VI
douleur, comme elle avait coutume de i'élre presque toujours auparavant, et qu'au contraire le nez, les mains et les pieds se refroidissaient, et que le ventre qu'il avait faliu lâcher tous les trois jours jusqu'alors par le moyen d'un clystère léger, rendait actuellement des matières bilieuses après chaque exacerbation. Mais de crainte que quelqu'un ne soupçonnât par hasard que ces exacerbations dépendaient de l'irritation de la vessie, il faut dire que plus elles étaient violentes, plus en même temps tous les symptômes qui se rapportaient à ce viscère devenaient légers, et plus les urines étaient rendues avec facilité. Et cependant on ne sentait rien contre nature, quand on approchait la main de la poitrine ou du ventre; et même celui-ci ne présentait nulle part aacune dureté, ni absolument aucune tension. Pendant ce temps-là le sommeil étant interrompu par les douleurs, l'appétit s'étant perdu, et la soif tourmentant le malade, les forces s'affaiblirent de plus en plus, les sens internes commencèrent à tomber dans une sorte de stupeur, et le pouls lui-même avait tellement perdu de cette pr^pmière grandeur et de cette impétuosité, qu'on le trouvait petit et faible, surtout dans le côté gauche, et assez souvent inégal; il était même nul dans les dernières exacerbations. Les choses étant donc dans cet état, quelque faible que fût sinon le secours, du moins le soulagement que je pus apporter au malade, je ne le négligeai pas. Mais si aucun moyen ne fut nui-
DE LA DYSURIE LT DE l'a^KBIUR DE l'uRINE. 4Q9
sible, tous furent inutiles comme je l'avais prédit. C'est pourquoi, le 8 mars, deux ou trois gouttes de sang étant tombées spontanément du nez du malade, et la nuit suivante ayant été la plus mauvaise de toutes par la fréquence de la douleur de la fossette du cœur, il se leva cependant le matin pour s'asseoir sur son lit quand la douleur fut apaisée; et environ une heure après, la même douleur étant revenue avec la plus grande violence, il mourut, je dirai presque subitement.
Examen du cadavre, La poitrine du cadavre qui était encore alors assez gras, ayant été disséquée la première, nous trouvâmes les poumons, le cœur, les gros vaisseaux exempts de toute lésion. Dans le ventre, le foie était d'une couleur non naturelle, et la vésicule se trouvait contractée et flasque, par la raison que les douleurs en avaient exprimé la bile tant de fois, comme je l'ai *dit. Le fond de l'estomac, qui était sain du reste, présenta à peine quelque chose de légèrement noirâtre. Le rein gauche, dont presque toute la substance était détruite à l'intérieur, était extrêmement flasque, et contenait un calcul inégal, et de l'urine telle que celle que le malade rendait. Cette urine existait aussi dans le rein droit, dont la face extérieure était divisée en un très-grand nombre d'espèces de globules d'une grosseur inégale et qui formaient des éminences. La vessie contenait trois pierres, qtii n'étaient ni grosses, ni couvertes d'aspérités. Sa surface interne pa-
raissait composée d'une sorte de tomentiim trèsléger, et formait à côté du col un tubercule dur, qui n'était pas plus gros qu'une fève, et dont l'intérieur et l'extérieur étaient de la même couleur que la vessie. Enfin, il y avait dans la glande prostate uiî sinus, dans lequel était contenue une matière semblable à du tartre, et déjà presque calculeuse.
i4- Les causes de la difficulté d'uriner dont je traite dans cette Lettre, existaient bien chez ce malade dans la glande prostate, dans la vessie et dans les reins, mais celles des douleurs extrêmement violentes par lesquelles il fut tant tourmenté et enlevé à la fin, se trouvèrent dans les reins seuls, autant que je le comprends. En effet, il n'est pas vraisemblable que ces douleurs fussent excitées par les parties inférieures du ventre, attendu surtout qu'il y avait de grandes lésions dans les reins, avec lesquels personne ne peut ignorer combien l'estomac est en rapport sympathique, et que la partie droite de celui-ci répond à la fossette du cœur. C'est à cette sympathie qu'il faut rapporter la cause pour laquelle les vomissemens se joignent ordinairement aux lésions des reins; et vous vous souvenez que c'est ainsi que j'ai soupçonné l'existence d'affections de ce viscère d'après ce symptôme dans un cas (i) très-obscur. Il avait aussi existé des vomissemens énormes chez une fille , qui moii-
(i) Epist. 3o, n. 22.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. 5oI
rut en deux jours d'une douleur située au-dessous des côtes gauches par suite d'une maladie cachée des reins, comme je l'ai rapporté dans la trentesixième Lettre (i). Cependant il est arrivé quelquefois que sans vomissement, et sans aucun signe ou du moins avec des indices légers d'un état morbide des reins, des affections assez graves de ces organes existaient d'une manière cachée (:*), ou*en imposaient (3) pour des lésions de la vessie, qui était innocente. Enfin il est certain que la douleur de l'estomac se joint quelquefois aux maladies des reins, mais qu'elle n'est pas mortelle, et qu'elle n'existe pas sans une douleur des lombes, qui, comme personne ne l'ignore, accompagne ordinairement les affections des reins fixés à ces régions, soit qu'elle ne soit pas violente, soit qu'elle se trouve quelquefois aussi atroce que dans le cas que j'ai rapporté dans une autre Lettre {l\) d'après Ruysch, qui vit la surface de ces viscères divisée en globules de la même manière que je l'observai moi-même sur le rein droit de ce malade.
Mais dans notre cas en question , le sujet ne se plaignait jamais des lombes, il n'existait aucune douleur très-violente à la vessie, les hypochondres n'étaient pas douloureux, et il n'y avait point de
(2) Epist. 40:. n. i5.
(3) Vid. suprà, n. 4 et 5.
(4) Epist. 40, n. 19.
vomisse mens; les douleurs intolérables de la fossette du cœdr étaient le signe unique d'une affection très-grave des reins. Vous chercherez vousmême si cette circonstance a été notée par d'autres; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle mérite d'autant plus de l'être, qu'elle est plus propre à faire naître le soupçon d'autres maladies, surtout sif comme dans l'histoire rapportée, elle est consécutive à un pouls grand et vibrant, et si elle produit des palpitations incommodes du cœur, l'engourdissement et la torpeur des membres supérieurs, et enfin la mort même, qui survient presque subitement lors même que le malade semble un peu soulagé. En effet, j'ai averti ailleurs (i) que ceci est à craindre, lorsque des convulsions internes graves reviennent par intervalles. C'est à ce genre de convulsions que je pense qu'il faut rapporter les exacerba tions de la douleur qui ont été décrites, et que je fais dépendre en général d'une irritation des nerfs des reins qui est assez considérable pour que se propageant par l'intermédiaire d'autres nerfs avec lesquels ils sont unis, aux parties que je nommais tout à Fheîîre, elle produise dans chacune les phénomènes que j'ai indiqués. Ce qu'il y avait de singulier ici, c'est que l'estomac où se porte le plus souvent cette irritation partie des reins, comme je l'ai dit, n'était point excité au vomissement dans ce cas comme dans la plupart
(i) Epist. io, n. i3.
DE LA DYSURIE ET DE LARDEUR DE l'uRINE. 5o3
(les autres, quoique pourtant elle tourmentât trèsviolemment la partie de ce viscère qui répond à la fossette du cœur.
i5. Un jeune homme ayant dépassé sa vingtième année, était tourmenté déjà depuis long-temps par des douleurs de la vessie, siirtout lorsqu'il pissait, en sorte qu'il ne pouvait pas rendre l'urine sans jeter des cris. Celie-ci était purulente. Il s'y était joint de la maigreur, de la fièvre, et les autres incommodités qui accompagnent presque toujours la pierre de la vessie, et auxquelles il finit par succomber dans cet hôpital avant la fin de l'année 1742.
Examen du cadavre, La vessie épaisse , ulcérée et vraiment squirrheuse en partie, contenait une pierre un peu rude, longue de trois travers de doigt, et large de deux et demi là où elle l'était le plus; mais elle approchait d'une forme ovale déprimée des deux côtés, et un mucus abondant, épais, et sanguinolent en quelques endroits, liii était adhérent tout à Fentour. D'ailleurs les reins et les uretères étaient remplis de pus et d'urine; et celles-ci étaient même tellement distendues, qu'elles égalaient le diamètre de l'intestin iléon.
16. Le mu<?us que je vis adhérent au calcul sur ce jeune homme, s'amasse quelquefois autour de la pierre en telle quantité, que malgré l'introduction du cathéter elle ne peut pas être reconnue pnr
(i) De medic. hist. mirab., 1. 4^ c. 3o.
5o4 QUARANTE-DEUXIÈME LETTRE.
(les hommes très-habiles, ce qui arriva à Fallopia d'après le témoignage de Marcelliis Donatus (i). Bien que le même mucus interposé entre le calcul et la vessie ne détruise pas les autres incommodités et en augmente même quelques-unes, cependant s'il est fort épais et en grande quantité, il diminue les douleurs produites par les aspérités de la pierre. C'est pour cela que les diurétiques augmentent les douleurs, comme je l'ai dit aussi pour les calculs néphritiques, et comme Sanctorius l'a confirmé par un bel exemple qui est rapporté dans la section précédente (vingt-troisième (i)) du Sepulchretinn , là où (2) vous lirez également celui de Donatus. Aussi dans les Conseils de Yalsalva que j'ai lus moi-même, j'ai bien vu qu'il donnait contre la pierre de la vessie les adoucissans, lesémolliens, les anodins, et qu'il les employait en fomentations, cubains de siège, >en petits clystères, et sous forme de pessaires et en injections chez les femmes; mais de même que lui et Albertini rejetaient les narcotiques, parce qu'administrés à petite dose ils n'étaient d'aucune utilité contre de telles douleurs, et qu'à une dose plus forte ils étaient dangereux, de même ils désapprouvaient Id boisson des eaux thermales, ou autres, qui ont été proposées par d'autres praticiens,par la craintequ'elles n'enlevassent le mucus.
(i)Obs. 4,§. II.
(2) ihid, J. 4.
DE LA DYSURIE ET DE LARDEUR DE L'tJRi;?fE. Do5
Je me souviens de les avoir entendus parler l'un et l'autre dans le même sens à ce sujet en différentes circonstances, et surtout à l'occasion d'un lieutenant de cavalerie qui buvait tous les matins de l'eau de Nocera. Personne ne doutait qu'il ne fût attaqué d'un ulcère de la vessie, et Valsalva en doutait bien moins qu'un autre, lui qui ne croyait pas qu'il fut toujours nécessaire qu'il eût paru du sang dans l'urine pour prononcer qu'il existe un ulcère dans les organes urinaires. Ce qui était en controverse, c'était de savoir si outre un ulcère il y avait un calcul dans la vessie. Les autres l'affirmaient à cause de la douleur qui se faisait sentir déjà depuis long-temps à la fin de l'évacuation de l'urine. Mais mes maîtres suspendaient leur assentiment, parce qu'ils n'ignoraient pas que la vessie ulcérée, ainsi que la main, ne peut pas se contracter et se resserrer sans douleur, et que c'est aussi pour cela que les ulcères de ce viscère ne peuvent se guérir qu'avec plus de difficulté, de même que ceux des autres parties concaves qui doivent nécessairement tantôt se dilater et tantôt se resserrer. Toutefois ils ne prétendaient pas qu'il n'y avait pas de calcul, quoique le malade nen éprouvât aucuns indices en sautant ou en allant en voiture, et qu'en lâchant de l'eau il ne ressentît pas vers la fin de l'évacuation une douleur aussi vive que celle qu'il commençait à ressentir de nouveau lorsqu'il avait enfin rendu tout ce qu'il avait bu. Au reste, bien qu'ils ne prononçassent ni pour
5o6 QUARAIYTE-DÊUXIÈME LETTRE.
ni contre, cependant Albertini me paraissait incliner jusqu'à un certain point à ne pas croire qu'il existait un calcul, parce que le mucus aurait dû être enlevé de sa surface par la boisson d'une si grande quantité d'eau , et que les douleurs auraient dû augmenter à cause de cela de jour en jour; tandis qu'il concevait au contraire que lorsque l'eau passait, elle pouvait adoucir l'ulcère et les douleurs, et que celles-ci ne pouvaient reprendre leur première violence avant que toute l'eau étant évacuée l'urine ne recouvrât son ancienne acrimonie. Mais de crainte que l'hésitation de tels hommes et de ceux qui leur ressemblent, quand il s'agit de prononcer ou de nier qu'il existe un calcul dans la vessie, ne vous paraisse peut-être portée trop loin , lisez ce que Helwich (i) entre autres a rassemblé avec habileté et examiné avec soin sur l'extrême difficulté de porter un diagnostic juste dans ce cas; autant vous blâmerez la précipitation et la témérité de certains auteurs, autant vous louerez la prudence et la réserve de mes maîtres.
17. Vous ne vous étonnerez pas que je n'ajoute pas à ceci d'autres dissections de sujets chez lesquels une pierre s'était formée dans la vessie sans une cause externe, vous qui savez que j'ai passé la plus grande partie de ma vie dans ce pnys, où celle maladie est très-rare, ainsi que dans quelques
(i) Act. N. C, t. 2, obs. 60.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. ^Orj
au très villes, comme Schaffouse(i) et GottiDgne('2); ce que les uns pensent ici qu'on doit attribuer aux vins, les autres aux eaux, et quelques-uns à ces deux liquides. Et en effet les vins de ce pays ne sont point tartareux , d'après le langage des médecins, c'est-à-dire qu'ils ne couvrent point l'intérieur des tonneaux de croûtes pierreuses, comme je l'ai vu dans quelques autres endroits où l'on fait des vins blancs, de telle sorte qu'il se forme dans l'intérieur du tonneau de bois une autre espèce de tonneau de pierre. Or les vins dont nous faisons usage ici sont rouges ; à la vérité Brunner (3) pensa que ces sortes de vins se pointent aux parties supérieures et à la tête en comparaison des vins blancs; mais d'un autre côté son beau-père Wepfer (4) dont l'opinion est citée par Hoffmann (5), ^^XXx'ûywàiX. principalement au vin rouge salutaire la cause pour laquelle les calculeux étaient rares parmi les Scliaffousiens ses compatriotes. Vous comprendrez même d'après le Commercium Litterarium (6), qu'il y a dans certains pays des vins rouges qui non-seulement garantissent de la pierre,
(i) Vid. Eph. N. C, dec. i^ a. 2. obs. 89.
(2) Vid. Haller. , opusc. pathoL, obs. 33.
(3) Eph. cit., cent. 9, obs. 3 in not.
(4) Obs. 39, paulô ante cit.
(5) Medic. rat., t. 4, p. 2, s. 2, c. 1 1, ^. 20.
(6) A. 1735, hebd. 6, n. 3, et hebd. 17, n. 4, et prcefat. ivL not. ad pag. 43 et î32.
5o8 QUARANTE- DEUXIÈME LETTRE.
mais encore la dissolvent lorsqu'elle est commencée, puisqu'ils dissolvent aussi le tartre déposé par d'autres vins dans un tonneau, si on les met dans celui-ci.
Relativement aux eaux, celle des rivières de ce pays-ci, que l'on fait fermenter avec le moût, soit qu'on les mêle à parties égales , soi t que l'on emploie un peu plus, ou même, conime c'est l'ordinaire, beaucoup plus d'eau, pour préparer les vins dont presque tout le monde fait usa^e ici, contient peutêtre moins de terre, comme l'on dit, ou en contient qui est moins propre à former des calculs. Au reste je parle ainsi parce qu'il est nécessaire de considérer et d'examiner un grand nombre de différences relatives à chaque rivière, avant de rien prononcer d'une manière certaine; quoique le plus souvent il y ait moins de terre dans les eaux des rivières que dans celles des puits, ce qui fait que nous voyons les premières faire pour les usages domestiques ce que les secondes ne peuvent pas, ou ne peuvent pas également, comme dissoudre le savon, et cuire les légumes. Et pour ce qui regarde la salubrité, qui croira en général que les eaux que Dieu lui-même a placées dans les fontaines et dans les rivières pour être bues, ne soient pas plus salutaires que celles que les hommes qui habitaient loin des rivières et des fontaines, se procurèrent d'abord par nécessité, en creusant des puits? Que s'il faut aussi avoir égard à l'opinion
DE LA DYSURIE ET DE l'aUDEUR DE l'uRTNE. Sog
d'hommes très-savans, voyez ce que Méad (i) pense des eaux des puits, ainsi que Platner (2). Convaincu facilement par leur jugement, qui est appuyé sur un grand nombre de raisons, vous ne balancerez certainement pas à préférer de beaucoup en général les eaux des rivières à celles des puits. Mais s'ils parlent de chaque eau en particulier, il est des cas où vous préférerez à celle d'une certaine rivière celle d'un excellent puits, et à plus forte raison celle d'une autre rivière. Car vous savez, pour passer d'autres considérations sous silence, que les eaux de certaines fontaines, qui finissent par donner naissance à des rivières, couvrent leurs conduits, les unes de lames de terre très-épaisses et très-dures, les autres de lames ténues et plus molles.
J'ai parlé de cela ici pour que vous préveniez l'erreur de ceux qui croient généralement que tous les calculs sont produits par le vin, ou par des boissons analogues, comme si la matière de ces corps n'existait pas également dans l'eau, et que ceux qui n'ont jamais bu de vin n'eussent point été sujets à des calculs. Certes cet homme dont il est question dans la section suivante (vingt* troisième (3)) du Sepulchretum n avait fait usage pendant sa vie que d'eau , et cependant sa vessie
(i) Expos, mechan. venen. , tent. 6 in fin. (2) Progr. quo aquam font, salubriorem , etc. (3)Obs.4,5. 2.
5lO QUARAJÎfTE-DEUXlÈME LETTRE.
contenait trente-deux pierres. Mais pourquoi chercher sur les hommes clés exemples d'un fait qui se présente souvent sur les animaux qui ne boivent jamais de vin? En effet, pour ne pas parler de cas fort remarquables soit par le poids des calculs, comme cette pierre qui pesait près de deux livres, qui avait été retirée de la vessie d'une jument, et que Lemery apporta à l'Académie Royale des Sciences de Paris (i), soit par leur couleur, comme sept ou huit petites pierres retirées de la vessie d'une vache, que Valsalva mé montra autrefois, qui avaient la forme de pilules, dont la surface présentait de légères aspérités formées comme par de très-petits grains, et dont la couleur était semblable à celle de l'airain , de telle sorte qu'on les prenait pour des balles de métal quand on ne savait pas qu'elles étaient légères, comme on prenait pour des balles d or ce bien ^ plus grand nombre de calculs teints de la couleur de ce métal à l'intérieur ou à l'extérieur, ou brillans et échUans , mais tous petits, que d'autres auteurs (2) ont également trouvés dans des vessies de bœufs; pour passer donc sous silence ces calculs , ainsi cjueceux des cochons (3) et d'autres animaux , et pour m'arréter seulement à ceux des
(i)Hist. , a. 1700^ obs. anat. 14.
(2) Act. N. C. , tom. 8, obs. 2; et Sachs gammatolog. , c. lA, §. ^; vkL et apud Haller. , ad Boerh. metli. stud. mecl., p. i3^ c. 1, ad an. i665, n. loj.
(3) Sachs, c. cit. 14, §. G, et Eph. N. C.^ cent. 7, obs. 7.
DE LA DYSUniE ET DE l'aRDEUR DF l'uRINE. 5i 1
chiens, et d'abord à ceux que j'iii vus moi-même, non-seulement je rencontrai des calculs dans les deux reins snr une chienne que je disséquai dans ma jeunesse pour m'exercer, mais encore je remarquai que le rein du côté droit ne conservait même pas le tiers de sa substance, tandis qu'une matière purulente blanche existait entre les calculs. D'un autre côté je trouvai sur une autre vieille chienne que je disséquai autrefois à Padoue pour faire des expériences, dans l'intérieur de l'un des reins, un calcul d'une forme irrégulière et déprimée, dur et assez gros. Et pour revenir à la vessie, une troisième chienne ( car il arriva par hasard que ces cinq animaux à l'occasion de chacun desquels j'ai parlé de calculs, étaient des femelles) avait dans la vessie gangrenée deux pierres, une plus grosse, et une plus petite, ayant toutes deux une forme ovale, mais extrêmement déprimée des deux côtés; la plus petite avait même l'une de ses faces légèrement creusée, dans laquelle elle recevait la plus grosse. Cette chienne âgée d'onze ans, rendait déjà depuis long-temps une urine fétide, mais sans aboyer, ce qui dépendait, je crois, de ce que la surface des calculs était lisse et ne piquait point par conséquent, jusqu'à ce qu'elle fut enlevée par des mouvemens convulsifs qui s'y joignirent. Son maître, homme d'une très-grande noblesse, qui appartient à ce respectable collège de Philosophie, me fit ce récit en me montrant ces calculs encore tout frais.
5l2 QUARAHTE-DEUXIÈME LETTRE.
D*ailleurs d'autres auteurs ont vu des calculs sur tant de chiens, que je ne finirais pas facilement si je ne choisissais seulement les cas qui méritent surtout d'être cités , soit par le nombre des pierres, soit par leur structure, soit par leur poids , soit par leur siège. On trouva sur un chien qui avait été affecté (i ) pendant long-temps d'une strangurie, quelques milliers de petits calculs dans la vessie distendue.\^^ y tssieô^ nu autre (2) contenait une pierre du poids d'une livre et demie qui ressemblait à une acétite, parce qu'un calcul plus petit était renfermé dans son intérieur. Mais sur un troisième (3), qui rendait souvent l'urine avec des douleurs et avec de grands aboiemens, il y avait un calcul dont la surface était couverte d'aspérités, et non lisse, comme sur la chienne de Padoue; et quoiqu'il pesât un peu moins de trois onces, il vous étonnera cependant plus que celui d'une livre et demie; car le chien était très-petit de son espèce. Enfin, pour décrire plutôt le siège du calcul que le calcul lui-même, il ne faut pas passer sous silence celui qu'un excellent jeune homme, mon disciple, me racontait avoir trouvé les années précédentes en disséquant un cliien pour s'exercer. Les deux uretères se réunissaient en un seul canal un peu au-dessus de l'endroit où elles pénètrent
(i) Eai'Limd. dec. 3, a. 5 et 6, obs. 260.
(2) Ihid, , in append. sub n. 6 , ad obs. 2'3.
(3) Dec. eâd , a. c) et 1 o , obs. 1 70.
DE LA J3YSUJIIE ET DE l'aIIDEUR DE l'uRINE. 5l3
dans la vessie; ce canal n'était pas plus gros que l'une d'entre elles, et par un exemple rare il perforait tout seul, en place de toutes les deux uretères, la partie moyenne et inférieure de la vessie, et y apportait l'urine. Il trouva donc au commencement de ce canal où les uretères se réunissaient , comme il a été dit, un calcul adhérent qui n'était pas très-dur. Cependant ces exemples, et bien moins encore les autres que Donatus (i) a rassemblés, exemples où il est question de calculs observés également dans le foie, ou dans sa vésicule, ainsi que dans l'estomac, et dans les intestins des animaux brutes, ne doivent pas être objectés à Aristote (comme cet auteur les lui a objectés) qui admet (2) qu'aucun animal ne peut devenir calculeux , si ce nest Vliomme; car il a expliqué sa pensée immédiatement après, de telle sorte qu'on voit trèsclairement qu'il n'a parlé à cet endroit que des calculs de la vessie urinaire, tandis qu'il a écrit positivement dans un autre passage (3) (et je suis étonné que ce passage ait échappé à Donatus) que l'on voit souvent ^\xv les victimes les reins remplis de calculs^ de taches et de boutons^ ainsi que le foie ^ etc. 18. Au reste, on comprend que c'est de ce que Aristote a dit ailleurs (4), i^ il descend i\AX\^ la ves-
(i) C. cit. suprà, ad n. 16.
(2) Sect. 10, probl. 42.
(3) De partib. animal., 1. 3, c. 4-
(4) Hist. animal. , 1. 3 , c. 1 5.
vr. 33
5l4 QUAIIANTE-DEUXIÈME LETTRi:.
sie non-seulement une humeur ^ mais encore cer^ taines concrétions sèches y desquelles se forment les calculs^ qu'est née l'opinion très-ancienne de ceux qui ont avancé que tous les calculs de la vessie tombent des reins tout commencés, et que c'est pour cela que l'on trouve toujours un noyau particulier dans leur centre. Bien qne je ne nie pas que l'une et Fautre de ces circonstances ne soient vraies dans beaucoup de cas, cependant j'adopterai quelquefois plus volontiers l'opinion d'Hippocrate(i), qui a enseigné qu'après que l'urine a été retenue fort long-ten^ps, il s'en écoule ce qu'il y a de plus ténu , tandis que ce quil y a de plus épais et de plus trouble s^ entasse et se concrète ^ et est d'akord peu considérable, mais augmente en* suite; car pendant que cette concrétion est roulée par V urine, elle s'approprie tout ce qui s'est ramassé dépais, grossit et se forme tout entière de cette manière. Ceci peut avoir lieu fort promptement, comme le prouve une observation de J. Dolée(2), qui écrit qu'une matière blanche mucilagineuse sortie de la vessie d'un chevalier, y^/^ changée subitement par V action de Vair extérieur en un calcul jaunâtre. Or l'urine qui séjourne dans le corps peut se putréfier, même sans le contact de l'air extérieur d'après les expériences du célèbre Bren-
(i) De aère, aquis, etc., n. 22, 23.
(2) Eph. N. C. , dec. 3, a. 4 , obs. 64.
Dli LA. DYSUIllE ÏT ])E l'aRDjUR DE l'uRINE. 5i5
(lel (i), qui rapporte l'origine des calculs à la putréfaction (le ce liquide, parce qu'il voit (2) qu'il fournit des croûtes dures, et une matière muqueuse et pul tacée, parsemée de grai ns un peu durs, qui s'endurcit bientôt elle-même. Il ne doute (3) nullement d'ailleurs qu'il n'y ait des urines qui déposent ces matières avec beaucoup de facilité et de promptitude, à un endroit où il parle aussi de deux eufans dont l'un était à peine âgé de deux jours , et l'autre de huit environ , et qui non-seulement avaient rendu des calculs avant de mourir, mais encore en présentèrent à l'intérieur après leur mort. Au reste vous pourrez apprendre par Méad (4) lui-même quelle matière calculeuse il a vue sur le cadavre d'un enfant de cinq ans , et par quels degrés il a remarqué qu'elle passe à la dureté pierreuse, comme vous pourrez savoir du célèbre de Haller (5), ce qu'il regarde comme les premiers commencemensdescalculs dans les reins. Mais soit que le calcul descende tout commencé des reins dans la vessie, ou se forme dans celle-ci, soit que ce soit sa matière qui descende ou se forme ainsi, il est certain qu'il grossit aux dépens de la même matière; et ceux-là ne paraissent pas avan-
(i) Progr. de calcul, vesicae, etc. , natalib. ;, n. 3. (2)N. 1.
(4) De imp. sol. et lun. , c. 2.
(5) Opusc. palhol. , obs. 34'
5l6 QUARAJNTE-DEUXIEME LETTRE.
cer des choses éloignées de la vérité, qui disent que les parcelles de cette matière s'uniront entre elles d'une manière d'autant plus ferme que l'accroissement se fera plus lentement, et d'une manière d'autant plus faible que celui-ci s'opérera plus promptement, et qui prétendent que cet accroissement sera plus considérable l'été que l'hiver, parce que l'été la matière est bien luoins délayée par la partie aqueuse de l'urine qui sort alors en grande quantité par la peau, ce qui me parait être une autre cause pour laquelle, s'il y a option , on diffère l'extraction du calcul de l'automne au printemps plutôt que du printemps à l'automne.
Mais, outre qu'il se forme un commencement de calcul soit dans les reins, soit dans la vessie, la même matière s'agglomère également tout autour d'autres corps introduits du dehors dans la vessie. Comme plusieurs auteurs ont décrit et rassemblé un grand nombre d'exemples de cette espèce, je m'arrêterai principalement à la description de ceux que nous avons vus mes amis ou moi, sans néanmoins les rapporter tous.
19. En effet, le cas qui s'est offert à moi pour la première fois, a déjà été publié il y a quarantetrois ans dans les Ephémérides des Curieux de la Nature de Vienne (i). Bien plus, outre cette description qui m'appartient, il en existe une autro du même cas qui fut publiée seize ans après par
(i)Cent 5, obs. 26c
DE LA. DYSURTE ET DE l' ARDEUR DE l'uRINE. 5 I 7 .
celui qui ne savait pas que la mienne l'eût été, dans une Annotation qui se trouve jointe aux œuvres du célèbre Vallisnieri (i), lequel avait assisté avec moi à la dissection que fit un chirurgien. A la vérité les deux descrip lions s'accordent suffisamment entre elles pour les objets principaux; mais si elles diffèrent en quelque chose sous certains rapports, apprenez qu'il est certain que je confiai la mienne au papier le même jour de la dissection , selon mon habitude. Et certes le calcul que je conserve encore chez moi avec l'aiguille autour de laquelle il s'était formé, n'est pas très-dur; ce qu'indique au premier abord sa grosseur comparée à son poids. Car comme il est composé de deux parlies dont chacune approche de la forme ovale, et que la plus grosse, dans l'intérieur de laquelle sont cachées la pointe et près du tiers de la longueur de l'aiguille, comme il est facile d'en juger,' est longue de trois travers de doigt, large de deux, et épaisse d'un et demi, tandis que la plus petite qui rem plissait l'urèlre, de même que sur une autre fille (q) dont vous lirez l'histoire, se continue avec l'une des extrémités de la première partie, de telle sorte qu'elle s'élève à angle droit sur le côté de cette même partie, et qu'elle égale en grosseur le troisième article (phalange) du doigt du milieu; les deux parties prises ensemble avec l'aiguille ne
(i) Tom. 3, p. 3, oss. 12.
(2j Sepulclir. , sect. liâc 25^ obs. 5.
5l8 QUARANTE-DEUXIÈME LETTRE.
pèsent pourtant pas un écu d'argent de Philippe. Du reste, l'inspection même du calcul confirme que sa substance, du moins à l'extérieur, est friable en grande partie, et sa texture spongieuse. En effets quelques lames minces sont tombées d'ellesmêmes de certains endroits, et ont mis à découvert de petites cavernes soujacentes, et une petite poussière blanche ( couleur qui est celle du calcul ) s'est écoulée spontanément de l'intérieur du calcul, semblable à celle qui a coutume de tomber des bâtons de saule vermoulus. Comme je ne pus pas observer ces particularités pendant que le calcul était frais, et qu'elles ne se sont présentées que plus tard, j'ai voulu les ajouter ici à cette description. Ce calcul est donc composé d'écorces telles que s'il y eut eu en même temps d'autres calculs plus durs dans la vessie, elles auraient pu être rompues par le choc de ces derniers, se séparer en fragmens , et sortir avec l'urine ; ce qui n'aurait pas été plus difficile que sur ce vieillard dont il est parlé dans le Sepulchretum (i) d'après une observation de Tulpius.
Vous croirez qu'il n'était pas d'une nature beaucoup plus dure, ce calcul que Heister (2), homme d'une très-grande expérience, avait senti auparavant avec le cathéter sur un jeune homme, à qui il donna bientôt après quelques remèdes communs
(1) Sect. prox. 2/| , obs. 10.
(2) Dissert, de medico nimis lim., n. 36.
DE LA. DYSURIE KT DE l'aRDEUR DE l'uRINE. SiQ
qu'il indique, et au moyen desquels il lui fit rendre en urinant une matière calciforme, et détruisit dans l'espace de trois semaines toutes les incommodités qui existaient depuis quatre ans; or il y avait déjà trois ans qu'il avait opéré cette heureuse cure lorsqu'il écrivit ceci. Et plût à Dieu que tous les calculs qui se développent dans la vessie fussent de cette espèce! Mais vous voyez d'après le Sepulchretum même, combien il est dit qu'il y en a eu qui avaient la dureté de la silice; vous remarquerez même qu'il y est question d'après Heers (i) d'un gros c^àcuX plus dur qu'une silice quelconque y et d'après Brasavoli (2) de dix pierres qui furent trouvées sur Alb. Savonarola, et qui, si on les jetait à terre, rebondissaient comme une paume de trigone ; et vous y lirez enfin que plusieurs personnes virent chez Vander Linden (3) un calcul qui pesait trente-deux onces (on en a peu trouvé de plus lourds), qui était très-dur, compacte , de la couleur de la silice , triangulaire , et duquel on tirait du feu avec le fer , comme de la silice. Ceux que Panaroli (4) cite également, et qui étaient si durs quils ressemblaient à la pierre pjrite (^car frappés avec le fer ils jetaient du feu), je les passe à dessein sous silence, de crainte que vous
(1) Sect. 23 , obs. 7, 5. 5.
(2) Ibid. « obs. 2 , J. 4- /
(3) Ibid. , obs. ij §. I, et sect. 24, obs. 10, §. 3,
(4) Jatrologism., pent. 2 , obs. 34.
520 QUARA NTE-DfcUXiÈME LETTRE.
ne soupçonniez peut-être que comme il dit qu'ils avaient été rendus par une femme, il s'en soit laissé imposer, attendu que Bartholin (i) écrit que plusieurs savans conjecturèrent qu'un imposteur extrêmement adroit trompa ainsi pendant l'opération même de la lithotomie un malade d'une grande noblesse, ainsi que ses amis présens, et cela parce qu'on retirait des étincelles du calcul supposé, et qu'?7 est impossible qu'une telle pierre se forme sur V homme; ce qui faisait qu'il pouvait à peine s'empêcher d'avoir des doutes relativement à un autre calcul d'un^ dureté semblable, qui lui avait été donné comme ayant été retiré, d'une vessie d'homme. Mais pour tous ceux que j'ai cités d'après le Sepulchretum ^ il est dit qu'ils furent trouvés dans la vessie des cadavres; et pour que vous ne soupçonniez pas qu'il y eût un motif de fraude, il est certain que le premier fut rencontré sur un vieillard qui ne s'était jamais plaint d'un calcul de la vessie, comme un autre vieillard ne s'était jamais plaint des reins, quoiqu'il' eût dans celui du côté droit une pierre d'une grosseur et d'une forme extraordinaires, et aussi dure qu une silice quelconque y comme l'écrit un homme célèbre qui assista à la dissection, Christ. Guill. Baïer (2). Quant à moi , il ne m'est point encore arrivé de voir un calcul de la vessie comparable à ceux-là, si
(1) Cent. /\, Epist. niedic. 100.
(2) Coramerc. litt., a. 174^, bebd. 40, n. 2.
DE LA DYSUlîIE ET DE l'aRDEUR DE LURINE. 521
ce n'est dans deux circonstances où deux médecins crédules avaient ajouté foi au récit de femmes fourbes. En effet, d'abord j'en vis ici un qui nonseulement, pour me servir des expressions de Ferrand (i), aurait passé plutôt pour \x\\^ pierre de rivière que pour une pierre de vessie, mais encore était réellement une pierre de rivière, qu'on avait enduite de sang pour faire croire à ceux qui n'y prendraient pas garde, que c'était un calcul vésical. Ensuite un médecin , qui du reste n'était pas un ignorant^ et qui m'avait écrit de Venise qu'une malade rendait presque chaque jour beaucoup de calculs qui n'étaient pas très-petits, m'en envoya plusieurs pour m'en convaincre, parce que je ne le croyais pas facilement; aussitôt que je les eus vus, je m'étonnai qu'il eût pu se trouver quelqu'un qui n'eût pas reconnu sur-le-champ que c'étaient des fragmens volumineux et rudes d'une silice d'où l'on fait jaillir le feu, et je ne lui répondis rien autre chose , si ce n'est qu'il les soumît à une distillation chimique, et qu'il me fit connaître ce qu'il obtiendrait; or je n'ai plus reçu de lettres de lui.
Toutefois je ne dis pas ceci comme si d'autres n'avaient pas pu voir ailleurs ce que je n'ai vu nulle part, en quelque endroit que j'aie été. Bien plus, j'ai engagé quelqu'un de ce pays qui niait qu'un calcul pût appartenir à l'espèce humaine par la
(i) Sepuichr.^ sect. cit. 23^ obs. 3, J. 5.
seule raison qu'il résistait au marteau, de considérer aussi les autres circonstances et de les examiner avec plus de soin , attendu que nous voyons que des hommes savans citent Steinius , qui a parlé dans sa Lithographie de pierres d'hommes qui résistaient à des coups de marteau. D'ailleurs il faut assurément» croire Morand (i) , homme d'une très-grande expérience, lorsqu'il écrit que les calciils qu'il appelle /;2wrrt5«/.r reçoivent le même poli que le marbre; ce qui lui a fait penser qu'ils ne peuvent même pas être détruits par ce remède lithontriplique sur lequel il a fait tant d'expériences ingénieuses, qui avait été publié depuis assez peu de temps en Angleterre, et avec lequel on a reconnu au moyen du cathéter lui-même qu'on avait diminué ou dissous d'autres calculs en assez grand nombre sur sept sujets. Au reste Franc. Sylvius et Boerhaave s'étonneraient, s'ils vivaient, que Von avance que les sels alcalins, et même qu'eux seids peuvent produire l'effet qu'ils avaient enseigné être produit, l'un (2) par l'esprit acide de sel de pierre ou de nitre, et l'autre (3) par V esprit de nitre presque exclusivement à tout autre liquide.
Et plût à Dieu que l'on pût s'étonner que l'emploi de ce remède anglais eût produit le même
(i) M 'm. del'Acad Roy. des Se, a. 1740. (2' Prax nied., 1. 1, c. 55, n. 5o.
(SjPraslecl. ad Inslit. , J. 791.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRIKE. 5^3
effet sur tout le monde , ou du moins sur la plupart des sujets! plût à Dieu du moins qu'il n'eût pas été nuisible! Mais si vous examinez avec soin ce grand nombre d'exceptions qui ont été indiquées dans la suite, et parmi lesquelles se trouvent aussi celles que le célèbre Hazonius (i) a exposées comme devant être tirées de la nature du calcul, de l'âge du malade et de son tempérament, vous verrez clairement combien souvent ce remède a pu être inutile ou nuisible; et si vous lisez les histoires et les dissections dont il est fait mention dans le Comniercium Litterariiun (2), vous comprendrez facilement quels funestes effets résultèrent de son administration pour les parties intérieures et surtout pour les organes urinaires, et en même temps comme les calculs ou le calcul n'éprouvèrent aucune érosion; ce que les sédimens des urines auraient fait voir.
Lorsque je dis ceci, ne croyez pas qu'il faille toujours désirer soit l'érosion soit la desquammation des calculs, en considérant en général toutes les espèces de pierres et de lithontriptiques; et pour que vous ne parcouriez pas d'autres livres, vous pouvez apprendre ce que je dis dans le Commercimn déjà cité. Il faut faire attention, à l'endroit où (3) sont décrits les exem]f)les et les dis-
(1) Quaest. de his édita n. 4*
(2) A. 174O;, hebd. 41, n. i\ et a. 174^, hebd. 3^ n. 2.
(3) A. 1733^ bebd. i\.
sections de deux calculeux, au calcul du premier qui avait çà et là des érosions larges et prof ondes ; car après l'administration d'une liqueur lithontriptique, à laquelle il est vraisemblable qu'il faut imputer cet effet, tous les symptômes s'étaient exaspérés, et la vessie était non pas corrodée, il est vrai, mais profondément enflammée vers son orifice. Le célèbre Goetz cite ailleurs (i) le cas d'un homme illustre, qui après avoir fait usage de je ne sais quel remède, rendit avec l'urine une grande qua?itité de petits grains de sable et de petites écailles qui ressemblaient à Vécorce d'un calcul réduit en morceaux ^ et augmenta tellement ses douleurs qu'il en mourut. C'est qu'il paraît que le calcul qu'on trouva après la mort se trouvant ^nVé de son écorce visqueuse et égale qui s'appliquait imjyunément sur les côtés de la vessie^ et s' étant implanté au col de ce viscère par une surface fort dure, illégale et cous^erte d'aspérités, donna lieu à ces douleurs mortelles, surtout lorsqu'on se rappelle ce qui a été écrit plus haut (2).
Cependant il est un remède qui réussit mieux que ce lithontriptique anglais, lequel a été désapprouvé par plus d'un médecin très-savant de cette nation , et nommément par Méad (3); ce remède, d'après ce dernier auteur, est de l'eau préparée
(i) A. 17H1, liebd. 23.
(3) Monit. medic. ^ c. 10 in fin.
DE LA. DTSURTE ET DE l'akDKUR DE l'uRINE. ^iS
avec des écailles d'huîtres ou d'autres coquillages calcinés convenablement, et par son effet de -petits morceaux de calculs qui n'étaient pas très-durs , et qui étaient semblables tantôt à de petits grains de sable y tantôt à de petits noyaux , ont été rejetés avec Vurine, Il recommande la dissertation du célèbre auteur Rob. Whytt sur cette eau. Quant aux expériences faites à Helmstad pour chercher la nature de la même eau, et d'après lesquelles il a paru qu'elle était alcaiino-sulfureuse , vous les lirez dans une autre dissertation qui fut publiée dans la même ville sous la présidence du célèbre Kruger (i).
Il y a eu aussi des médecins qui ayant mêlé des acides avec des alcalis , et ayant observé que des calculs jetés dans ce mélange ainsi en effervescence ^'étaient dissous entièrement ou jusqu'à un certain point, ont injecté un liquide de cette espèce en effervescence dans la vessie de quelques chiens , et ont exploré jusqu'à quel point celle-ci pouvait le supporter. Mais quand même la vessie supporterait ce liquide dans son état d'intégrité, le supporterait-elle aussi si elle était irritée et ulcérée par des calculs? Non assurément, puisqu'il est prouvé par les expériences (2) de Morand que le mal augmente dans une vessie ulcérée par l'effet de ce premier remède anglais, quoiqu'il ne soit pas en
- «■' ■■ .1 ■■ ■ ' ■ ■ — ■ ■ ■■—■■» —.— — ■ ...11.. I ..I II, n ■ I ■ ■! ■■ — ». t '■■ M. — ■■■ ■ ,i.ji
(1) Dissert, quâ exhibentur experim. cum aqiiâ ostreo derm. instituta.
(3) Mém. cit.
5^6 QUAKANTE-DEUXIÈME LETTRE.
effervescence, et qu'il ait été dissous par la quantité d'urine avec laquelle il descend dans la vessie. Mais revenons aux calculs qui se forment sur les aiguilles.
20. Une jeune fille de la campagne, du même âge à peu près que cette première dont l'histoire a été décrite dans les Ephémérides (i) (car elle mourut âgée de quatorze ans) , faisant depuis seize mois ce que faisait la première, mérita d'éprouver le même sort. En effet, s'étant introduit fort profondément dans l'urètre une aiguille de tête en cuivre, quoiqu'elle fût fléchie en angle à son milieu, elle la sentit échapper tout à coup à ses doigts et se cacher tout entière dans la vessie. Elle garda le silence par pudeur, non-seulement alors, mais encore presque jusqu'à sa mort, sur la véritable cause des douleurs et des incommodités qu'elle éprouva, surtout en urinant. Ces incommodités furent si grandes et si nombreuses , qu'une tumeur qui se forma enfin à l'hypogastre et dans la partie voisine des flancs, répandait du pus par deux trous qu'il s'était faits lui-même, Tun plus grand, l'autre plus petit, et dont le premier se trouvait au flanc gauche, et le second à droite, aux limites de ce que j'appelle avec Laurent (2) l'hypogastre proprement dit. Elle fut reçue dans cet état un ou deux mois avant sa mort à l'hôpital
(1) p^id. sn^rh. y ad initium^ ïi* ^9"
(2) Hist. anat. hum. corp.^ 1. 6, c. 2.
DE LA DYSUlllE JiT DE L ARDEUR DE l'uRINE. ^2^]
de Padoue. Là on remarqua facilement que l'urine se répandait en même temps que le pus par les deux trous, mais plus par celui du côté gauche, au-dessous duquel était une cavité assez grande avec laquelle le trou du côté droit communiquait également. Comme un stylet rencontrait quelque chose de dur dans cette cavité, on me demanda ce que je croyais que c'était. Je me rappelai ce qui s'opposait sur la première fille à l'introduction d'un stylet par la fistule qui était ouverte à l'un des flancs et qui répandait de l'urine avec du pus. En apprenant que cette jeune fille était aussi tourmentée par des douleurs de la vessie en urinant, et qu'elle rendait une urine peu abondante et purulente , je répondis qu'il fallait lui demander si par hasard elle s'était introduit dans l'urètre une aiguille ou quelque autre corps. Elle le nia jusqu'à ce que le trou du côté gauche ayant été agrandi par une légère incision des tégumens communs, tout le monde vit dans l'intérieur de la cavité la pointe et une grande partie de l'aiguille. Alors elle avoua ce qu'elle ne pouvait plus cacher; mais c'était trop tard. En effet l'aiguille ne pouvait plus être retirée, parce qu'il s'était formé autour d'elle un calcul que l'on pouvait sentir facilement avec un stylet introduit soit par cette cavité, soit par l'urètre, et qu'il n'était pas possible de pousser même légèrement sans exciter de grandes douleurs. Le même calcul empêchait aussi que si l'on voulait injecter quelque liquide par l'urètre pour apaiser
les douleurs, il ne parvînt dans la vessie. A ceci s'était jointe une extrême maigreur; la quantité et la fétidité du pus augmentaient de jour en jour, et il s'était même manifesté une fièvre violente. Celle-ci fut suivie de dégoût pour toutes sortes d'alimens , de vomissement, d'un flux du ventre de matières jaunes, de l'affaiblissement des forces et de la débilité du pouls, jusqu'à ce que la mort mit un terme désiré à tant de misères et à tant de plaintes, quoique ceux qui avaient interrogé la malade ne l'eussent jamais entendue se plaindre d'une douleur des lombes.
Examen du cadavre. Le cadavre, qui ressemblait à un squelette couvert de sa peau, fut disséqué en plein air et dans un lieu très-vaste, parce que la saison était extrêmement chaude; car c'était au commencement du mois de juillet de l'an 1738. Avant tout, j'ordonnai de faire passer un stylet dans la cavité de l'ulcère à travers le trou du côté droit, et de mettre à découvert tout ce sinus. Celui-ci était situé entre les muscles de l'abdomen et les légumens, et il n'avait nulle part aucune communication , si ce n'est avec cette cavité. Celleci, longue et large de trois doigts, s'étendait du flanc gauche vers la ligne blanche, et était bien séparée de la cavité du ventre par une paroi postérieure mince qui était formée pai:* les restes des muscles et par le péritoine; mais la même paroi était ouverte à droite, et communiquait avec le fond de la vessie, tandis qu'une grande partie de
DE LA BYSIIRIE ET DE l' ARDEUR DE l'uRTNE. 5^9
Taiguille péné!rait par là dans la cavité de Tulcere. Alors Fabdomeii fut incisé de telle sorte que la section ne parvenait pas jusqu'à la vessie. Bien que celle-ci fût petite, cependant à l'endroit le plus élevé, c'est-à-dire au-dessus des os du pubis, elle était adhérente à la face interne de l'abdomen, dans cette partie seulement où elle s'ouvrait dans la cavité de l'ulcère, de telle sorte que rien ne pouvait s'épancher dans la cavité du ventre, dans laquelle effectivement il n'y avait aucun épanchement de liquide. En outre, le bord inférieur de Tépiploon, dans lequel il restait à peine cà et là quelque peu de graisse, était très-étroiteraeut attaché à la partie du péritoine voisine de la vessie. Après avoir ainsi examiné ces objets et écarté les os du pubis, la vessie se présenta tout entière à la vue, et après qu'elle eut été ouverte avec l'urètre qui était saine, nous trouvâmes ses tuniques épaissies, et tellement contractées, qu'elles pouvaient à peine contenir autre chose que le calcul, auquel étaient adhérentes çà et là les membranes intérieures, qui étaient inégales, ulcérées en plusieurs endroils, et gangrenées comme la cavité de l'ulcère. Le calcul avait un peu plus de deux travers de doigt de long, et il éJait un peu plus gros que le pouce, et d'une forme ovale; son sommet regardait les parties supérieures , ainsi que la pointe de l'aiguille, et toute la partie de celie-ci qui s'étendait jusqu'à l'ang'e dont il a été parié au commencement, et qui était presque parallèle au cal- VI. 34
53o QI^ ARviîvTE-DEUXI ÈME LETTRE.
cul, dont elle était séparée par l'intervalle cran ponce. La partie restante de l'aiguille presque tout entière était aussi hors du calcul, autant qu'on pouvait le conjecturer, tandis qu'il n'y avait que sa petite tête et quelque portion voisine qui étaient implantées d'une manière très-ferme dans le milieu du côté gauche de la pierre , c'est-à-dire qui se trouvaient couvertes par la concrétion de ce corps. Cette concrétion était fort inégale dans celte face et dans ses deux extrémités, pendant que sa face opposée était presque lisse et blanchâtre, si ce n'est à un endroit où elle présente une couleur jaunâtre, ainsi que toute la partie gauche; car je la décris comme je la vois maintenant; mais alors elle était sanguinolente en certains endroits, et d'une couleur brune et sale dans le reste. Le calcul pesé aussi alors avec des poids médicinaux, attaché à l'aiguille tel qu'il est, avait été trouvé plus léger que sept drachmes de quelques grains, et maintenant il dépasse de quelques grains cinq drachmes et deux scrupules. Yoici en quoi les autres parties du ventre s'éloignaient de l'état naturel. Certains intestins étaient un peu livides, et un peu gonflés par cette humeur jaune qui était évacuée en dernier lieu; le foie était blanchâtre, et la rate fort livide et un peu plus grosse qu'elle ne devait l'être. Quant aux uretères et aux reins eux-mêmes, ils étaient en très-mauvais état. En effet, les premières étaient dilatées et pleines de pus, tel que celui qui s'était trouvé aussi en grande quantité
DE LA. DYSURIK ET DE l'aRDEUR DE L URINF. 53 l
daOvS la cavité cle l'ulcère, liquide et (î'un blanc jaunâtre, c'est-à-dire qu'il était rnélé avec de l'urine. Pour les reins, ils étaient plus volumineux que dans l'état naturel, surtout celui du côté droit, qui était également endurci et creusé intérieurement par des cellules peu considérables, mais nombreuses, et tellement distendues par du pus de la même nature, ainsi que le bassinet, que ce liquide sauta fort haut quand on coupa le viscère. Les tuniques adipeuse et propre du rein gauche étant unies entre elles, épaisses et dures, retenaient un pus semblable,qui s'écoulait de la surface du rein, qu'il avait corrodée en certains endroits, de même que différentes parties de l'intérieur. Du reste une odeur très-fétide qui s'élevait des reins et^^de la vessie, empêcha d'ouvrir la poitrine, dont il n'avait existé aucun indice de lésion.
21. Vous comprendrez facilement d'après de plus longs détails que j'ajouterai ici pour vous, ce que je dis aussitôt après la dissection ainsi achevée, selon mon habitude, à plusieurs personnages distingués qui étaient présens, ainsi qu'à des professeurs et à des étudians en médecine et en chirurgie. Relativement à la cause qui porta cette jeune fille et tant d'autres à s'introduire dans l'urètre de petites têtes d'aiguilles, il ne faut pas tant la chercher dans les lacunes de l'humeur lascive, puisqu'elles se trouvent à un autre endroit et hors de ce canal, à moins que vous ne croyez par hasard que c'est à la même espèce qu'appartiennent aussi
les petits conduits que j'ai décrits (i) dans l'intérieur de l'urètre de la femme; il ne faut pas tant la chercher, dis- je, dans ces lacunes que dans la sensibilité exquise de la membrane dont ce canal est tapissé intérieurement. En effet, si elles ne frottaient pas cette membrane fort proforrdément, il ne pourrait pas arriver que Taiguille échappant à leurs doigts par une contraction subite et forte de la partie inférieure de la vessie, se cachât tout entière dans l'intérieur de cet organe, surtout lorsqu'elle est un peu loiigue. Car je rapporte ce fâcheux accident avec Molinetti (2) à la vessie ou à son sphuicter, et non, comme on le dit, à une certaine force de l'utérus, qui, quand même il attirerait, n'entraînerait pourtant pas dans la vessie les corps attirés. Après que les aiguilles ont été entraînées dans ce dernier viscère, elles tombent d'elles-mêmes peu de temps après sur quelques sujets, comme cela eut lieu sur les deux jeunes filles dont il est question dans Vallisnieri(3), pendant que l'une dormait, et que l'autre urinait. Au reste je crois que sur ces deux filles elles étaient entrées seulement en partie dans la vessie, ainsi que peut-être sur une troisième, attendu que l'aiguille étant tordue, une partie resta plus facilement dans l'urètre, tandis que l'autre fut retenue
(i) Advers. I, n. 10, et IV, animadv. 24.
(2) Disi-ert. anal, pathol., 1. 6, c. 8.
(3] In adnot. ad obs. suprà, ad n. 19 cit.
DE LA. BYSTJRIE ET DE LARDEUR DE l'uRINE. 5'33
environ un mois dans la vessie. Malgré cela aucune matière calculeuse ne s'était concrélée sur cette dernière partie. II n'est pas dit non plus qu'une concrétion se fût formée sur l'aiguille qu'une quatrième (i) s'introduisit, et qui fut rendue en urinant quinze jours après; et à l'égard de celle-ci il existe peut-être aussi un indice qui prouve qu'elle s'arrêta dans la voie de l'urine par sa partie inférieure et pointue, c'est que la jeune fille se plaignit seulement d'un sentiment de piqûre aux environs du col de la vessie.
Mais, bien que ceci doive être éclairci par ce que je dirai plus bas (2) de la pointe des aiguilles fixée dans l'urètre, je ne nierai pourtant pas que les aiguilles que la vessie aura reçues tout entières, ne puissent quelquefois se tourner de manière à sortir également par le méat urinaire. Quant à ce qu'il ne s'attacha point de matière calculeuse à l'aiguille dans l'espace de quinze jours et même d'un mois sur les deux jeunes filles dont je parlais tout à l'heure, tandis que nous savons qu'il s'en attacha sur d'autres dans un espace de temps beaucoup plus court, il peut y en avoir plus d'une cause. En effet, toutes les femmes n'ont pas Turine également chargée de parcelles propres à s'arrêter et à former un calcul; d'ailleurs les unes retiennent ce liquide plus Icmg-temps, les autres moins
{i)Ibid.
(2) N. 25 et seq.
3jl] quarante -deuxième lettre.
long-temps, et la matière ou la surface des différentes aiguilles n'est pas la même. C'est ainsi que Vallisnierif i) conjecture qu'une aiguille d'argent, par ceia inéme qu'elle était d'argent, fut retirée de la ^essie s-^ns aucune addition de concrétion calcujeuse; conjecture qui toutefois deviendra plus crovable, si elle est corjfirmée par d'autres exemples. C'est ainsi qu'une concrétion semble devoir s'altacher plus facilement à une surface couverte d'aspérités qu'à une surface très-polie; et c'est peut-être à cela qu'il faut rapporter la cause pour laquelle 'e plus souvent le calcul couvre une partie des aiguilles, et laisse l'autre entièrement à nu. Aussi sur la première des âeiix jeunes filles dont j'ai examiné les cadavres la vessie fut perforée par la petite téîe de l'aiguille, et sur la seconde par la poirkte , parce que sur celle-là la concrétion couvrit plus facilement la partie inférieure qui présentait peut-être plus d'aspérités, et sur celle-ci l'extrémilé opposée pour le même motif.
Au reste, parmi les femmes qui ont porté dans la vessie une aiguille qu'elles s'étaient introduite, et un calcul assez volumineux qui s'était formé sur celle-ci, aucune , autant que je me souviens de l'avoir lu, ne les a portés plus long-temps (avec la circonstance toutefois de la conservation de la vie après l'extraction de l'aiguille) que cette Vénitienne dont Molinetti, qui l'avait traitée en 1649,
(1) Obs. cit.
DE LA DYSUllIE FT DE l'aRDLUR DE l'uRIJNE. 535
a publié (i) le cas, en y joignant le dessin de Taignille et du calcul, qu'il avait coutume de faire voir dans cet Amphithéâtre d'Anatomie, où Moinicheni assure l'avoir vu dans une lettre adressée à Tlio. Barlholin (2); car ce Barlholin, comme un auteur du reste très-érudit l'a écrit par négligence , ne put pas être témoin de l'extraction de ce calcul qui fut opérée après qu'il eut quitté (3) Padoue, et même Fltalie. Ce calcul est encore le même que celui dont le même Moinicheni fait mention dans ses observations (4); ce que je rappelle parce qu'il ne paraît pas qu'à la fin d'une Annotation faite a une observation de Yallisnieri (j'ai souvent cité l'une et l'autre) on le reconnaisse pour le même, que celui au sujet duquel Vallisnieri avait écrit qu'on avait coutume de le montrer dans cet Amphithéâtre, et qu'il le conservait actuellement dans son ?vîusée; car relativement à ce qu'il a dit qu'on en avait fait l'extraction sur une femme de Padoue et non de Venise, ce fut là, je pense, la cause de l'erreur; mais cette erreur pouvait facilement être évitée si l'on avait lu Molinetti , dans le livre duquel il semble que l'on ignore que se trouve la description. Et à ce sujet je parle aussi de Lanzoni, parce cjue sans cela il se serait moins étonné dans la scholie qu'il a faite à cette obser-
(i) C. supra cit.
(2) 87^ in hujus Epist. , cent. 1.
(3) Vid. cent. \, Epist. 7 3 et seq.
(4) Med. chir. 22.
vation de Moinicheni, quune aiguille en os eût été cachée pendant long-temps dans la vessie sans avoir produit aucune lésion de cet organe lui-même ^ et sans avoir causé aucune incommodité à la jeune fille. Les paroles mêmes de Moinicheni , et à p us forte raison celles de Molinetti, qui parle de ce que la jeune fille souffrit non-seulement pendant l'extraction, mais encore avant et après, lie permettaient pas de dire cela. Que si la vessie de cette fille fut beaucoup moins lésée par raignille que celle des autres dont j'ai parlé, cela venait peutêtre de ce que la pointe resta moins long- temps dans la vessie que dans l'urètre, hors de laquelle elle fut enfin chassée par le poids du calcul qui la pressait d'en haut , état dans lequel Molinetti la trouva.
22. Celui là préviendra ces malheurs, et même la mort, qui averti à temps retirera l'aiguille avant que le calcul ne se forme, avec uiie telle dextérité que la vessie n'en soit nullement lésée, si la chose est possible. Cette opération a été heureusement pratiquée soit par d'autres dont il est parlé dans Vallisnieri (i), soit surtout par deux de mes amis que j'ai cités ailleurs, Mariani et Yolpie. T^e premier, d'après ce qu'il m'écrivit dans une lettre qu'il m'adressa le 12 décembre de l'an 1720, fit l'extraction d'une aiguille sur une jeune fille de la campagne qui déjà pissait du sang, après l'avoir adroi-
(1) Obs. et adnot. suprà, ad n. 21 cit.
I)E LA DYSUItlE ET DE l'aRBKUR DE l'dRIJVE. 537
îement ramenée cFune position transversale à une position droite. Or c'élait une aiguille de tête en os. Quant à celle dgnt Volpie fit l'extraction sur une jeune fille de la ville, et que j'ai vue, elle était en cuivre. Or il l'avait retirée peu de semaines avant que je ne reçusse cette lettre de Mariani , sans le secours d'aucun instrument autre qu'un fil de fer très-poli, dont il avait courbé l'une des extrémités en forme de petit crochet et presque d'anneau, de telle sorte qîi'il pouvait prendre l'aiguille sans blesser la vessie, et que celle-ci étant une fois prise, sa petite tête empêchait qu'elle ne s'échappât.
Que si le fait est connu beaucoup trop tard, et lorsque le calcul est déjà formé, et que celui-ci ne soit pas tel qu'il puisse être retiré par l'urètre trèsfacilement , il faudra chercher avec habileté, avant de soumettre la femme aux tourmens d'une extraction trop difficile, si par hasard non-seulement la vessie (ce qu'il est facile à tout le monde de soupçonner), mais encore les uretères, et surtout les reins (soupçon qui naît de mes dissections), ont déjà contracté une telle lésion, que malgré l'extraction de l'aiguille et du calcul, la femme doit néanmoins mourir. Or la conjecture d'une affection des reins se déduira non pas tant des douleurs des lombes (qui peuvent manquer d'après ce que nous avons vu (i), ou être obscur-
(i) Suprà, n. 2 et seq[. , et 11. i3 et seç[.
:)8 QUARAISTE-DEUXIÈME LETTRE.
cies, d'après un aphorisme (i) cmippocrate, par des douleurs de la vessie beaucoup plus violentes, comme cela avait peut-être lieu sur la jeune fille (2) dont rtiistoire a été rapportée), que de la suppression de Furine dans la vessie, qui aura existé précédemment à plusieurs reprises, et quelquefois peruiant long-temps, ou de sa rétention trop fréquente dans le but d'éviter des douleurs très- vives, ou de son excrétion trop peu abondante. Au sujet de cette excrétion il faut prendre garde, en l'estimant, de ne pas nous laisser tromper quelquefois par une strangurie continuelle, nous rappelant qu'à cette strangurie peut se joindre la rétention d'une quantité d'urine aussi considérable que je l'indiquerai lorsqu'il sera question (3) de la Claudication ; quoique cela ait déjà été suffisamment démontré dans d'autres Lettres (4) : d'ailleurs le Sepulchretum (5) lui-même voi^s fournira une histoire où vous lirez qu'on trouva le col de la vessie tellement relâché à la suite d'une paralysie, o^ on j introduisait facilement un doigt y ce qui faisait que V urine sortait avant la mort sans que le malade le sentit; et cependant la vessie qui était presque deux fois trop volumineuse, se trouvait entièrement remplie de ce li^
(i) 46 , se€t> 2.
(3) Episl. 56, n. 12.
(4) Epist. l\,n. 19, et Epist. 89, n. 33.
(5) Sect. liLijus 3 , 1. 27, obs. 2, 5- ^'
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE L URINE. ÔSq
qulde. Or vous avez appris par ces Lettres combien Turine retenue avait agrandi les uretères, et combien aussi elle avait dilaté la cavité des reins, et lésé leur substance même, au moins sur un sujet. 23. Que si ces lésions sont produites par la rétention d'une partie de l'urine, à combien plus forte raison le seront-elles par une suppression longue et répétée de tout ce liquide dans l'intérieur de la vessie, ou par la rétention fréquente et de l'urine et du pus lui-même? Certes pour la suppression, vous en avez dans le Sepulchretuni plusieurs exemples, parmi lesquels se trouvent ceuxdeRumler(i) et deBaillou (2); celui-ci trouva les uretères fort amples, et celui-là vit ces conduits remplis d'urine, et les reins d'une telle grosseur sur un enfant, qu'ils pourraient à peine en présenter une aussi considérable sur un adulte. C'est d'après cela que le célèbre Fantoni (3) a pensé avec raison que lorsque dans ce cas on évacue avec le cathéter plus d'urine que la vessie ne semble en con tenir , elle peut venir aussi en partie des uretères distendues ^ et en partie des reins eux-mêmes qui sont quelquefois agrandis. C'est que quand la vessie ne peut déjà plus rien contenir, tout ce qui se sécrète incessamment d'urine dans les reins, distend d'abord les uretères, et ensuite aussi ces viscères eux--
(i) Sect. 24, obs. 12, §. 6.
(3) Ihid. ,5.7.
(3) Dissert. anat. renov, 7.
d4o quarante-deuxième le t tue.
mêmes. Ceci n'échappa point à Arétée (i). Dès que r urine se supprime dans la vessie, dit-il, les parties supérieures ^ c'est-à-dire les reins se remplissent aussi . les conduits de V urine ( les Grecs les appel-lent uretères^ sont distendus. Comme cela a lieu également lorsqu'il n'y a aucun calcul dans la vessie, ou qu'il est dit qu'il n'y en avait eu aucun auparavant, comme dans les exemples qui ont été rapportés , ainsi que dans celui qui est analysé par les auteurs (si) du Commercium Litterarium, ou dans ceux qu'on peut lire dans les Actes (3) de l'Académie de Vienne, ou dans les Actes (4) Helvétiques (car la sortie de l'urine de la vessie ayant été empêchée par un abcès de ce viscère, ou par le rétrécissement de la voie à travers la prostate, ou bien l'abord de ce liquide dans le même organe ne s'étant pas opéré par suite d'une trèsgrande diminution de sa capacité, on trouva les reins gros et les uretères amples, ou du moins ces dernières dilatées, au point c^u' elles dépassaient le diamètre du petit doigt j ou qu'elles égalaient celui du gros doigt); comme, dis-je, cela a lieu également sans calculs, un homme qui du reste a beaucoup d'expérience n'aurait certes pas dû rapporter TUiiquement cet effet au séjour des pierres dans
(i) De CRUS, et sig. acut. morb., 1. i, c. lo.
(2) A. 1788^ hebd. 82, n. 1.
(3) Tom. I, obs. 164.
(4)Tom. I.
DE LA DYSURIJI ET Î)K I^'aRDEVR DE l'uRIIVE. 54 I
les uretères où elles s'opposent à la descente de l'urine, et de ce qu'un sujet avait un calcul dans la vessie, et les deux uretères dilatées, il n'aurait pas fallu conclure que ce calcul était nécessairement composé de deux, qui se seraient arrêtés dans les deux uretères.
Mais comme ce que j'ai dit a lieu même quand la vessie peut s'étendre à une grande capacité, vous comprenez assurément combien cela doit arriver plus facilement, si ce viscère étant contracté sur lui-même, comme dans un des exemples indiques, ou étant occupé intérieurement par quelque corps étranger, laisse moins et quelquefois à peine un peu d'espace à l'urine, soit qu'il en résulte une ischurie, ou seulement une strangurie. ^ C'est ainsi que vous voyez dans le Sepulchretum (i) ce que Sylvius observa après une ischurie, savoir les uretères recevant assez souvent le pouce ^ etcontenant de l'urine dans leur cavité jusqu'aux reins eux-mêmes, comme il l'écrit non pas livre 2, mais i {Prax. Med., cap, 56.), et que vous y trouverez aussi la description (2) d'une histoire qui fut communiquée à Riolan , et dans laquelle il est dit qu'après la même affection les reins étaient deux fois plus gros quà V ordinaire ^ remplis et engorgés de sérosité , Xdi\u\\^ que les uretères se trouvaient très-amples et tellement distendues par de la sérosité,
(1) Sect. 24 cit. , oibs. 6, 5. 8.
(2) Ibid., obs. 16.
.UK('
Sl^I QUA41AJÎÏTE- deuxième LETTRE.
qu'elles pouvaient facilement recevoir le petit doigt. Quant à la strangurie, vous lirez dans le même ouvrage (i) que Caltier trouva après cette incommodité les reins distendus et engorgés d'urine , qui s'écoula en abondance après leur dissection ^ et les uretères extrêmement grosses. Fantoni (2), déjà cité, trouva aussi les uretères très-amples après une dysurie produite par une cause de la même espèce; or plus la dysurie est violente, comme celie-là, plus elle est ordinairement accompagnée d'une strangurie grave.
Ainsi, comme sur les deux jeunes filles dont j^ai fait Texamen des cadavres , la dysurie avait été trèsviolente, et que la Vessie était extrêmement contractée et presque totalement remplie par un calcul , il n'est pas étonnant que l'urine se fût arrêtée en assez grande quantité dans les uretères et dans les reins, avant qu'elle ne pût sortir un peu plus librement par la voie que l'aiguille fraya, pour pouvoir dilater ces conduits, et même vicier les reins, par la raison surtout qu'elle était mêlée avec du pus, lequel s'écoulait des tuniques ulcérées de la vessie. En effet, quoique Eustachi (3) confirmât que quand les choses sont dans l'état naturel Une peut rien sortir de la vessie par les méats urinaires (les ^jretères), cependant il disait avoir observé
(1) Secl. hâc ib , obs. 8 , ^. 7.
(li) De observ. nied. , et anat. Epist.iS^ n. i5.
(3) Tract, de renib.^ c. iiltimo.
DE LA DYSTJRIE ET DE L'ARBîLUr. DE tAtRIÎVE. 543
quelquefois que le contraire eut lieu sur plusieurs malades dans une grande et une longue suppression d'urine. C'est que quand les orifices des uretères dans la vessie ont été considérablement agrandis en même temps que ces conduits, il ne reste plus aucune partie de ceux-ci qui traverse obliquement les tuniques de ce viscère ; et par conséquen t non-seulement alors une portion de l'urine peut revenir par là, maisencoresilasuppression commence à céder ou n'existe déjà plus, la vessie se contracte pour rendre ce liquide et en pousse en baut une quantité d'autant plus grande à travers ces orifices agrandis, qu'elle peut en cbasser moins par en bas à travers l'orifice de l'urètre, parce que le calcul s'oppose à cette expulsion par intervalles. Que si par hasard il s'y est moins opposé un peu auparavant, et que par conséquent l'urine ayant été rendue en plus grande quantité par l'urètre, il n'en reste plus beaucoup dans les uretères dilatées, vous comprenez assurément que si le calcul se place de nouveau bientôt après devant ce canal , l'urine devra être poussée sans difficulté jusqu'aux reins à travers les uretères, et avec elle le pus, si par hasard il y en a ; ce qui aura lieu surtout si le malade est couché pendant qu'il s'efforce d'uriner.
24. Mais cela, comme vous voyez, est commun aux hommes et aux femmes , et peut en définitive être produit aussi par les pierres qui se forment dansla vessie sansque ce soitautour d'une aiguille,
comme le prouvent, outre cette histoire du jeune homme que j'ai décrite plus haut, tant (i) d'autres observations, dont je veux citer ici quelques-unes, pour que vous puissiez les réunir à celles du Sepulchretum. Henr. Henrici parle dans une Dissertation sur l'abcès du mésentère (2), d'une jeune fille de cinq ans dont une uretère simulait un intestin à la suite de la stagnation de l'urine produite par un calcul de la vessie, tandis que l'un des reins dépassait trois fois la grosseur de l'autre. Il existe dans les Actes des Erudits de Leipsick (3) une observation de Groenevelt, qui fut recueillie sur un enfant calculeux, dont les uretères ressemblaient à un intestin grêle par leur capacité. Mauchart (4) trouva sur un vieillard qui avait été affecté fort souvent d'une strangurie causée par un calcul de la vessie, les mêmes coni\mXi^ gonflés comme r intestin iléon par l'urine qu'ils contenaient, et qui était semblable à du lait dont on a extrait la partie butireuse, tandis que les reins étaient aussi très- gros et inégaux, et que leurs bassinets étaient distendus jusqu'à présenter la grosseur d'un œuf Laubius (5) vit sur un matelot atteint de la même maladie avec le même symptôme, non-seu-
(3) A. JS685, m. mart.
(4) Eph. N. C. , cent. ^, obs. i5.
(5) Ibid. , obs. 22.
DE LA DYSURIE ET DE LAilDEUIl DE l'uRïNE. 5^^
lemeat \es uretères extrèmemeut dilaîées avec les bassinets, mais encore l'un des reins volumineux et ulcéré, et l'autre au contraire attaqué d'atrophie. Après les mêmes affections Lospichler (i) trouva sur un marchand les uretères tellement distendues par de l'urine en staejnalion, qu'elles permettaient facilement l'entrée d'an gros pouce; tandis que Brunner (2) rapporte que ces conduits étaient moins gonflés sur un prince, mais il ajoute que le dos des reins ayant été incisé l'urine sauta en grande quantité.
Yous direz peut-être que les lésions que Fou remarque dans les rems et dans les uretères de ceux qui sont affectés d'un calcul de la vessie, doivent être imputées à celui-ci, non pas quand il est déjà dans la vessie , mais pendant qu'il est attaché dans les reins ou dans les uretères. Que telle fut l'opinion de Butzmann (3) lorsqu'il trouva à la place du rein sur un enfant qui fut long-temps tourmenté par les affections dont je parle, un petit sac rempli de pus. Que R.-J. Camérarius (4) pensa que c'était à la même cause qu'il fallait rapporter 1 état d'un rein purulent et d'une uretère dilatée et corrodée, sur un enfant atteint des mêmes affections. Qu'il existe même deux observa-
(i) Cent. 1, obs. 58.
(2) Cent. 9, obs. a.
(3) Dec. 3, a. 7 et 8, obs. 27.
(4) Specim. experim. circa générât. ^ s. 2, c. 3, hist. 3.