arrêtant à ces orifices étroits des uretères, et en y grossissant; ce que savait autrefois P. Franco (2), quoiqu'il n'ait pas été cité par Riolau (3), ni par Willis (4), ni par tant d'autres qui ont pensé comme lui jusqu'à cette, époque, excepté par un seul, à ma connaissance, Platner (5), qui a transcrit un petit passage de son livre extrêmement rare qui a rapport à ceci. Quant à ce que Platner a ajouté, à l'imitation de Littre (6) et d'Abr. Vater (7), que si les calculs ne tombent pas de ces orifices, il lui semble qu'ils s' omirent une nouvelle voie ^ pendant quils sont
(1) Epist. i3i , n. i5. •
(2) Traité des Hernies, c. 3i.
(3) Anthropogr. , 1. 2 , c. 28.
(4) Diss. de tirin., c. 5.
(5j Disp. suprà, ad n. 27 cit. , ^. i3^ et not. ibid. n»
(6) Méni. de l'Acad. Roy. des Se. ^ a. «702.
(7) Dissert, quâ obs. rar. calcul. , etc. , §. 4»
DE LA DYSUIlIJi: Lï DE l'/^RDEUR DE l'uRINE. 5^3
poussés entre les tuniques de la vessie vers le col par les contractions violentes de ce viscère qui ont lieu de temps en temps ^ et que c'est là la cause pour laquelle on. les trousse souvent dans des endroits qui sont fort éloignés des orifices des uretères ; je croirais bien cela facilement lorsqu'on rencontre des voies ouvertes qui s'étendent de la par lie inférieure de l'uretère à ces endroits, voies telles que celles que Littre observa, et dont il est très- vraisemblable que l'ouverture une fois opérée par les calculs, doit être entretenue ensuite par l'urine qui Jes suit incessamment; mais je ne doute pas qu'il ne faille entendre par des endroits fort éloignés des orifices des uretères, ceux seulement qui sont au-dessous d'eux, eu égard même aux paroles q:ie j'ai transcrites, endroits où ces corps sont poussé's et par le poids de l'urine qui descend à travers les uretères, et par la contraction de la vessie.
Comment donc expliqueroris- nous les autres observations si nombreuses que Platner lui-même jCile au même endroit, et qui sont relatives à des pierres de la vessie renfermées dans une membrane? Se trouvaient-elles toutes aux orifices des uretères, ou au-dessous ? En étaii-il ainsi aussi pour d'autres calculs dont il est question dans des observations autres que celles-là, et qu'il faut lire dans le Sepulchreium (i)? Il existe surtout dans cet
(i) Sect. liâc 25, obs. 8^ J. 7, 1 3, 14, et sect. 24, obs, 10^
ouvrage une histoire de Tuîpius (1) (car quoiqu'il s'en trouve à cet endroit plusieurs de cet auteur, Platner ne les a pas toutes indiquées, et il en a cité une qui n'est pas celle-ci), où il décrit trenteneuf calculs dans une vessie, calculs dont chacun était caché ^ et eriK'eloppé de son propre réceptacle y et cela d'une manière si couverte y que le chirurgien crut au commencement qu il Ji'ja^^ait point de pierres. A cette observation ajoutez-en une an Ire de Holtzapell (2), qui fait mention de trente-deux calculs, tous enfermés dans des tuniques propres , et se touchant entre eux , au point que comme les abeilles qui sont dans leurs cellules remplissent le rafon ^ de même ces calculs y placés chacun dans son alvéole y remplissaient toute la cavité de la vessie y en laissant seulement un petit méat pour V urine.
Est-ce donc que tous ces calculs étaient cachés au-dessous des orifices des uretères? Quant à moi, il me vint autrefois à l'esprit de soupçonner si par hasard de même que j'ai trouvé (3) des calculs biliaires dans l'intérieur des glandes de la vésicule du fiel, de même des grains de sable trèspetits pourraient se glisser dans \ç,?> cavités des glandes de la vessie par leurs orifices (orifices que j'ai rencontrés quelquefois ouverts dans les glandes des uretères, et rien n'empêche qu'elles ne le soient
(1) Sect. 23, obs. 7, 5. I,
(2) Ihid. y obs. 4^ §• 2.
(3) Epist. 37, n. 29.
DE LA DYSURfE JiT DE LARDEUR DE l'uRINE. 5^5
aussi quelquefois dans la vessie qui se continue avec ces couduifs) , et y grossir de manière à former des calculs fixés dans leurs alvéoles. Mais jusqu'à ce qu'il m'arrive de tomber sur une vessie qui ait un calcul caché entre ses tuniques à un endroit où il n'aura point pu parvenir en sortant des uretères, et de l'examiner fort attentivement, j'aimerai mieux en attendant ne point adopter cette idée qui m'appartient; et puisque j'ai appris par mes observations citées plus haut (i) que les orifices des petits sacs sont souvent beaucoup plus petits que les sacs mêmes, j'accorderai aussi quelque place à une autre conjecture, savoir qu'un petit calcul y étant entré l'orifice se rétrécit davantage par une cause quelconque, et se bouche entièripment, ou presque entièrement.
Mais il y a quelquefois dans une seule vessie plusieurs sacs, parmi lesquels il s'en tfouve de petits, et non-seulement ils occupent les parties inférieures et moyennes de ce viscère , mais encore les parties supérieures. Vous comprendrez ceci par les observations de moi qui ont été indiquées , et plus clairement par deux dessins que le célèbre Heister a ajoutés, comme je l'ai dit aussi ailleurs, à ses Institutions Chirurgicales (2) latines, et qui méritent d'autant plus d'être cités, qu'il aurait été à désirer qu'ils n'eussent point été entièrement
(2) Tab. 32, fig. i et 2.
5^6 QUAKAWTE-DhUXlÈME LETTRE.
passés SOUS silence par quelqu'un de ceux qui ont ^ écrit sur la lithotomie depuis qu'on »s'est occupé fort souvent de ces petits sacs.
Sa. En effet, il importe au lithotomiste d'avoir sous les yeux ce qui pourrait Irès-facilement le tromper, s'il n'y prenait garde. Que si Riolan (i) a enseigné qu on ne trouve point avec le cathéter qu'on introduit^ des calculs nichés dans ces sinus inférieurs de la vessie , et si le cas décrit par le célèbre J.-Christ. May (a) fait voir la difficulté qu'il y a à retirer une pierre de ces mêmes sinus, on s'imaginera facilement quand on aura égard à ce grand nombre de petits sacs qui peuvent exister dans des parties si différentes de la vessie, combien on peut rencontrer de cas dans lesquels on se trompe même dans la recherche du calcul, pour ne pas parler des difficultés de l'opération. Et effectivement^ c'est de là qu'est née l'erreur , comme je le vois dans le célèbre Schreiber (3) , qui fit croire qu'on avait parfaitement guéri de ses calculs un homme dans la vessie duquel .on n'en rencontrait plus aucun avec le cathéter, tandis pourtant que sur son cadavre on en trouva neuf qui étaient contenus dans six petits sacs de la vessie.
Mais outre que le lithotomiste peut se tromj>er en cherchant le calcul, puisque ce corps tantôt
(i) Loc. indicat. siiprà, n. 3o.
(2) Commerc. litt. , a, 1786, hebd. 5 , 11. 2.
(3j Epibt. ad Haller. de medicamento slephens.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEDU DE l/uRINE. 5^7
est dans la vessie, ei tantôt se cache dans un petit sac, objet dont j'ai suffisamment parlé plus haut ( i), il peut encore arriver quelquefois au grand détriment de sa réputation et du malade, qu'après l'incision déjà faite on cherche en vain dans la vessie la pierre qu'on y avait sentie les jours précédens. C'est pourquoi, quand on a affaire à des sujets de cette espèce sur lesquels tantôt on sent et tantôt on ne sent pas le calcul avec le cathéter, celui qui Va. senti auparavant doit leur ordonner de faire des mouvemens divers et multipliés, et de prendre des positions différentes, si par hasard un autre lithotomiste ne le sent pas, et il doit bien plus encore se garder d'opérer, s'il ne sent point la pierre alors dans la cavité de la vessie. Au reste ceci a lieu lorsque l'orifice du petit sac est trop grand relativement à la masse du calcul, comme sur notre paysan. Or l'orifice et le sac deviennent plus considérables par la quantité de l'urine, et par son poids, auquel il faut ajouter aussi celui du calcul, qui a d'autant plus de quoi grossir, qu'il s'arrête plus d'urine autour de lui; et il s'arrête d'autant plus d'urine dans le sac, que celui-ci augmente davantage, car par là les tuniques qui forment le sac lui-même sont aussi plus tiraillées, et leurs forces tant musculaire qu'élastique, qui aident à l'expulsion de l'urine, sont extrêmement affaiblies.
(i)N. lo.