LV^ LETTRE ANATOMICO- MÉDICALE
DE j. B. MORGAGNI A SON AML
Des Ulcères et du Sphacèle.
î. vjOMaME la section qui porte ce litre, et qui est la quatrième de ce quatrième livre du Sepulchretum^ commence par les achores et la teigne, on ne voit pas suffisamment pourquoi elle n'embrasse pas aussi les observations de la lèpre, de la gale, et de la teigne elle-même, dont vous trouverez enfin quelques histoires au commencement de la onzième section, et une seule près de la fin de la douzième (i). La cause n'en a certainement pas été la crainte que cette quatrième section fût trop
(î) In adclitani , obs. (>,
a CliVQUANTE-Cf KQUIÈME LETTRE.
longue, puisque ces oî>servalions qui sont renvoyées à un autre endroit, sont peu nombreuses, et que cette section est courte, surtout si on en retranche les schoîies, et si l'on remarque que sur treize histoires qui sont rapportées sous le numéro X, dix l'avaient déjà été auparavant à d'autres endroits, et que l'une (i) d'elles a été décrite deux fois dans la même section. J'ai voulu parler de cela^ pour que vous ne soyez pas étonné de ce que ne voulant répéter aucune observation^ il m'en reste à peine quelques-unes, que je rapporterai dans cette Lettre.
2. En effet, pour commencer moi aussi par les achores, et par la gale , si par hasard vous désirez savoir ce qui a été trouvé par Valsalva et par moi sur les sujets qui avaient été infectés de ces maladies, vous le trouverez facilement dans les dixième (2), quatorzième (3), trente-huitième (4) et quarante-unième (5) Lettres. Je voudrais qu'en le relisant, vous remarquassiez que ces ulcères s étant desséchés d'eux-mêmes, ou l'ayant été par certaines onctions, l'enfant mourut de convulsions, la fille d'une hydropisie de la poitrine et du péricarde, la femme d'une fièvre aiguë et d'une
(i)§. 6 et 8.
PES ULCKRES ET DîJ SPHACELF. ^
tympanite, et le jeune homme d'une suppression d'urine; et que la cause de la mort fut l'occlusion de ces petits ulcères, qui, lorsqu'ils coulaient, empêchaient les maladies, ou même les enlevaient, comme cela était évident sur l'enfant et sur la femme , et qui , lorsqu'ils étaient secs , retenaient dans le sang les parcelles irritantes qui étaient rejetées auparavant par leur surface , ainsi que l'humeur nuisible, qui se répandit bientôt, sur presque tous, ou entre les méninges^ ou dans le ventre , ou dans la poitrine, que je trouvai remplie d'une eau verdâtre sur la fille. Vous trouverez également, au commencement de la dix-huitième Lettre (i), l'histoire d'un cordonnier dont le corps était couvert d'une petite gale. Mais ici réfléchissez en vous-même que si par hasard quelqu'un eût voulu faire disparaître celle-ci avec des onctions, il aurait augmenté d'autant plus, en retenant ainsi les petits corps corrosifs, les vices de la paroi relâchée et amincie du ventricule gauche du cœur, et de l'aorte adhérente à celui ci, laquelle était livide intérieurement et inégale; et vous le croirez d'autant plus facilement, si vous vous rappelez maintenant ce qui arriva à Trombelii (2) pour avoir répercuté une gale.
D'un autre côté, vous verrez que les observations qui sont rapportées au commencement de
(2) Epist. 26^ n. 39.
4 ClJNQUAiME-CIlNQlIlE^IE LETTRE.
cette quatrième section du Sepulchretiun s'accor-ilecit avec celles de Valsalva, et avec les mieiuies; l'une fut recueillie sur un prince (i), sur lequel on trouva, sous le crâne, après que les achores eurent eniièrement disparu , de l'eau sanguinolente, qui n'était pas en petite quantité pour ce petit corps, et l'autre (2) sur une femme, qui ayant été guérie d'une teigne par des lotions, avait un héiTîi^plière du cerveau putréfié, et rempli d'un ichor citrin. Si vous voulez ajouter d'autres observations à celles-là, il ne vous en manquera pas; vous en aurez surtout deux, l'une de Schulze (3), qui fait voir de combien et de quelles lésions les viscères furent attaqués après la rétropulsion d'une gale grave, humide, chronique, opérée par un remède externe, et l'autre de Lanzoni (4), qui fait connaître les vices trouvés dans le cerveau, dans le diaphragme, et dans le foie, après qu'une teigne acre et une gale hideuse eurent été détruites par des onctions.
3. Mais combien y a-t-il de médecins qui n'aient vu, même sans la dissection des cadavres, des maux internes, ou externes, être souvent la conséquence de la rétropulsion de la gale, ou des achores ? Vous vous souvenez que Valsalva (5) fut con-
(1) Obs. 1^ §. I,
(2) Ibld. , 5. 2.
(3) Act. N. C, tom. 1, obs. aSi.
4) Epb. eonnnd., dec. 3, a. 9 et 10, obs. 11 3. (^r>) Episl. 5o^ n. i3.
suite pour une tumeur, qui, soit que ce fût une véritable exostose du genou, ou qu'elle la simulât, avait certainement succédé à cette cause dont je parle. Et la même cause donna lieu à des maladies externes ou internes, que Gerbez observa (i), entre autres à des fièvres malignes, même mortelles, comme Lanzoni (2) Ta remarqué plus d'une fois, ainsi qu'à un asthme, que Dcthardin (3) observa , et à une apoplexie décrite par Commius (4) , qui a été cité par ce dernier; ce que vous reconnaîtrez en lisant les observations de ces auteurs. Il serait très-facile d'ajouter un très-grand nombre d'histoires à celles-là, si c'était nécessaire, on si je ne devais les citer à un autre endroit plus bas (5). Je pourrais en rapporter ici moi-même \}n assez grand nombre des miennes; mais je n'en rapporterai que deux, qui fureiit recueillies l'une et l'autre dans le seul mois de février de Tan 1710 , sur deux hommes nobles, mes compatriotes. De petits ulcères de la tête, parfaitement semblables à ceux que nous appelons achores sur les enfans, s'étaient séchés sur ru,n, qui s'était exposé aux injures d'un air froid pendant
(i)Eph.cit. ^ dec. 3, a. 2, obs. 167.
(2) EJLibd. dec.^ a. g cl 10, obij. cit. 1 13 ^ et obs. 16.
(3) Append. ad dec. 3, a. 5 et 6 , n. S , in obs. parallel. , ad obs. 58.
(4) Dec. i,a. j, obs. 58.
la nuit; huit jours s'étaient à peine écoulés, qu'il fut pris d'une fièvre maligne, qui fut accompagnée de vomissemcns, et enfin du hoquet; et bien que le pouls fût très-faible dans celte fièvre, et qu'il ne manquât pas d'autres symptômes de mauvaise nature, outre ceux que j'ai indiqués, cependant il lui semblait toujours qu'il était bien : or, il mourut le neuvième jour de la maladie, malgré l'emploi des moyens qui parurent conve^nables à son vieux médecin, et à moi aussi, qui avais été appelé dans les derniers jours. L'autre sujet atteint d'une affection qui était tout-à-fait semblable, eu égard à Férosion et aux croûtes de la peau, et qui attaqua d'abord les bras, bientôt après les jambes, et enfin quelques autres parties, ayant fait usage, d'après le conseil de je ne sais qui, d'une chemise enduite d'une préparation de soufre, avait bien guéri presque toute la maladie de la peau; mais il avait été pris en même temps de douleurs rhumatismales générales, accompagnées de fièvre, et qui l'empêchaient non -seulement de reposer pendant la nuit, mais de se tourner d'un côté sur l'autre pendant le jour. Elles commençaient même à attaquer la langue et l'œsophage. Je les prévins avec promptitude et avec soin. Mais cependant si la nature n'était venue à mon secours, en chassant la matière répercutée en partie vers la peau , et en partie vers les intestins, vers lesquels elle tendait à se porlej: d'elle- mênie, je n'aurais pas
VU sans doute les douleurs dissipées dans l'espace d'un mois, ni la peau parfaitement guérie dans le cours du printemps prochain, ni le malade bien portant ensuite et parvenir jusqu'à la dernière vieillesse.
Mais il n'est aucun médecin, comme je l'ai dit, à qui il ne se soi t présen lé des cas analogues , depuis le temps où Hippocrate (i) a rapporté le premier de tous l'histoire de cet Athénien , qui tourmenté de la manière la plus cruelle par une démangeaison de tout le corps, et ayant la peau d'une telle épaisseur et d'un tel aspect qu'elle simulait une lèpre, fit usage des bains chauds qui se trouvent à Mêlas ; iljîit bien délivré de sa démangeaison , et de V épaisseur de sa peau , mais il devint hydropique y et mourut. Or Martianus (2) pensait que les eaux de ces bains étaient sulfureuses, et il est certain que Pline (3) et Dioscoride (4) ont rapporté, le premier que le soufre de Vile de Mêlas est trèscélèbre^ le second (\\xil j vient en grande quantité,
4. Ceci, et surtout ce que j'ai dit des maladies qui sont la suite de la rétropulsion de la gale par des onctions, vous portera sans doute à ube demander ce que je pense donc des animalcules extrêmement petits, que des hommes très-habiles
(i) Epid. , 1. 5 , n. 4 , apcid Marinell. (2) Annot. ad hune Hippocr. îocnni.
(3)Nat. fiist. , 1.35, c. 1 5.
(4) De niedic. mat. , 1. 5^ c. 83.
s GIJMQUAINTE-CIJVQUIÈME LETTllE.
(le notre siècle ont vus ; or ces savans, tout en en^ seignant qu'ils sont Tunique cause de la gale, ont enseigné aussi qu'il faut négliger le traitement in- / terne, et qu'il faut le^ exterminer dans chaque saison de l'année par l'usage extérieur des remèdes sulfureux, et autres qui les fassent mourir; car, disent-ils, la cause étant détruite, la gale disparaît promptement et sûrement, sans qu'il s'ensuive aucune incommodité , ni à plus forte raison aucune maladie. Quant à moi, pour vous parler avec f^ianchise, connue j'en ai l'iiabitude, je vous aver^tirai çl'abord de ne pas accorder à des homnies savans plus qu'ils ne s'attribuent eux-mêmes. Car, pour ce qui regarde la découverte, rien n'^st plus facile que de faire voir que ces animalcuies étaient déjà connus des auteurs beaucoup plus anciens que ceux qu'ils reconnaissent eux-méme$. Je ne parle pas de ces écrivains que quelqu'un a indiqués, à ce que je vois, d'après le passage où D. Seiiiiert (x) traite des vers du dos, et beaucoup muins encore de ceux qui écrivirent aiitrefois sur ce qu'on appelle ledragonneau , après Velschins (2), dont l'opinion a été confirmée aussi par Wepfer, corox^e vous laiirez compris d'après la section précédente du Sepuichretum (3). Mais je parle de ceux qui ont fait mention d'animalcules beaucoup plus petits, ou du moins plus courts, dans de:^
(1) Medic. pract., i. 2, p. 2, c. 24. ^9) Exercit. de vena medin.
DES ULCÈRES Eï J3U SPHACKLE. 9
termes analogues à ceux employés par Avenzoar d'après J. Langius (ij. En effet, dit Avenzoar (2), il existe des cirons pédicules , appelés par les Arabes assoahat^ qui se glissent au-dessous de la peau aux mains et aux jambes; ils produisent aussi des pustules pleines d'eau au-dessous de la peau , oh ils se cachent; quand on a coupé celle-ci, il sort des animalcules si petits y qu on ne peut les voir quavec la plus grande peine ^ quoiqu ayant une très-bonne vue. D'ailleurs, leur forme même avait été recouiiue auparavant au moyen du microscope, comme l'indiquent les observations dé Borelli , citées par Velschius (3), d'après lesquelles les cirons ressemblent à des tortues, et comme le confirme surtout cette observation d'Ettmùller, qui a été publiée à Leipsick dans le premier volume (4) des Actes A^^ Erudits, et qui, outre qu'elle fait connaître d'autres auteurs qui en virent auparavant, contient la description et le dessin des animalcules euxmêmes, de telle sorte que cette description et ce dessin purent bien être perfectionnés peu d'années après, mais non être donnés comme entièrement nouveaux. On put aussi éclaircir par de très-belles explications, plusieurs objets relatifs à l'origine de la gale, à sa multiplication, à la
(i) Ad obs. 26, schol. n. V,
(2) L. 2, epist. niedic. 42.
(3) Exercil. cit. , c. 7.
(4) A. iGS-?/, ni. septenib.
lO CINQUANTE-CIINQUIKME LETTRE.
facilité soit de sa communication par le contact, soit de sa guérison par certains remèdes employés extérieurement, et à d'autres choses de ce genre. Mais quand ces hommes savans recommandent le traitement externe en négligeant l'interne, il semble qu'il leur est arrivé l^ même chose qu'à Van-Helmont (i), qui loue également le premier, et blâme le second. En effet, quoique Van-Helmont admît une gale spontanée (2), outre celle par contact, cependant il établissait uniquement sur la peau, pour l'une et pour l'autre espèce, le même principe, ou le même ferment, aussi-bien que le même caractère. Quant à ces savans, ils établissent c]ue toute la maladie se fixe sur la peau seulement, parce que les animalcules se nichent dans elle seule; et s'il nen existait pas dans le monde, ils prétendent qu'il n'y aurait non plus aucune gale, de telle sorte qu'elle n'attaque jamais qui que ce soit, sans qu'il ait reçu d'ailleurs ces animalcules. Voyons donc d'après des dogmes de cette espèce ce que les uns et les autres de ces auteurs ont enseigné de vrai et d'utile, et de moins vrai et de moins sûr dans le traitement.
5. Un médecin très-prudent, et très-savant, Bâillon (3), étant tombé, à l'occasion des affections de la peau, sur des dogmes de certains auteurs qui
(i) Tract. 45;, inscript, scabies^ etc.
(2) Idid, , n. 1 1 .
(3) Fypid. et Ephem., I. 1, constit. hj^em. ^ a. 1^74
J3KS ULCÈIUS ET DU SPHACiXE. 1 [
s'accordent avec ceux doiit je parlais tout à l'heure, pensa, fort de la raison, de Texpérience, et de la doctrine d'Hippocrate , qu'il fallait distinguer prudemment trois genres d'affections de la peau, de telle sorte que les unes seraient comme des maladies de la peau elle-même, les autres comme des abcès des parties intérieures , les troisièmes comme tenant le milieu entre les unes et les autres. Il n'a point omis non plus les signes au moyen desquels nous reconnaîtrons chacune d'elles; et il ne doutait point que lorsque ce sont uniquement des maladies de la peau, il ne faille attaquer ce vice externe sans irriter les parties intérieures par des médicaniens purgatifs. Il a même indiqué que c'est sans doute à ceci qu'appartiennent ces pustules larges de Simon, qui, d'après ce qu'a écrit Hippocrate (i ) , sentait du soulagement lorsqu'il se frottait auprès du feu ^ ou qu'il se lavait avec de Veau chaude^ tandis que le vomissement ne lui fut pas utile.
Mais c'est surtout à ce sujet que se rapporte ce que vous trouverez (â) noté à la suite de ces paroles de Bâillon ; Quand quelqu'un couche avec un galeux ^ et que la peau s'affecte^ ce mal est vérita" hlement cutané ., et le traitement doit être superficiel. Vous voyez donc ce qu'il y a de vrai et d'utile dans ce traitement externe unique, exclusivement
(i) Epid., 1. 6, s. 2.
(a)N. lo.
Î2 CIKQDAIYTE- CIIVQU J i:ME LITTRK.
au traitement interne, lorsque quelque sujet sain a contracté la gale depuis peu pour avoir touché un galeux, ou son linge, ou ses habits. Mais vous voyez en même temps ce qu'il y aurait de moins vrai et de moins sûr dans cette méthode de traitement, si la gale n'était pas une maladie de la peau seulement, et qu'il existât un abcès, ou un abcès et une maladie de la peau simultanément. Car il ne faut pas croire facilement ce qu'on dit, que la gale ne naît jamais que du contact d'un galeux, ou des animalcules qui la constituent. Ne naît-elle jamais de la malpropreté? jamais de mauvais alimens, ou de mauvaises boissons? Certes la plupart des médecins pensent autrement, entre autres Sennert, que j'ai cité dans ma seconde Lettre sur Samonicus (i), ainsi que Samonicus lui-même s'il a écrit véritablement ce que j'ai cherché à faire voir et à expliquer dans cette Lettre : Une sueur non essuyée^ ou une quantité de nourriture inutile^ rendent souK^ent rudes les membres attaqués d'une gale grave. Ne naît-elle pas de certaines maladies graves, ou chroniques, avec l'apparence d'une crise? ne naît-elle pas, pour omettre toutes les autres causes, du contact de la laine des brebis malades? Certes, Virgile (2), en parlant des toisons de cette espèce, racontait ce qui était arrivé autrefois à Venise, ou dan^s un pays voisin de cette ville : Si quelqu'un
(î) De medic. praecepî. ^ c. 6.
(?) Georg., L 5 m fin.
DES ULCEPiES ET DU SPHACELE. l3
touchait les vêtemens sans les avoir visités ^ il en résultait des boutons arcïens et une sueur immonde sur ses bras fétides. Mais ce n'était pas là proprement une gale. Je l'avoue. Cependant c'était une affechon cutanée. Or pourquoi une gale plus légère ne pourrait-elle pas se communiquer de la manière dont se communiquait cette gale trèsgrave? Bien plus, le célèbre Werlhof(i) a été conduit par différentes observations à écrire qu'il croirait volontiers que la gale humaine vint primitif vement de la laine des brebis ^ chez lesquelles un mal peu différent est très-fréquent partout par V influence des mauvais pâturages ; car comme nous faisons usage presque tous pendant long-temps de votemens de laine, il est peut-être à peine un petit Jiombre de ces vêtemens où il ne se trouve quelque chose provenant de brebis malades ^ ou imparfaite^ ment guéries ; et peut-être est-ce pour cela que ce sont surtout les ouvriers occupés à V apprêt des laines qui sont affectés de ces maux. D'un autre côté , Ettmûller le fils avait publié à Leipsick, Tan 1731, un Programme sur la gale^ et sur son origine pro-duite par une laine impure (^), Programme dans lequel je crois qu'il a écrit ce qu'il envoya la même année sur le même sujet à l'Académie des Curieux
(1) Disfiiiis. de variol.^ c. 4 5 aclnot. 54 in fin.
(2) Apud Haller. in access. ad p. 9, meth. stnd. nied. .Hoei;h. inio nunc ab eod. exhibit inter disput ad morbor. iiisl.snbn. CXCni.
l4 CllNQUAJNTK-CINOTIIEME T.KTTRE.
de la Nalure de Vienne (i) pour le faire publier, et où il attribue la gale pustuleuse d'une fille à la laine dont elle se couvrait pendant la nuit en forme de couvertures, et dont une partie provenait de brebis galeuses. Il cite dans le même Programme Coscwiz, qui avait dit que les tailleurs contractent cette maladie plus que les autres, parce qu'ils manient des étoffes de laine. Il ne passe pas non plus sous silence les paroles d'Élien : parce que celui qui aura peigné la laine d'une brebis déchirée par des loups ^ et qui en aura fait un habit ^ com^ muniquera la gale à celui qui s'en revêtira; est-ce parce qu'une telle brebis est facilement atteinte par les loups, attendu qu'une gale fort grave qui l'affaiblit l'empêche de suivre les autres brebis, ou a forcé à l'éloigner du troupeau, de crainte qu'elle ne l'infectât aussi?
Quoiqu'on rencontre fort rarement quelques galeux, même parmi ceux qui travaillent à l'apprêt des laines, dans cette ville, où ces ouvriers sont si nombreux, il ne faut pas pour cela mépriser les conjectures d'hommes célèbres. Car les pâturages , les eaux, et peut-être les moyens de trier et de purifier les laines, sont différens dans les différens pays; et il est certain qu'aujourd'hui à Venise, si quelque infection grave attaque la peau des brebis, non-seulement on rejette leur laine, mais encore le conseil que j'offris au magistrat su-
(i) Act. , t. 3^ obs. 5o.
preme de cette ville, qui préside au salut public, dans la réponse que je lui fis à ce sujet , l'an 1 724 , au nom des médecins de ce célèbre gymnase, fut qu'il faliait coumr de terre les cadavres de ces brebis avec leurs laines , et les cacher dans des fosses^ d'après l'expression de Virgile (1), pour que personne ne pût faire la fraude.
6. Mais que sera-ce, dites-vous, si la gale même des brebis était produite aussi par des animalcules qui passeraient aux hommes par l'intermédiaire des laines? Je ne veux pas chercher si ces animalcules peuvent vivre après tant de purifications que les teinturiers font encore subir aux laines, quand il est certain que ceux de l'homme meurent dans les linges des galeux purifiés par des blanchissages. J'aime mieux vous prier, à mon tour, de répondre aux conséquences qui résultent de certaines observations d'Hoffmann (2) et de Juncker (3). Le premier écrit qu'une gale s'est développée par l'usage intempestif des eaux acidulés ; l'autre enseigne que le suc du bouleau pris en trop grande quantité, et les eaux thermales de Wolckenstein^ produisent ordinairement la gale y principalement sur les sujets vigoureux. Je vous demande maintenant si vous croyez que ces animalcules dont je parle proviennent de ces eaux thermales sur ces
( I ) Loc. cit.
{*}) Medic. rat., t. 4:, p. 5, c. 5, obs. 3.
(3) Consp. medic. theor. pract. ^ tab. go^ in Cautel. n. 19.
l6 CriYQU^NTE-CilS'QLrKArE LEtTnï:.
sujets, ou qu'ils existent dans ce suc et clans ce.^ eaux acidulés , de telle sorte qu'ils s'attachent à la peau, ou que de Tintérieur du corps ils ga^ gnent la peau ? Le premier aliteur (i) dit encore : Il faut savoir que la gale communiquée par conta^ gion^ est toujours dune guérison plus facile que celle qui a pris son origine dans la djscrasie natarelie du sang et des humeurs ^ c'est-à-dire sans soupçon de contagion. îl confirme (2) aussi une observation de Lanzoni (3), mon ami du temps qu'il vivait, relativement à une gale qui augmentait tellement sur un soldat les trois ou quatre premiers jours d'une nouvelle lune, qu'il était forcé de passer chaque mois ces jours-là dans son lit, tant cju'il l'eut; or il l'eu t pendant dix-sept mois. Je pourrais rapporter plusieurs observations semblables en partie à celle-là, et que je fis autrefois; et à cela je pourrais ajouter non-seulement que j'ai vu plus d'une fois le prurit cesser sur des galeux au fort d'une fièvre, et revenir à son déclin, mais encore que je sais d'une manière certaine , qu'il est arrivé à une religieuse que toutes les fois qu'on lui tirait du sang (or il fut nécessaire de lui en tirer plus d'une fois), la gale qui s'était déjà affaiblie , augmentait toujours d'une manière étonnante.
(1) C. cit. dies. pathol. , §. 24.
{2) Ihîd., §. îti.
(3) Epb. N. C.^ clec. 3 ^ a. 9 et lo^ obs. 2a5.
Î)ÈS tJLCFRES ET DU SPIÎACÎXÎ-. î^
Je VOUS prie donc de me dire franchement s'il Vous semble qu'en admettant que la gale est produite par des animalcules, on puisse expliquer plus facilement tous ces phénomènes et d'autres que je passe à dessein sous silence, que si l'on sup^ pose qu'elle provient du sang. Enfin, je voudrais savoir pourquoi , si quelque cause extérieure donne lieu sur un homme à un prurit fort incommode de la peau^ comme les piqûres des punaises ou d'autres petites bétes semblables, et que cédant à la démangeaison il se gratte sans cesse la peau jusqu'au point de faire naître de petits ulcères qui simulent la gale; je voudrais savoir, dis-je, pour-quoi ce sujet ou d'autres ne peuvent pas éprouver, par une cause intérieure, un prurit qui les porte à se gratter et à se déchirer la peau avec les ongles , de la même manière que quand elle est irritée par ces animalcules?
- 7. Mais, pour que vous ne croyez point par hasard que je combats l'opinion relative à ces animalcules plus que ne le comportent la vérité et la juslice, j'avouerai d'abord non-seulement qu'il faut admettre que c'est d'eux que la gale tire le plus souvent son origine, mais encore qu'elle existe quelquefoisréellementjorsquevous croiriez qu'ils n'existent pas, tant ils peuvent facilement rester cachés à cause de leur petitesse, lorsqu'ils passent d'un corps sur un autre ! C'est ainsi que je me souviens que pendant que je donnais des soins dans mon pays à une dame d'un rang
tx. ^.
j8 CINQTiANTE-Cf NQUIÈME LETTRE.
illustre, qui finissait de se rétablir cFune maladie longue, variée et très-difticiie, aux autres crises qui avaient précédé il sembla se joindre une gale qui se développa tout à coup, et occupa prompfement presque toute la peau, mais surtout la paume des mains, de sorte qu'une démangeaison extrêmement incommode l'empêchait de dormir. Comme je voyais, dans ces parties, des vésicules pleines d'eau, telles que celles qui existent ordinairement sur ceux chez lesquels ces animalcules sont nichés, j'ordonnai aux servantes de les ouvrir une à une avec line épingle, à un jour très^ clair, et si elles pouvaient en faire sortir quelque chose de globuleux, après en avoir exprimé l'eau , de me le faire voir, parce que j'avais l'intention de l'examiner, ayant l'oeil armé d'excellens verres que j'avais par hasard à ma disposition. Eh bien! il ne fut pas nécessaire d'examiner pendant fort long-temps ce qui me fut offert ; car c'était un animalcule vivant avec cette même forme que les modernes ont dessinée. Ensuite elles en retirèrent un autre, et un autre encore, et tous étaient vivans et avaient la même forme. Comme absolument auctme des femmes qui avaient servi la dame, n'était affectée de la gale, un médecin qui aurait vécu avant Rédi et Malpighi n'aurait pas douté que ces animalcules n'eussent été produits par la pulridité; pour moi, au contraire, je ne doutai nullement que quelqu'une des servantes tien eût apporté d'ailleurs, sans le savoir, à la maison et
DUS ULCÈRES ET DU SPIIACKLE. ÎQ
près de sa maîtresse, quelqu'un qui s'était attaché aux Yetemens de celle-ci, que celui-là iVen eût engendré d'autres, et que ces derniers n'eussent produit tous les autres en peu de temps, attendu jqu'ils sont très-féconds.
Et ce n'est pas cela seulement que j'avance; mais si par hasard vous voulez que ce qui arriva à cette dame arrive à tous ceux qui sont attaqués de la gale, et que telle soit toujours l'unique cause de son développement, je ne le croirai pas facilement pour mon compte; mais je permettrai qu'on vous croie pour un moment, jusqu'à ce que je fasse voir néanmoins qu'il n'est nullement prudent de guérir la gale avec des moyens externes seulement, en négligeant le traitement interne, lors même qu'elle s'est ainsi développée, à moins que ce ne soit par hasard sur un sujet qui était sain auparavant, comme je l'ai dit, et qui a été infecté par la contagion depuis trèspeu de temps. Car qu'est-ce que la gale, je vous prie (quelle que soit, en définitive, son origine), si ce n'est de petits ulcères, qui, s'ils étaient réunis en un, formeraient très -souvent un ulcère extrêmement large? Or, quel est le médecin qui fermerait, sans avoir préalablement traité le corps, un ulcère, je ne dis pas extrêmement large, mais petit, né de lui-même, ou produit par un cautère, ou par une autre cause externe, s'il est resté ouvert pendant fort long- temps? Pourquoi cela? parce que cet émonctoire était accoutumé déjà de-
no CINQUANTE-CIIVQUIÈME LETTRii!,
puis long-temps à rejeter ce que le corps pouvait avoir d'humeur dépravée, ou du moins surabondante. Or, pourquoi n'aurions-hous pas égard à la même considération relativement à l'occlusion brusque des petits ulcères d'une gale non récente?- Comme tous ces petits ulcères répondent à un très-grand, il est d'autant moins prudent de les guérir entièrement sans un traitement intetne antérieur, qu'ils étaient accoutumés à chasser hors du corps une plus grande quantité d'humeur dépravée, et à renvoyer dans son intérieur une partie de la même humeur, qui se trouvait encore plus dépravée dans ces petits ulcères mêmes, soit par suite de sa stagnation, soit par l'influence de l'air extérieur. En effet, c'est savamment, comme à son ordinaire, que le grand archiatre vSénac (i) enseigne que ce qui fait que le pus qui reflue des ulcères extérieurs dans le sang, nuit aux organes de la vie, non seulement de la mêmc^ manière que celui qui y reflue des ulcères intérieurs, mais encore plus violemment dans quelques cas, c'est que l'air a été en contact non pas avec le dernier, mais avec le premier. Cependant je croirais qu'il n'a jamais été nuisible aux organes de la vie avec plus de violence que sur un enfant galeux, dont la face interne du péricarde, et la face externe du cœur et de presque toutes les parties qui sont renfermées dans le péricarde, devinrent galeuses;
fc ■ ■ ■ '" ' ' ■ m ■■ I ■ I I ■■ I. I. «
(i) Traité du Coeur^ 1. 4 ? cli« ^ ? ii* 6.
DES ULCÈRES ET DV SPÎfACKLE. 21
je dis vérilablement galeuses, car rauteur exact de cette observation très-rare, Bddée (i), trouva ^ d'après son jugement et celui de tous les assistans, que les pustules qui existaient silr ces faces et sur la peau, et qu'il examina à l'œil nu ou même armé d'un verre, étaient absolument de la même espèce. Et cependant toute la périphérie du corps était couverte de gale. Qu'aurait-ce été^ si celle-ci eût été répercutée?
Vous voyez donc combien il importe de ne pas répercuter la gale, et que ceux-là ne disent pas des choses vaines, qui nient que la gale soit toujours une maladie de la peau seulement, et par conséquent qu'il faille employer des remèdes contre cette maladie en négligeant le traitement du reste du corps; car si on le néglige, et même si on l'établit, et que le mouvement de la nature qui se porte vers la peau soit troublé, on voit survenir quelquefois la mort, et d'autres fois d'autres incommodités. Lisez, si vous voulez, dans le sixième volume des Jetés des Curieux de la Nature ^ toute la seizième observation , qui est du célèbre Cari. Mais croyez que je dis ceci pour vous faire comprendre combien il faut de prudence aux médecins qui doivent traiter convenablement et par ordre, sur un sujet galeux, d'autres vices évidens soit des premières voies, soit des viscères obstrués, soit des humeurs qui pèchent par leur
(i) Commerc. liu. ;, a. 17/;^; liebcl, 4*2^^.1.
ai ClJXQUANTE-CllYQUJÈJUE LETTllt;.
quantité ou d'une autre manière. Parmi ces derniers vices il ne faut jamais oublier celui qui tant qu'il existe, a besoin d'une gale, comme d'une crise chronique. L'observation citée de Cari (i) fournira des exemples soit sur un homme qui, après s'être guéri avec un liniment à la nuque d'un exanthème galeux qui revenait souvent, tomba dans des convulsions épiieptiques , qui du reste se dissipèrent au retour de l'exanthème; soit sur un autre homme et une femme, qui étaient affectés déjà, depuis long -temps, à la main, d'un exanthème de la même nature, qui, lorsqu'il se desséchait, était l'annonce d'une fièvre imminente, et qui, lorsqu'il revenait, annonçait la terminaisoïi de la fièvre, et cependant il occupait une petite partie du corps; or sur ces deux derniers sujets il n'avait point été répercuté par un remède externe. Qu'est-ce donc, lorsque la gale occupe toute la surface du corps , et non seulement qu'elle se dissipe d'elle-même, comme sur un homme qui avait toujours été galeux depuis sa naissance, et dont Lanzoni (2) fait mention, mais qu'elle a été détruite avec un onguent soufré ou un autre remède analogue, comme sur ce sujet dont parle Apinus(3) , et sur ces jeunes gens dont J. S.
(î) In fin.
(2) Eph. N. C. , dec. 3 , a. 3 , obs. 3 1
(3) Dec. ead.^ a. 5 et 6, obs. 117.
DES ULCliRES ET DU SPHACÈLE. 2 3
Albrecht (i) a écrit l'histoire ? Faudra*t-il s'éton* ner s'il se déclare promplement une fièvre maligne, ou d'autres incommodités graves, surtout un asthme, dont rien ne triomphe, si ce n'est la gale revenue une seconde fois d'elle-même, ou par le secours âes remèdes? Ainsi la guérison même fait connaître la cause de la maladie, laquelle est produite par la matière dépravée, qui guérit le sujet lorsqu'elle sort une seconde fois, comme elle lui nuit lorsqu'elle est retenue en dedans. C'est à ceci qu'appartiennent les observations que Ramazzini (2) a recueill ies sur un grand nombre de sujets , qui ayant été pris de fièvre après avoir répercuté une gale avec des onctions, rendaient sur-le-champ des urines noires et fuligineuses, tandis qu'ils les rendaient semblables à celles des personnes en bonne santé , du moment que la gale était revenue par le secours de remèdes qui portaient à la peau j et si la gale rentrait ou sortait de nouveau, ils présentaient ce changement alternatif dans les mines. D'après cela ce médecin extrêmement sage ayant suivi positivement les exemples d'IIippocrate et les conseils de Baillou , que j'ai rapportés })lushaut, comprenait davantage que la gale n'est pas uniquement une maladie de la peau à toute
(i) Conimerc. iiUer. , a. 17/4'-* , liebd. 5, 11. r, m. niart. ; et a. 1743, liebd. 14, 11. i, m. febr. ' (2] Coufelil. epid. urb. , a. i6gi, 11. 32.
^4 CJIVQUAJVÏE-Cl JVQUI CME LETTIIF.
époque. C'est pourquoi il pensait (i) avec raison que la chasser toujours et sans distinction avec des topiques seulement , était une méthode pleine de hasard et de danger. A lAamazzini ajoutez un autre rnédecin très expérimenté, Hoffmann (2), qui dans une maladie de cette espèce plaçait les remèdes externes au dernier rang ^ et qui corrigeait auparavant, par des remèdes internes convenables ^ la masse du sang et des humeurs^ qui était visqueuse ^ âcre^ corrompue; c'est qu'il était accoutumé à observer que le sang qu'on avait tiré dans ces sortes de maladies, était si visqueux ^ et for-mait pour ainsi dire un tel coagulum y qnon poU" vait à peine le séparer.
8. Mais, dites-vous, d'une part nous ne voyons pas toujours l'urine noire dans les rétropuisions d'une gale, et de l'autre nous n'observons pas un sang de cette espèce sur tous les galeux ; et ici vous m'objectez mes observations , que je vous ai écri tes ailleurs (3); comme si j'avais observé moi-même sur Içs galeux un sang très-bon, et n'offrant pas différens états sur les différens sujets , ou comme si la gale étant différente sur les différens individus, les altérations du sang, ou tel degré de ses altérations ne pouvaient pas varier, ou (c'est sur-
(i) IhicLy n. 28.
(2) C. 5 supra ad n. 6 cit.^ in meth, med., §. i5, et in thés, patholog. , \. ig.
(3)Epist. 49, n. 25^
DES ULCÈRtS ET DU SPHACÈLE. ^5
tout à ceci que je désire que vous fassiez attention) comme si j'avais entrejDris de vous démontrer autre chose que ceci, qu'il n'est nullement prudent de faire disparaître une gale non récente avec le traitement externe seulement, en négligeant les moyens internes. Or, comme il est certain , d'après les observations des autres et de moimême, que tout le vice ne consiste pas dans la peau sur le plus grand nombre des galeux, comment pourrait-il être prudent de guérir la peau sur tous indistinctement, et de négliger les organes intérieurs, qui se purifiaient en partie ou pouvaient du moins se purifier par la peau ulcé-^ rée, sinon sur tous, du moins sur ceux dont les émonctoires naturels ne sont pas également ouverts ?
Que peut-on dire à cela? car je pense qu'il ne manque pas de médecins qui affirment, au contraire, que ce que je dis n'être pas prudent, leur a toujours heureusement réussi sur tous les galeux indistinctement, et sans aucun accident fâcheux consécutif; mais de même que je ne révoque pas en doute leurs observations, de même il est juste, je crois, qu'eux-mêmes ne révoquent pas en doute les miennes, et celles de tant d'autres médecins que j'ai indiquées plus haut (i). A ces dernières ajoutez-en d'autres de Hoffmann (2), et d'autres
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(2) §. i5 suprà , ad n. 7 cit.
jJy CIJVQUANTK-ClINQUjiLM K LETTili:.
auteurs cités (i) par lui-même. Or il est évident par ces histoires et par d'autres que j'omets à dessein, de combien et de quelles incommodités graves fut suivie une gale chassée de cette manière, et par conséquent on voif ce qu'il y a de plus prudent à établir relativement à ce traitement, dont il est constant que le résultat varie dans les différentes circonstances.
9. Mais comme le soufre entre autres moye!)S est en usage contre la gale, j'ajouterai quelques détails particuliers à son sujet. On l'emploie extérieurement en onguens, en lotions, et même avec des chemises préparées soit avec un parfum de ce médicament, comme je l'ai dit plus haut (•2), soit plutôt avec sa décoction, de telle sorte qu'on fait sécher ensuite ces chemises au soleil, ou au feu. Willis (3) loue ce dernier mode comme plus facile et beaucoup plus propre, quoique je doute qu'il soit entièrement sans mauvaise odeur ^ comme il le prétend. Mais à l'intérieur, les médecins remploient d'une manière, et le vulgaire d'une autre. Quant à son usage externe, qu'il faut tantôt approuver et tantôt blâmer, il en a été suffisamment parlé jusqu'ici. Apprenez maintenant comment le vulgaire, du moins dans cette ville, se sert du soufre à l'intérieur contre la gale, et quelles
(1) In dies. patliol. , ihid, cit. ^ §• 18. (2)N. 3.
(3) Pluirmac. rat., 5. 3^ c. G.
DES ULCÈRES VT DU SPIÎACÈLE. CfJ
incommodités et quels accidens en résultent quelquefois. On jette le soufre , réduit en poudre, dans du vin qui n'est pas rouge, et on le boit avec celuici. Pour moi , j'ai connu une jeune fille, qui bientôt après en avoir pris, sentit un si grand trouble de la tête, qu'il lui semblait qu'elle était devenue comme insensée, trouble qui provenait, je crois, de ce que l'irritation de l'estomac se propagea aussitôt au cerveau, de la même manière que Boerhaave (i) ne doutait pas que l'opium n'agisse pendant qu'il est encore dans l'estomac , sans qu'il ait besoin de parcourir le long trajet du conduit chylifère ; car, ayant disséqué am chien qui en avait avalé, et qui éprouvait déjà des convulsions presque continuelles, il en avait trouvé encore dans l'estomac. Quoi qu'il en soit, vous reconnaîtrez, cuvons soupçonnerez, d'après les àeu^ observations que je vais rapporter immédiatement, ou du moins d'après l'une, que le soufre agit sur l'es- Xomac lui-même.
lo. Une femme, âgée d'environ quarante ans, adonnée au vin et au tabac, plus qu'il ne convient à une femme, mariée à un portefaix, homme robuste, mais n'ayant jamais eu d'enfant, commença à être mal portante peu de temps après avoir bu plus d'une fois du soufre dans àvi vin, mais en plus grande quantité eo dernier lieu, pour chasser une gale qu'elle avait contractée;
(i)Pr£elect. acl Iiistit. , §. 85/.
ti8 ClNQUANÏi: - CINQUIÈME LETTRE.
elle vomit plus d'une fois, et elle se rendit à l'hôpital déjà atteinte de fièvre, avec un pouls dur et contracté, et se ph^ignant d'une grande diîfîculté de respirer. C'est pourquoi on lui donna <le l'huile fraîche d'amandes douces , et on lui tira du sang. Le lendemain, comme la difficulté de respirer était encore plus grande, on lui en tira de nouveau, et le caillot fut, comme la veille, ferme et dense, sans cependant être couvert d'aucune couenne; on lui donna aussi, après avoir eu connaissance de la cause de la maladie, deux tasses de lait; mais cette difficulté de respirer augmentant, des convulsions manifestes ayant lieu dans les membres, et le pouls étant devenu plus languissant, elle mourut; de telle sorte que la maladie dura en tout environ quatre jours depuis le commencement jusqu'à la fin.
Examen du cadavre, La dissection du cadavre fut faite au même endroit, trente heures après la mort, non-seulement pour chercher la cause de la mort, mais aussi pour l'instruction des élèves qui étudiaient Fanalomie; car c'était presque à la fin de novembre de l'an i744- L'habitude du corps était bonne, mais la peau était souillée ça et là par îme petite ga!e. D'un autre côté, l'abdomen était gonflé, et cela, non point par un excès de graisse (car comme elle était d'une nature excellente, elle était aussi en quantité convenable), ni par l'épanchement d'une quantité d'eau dans la cavité du ventre; et bien que ce liquide y existât en assez
DES ULCÈUKS El DV SPllACÈLE. ^()
grande abondance , cependant il ne se montrai t pa^s hors du bassin; mais Festomacyles intestins grêles, et un grand trajet du colon (car ailleurs, ou bien il conservait sa grosseur naturelle, ou bien il était considérablement contracté , ce que je remar- Cjuai surîout à gauche, près de l'estomac), avaient distendu l'abdomen, se trouvant eux-mêmes distendus par de l'air. L'épiploon ne couvrait aucuns intestins, parce qu'il était rejeté, ou rétracté en haut; car lui, et la partie supérieure du méso-colon, qui soutient le trajet transversal du colon, étaient roides et parsemés de taches rouges ça et là, surtout par derrière. Les vaisseaux sanguins étaient un peu trop engorgés à la face externe de l'esto-^ mac ; mais sa foce interne présenta, là où le fond approchait déjà beaucoup de l'antre du pylore, une aire d'une forme circulaire , dont le diamètre était d'environ quatre travers de doigt. Ce qui distinguait cette aire du reste de la surface de l'estomac, c'est qu'elle était moins lisse et moins brillante, mais plus blanchâtre, et garnie de petits vaisseaux sanguins qui étaient noirâtres comme à la suite d'une injection, tandis que partout ailleurs on voyait une surface polie , brillante , moins blanche, et qu'on ne remarquait. presque aucuns petits vaisseaux , loin qu'ils fussent ainsi dessinés ou noirâtres; en sorte qu'il était évident pour tout le monde qu'autant toute cette aire présentait d'étendue, autant la petite lame interne de Testomac avait clé corrodée. Outre cela^ je ne
3o CTiVQU ANTE-CIIN Q îj î i:ME LETTRK.
pus rien voir qui annoriçAt Uiie inflammation, même dans le voisinage de l'œsophage, ou des intestins. Comme l'estomac était plus ample que dans Fétat naturel, il était aussi sans aucunes ri^es; ses parois étaient extrêmement minces, et il restait à peine quelques vestiges de l'anneau du pylore. Si cette dernière disposition n'existait pas depuis la naissance, elle dépendait du moins de quelque autre lésion plus ancienne; les autrea étaient dues aux fréquentes distensions des viscères sur une femme adonnée au vin, et à celle qui avait été produite en dernier lieu par l'air qu'ils renfermaient. Les autres objets que j'observai dans le ventre se réduisent à ceci : la vésicule du foie, qui était affaissée, contenait peu de bile; les reins étaient mous; l'aorte était rétrécie. Ensuite j'examinai et je disséquai avec beaucoup de soin les organes génitaux, parce que la femme avait été stérile; les ovaires étaient encore plus petits et plus amaigris qu'ils ne le sont ordinairement à cet âge; une hydatide de la grosseur d'un grain de raisin médiocre s'élevait tout entière au-dessus de celui du côté gauche; l'utérus était incliné à droite, et son fond était plutôt petit que gros, ce qui rendait plus remarquable l'épaisseur du col, qui était plus considérable qu'elle ne devait l'être, surtout dans la partie basse, ainsi que dans la circonférence même de Toritlce de l'utérus, qui était petit ici, comme sur les vierges, et circulaire. Il s'écoulait goutte à goutte, par cet orifice, unehu-
DES IiLc^.uES iT on spïiAckr.F. 3r
nieiir semblal)!e à du lait par sa couleur, sans être plus liquide que lui, ni fétide, ni extrêmement peu abondante, en sorte qu'il semblait que la femme avait eu des flueurs utérines. La dissection du col fit voir que la source de cette humeur était plus élevée que la partie basse de celui-ci; car les vésicules du col contenaient à cet endroit uïi mucus qui peiit-étre était trop liquide, mais qui n'élait pourtant pas lacté; plus haut on n'en voyait aucunes, même au moyen de la dissection. Je trouvai vers le milieu de la longueur du col en le disséquant, une cellule vide, profondément cachée eri deux endroits dans l'épaisseur des parois, arrondie, pouvant recevoir une petite fève, sans aucune indice d'érosion là ni ailleurs. A l'ouverture de la poitrine, je reconnus plus manifestement que la femme était bossue, comme je l'avais pressenti d'après la disposition des vertèbres des lofnbes, qui commençaient à se fléchir légèrement à gauche; car les vertèbres du dos se fléchissaient beaucoup plus à droite. Que si le contraire eût eu lieu, ou si l'utérus qui était incliné à droite, comme je l'ai dit, eut été incliné à gauche, de même que les vertèbres des lombes^ j'ajouterais cette femme à celles dont je vous ai parlé ailleurs (i), en traitant de l'inclinaison de l'utérus; mais l'inclinaison de l'épine était ici trèslégère, et elle n'était point évidemment suivie de
{i)Epist. 48, 11. 33.
celle des os innoniincs, comme sur ces femme«î^ Du reste je ne trouvai pas de l'eau épanchée dans la poitrine et dans le péricarde , comme dans le ventre. Les poumons étaient très-étroitement adhérens à la plèvre en avant et sur les côtés ; en outre ils étaient gonflés, surtout celui du côté gauche ; mais ils l'étaient uniquement par Pair, et par une humeur mêlée avec ce fluide^ sans être durs nulle part, ni plus rouges que dans l'état naturel.. Les ventricules du cœur présentèrent du sang coagulé et noir, tel qu'il était aussi ailleurs* Le crâne ayant été covipé, tout ce qui se trouvait dans son intérieur parut plus mou qu'il n'aurait dû l'être huit jours seulement après la mort; car la dissection soignée de toutes les autres parties avait employé tout ce temps; je remarquai que les vaisseaux qui rampent à travers la pie-mère étaient engorgés de sang, et qu'il y avait dans les plexus choroïdes plusieurs vésicules remplies d'eau, et assez grosses. Enfin, après avoir enlevé tout ce qu'il y avait dans le crâne, les faces, des deux apophyses pétreuses qui se regardent l'une l'autre, et leur voisinage, présentèrent, non pas une surface lisse, mais inégale.
II. Un portefaix, mari de la femme dont il a été parlé tout à l'heure, grand et robuste, quoique d'un visage un peu pâle et d'une habitude de corps tendante à la maigreur, presque du même âge qu'elle, également adonné au vir], atteint de la même gale, ayant fait usage du même remède.
maïs non pas à la même dose, que je sache, avait paru assez bien portant pendant près de six mois après la mort de sa femme, lorsqu'il fut pris, vers le milieu de mai, d'une fièvre légère en apparence, mais en effet si grave, qu'il ne passa pas à 1 hôpital plus de deux jours. Le premier jour le pouls et tous les autres symptômes n'étaient pas très-mauvais, si ce n'est qu'ils étaient suspects à cause d'une certaine anxiété et d'une certaine inquiétude. Ce jour -là on donna au malade le même remède qu'on a coutume de donner au comgieficement à la plupart des autres sujets, c'est-à-dire un médicament léger pour purger doucement l'estomac et les intestins. Mais le lendemain toutes les incommodités que j'indiquerai existaient déjà, en sorte que comme on se souvenait de ce qu'avait éprouvé sa femme, on lui donna du lait. Car il vomissait; il était tourmenté par cette même difficulté de respirer, qui avait tourmenté sa femme autrefois, et tout son corps était agité par des convulsions; il avait en outre un délire très-violent, et il criait dans son délire qu'on lui brûlait l'estomac. Il mourut au milieu de ces symptômes, avanjt qu'il y eût trois jours qu'il s'était couché. Il arriva facilement, par le peu de durée de la maladie, une chose dont je fus fâché, c'est-à-dire que je sus que le cadavre avait été disséqué avant que je n'eusse appris que rhomme avait été malade. Cependant la dissection fui faite par un de mes auditeurs, attentif
IXr 3
et intelligent, qui est aujourd'hui médecin de Feltre, comme il le mérite, savoir Ant. Guilermi, de qui j'appris ce qui suit.
Examen du cadavre. A l'ouverture du ventre^ on trouva de la graisse' non abondante, brune et un peu livide dans Tépiploon et dans les petits appendices adipeux de l'intestin colon, principalement dans ceux qui étaient le plus près de la ratev comme aussi dans ce qu'on appelle la membrane adipeuse dit rein gauche. Du teste, le colon lui-même était trois fois plus gtos qu'à l'ordinaire, par l'air qu'il renfermait. L'festomac était contracté, brunâtre extérieurement, mais enflammé intérieurement, sans pourtant aucune érosion, dans l'étendue d'un palme à Tendroit où il regardait la rate, Le bord inférieur kUi foie était livide et noirâtre , mais non pas profondément. A l'ouverture de ta poitrine, les jyoumons et le cœur furent trouvés dans l'état naturel, de même que le diaphragme qui fut examiné par l'une et l'autre face; il y avait des concrétions polypeuses médiocres dans les ventricules du cœur. La tête ne fut pas disséquée.
12, Je demandai si la jpeau avait conservé quelques traces de gale, et si le mari avait bu une seconde fois de ce vin, après en avoir bu avec sa femme. On répondit négativement à l'une et à l'autre question; mais on ajouta que le vin dont ils avaient fait usage l'un et l'autre avait été conservé dans un vase d'airain. Après avoir appris
DES ULCKRirS ET DU SPHAlCÈLE. 35
cela, comme je ne doutai pas que cette maladie, extrêmement pernicieuse, n'eut été une fièvre inflammatoire, de même je vis qu'on pouvait douter si la gale, chassée à la vérité, mais sans que le corps eût été bien traité, avait laissé dans le sang des principes qui avaient été en quelque partie la cause de cette mort si extraordinaire, et si Testomac se trouvant le siège de cette inflammation , celle-ci survint plus facilement par la raison que ce viscère était déjà affaibli depuis que ce vin avait été bu. Certes, vous avez lu plus haut quel mal ce vin fit à l'estomac de la femme, soit qu'il . eût retiré quelque chose de nuisible du vase d'airain , soit qu'il ne causât de mal que par son mélange avec le soufre. En effet, déjà les anciens médecins savaient autrefois combien le soufre peut êlre nuisible, puisque Pline (i) a appris d'eux que le lait d'ânesse était en usage contre le gypse y la cérusey le soufre et le vif-argent; quoique Dalechamp (2) craigne inutilement que ces médecins ayant peut-être écrit Qfvov^ c'est-à-dire solanum manicony Pline ait écrit mal à propos flsTo;;, c'est-àdire soufre; car d'une part il n'est pas vraisemblable que celui-ci eût été placé, dans ce passage que Pline a transcrit, parmi les substances qu'il cite et qui appartiennent au règne minéral, comme on dit, et d'une autre part la différence de l'écri-
(1) Nat hist., 1. 28, c. 9.
(2) Tn adnot. ad eum locum.
36 CINQUANTE-CIJVQUIÊMJ!: LKTTRE.
ture n'est pas assez légère pour pouvoir échapper très-facilement à la vue pendant qu'on écrit.
Mais en outre Galien (i) a placé le soufre parmi les corps qui forment un ulcère sur les parties sur lesquelles il est resté appliqué trop long-temps, et Haly Abbas , que Ardoyn (jt) cite et suit, a écrit qii il se développe sur celui qui a bu du soufre une ardeur dans V estomac ^ qui se coupe et se tord^ et des ulcères dans les intestins. Cependant je ne voudrais pas que vous crussiez que j'attribue ces propriétés nuisibles à toute espèce de soufre, et à toute espèce de dose^ de préparation et de mélange, attendu que je n'ignore nullement que le soufre a été administré quelquefois, non-seule- Tueiit par les médecins modernes, même contre la gale, mais encore par les médecins anciens. Mais il est constant que la femme dont j'ai parlé l'avait pris dans du vin qui avait été conservé dans un vase d'airain, tandis qu'il n'est nullement certain si elle le prit pur, ou impur. Je voudrais que vous jetassiez les yeux sur les auteurs qui ont fait connaître les mélanges qui peuvent se faire dans les mines mêmes, ou que vous vissiez du moins ce que Walther (3) a indiqué succinctement, lors- C]u'il a écrit o^ il faut examiner si les mines ^ qui fournissent le soufre vif produisent en même temps
(i) De compos. medic.^ 1. 6, c. 2.
(2) De vençiw, , 1. 2 , c. i5.
(3) Progr, de sulph. el mari.
avec le soufre des minéraux qui soient autrement nuisibles; que Von craint surtout que V arsenic ne se développe dans plusieurs espèces de soufre; qu ainsi il savait que le vomissement ^ des tranchées et le ténesme avaient été produits par une prise d'un scrupule de soufre crû; que dans les cas mêmes où le soufre avait été cuit fort souvent dans de Veau ^ et fondu à une douce chaleur ^ il s'en était suivi sur beaucoup de sujets^ non pas tant des déjections alvines s que des tranchées. Or le soufre avec lequel de Tarsenic sera combiné, ne doit raême pas être employé extérieurement sur les petits ulcères des galeux, comme le prouve le cobalt, que le célèbre J. And. Sproegel (r) assure avec raison être de la même nature que V arsenic ; et à ce sujet il raconte qu'une jeune fille, dont on saupoudra la tête avec cette substance, mourut de la manière la plus misérable en peu d'heures, et que la même chose arriva, soit à un chien galeux qu'il frotta avec du cobalt , soit à trois autres chiens , auxquels il avait légèrement coupé la peau, et qu'il avait frottés avec de l'arsenic; et il ajoute que les lésions des viscères furent trouvées dans la dissection encore plus grandes que s'il leur eût fait avaler la même quantité d'arsenic.
Du reste, au cas de cette jeune fille vous réunirez une observation (a) semblable de Harder sur
(i) Experim. circa varia venena, etc., J. 28, et exp. 36. (2) Sepulclir. in additam, ad sect. 1 j, 1. hiijus 4^ obs. i3, ijlst. i3.
38 CI]NQUAJ»JTK-C[NQUIÈME LETTRE.
une autre jeune fille affectée d'un phthiriasis de la tête , et aux expériences vous ajouterez les exemples que Ettmûller le fils(i) a rapportés d'après Fabrice deHilden, J. Ant. Saracénus, Amatus Lusitanus et d'autres, et dans lesquels la mort ou les symptôrnes les plus graves furent produits par un onguent dans lequel l'arsenic était combiné, et qui avait été appliqué sur des ulcères, et qui plus est sur la gale elle-même. C'est peut-être aussi à cet objet qu'appartient une observation fort ancienne de Baccius (2), relativement à un bubon rongeant qu'on avait saupoudré d'arsenic ; car trois jours après cette aspersion, la mort eut lieu au milieu des vomissemens d'une humeur érugineuse tellement graves, qu'on eut le soupçon qu'on avait donné en secret du mercure sublimé. Mais c'est certainement à ceci que se rapportent les observations récentes de Goulard (3) , chirurgien très-expérimenté, observations qui s'accordent avec d'autres qu'il cite d'après Morand, et qui prouvent que les petites parcelles des médicamens trop vivement corrosifs qu'on place sur les ex-croissances de la chair des ulcères, pénètrent dans le sang, de telle sorte que le malade meurt empoisonné, sans que personne soupçonne la vérilable cause de la mort. Si vous voulez examiner
(i) Eph. N. C.^ cent. 3 et 4 ^ obs. 127 in scliol.
(2) De venenis, etc., ubi de venen. quaE? extrinseciis , etc.
(3) Mémoire sur les Maladies de TUrètre.
DES ULCÈRES ET DU SPJIACÈLE. 3q
tout cela avec attention, vous en conclurez aussi avec quelle facilité les parcelles propres de la matière rongeante passent des petits ulcères des gîileux dans le sang.
Mais avant de cesser de parler de la gale, vous ^ denianderez peut -être pourquoi je n'ai jamais parlé des glandes sébacées de la peau et de la matière sécrétée par elles. Quant à moi, j'ai cru que comme il était question de cirons (i), il était inutile d'avertir qu'il ne faut pas confondre avec eux, comme on le faisait autrefois, une espèce de vernoisseaux, attendu que je vois qu'au milieu de ces lumières de Tanatomie que j'ai travaillé selon mes faibles moyens à augmenter un peu, des jeunes gens mêmes écrivent positivement qijeles vers qui infestent la peau des en^ fans y trompent par leur apparence ^ et qail est assez prouvé que ce sont des fllamens exprimés des follicules sébacés de la peau. Bien plus, j'ai appris qu'une maladie, qui est endémique dans la Finlande, qiFon appelle brest ^ qui produit de grands ravages sur les enfans , et qui consiste en de trèspetits tubercules de toute la peau, qui s'amincissent en forme d'espèces de vermisseaux, est rapportée actuellement par des hommes savans à l'obstruction des conduits des glandes sébacées; est-ce parce que la matière sécrétée par elles est fort épaisse et fort tenace, et par conséquent se forme
4o CI ivquante-ctjvqutemj: lettre.
en filamens, en sortant fort lentement, et en s'arrêtant pour ainsi dire, filamens qui retardent la sortie si nécessaire, non-seulement de la matière qui devrait être sécrétée, mais encore de celle de la perspiration insensible, à cause de la compression exercée par la première sur tous les petits vaisseaux du voisinage ?
Vous voyez donc pourquoi j'ai pensé, en parlant des cirons, qu'il était inutile de parler plus longuement de la matière sébacée. Peut-être aurais-je pu le faire plus tôt en d'autres endroits; car comme la sécrétion de cette matière huileuse semble avoir élé établie, soit pour d'autres usages, soit surtout pour entretenir la mollesse et la souplesse de la peau , et pour la défendre contre les corpuscules rongeans, il s'ensuit que du moment que cette sécrétion sera détruite ou troublée, on verra se développer facilement les vices qu'on remarque dans les affections cutanées. C'est ainsi que dans l'éléphantiasis, nom que quelques auteurs adoptent, la peau devient inflexible et rôide, quoiqu'elle le devienne quelquefois aussi sans éléphantiasis, comme sur une femme que J. Fréd. Helvétiusguéritautrefoisentroissemaines, comme on le voit dans Stalpart (i), et sur une autre dont la description a été faite par Diemerbroeck (o,) (car je pense, en comparant les descriptions entre
(i) Cent, post., p. 1, obs. 43.
h) Ana(,, 1. 8, c. î.
DES ULCÈRES ET BU SPHACÈLE. ^ï
elles, que ce sont deux femmes différentes), et enfin sur cette Napolitaine, dont l'histoire de la maladie et de la guérison a été rapportée par Ch. Curtius(i), comme vous savez.
Pour ce qui regarde l'érosion, il est croyable qu'elle survient beaucoup plus facilement sur ceux chez lesquels la gale se déclare, non point par contagion, mais par l'influence de corpuscules rongeans qui existent en telle quantité dans le sang, qu'en attaquant la matière sébacée ellemême, ils la rendent non-seulement impropre à prémunir par son onction contre les sels irritans de la sueur, mais au contraire très-propre à produire de l'irritation et une érosion. Pourquoi donc, dites -vous 5 n'avez -vous pas parlé de ceci plus haut? Je n'en ai pas parlé, pour ne pas paraître faire de quelques hommes célèbres moins de cas qu'ils ne méritent, ou les provoquer, si je négligeais entièrement, ou si j'entreprenais de délruire ce qu'ils ont mis en avant, il y a quelques années, sur les glandes sébacées et sur la matière sécrétée par elles. De plus, ce n^'est pas ici un lieu favorable pour cette discussion, attendu qu'elle exigerait des détails longs et ennuyeux pour vous , et à plus forte raison pour moi, parce qu'il serait souvent nécessaire de répéter ce que j'ai suffisamment indiqué ailleurs. Vous conjecturerez facilement l'une et l'autre raison, d'après ce que je
(i) Discuss. d'un raro morbo cutaneo.
dirai à la hâte. H y a , disent-ils , des glandes sébacées dans la trachée^ dans le canal des alimens, etc. ; mais lisez la quatrième partie des Ads^ersaria (animadv. i3). Ils x\ ont jamais pu trou\>er des glandes sébacées éparses ça et là dans la peau; mais jetez les veux sur les numéros 3 et A de la troisième Lettre analomique. Cependant ils ont vu dans la peau de la face y de lapoitrine et des bras de quelques hommes y de petits points noirs ^ et ils ont observé que de ces endroits il s'exprime non-seulement de ces points, mais aussi une matière onctueuse ^ simulant un vermisseau cylindrique, et que par conséquent il existe dans la peau certaines cavités très-petites ^ quon trouve plus grosses que leur orifice; toutefois ils prétendent que ces choses, qu'ils ont vues, n existent pas dans V état sain. Mais vous devez voir une seconde fois les passages que j'ai indiqués, et d'autres de mes écrits, ou plulôt examiner les ailes du nez sur la plupart des hommes, mérne en bonne santé. 'Que prétendent-ils donc que sont ces cavités? Une gaine qui embrassait auparavant la racine d'un poil, actuellement détruit. Ici vous devez lire la première partie àe^ Adversaria (n° lii) (i) , et la quatrième (animadv. 33) (2); car dans la première j'ai énoncé, pour la première fois, du doute sur les glandes sébacées d'après les gaines des poils, et j'ai parlé, dans l'une et
(i) Versus finem.
(2' In fine.
DES ULCÈRi:S ET BU SPHA^CELE. 4^
dans l'autre, de certains objets qui le combattent, ou qui du moins le bornent. A cela vous ajouterez maintenant que ces cavités ne devraient pas être plus grandes sur les ailes du nez, puisque les poils y étaient très-petits. Quant à cette gaine, elle est fixée sous la peau , dans la graisse; car ils pensent que la sentence de Columbus est vraie ^ savoir que tous les poils ont leur racine dans la graisse. Or Colombus n'a pas écrit tous^ ni moi non plus, lorsque j'ai rapporté sa sentence pour la première fois , comme vous le saurez d'après la seconde partie des Ad\>ersaria (animadv. 5). En effet, non-seulemer^t je savais qu'il est des poils par lesquels nous ne pourrions pas démontrer que toute l'épaisseur de la peau est traversée, mais encore je voyais que Columbus lui-même avait fait positivement une exception , parmi les autres poils qui se fixent à la graisse, pour ceux qui sont au scrotum, et je remarquais qu'à ceux-ci il fallait en ajouter d'autres, comme ceux qui s'élèvent des tégumens de la verge, et ceux qui sont extrêmement fins sur l'aile de l'oreille et sur la glande lacrymale.
Ne croyez cependant pas que les gaines des poils qui sont substituées aux glandes sébacées, soient supposées être fixées dans la graisse pour recevoir de celle-ci la matière huileuse. A la vérité il est dit qu'une matière, qu'on appelle sébacée, provient de ces gaines; mais cependant elle n'est pas huileuse, parce que les linges imprégnés d'une grande quantité à^ cette matière résistent assez long-*
44 CINQUANTE-CÏJVQUIÈME LETTRE.
temps aux flammes; comme si j'avais dit qu'outre cette matière il ne s'attache rien de celle de la sueur ou de la perspiration insensible aux chemises et aux autres linges, ou qu'elle n'est autre chose qu'une huile pure; deux suppositions dont aucune ne pouvait venir à mon esprit, puisque je voyais chaque jour avec quelle facilité l'eau nettoie les saletés de la peau. Ainsi ce n'est pas seulement par ses mélanges extérieurs, mais aussi par ses mélanges intérieurs que je crois que cette matière est ^ViiÇi^'àXïïXï\^x\>Lcr une nature saK^onneuse, non cependant comme toutes les humeurs de notre corps y mais d'une manière particulière; ce qui fait que si on l'examine, qu'on la manie, et qu'on considère ses effets aussitôt qu'elle a été sécrétée sur un corps sain , on comprend combien elle diffère des autres humeurs.
Mais je voudrais que vous transportassiez ceci à cette matière sébacée qui est sécrétée au pourtour des yeux par les glandes des tarses et de la caroncule voisine ; car elle se mêle également avec l'humeur lacrymale, qui se sécrète continuellement. Je pourrais dire quel fut aussi autrefois le résultat de mes travaux sur ces glandes, cette caroncule et leur voisinage, je pourrais le dire à certains autres auteurs qui ont prouvé, dans la description qu'ils ont faite de ces parties, il y a dixhuit ans, ou qu'ils ne connaissent pas l'histoire de l'anatomie, ou que, s'ils la connaissent, ils le cachent trop évidemment. Mais, d'une part, je
DES DLCKRîiS ET DU SPITACKLE. f\5
rrattaclie pas un si grand prix à cela, et de l'autre il vous semble peut-être que j'ai déjà oublié que ce n'est pas ici un lieu favorable aux discussions de cette espèce, comme je l'ai dit plus haut.
i3. Ainsi 5 passant de la gale, c'est-à-dire des petits ulcères fort circonscrits aux autres ulcères, je ne me souviens pas d'en avoir vu de plus grands que sur un homme de la campagne. Comme on l'avait enfermé tout nu dans une cuve pour exciter la sueur, il périt d'abord par l'ignorance du chirurgien, qui fit trop grand feu, et ensuite par son obstination à ne faire aucun cas des plaintes du paysan , qui criait qu'il se brûlait. En effet, il ne le retira pas avant qu'il n'eût été à demi briilé dans toute la périphérie du corps; aussi, bien que la peau fût seule ulcérée, cependant la grandeur même de l'ulcération le fit mourir dans des tourmens continuels et incroyables, en deux ou trois jours, dans l'hôpital des incurables de Bologne, où on l'avait apporté bientôt après. Vous lirez qu'un cas qui n'est pas très- différent de celui-ci a été rapporté par Ledel (i); mais la jeunesse, la grande célérité dans le traitement, et la différence de l'ulcération dans toutes les parties de la peau, comme les douleurs l'indiquaient, permirent aussi wne issue différente.
Quant aux ulcères anciens, je vous en ai parlé encore plus souvent que de la gale, dans les obser-
(OEph.N. C, dec. 3, a. 5 et 6, obs, 5i.
46 CINOITANTE-CINQUIKME LETTRE.
Yations qne je vous ai envoyées. Deux (i) (Venlre elles coiifirment particulièrement ce que j'ai dit de la purg?.lion opérée (2) par la gale; car, comme il existait en même temps un ulcère et une gale,. celui-là commença à produire des douleurs beaucoup plus violentes lorsque celle-ci se dissipa, quoiqu'elle ne fût pas humide, mais sèche. Et réciproquement, des ulcères s'étant dissipés, comme Findiquaient des cicatrices sur les jambes, des pustules sales s'étaient emparées de presque toute la peau. Relativement à ce qui a été dit de la gale , qu'il ne faut la chasser par des moyens externes seuls que lorsqu'elle est récente ou qu'elle a été contractée d'un corps étranger, parce que si on en agissait autrement, on fermerait l'issue de cette manière soit aux humeurs nuisibles qui sortaient habituellement à travers la peau , soit à celles qui se portaient de celle-ci à l'intérieur, mes autres observalions prouvent suffisamment que c'est avec raison qu'on établit aussi la même chose pour les autres ulcères. En effet, vous verrez de quelles maladies extrêmement graves, surtout du cerveau et quelquefois du cœur, furent suivis des ulcères chroniques desséchés, ou fermés d'eux-mêmes, ou par l'art; et vous pourrez remarquer qu'alors, ainsi que cjuand les ulcères avaient existé pendant long-temps, quoiqu'ils ne fussent pas encore
(i) Epist. 21, n, 3o; etEpist. 4, n. 35. (2) Supra ; n. 8.
DES ULCÈRliS LT DU SPIIACKLE. 4?
fermés, il y eut presque toujours de la sérosité dans le crâne, quelquefois aussi dans les vertèbres , ou dans la poitrine, et dans le ventre. Pour ne point répéter ici ces observations, j'aime mieux vous indiquer les lettres où vous les relirez, savoir : la quatrième (i), la cinquième (2), la douzième (3), la vingt-cinquième (4), la vingt-septième (5) , la quarante-septième (6) , la cinquantedeuxième (7).
14. Mais outre ces ulcères, qui appartiennent aux jambes, il en est encore d'autres relatifs à d'autres parties, et dont j'ai souvent parlé dans mes observations, où il est question tantôt d'abcès fistuleux et d'unie carie soujacente, tantôt de tumeiirs ulcérées et de gangrène. Je n'ai pas le temps d'indiquer ici en particulier tous les passages de ces observations; j'aime mieux ajouter quelques considérations qui se rapportent aux deux chapitres qui viennent d'être cités, en négligeant tout ce que je vois avoir un rapport moins direct à ce sujet, comme lorsqu'on décrit parmï les ulcères dans cette section du Sepulchre^
48 CINQUA]VTE-Cr]\ QUIÈME LETTRK.
twn (i), le cas d'un fœtus de sept mois, qui n'avait pas de cerveau, et que vous pouvez comparer avec ceux qui naquirent dans cet état, et dont j'ai parlé d'après mes observations et d'après celles des autres, dans un lieu plus convenable (2), à ce que je crois.
Relativement donc au premier de ces deux chapitres, c'est-à-dire aux abcès fistuleux, je me souviens surtout d'une de mes cures, que je rapporterai ici d'autant plus volontiers, qu'elle fut opérée par un moyen dont je vois que l'efficacité contre les ulcères très-petits, c'est-à-dire contre la gale dont il a été parlé plus haut, est aujoUrd hui révoquée en doute par quelques personnes, surtout par un médecin du reste très-expérimenté. Un vieillard, aussi noble que pieux, archidiacre de l'église de Forli , L. Albertini , avait commencé à être tourmenté, au printemps de l'an 1711, par une dysurie ; pendant qu'on cherchait à calmer celle-ci avec des adoucissans, la jambe gauche fut prise d'abord de douleur, et ensuite d'un abcès. Comme, après l'ouverture de ce dernier, le pus continuait à sortir chaque jour en une telle quantité, qu'elle pouvait très-facilement consumer un homme de soixante-dix-neuf ans, le médecin et le chirurgien pensaient qu'il fallait s'y opposer, le premier en donnant ce qu'on appelle la décoction