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l'autre de ces malades il avait existé antérieurement des signes d'une lésion des reins, et il existait encore, comme sur le notre, une fièvre lente et de la maigreur. Tous les deux rendaient des urines dont le sédiment n'était ni fétide ni visqueux, mais inodore et liquide , et ressemblait au lait luimême. Ces deux médecins affirmaient que c'était du pus qui s'écoulait des reins. D'autres le niaient, principalement sur l'évéque. Mais la dissection qui fit voir que la substance de l'un des reins était détruite ou perforée par un abcès, fut en faveur des premiers.
Quoique en disant ceci j'eusse plutôt l'air de citer que de prononcer, et quoique je parlasse de 3a difficulté du jugement dans la détermination du siège ou de la nature cachés des maladies, et que j'avouasse que je n'étais pas plus judicieux que tant d'autres qui avaient été consultés les jours précédens,cependantil futévident pour tous les grands personnages et pour tous les savans qui se trouvaient là en assez grand nombre, de quel côté mon esprit penchait, comme je l'ai dit. Et après la mort du sujet, qui eut lieu quelque temps après, la dissection ne fut point contraire à mon opinion, puisqu'on trouva le rein du côté affecté à demi putréfié, et réduit à un petit volume, comme je l'appris ensuite assez positivement, quoique l'ouverture eût fêté aite presque en cachette par un chirurgien inconnu. Mais bien que cela soit prouvé par le silence de ceux qui avaient intérêt à
DE LA DYSURIE ET DE l' ARDEUR DE l'uRINE. 627
ce que l'on crut le contraire, néanmoins comme ni aucun de mes amis ni moi n'assistâmes à la dissection, je n'ai pas jugé à propos d'avancer ici le fait comme certain.
45. Voilà ce qui est arrivé à Padoue. Mais il y avait eu autrefois à Venise une autre controverse entre un plus petit nombre de médecins, pour •savoir si les urines d'un certain abbé, qui paraissaient teintes de sang, Tétaient réellement ou non. Le cas était à peu près semblable à celui dont il est question dans la même vingt-huitième section (i) du Sepulchretum; car le sang ne tombait pas au fond de l'urine quoique conservée pendant fort long- temps. Ayant été consulté, je conseillai de faire une expérience en mettant du feu au-dessous du liquide ; car de cette manière le sang pourrait facilement se coaguler, et se montrer, si réellement il y en avait. C'est pourquoi cette expérience fut faite, et la controverse terminée. D'un autre côté l'illustre Sérao m'ayant consulté pour un malade noble de Naples sur le cas duquel les médecins n'étaient pas d'accord , je lui répondis longuement comment le célèbre Burgmann (2) fit la même recherche avec un linge blanc trempé dans une urine de cette espèce et desséché bientôt après, ainsi que ce que Schelhammer (3)
{i)Obs.9. .
(2) Comiîierc. lilt. , a, lySS, hebd. 36.
(3) Eph. N. C, dec. 3, a. 9, obs. 81.
Ô'iS QUARANTE-DEUXIÈME LETTRE.
trouva au lieu de sang, et de quelle manière il le' t^rouva, et comment il faut d'après Cœlius Aurelianus (i) rapporter le sang sur certains sujets à des hémorrhoïdes de la vessie; mais je ne vous retiendrai pas sur ces objets qui doivent seulement être énoncés, et je vous exhorterai plutôt à jeter les yeux sur les auteurs que j'ai cités, et à lire ce que le savant Helwich (2) a écrit sur ces hémorrhoïdes.
Mais quand vous lirez dans cette même section (3) indiquée un peu plus haut, que des corps cylindriques vermiformes et sanguinolens furent rendus avec l'urine par une veuve qu'une douleur très-violente des lombes tourmentait, vous regretterez qu'on n'ait pas fait avec plus de soin l'examen de la substance de ces corps , parce qu'il aurait pu faire voir que c'étaient des concrétions polypeuses formées ainsi dans l'uretère , plutôt que d^s parcelles cylindriques du rein rongé par un cancer. Car Fauteur de cette observation a reconnu aussi que ce n'étaient pas de véritables lombrics, qui ne peuvent certainement pas être rendus avec les nrines, à moins qu'une voie n'ait été ouverte par la maladie entre la vessie ou l'urètre d'une part, et les intestins de l'autre, comme il a été dit plus haut (4). Ainsi, lorsque vous serez arrivé à la trente-
(1) Morbor. chron., l. 5, c. 4.
(2) Eph. N. C. , tomo modo cit., obs. 119. (3)Obs.26.
(4) N. 6 et 29.
DE LA DYSUIUE ET DE l' ARDEUR DE l'uRIî^E. 6ct^
unième observation de la même section, où il est «lit qu'on vit rendre avec les urines des grains de raisin et de petits morceaux de laitue et d'autres alimens, vous regretterez qu'on n'ait pas agi avec plus de prudence et examiné avec plus de soin , et vous soupçonnerez que puisqu'il est dit que toute la vessie était ulcérée sur le sujet, quelque ulcère s'étendait de cet organe dans quelque intestin. Car il n'est pas difficile qu'une vessie qui est dans cet état, se réunisse avec quelque intestin voisin , et qu'il se forme ainsi par quelque érosion ulcéreuse un petit conduit entre ce premier viscère et le second.
De cette manière on peut peut-être comprendre comment un homme dont Yong (i) a parlé, rendit avec une urine féculente de petits grains de raisin secs, de petites parties de feuilles et de racines, et d'autres choses qu'il avait avalées, ainsi que deux pilules amincies en long. C'est que des coliques très-violentes avaient existé les mois précédens, de sorte qu'il n'est pas contraire à la vraisemblance que quelque intestin enflammé eut pu se réunir avec la vessie, et qu'après la formation de quelque petit abcès, du pus se fût échappé dans la cavité des deux viscères, et eût laissé une fistule ouverte entre l'un et l'autre. Car relativement à ce que l'urine ne répandait point une
(i) P^id. apud Th. Dereham saggio délie transaz., lom, 3 , p. 2, c. 4, S- 29.
63ô OUAÏlANTE-DEtlXrÈME LETTRE.
mauvaise odeur quand Vong fut appelé, que les évacuations alvines n'étaient point mêlées de sang ou de pus, qu'il n'existait point de ténesme, et qu'un liquide coloré introduit par un clystère ne communiquait point sa couleur à l'urine; ce fut sans doute avec raison que ces circonstances ren- , dirent moins croyable à ses yeux la communication entre la vessie et le rectum ou le colon. Mais peut être Taurait-il trouvée plus croyable, s'il eût compris qu'elle existait entre la vessie et quelque portion de l'intestin iléon qui touchait ce viscère; car ces douleurs extrêmement viol en tes qui avaient précédé, purent être iliaques, bien qu'elles eussent été appelées coliques,
4^. Mais de même qu'un trou qui s'étend de la ■vessie à l'intestin rectum contigu, rend facile l'explication de l'évacuation de l'urine par l'anus, de même quelquefois il est si peu apparent après la mort, ou si difficile à croire pendant la vie, qu'il n'est pas permis d'expliquer ainsi d'une manière probable ce phénomène, qui appartient, comme vous voyez, à l'avant-dernière des sections indiquées (i). Tout ce que je dis, je réclairciraî par des exemples. Le plus ancien de ces exemples est de Praxagoras qui rapporte quîl a^aù vu un hoimne qui avait Tendu V urine par le siège ^ et qui avait survécu douze années; et qu'il ignorait s'il avait vécu plus long- temps, parce quil s'était éloi" , r— ■ ' ■ '• ■■'
(i) Suprà, n. 43.
DE LA DYSURIE HT DE l'aT.DEUR DE l'uRINE. 63 T
gné lui-même à cette époque^ et qu'il n avait plus entendu parler de lui. J'ai transcrit ce passage d'après le livre de Rufus d'Ephèse sur les Affections (i) de la Vessie et des Reins y tel qu'on le lit dans l'édition que Henri Etienne a donnée eles maîtres de l'art de guérir; livre dont Vander-Linden et Mercklin (2) ne paraissent pas avoir remarqué qu'il existe une traduction latine. J'ai voulu que vous fussiez instruit de ceci, pour que vous ne vous étonniez point par hasard pourquoi je n'ai pas dit, comme Schencke (3) et ceux qui le copient, que Praxagoras avait vu un homme qui rendit l'urine par le siège pendant douze ans. Toutefois si ce dernier avait dit cela positivement , comme il a dit que Vq sujet avait survécu pendant ce tempslà, il ne faudrait pas s'en étonner, puisque nous avons dans cette même vingt-septième section (4) l'histoire d'un homme qui rendit constamment l'urine par le siège depuis son enfance jusqu'à sa quarantième et même sa cinquantième année ; car un lithotomiste en lui faisant l'opération de la taille dans son enfance, avait blessé la vessie et l'intestin rectum , de telle sorte qu'on trouva après la mort un méat large d'un doigt qui descendait
(2) Linden. renov., vid. Ruffus.
(3) Obs. med. , 1. 3 ^ ubi de urina alien. loc. excréta, obs. i3.
(4) Obs. 1.
du premier de ces viscères dans l'autre. Mais ce que Timpéritie de l'art fit sur cet homme, il semb'e que lo maladie l'avait fait sur celui de Praxagor.4s; car Kufus place l'observation de ce suiet à la suite de ces paroles, quelquefois un abcès se rompt dans V intestin^ quoique, pour ne rien Cacher, il p-irle d'uu abcès des reins; mais vous sa-^ vez que Pechlin (i) dans ua Cas d'ischurie où l'urine était rendue cinq ou six fois par jour par ]e ventre chez \\\\ homme affecté d'uu calcul des reins et de la vessie, ne décida pas si ce liquidé' -passait de la vessie dans Vintestin rectum placé immédiatement au-dessous d'elle par des voies nouvelles et tuhulées , ou bien des reins dans les in^ testins. ' '
Du reste Fernel (2) parle d'un abcès de la vessie, et de l'intestin reclum , lorsqu'il dit qu'on Va vu aussi quelquefois pénétr^er dans Vanus ^ et toute V urine s' écouler par là. En outre, Fabrice de Hilden (3) dans un cas où il avait existé une longue ischurie de la vessie, et où les urines avaient été purulentes, ayant vu celles-ci s'écouler enfin pen-i dant les vingt derniers jours de la vie, non plus par la verge, mais par l'anus, tantôt seules , tantôt mêlées avec des excrémens , trouva un petit ulcère rond qui s'étendait de la cavité de la vessie dans
(1) F'id. Act. Ernd. Lips. , a. 1691, m, maj.
(2) Pathol. , 1. 6, c. i3.
(3) Cent. %j obs. 65.
DE LA DYSURIE ET DE l'aUDEUR DE l'dRINE. 633
l'intestin rectum. C/est pourquoi Horst lui ayant fait savoir qu'une femme qui s'était déchiré les parties génitales en tombant d'un arbre, et qui avait imprudemment fermé la plaie extérieurement bientôt après , n'avait point rendu d urine déjà depuis plus d' un semestre y si ce n'est ^\il s'écou-^ lait chaque jour par le ventre une humidité séreuse y non point avec les excrémens du ventre ^ mais sépa^ rément, il ne balança point à répondre (i) qu'i7 était entièrement persuadé que V arbre avait lésé et perforé non-seulement le col de la vessie et de Vutérus , mais encore V intestin rectum lui-même. Et effectivement l'explication est aussi facile et aussi claire qu'elle l'aurait été sur un homme noble, si le sang qu'il rendait par le ventre n'avait pas caché l'urine qui y était sans doute mêlée; car le célèbre Morasch (2) trouva sur lui wn calcul de la vessie qui était attaché à une chair fongueuse, et qui avait fini par perforer ce viscère, ainsi que l'intestin rectum.
Mais d'un autre côté il est des observations sur lesquelles vous resterezdans le doute, comme celle que j'ai citée une première et une seconde fois plus haut dans un autre sujet d'après les Actes Helvétiques (3). En effet, quoique cet accident, c'est à dire l'écoulemetit de Turine par l'anus se
(i) Cent. 5 , obs. 47.
(2) Eph. N. C, cent. lo, obs. 56.
(3) Tom. u
fût joint peu de temps avant la mort à un pissement de sang et à une dysurie, cependant la vessie ne présenta aucun ulcère, ni aucune voie qui conduisît à l'intestin. A cela ajoutez d'après le Se^ pulchretum (i) une observation qui dura beaucoup plus long-temps. En effet, un enfant qui eut pendant dix ans entiers une suppression totale d'urine, dont il s'écoulait quelques gouttes par l'anus y niais qui était moins limpide y avait les reins et les uretères dans un état tel que la violence des maladies les avait rendus inutiles , tandis que sa vessie n était point perfoi^ée contre nature. Bien pins, dans des cas où il y avait beaucoup d'urine dans la vessie, comme sur le sujet dont parle Rhodius (2), une caroncule de l'urètre ayant donné lieu à une suppression de ce liquide, il s'écoula hien évidemment par V intestin rectum ^ mais seulement jusqu'à ce que la nature après avoir détruit V obstruction ^ le fit passer par la voie ordinaire; de telle sorte que je ne comprends nullement comment l'urine avait entièrement cessé de s'écouler par l'intestin, si une voie contre nature s'était effectivement ouverte de la vessie dans l'intestin. Il y avait également beaucoup d'urine dans la vessie d'un enfant, dont plusieurs auteurs parlent d'après une observation de Bénivéni (3); car il
(1) Sect. î24, obs. 6, J. 1.
(2) Cent. 2 , obs. niecl- 90.
(3) De abdit. morb. causis^ c. 7.
DE LA DTSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. 635
n'en avait pas rendu déjà depuis sept jours, lorsqu'il l'évacua enfiu par i'anus.
Mais pour que vous ne croyiez point par hasard que Rhodius et Bénivéni aient omis de parler de quelque indice encore existant d'une perforation contre nature, lisez en entier une observation un célèbre Reusner (i) sur un autre enfant. Certes vous verrez que la vessie ne contenait point d'urine qui put ouvrir par force une voie de ce viscère dans l'intestin , et que néanmoins le septième jour d'une ischurie rénale une urine qui ressemblait à V urine naturelle par sa couleur ^ par son odeur et par sa quantité^ fut rendue par le ventre sans excrétion de matières fécales , sans aucune douleur et sans aucune altération^ et cela trois ou quatre fois dans vingt-quatre heures pendant quelques jours , jusqu'à ce qu'elle fut rendue tout à coup par la verge sans aucune douleur et sans aucun symptôme fâcheux; et qu'elle continua à s'écouler ainsi naturellement les années suivantes.
Ainsi, on ne peut pas expliquer de cette première manière toute évacuation d'urine par l'anus ; mais lorsque par suite d'une ischurie rénale ou vésicale elle se trouve en trop grande quantité dans le sang, et qu'il n'existe aucun indice d'une voie morbide ouverte des reins ou de la vessie dans l'intestin, il faut plutôt expliquer le phénomène en disant que l'urine est rendue par le siège , "- — I »i ■ .11 j.bi I 1 1 1 II
(i) Eph. N. C. , cent. 5^ obs. 3.
comme j'ai écrit ailleurs (i) qu'elle est rejetée dans ces cas par le vomissement, parce que les glandes des intestins la sécrètent contre nature. Toutefois en admettant même cette explication, on ne com* prend pas facilement comment l'urine étant ré* pandue dans le tube intestinal sort sans être mêlée avec les matières fécales, comme je le disais tout à l'heure; difficulté qui n'est point entièrement dé* truite non plus par cette autre première explica-^ tion, comme dans le cas où cette femme dont il est parlé dans Horst rendait l'urine par l'anus, non pas avec les excrémens, mais séparément; car Fabrice de Hilden avait observé qu'elle s'écoulait sur son vieillard, tantôt séparément , et tantôt mêlée avec les excrémens du ventre.
Quant à moi, il m'arriva les années précédentes de rencontrer un cas que je tâchai de comprendre , ainsi que sa cause, et le mode dont le phénomène s'opérait; et dès-lors la difficulté que j'ai indiquée tout à l'heure ne me parut plus être la plus grande. Un jeune prêtre qui laissa eu mourant des regrets à tous ceux qui le connaissaient à raison de sou excellent caractère, d'une probité digne de son ministère et de ses mœurs qui avaient toujours été très-bonnes, me raconta qu'il avait remarqué peu de jours auparavant que l'urine lui soriait par le siège ; moi qui le connaissais déjà hypochondriaque, comme un assez grand nombre de gens
(i) Epist. 4i; n. 5.
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de lettres ont coutume de l'être, je ne le crus pas d'abord ; mais le lendemain étant revenu chez moi, et ayant fait apporter l'urine qu'il avait ren-^ due assez peu de temps auparavant, je lui demandai enfin alors avec soin s'il avait jamais été affecté de quelque lésion de quelqu'un des organes uri-^ naires, ou de la partie inférieure de l'intestin, s'il avait éprouvé en urinant ou en allant à la selle de la douleur ou quelque incommodité, sinon longtemps auparavant, du moins depuis assez peu de temps, ou s'il en éprouvait alors, et s'il était sorti, ou s'il sortait par l'une ou l'autre de ces voies, quelque chose de sanguinolent ou de purulent, ou d'autres matières analogues. Il répondit que non, non-seulement à ces questions en général, mais encore à chacune en particulier, et il le fit avec de telles expressions qu'elles auraient persuadé, même dans la bouche d'un homme moins sincère.
Il n'avait existé ici, comme vous voyez, aucune des causes que j'ai citées un peu plus haut, ni opération de la taille, ni abcès, ni chute, ni coup, ni pierre dans la vessie ou dans les reins, ni suppression d'urine dans celle-là ou dans ceux-ci; et cependant l'urine sortait en même temps par la vessie et par l'anus plusieurs fois chaque jour, et celle qui était rendue par l'anus (le plus souvent c'était sans excrémens) continua à sortir ainsi sans aucune incon^modité jusqu'à la mort qui eut pour cause une autre maladie, c'est-à-dire pendant
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plusieurs mois. Lorsque le sujet mourut, je me trouvais par hasard fort loin, dans mon pays, de sorte que je ne pus pas même demander la permission de faire l'examen de son cadavre, qui m'aurait peut-être appris après la mort ce que je ne pouvais pas suffisamment comprendre pendant la vie. Mais en voilà assez sur ceci. La première Lettre que vous recevrez sera un peu plus courte. Adieu.