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(i)Obs. I, §. 3.
(2) Epist. \%, n. 5 et seq. ; et Epist. 48, n. 48 et seq.
des bois; le dernier, en appliquant sur Fabcès des substances propres à le guérir complètement. Et déjà son orifice même paraissait fermé, lorsqu'une fièvre grave se déclara tout à coup, portant le trouble dans la tête, et commençant à produire du délire. Alors on tire du sang de l'un des pieds ; l'abcès est ouvert de nouveau , et de cette manière on chasse bien la fièvre ; mais il sort et il continue à sortir une seconde fois une si grande quantité de pus de l'abcès, qu'on désespère du malade, et ce n'est pas sans raison. En effet, ayant été appelé, et l'ayant vu alors pour la première fois, je le trouvai n'ayant que la peau et les os, lui qui avait été auparavant d'une bonne habitude de corps, et robuste pour son âge; ses forces étaient très-affaiblies, il n'était jamais sans une petite fièvre, et il était tourmenté de temps en temps par des douleurs très-vives de la jambe, de laquelle il sortait une telle quantité de pus , que je ne l'aurais pas cru facilement. Il semblait à tout le monde que le sujet ne pouvait être guéri qu'autant que la jambe guérirait; mais il était prouvé combien il était difficile d'obtenir cette guérison, par tous les soins et toutes les peines des médecins et des chirurgiens qui avaient été inutiles jusqu'alors, et de plus par l'âge très-avancé du malade, par lan temps extrêmement chaud, qui était survenu sur ces entrefaites (c'était au milieu de l'été), et, outre ce qui a été dit, par le dégoût de l'estomac pour les remèdes. Cependant il restait IX. 4
5o CINQUANTE-CINQUIEME LETTRE.
deux médicamens, dont Vun , c'est-à-dire le bouillon de tortue de terre, était recommandé par le vieux médecin du malade, et dont l'autre, savoir la poudre de vipère, avait été proposé par un autre vieux médecin, avant son départ; car on l'avait fait venir les jours précédens d'un autre endroit. Consulté sur l'un et sur l'autre remèdes, je ne désapprouvais pas le premier, si l'estomac le supportait; mais pour qu'il fût supporté plus facilement, et pour qu'il produisît un plus grand bien, je disais qu'il fallait y ajouter une plus grande quantité du second, de la manière pourtant que j'indiquerais, et qu'il fallait surtout avoir confiance en celui-ci. En effet, il me semblait que ce qui reste dans la poussière de la vipère ne serait pas aussi utile que la vipère fraîche ellemême , si l'on faisait cuire la moitié des chairs de celle-ci dans du bouillon de veau léger, avec autant de chair de tortue; si les mêmes chairs de la vipère, qui auraient été cuites, étaient mélangées bientôt après avec ce qu'on appelle sucre rosat ancien, et mangées chaque matin, après quoi le malade boirait le bouillon dont il a été parlé; et si on pouvait y ajouter, entre le dîner et le petit souper, ce qu'on appelle une émulsion faite avec des amandes fraîches, et un peu de sucre, avec lequel on aurait mêlé du corail réduit en une poudre très-fine. Non-seulement ces moyens ne déplurent pas au médecin, mais, comme il était d'un âge avancé et d'une mauvaise santé, il me pria , ainsi
DES ULCÈRES ET BU SPHACÈLE. 5l
que le malade, et les parens de celui-ci, d'agir moi-même selon mon habitude. J'agis donc, et avec l'aide des dieux , les douleurs de la jambe commencèrent à s'apaiser insensiblement, et le pus à diminuer, de telle sorte que quarante jours après le commencement de ce traitement, l'abcès tendait presque déjà à la cicatrisation; mais, quoique la petite fièvre se fût déjà dissipée auparavant, et que la faiblesse et la maigreur eussent diminué, cependant, pour augmenter ce mieux, et le confirmer, j'employai pendant dix jours encore le même traitement, non-seulement avec la permission, mais encore d'après le désir spontané du malade. Ce temps écoulé, celui-ci, qui était resté couché depuis la fin d'avril jusqu'aux environs du milieu de septembre, commença à se lever; et sa convalescence faisant ensuite de plus en plus des progrès chaque jour, non-seulement il recouvra sa première habitude de corps, mais cette jambe même d'où il était sorti pendant si longtemps une si grande quantié de pus, et avec lui tant de fragmens blancs et oblongs de membranes, ne différait en rien de l'autre par la nutrition et par les forces; car il me la fit voir un jour que je le rencontrai par hasard aii commencement de décembre. Il vécut ensuite quelques années sain et sauf, jusqu'à ce qu'il mourût dans une extrême vieillesse , lorsque déjà j'habitais Padoue.
M 5. Plus d'un motif m'ont engagé à vous décrire longuement ce traitement. En effet, quelques mé-
5ft CINQUANTE-CINQUIEME LETTRE.
decins attribuent aux vipères des vertus qu'elles n'ont pas, comme celle d'échauffer et de sécher, au point qu'elles causent une soif inextinguible, et qu'elles dissipent le peu d'esprits qui restent aux vieillards; c'est pour cela que Claudinus (i) avertissait de s'en abstenir dans la vieillesse, et surtout dans l'été et dans un pays chaud. Rédi (2) a noté que l'usage des vipères, beaucoup plus grand encore, n'excita aucune soif sur un vieillard, ni sur des jeunes gens, quoique ce fût quelquefois en été. Pour moi, comme je n'ai jamais remarqué que l'usage des vipères occasionnât aucune soif, ni qu'il dissipât les esprits, de même je n'observai pas ces effets sur ce vieillard décré-, pit, dans la saison de l'année la plus chaude, et dans un pays plutôt chaud que froid : je vis même que les esprits se rétablissaient, et que rien ne se séchait que cet abcès, que je voulais sécher, tandis que le reste du corps, loin de se sécher, se rétablissait.
D'autres, au contraire, disent qu'il ne faut pas plus attendre des vipères que des parties sèches de tous les autres animaux ^ quand elles contiennent un suc gélatineux ^ légèrement sulfureux et vapo-reux. Vous comprenez que ceci a été écrit dans des pays où il n'y a pas des vipères fraîches en quantité. Aussi ne suis-je pas étonné que les
(1) Append. ad tract, de ingress. ad infirm. ^ sect. 6.
(2) Osservaz. int. alla vipera.
dwers médicamens préparés avec des vipères rij aient produit aucun e/fet â^dis r atrophie ^ dans la phthisie y dans la gale et dans d'autres affections de ce genre y ni qu'on dise qu'on ne peut certainement af^e/z^re des mêmes moyens aucun secours solide qui fasse un grand bien pour corriger les impuretés du sang; mais moi je parle ici, non pas des vipères sèches ou des médicamens ainsi préparés, mais des vipères fraîches; car vous avez vu comme je préférai celles-ci à celles-là, en suivant dans un cas où un abcès n'avait pu être guéri jusqu'alors, un auteur célèbre plus ancien que ceux que ces médecins citent, Ant. Musa, médecin d'Auguste en Italie, qui faisait manger des vipères lorsqu'il avait rencontré des ulcères incurables ^ et les guérissait parfaitement avec une promptitude étonnante y comme Pline (i) l'a rapporté. En effet, relativement à ce qu'ils disent, que si ton a obtenu quelque chose de bon avec ces médicamens, on devait plutôt V attribuer à d'autres ingrédiens mélangés ^ et à d' autres médicamens donnés conjointement avec eux ; quand même cela serait vrai pour leurs préparations en question, je pense du moins que vous ne le soupçonnerez même pas pour les vipères que Musa faisait manger, et qui n'étaient point mêlées avec d'autres remèdes, que nous sachions, pas plus que pour cqW^s préparées en manière de pois-* son y qu'un grand médecin grec, Cratérus, avait
(i) Nal. histor., 1. 3o , c. j3.
ordonné pour nourriture à un malheureux esclave, qu'il guérit de cette manière (Méad (i)^ homme d'une très-grande érudition, conjecture que c'est de ce médecin que Musa apprit ce remède), ni pour celles qu'un avitre grand médecin, Arétée (s), donnait à manger au souper^ en les faisant également cuire et assaisonner comme les poissons ^ c'està-dire avec du sel et de Vhuile^ comme il est facile de le comprendre d'après Coelius Aurélianus (3). Galien (4) aussi ordonna à un homme , qui s'occqpait à prendre des vipères, d'en manger préparées dans une marmite , à la manière des anguilles. Mais, dites-vous, il est constant que cet homme ne fut pas guéri par elles seulement, car Galien avoue ce qu'il fit auparavant; mais on n'a pas la même certitude relativement à ces deux premiers médecins. D'ailleurs, si la saignée, et la sortie de l'atrabile produite par un remède, eussent guéri l'homme, Galien n'aurait pas donné des vipères après ces médicamens, et il ne leur aurait pas attribué la guérison.
Et croyez que je ferai la même réponse, si par hasard vous faites la même objection pour les cures qui furent heureusement opérées par des vipères ou par quelques-unes de leurs parties, et
(ï) De venen. tentam. i.
(a) De curât, tardar. aegritud. ^ 1. 2 , c. iS.
(3) Morb. chron., 1. 4, c. i^ vers. fin.
(4) De simpl. medicam. facult. , 1. 1 1, c. i.
qui ont été citées par les partisans de Galien , soit Grecs, soit Arabes , ou par des médecins qui exi-^ stèrent dans les siècles suivans; or ces médecins sont en si grand nombre, qu'il serait non-seulement long, mais superflu de les nommer ici chacun en particulier, puisque vous pouvez les voir dans M. x\urelle Séverin (i). Bien qu'il y ait dans ces auteurs certaines choses que vous n'admettrez pas facilement, cependant vous ne les rejetterez pas toutes comme des fables et des ruses de charlatans, puisque Rédi (2), qui les combat avec autant de chaleur que qui ce soit, a écrit positivement que les chairs de la vipère sont médicamenteuses, et « un remède contre beaucoup « de maladies, » et que son habile imitateur, Valisniéri (3), a déclaré ouvertement ce qu'il pensait, lorsqu'il a affirmé a que nos vipères de TEuganie « sont beaucoup plus efficaces dans les traitemens (c des maladies, que celles du territoire de Fer- <c rare et de Mantoue, et des lieux également hu- <( mides et marécageux. » Je me souviens d'ailleurs combien de fois il les recommanda, avec moi, aux malades, dans les consultations médicales, et vous pouvez voir vous-même dans ce qui a été publié, combien souvent il les prescrivit. Vous trouverez même que ce remède a été et est en
(1) Viper, pyth. , p. 3, c. 7 et alibi.
(2) Opère, t. 4? lettera AN N, che comincia la Vipera.
(3) Opère, t. 3, nel saggio d'Istor. med. alla parola fripera.
usage dans les pays où vous auriez cru qu'il est moins connu. C'est ainsi, par exemple, qu'Ettmûller (je parle du fils, quoique je pusse citer le père (i), et des médecins plus anciens de l'Allemagne), rapporte {^i) positivement que dans la Silésie, la décoction des vipères dans du bouillon de poule est en usage presque partout parmi les riches y pour guérir V étisie et pour corriger les impuretés du sang et de la lymphe. C'est ainsi qu'Hoffmann (3) lui-même (je dis lui-même, car il n'a pas toujours été conséquent avec lui sur cet objet), examinant le traitement qui avait été mal établi sur un homme illustre qui était atteint d'un asthme spasmodique et d'une hydropisie, et dont il rapporte aussi la dissection , ne loue pas , il est vrai, le temps peu convenable où on avait donné la poudre et les bouillons de vipère; mais il loue les moyens en eux-mêmes; car il est certain ^ dit-il, d après une expérience fréquente que les vipères , données en poudre et en décoction ^ possèdent une vertu antispasmodique y tempèrent les humeurs acres y excitent la transpiration et purgent par conséquent la masse du sang de toutes ses saletés. C'est ainsi qu'Adolphi (4) parle d'un soldat qui fut délivré par V usage continuel des remèdes , surtout de ceux de vipère , d'une incommodité
(i) Sch roder, dilocid. deaninial.cl. i^ubidevipera^ et alibi.
(2) Eph. N. C.^ cent. 7 es 8^ in append. n. ult.
(3) Consult. et resp. medic. , cent, i, cas. 93.
(4) Act. N. C, tora. a , obs. 1 58.
très-grande, qui avait résislé à tous les aiitres moyens. C'est ainsi enfin (pour ne point omettre ce qui a été publié par les mêmes Allemands pendant que j'écris ceci), qu'un médecin que je vous ai cité ailleurs, J. D. Molinari (i), recommande les décoctions faites avec les vipères ellesmêmes ; car elles ont été confirmées , dit-il, par beaucoup d' expériences ^ soit d'hommes saK>ans ^ soit de moi'-même.
Il n'est pas besoin de parler des autres nations policées, puisque Méad (2) a appris, relativement aux Indiens eux-mêmes, d'un médecin savant qui avoit séjourné plusieurs années au Bengale, c^\ç^ c est une habitude constante parmi les médecins de ce paySj d'ordonner V usage diététique de la vipère de cette contrée à ceux que des maladies lon^ gués ont épuisés. Mais les Indieiis sont barbares, et par conséquent pas très-habiles. Que direzvous donc de Méad lui-même, à qui vous ne préférerez sans doute aucun médecin du premier mérite, soit pour la science, soit pour l'habileté, soit pour le jugement, soit pour l'autorité? Certes il (^6) avait une rrès-bonne opinion du bouillon , de la gélatine, des chairs , et du sel volatil des vipères , et il n'a blâmé que la trop grande réserve des médecins anglais à prescrire ce remède, qui est propre
(1) Specim. de apopl. , p. 2^ s. 4^ n. 180.
(2) Tentam. r cit.
(3) Ibid.
58 CIlVQUANTïl-CÏJSQUTÈME LETTRE.
à d' excellentes fins , et dont il a vu lui-même une belle efficacité dans des lèpres opiniâtres. Dironsnous qu'il aurait dû attribuer cette efficacité non pas aux vipères, mais à d'autres remèdes mêlés avec elles ? Mais il n'avait rien mêlé avec elles , et ne s'était servi que de vin dans lequel il avait fait macérer des vipères pendant deux ou trois jours à une douce chaleur. Et, pour revenir enfin au malade dont j'ai rapporté l'histoire, je ne pense pas que vous-même croyiez facilement, loi^sque vous aurez examiné avec soin toutes les autres choses que je lui donnai, et que je vous ai indiquées à dessein, qu'il faille rapporter cette guérison à ces choses plutôt qu'aux vipères. Que s'il vous reste par hasard quelque doute, j'ai à ma disposition d'autres exemples de traitemens qui réussirent, et dans lesquels je ne donnai, ou je fus forcé de ne donner que des vipères. En effet, comme je ne donne le plus souvent, attendu que j'aime autant que possible la médecine la plus simple, que les chairs et le bouillon de vipère, spécialement contre une gale opiniâtre, que j'ai guérie de cette manière, après l'emploi inutile d'autres moyens, de telle sorte que les malades devenaient propres, beaux, et même plus gras , il m'est arrivé quelquefois d'avoir à faire à certains sujets qui avaient une aver- , sion très-grande pour presque tous les remèdes , et à plus forte raison pour le^ vipères; or, comme il était nécessaire de les secourir par des moyens tels qu'ils ne pussent ni les sentir, ni les remar-
quer, je faisais cuire des vipères dans les bouillons dont ils faisaient usage, et je les ai sauvés par une fraude salutaire. Dans ce nombre se trouva surtout un grand sénateur de Venise, dont le cas (i) était comparable, sous la plupart des rapports, avec celui de l'archidiacre qui a été rapporté; car lui aussi était très-vieux lorsqu'il fut attaqué, pendant l'éré de l'an lySa, d'un abcès chronique de la jambe. Or ce ne fut par aucun autre moyen interne que celui que j'ai indiqué, que je parvins à mettre un homme de cet âge à même de supporter une si longue maladie, et ces écoulemens continuels de pus, et à améliorer ses humeurs viciées , au point qu'après la guérison complète de l'abcès opérée par ce moyen , tout le corps et cette jambe recouvrèrent, beaucoup plus vite qu'on ne pouvait l'espérer, leurs premières forces et leur nutrition, et qu'il n'eut pas besoin des secours de la médecine pendant six ans; car il vécut pendant ce nombre d'années après cela. Quelqu'un dira-t-il que le bouillon de veau, ou de poulet, dans lequel je faisais cuire la moitié d'une vipère pour lui, comme pour tous ces autres sujets, avait une telle vertu, que tout ce qui s'ensuivit de bien doit lui être attribué plutôt qu'à la vipère ? Quelques-uns demanderont plutôt pourquoi donc ce qui a réussi à moi, et même à la plupart des médecins de tous les temps et de
6o CINQUANTE-CINQUIÈME LETTRE,
presque tontes les nations, ne réussit-il pas également à tout le monde? Comme si tons les autres remèdes, excepté celui-là seulement, réussissaient atout le monde, et toujours! 11 n'aura pas réussi aux uns par cela même qu'ils l'auront donné après l'avoir mêlé avec différens médicamens; aux autres, parce qu'ils ne l'auront pas donné pendant assez long-temps; à ceux-ci, parce qu'ils auront été trompés dans le choix des vipères, qui n'auront pas été prises dans les pays et dans les lieux où ils croyaient qu'elles l'avaient été , ni dans la saison de l'année où il fallait qu'elles le fussent; à ceux-là, parce qu'ils auront rencontré des malades chez lesquels il n'y avait lieu à aucun remède , du moins à celui-ci, à raison de la cause de la maladie, ou de sa violeuce, ou de son ancienneté. Ajoutez à cela toutes les autres considérations de ce genre que vous voudrez, pourvu qu'elles n'attaquent pas le savoir et la bonne foi de ces médecins, qui ne se contentant pas de ce que l'on fait habituellement aujourd'hui (plût à Dieu que ce ne fût ni trop fréquent, ni porté trop loin!) c'est-à-dire de s'écarter à ce sujet de l'opinion des anciens, les ont accusés en outre (qui le croirait?) de vanité et de charlatanisme,
i6. Ce grand sénateur, dont j'ai parlé tout à l'heure, rappelle à ma mémoire une chose relative aux abcès. Hippocrate (i) a bien enseigné que
(i) S. 2, aph. 47,
DES ULCÈRES ET BU SPHACÈLE. 6ï
des douleurs et des fiès^res sundennejit pendant qwe le pus se forme , plutôt que lorsqu'il est déjà formé. Cependant il a dit lui-même dans le quatrième Livre des Épidémies (r), que cela est vrai le plus souvent, et non toujours, comme ce qui se trouve dans plusieurs autres aphorismes; et s'il ne l'a pas dit là où il a écrit que certains abcès mûrs se supportent sans fièvre et avec facilité dans les maladies ( car Martianus (ot) prétend qu'il faut entendre cela des abcès qui ont suppuré, et non, comme Vallésio (3), de ceux qui suppurent), c'est du moins, d'après l'opinion uniforme de l'un et de l'autre, à l'endroil où il a écrit bientôt après que le bras et le siège s'ulcérèrent sans fièvre après une dysenterie sur Léambius. Moi aussi, en voyant sur ce sénateur que la jambe était déjà tuméfiée par un œdème ancien , et par une petite contusion reçue depuis peu, laquelle avait été suivie d'un petit érysipèle à cet endroit et d'une fièvre légère, et qu'elle se tuméfia bientôt après de plus en plus, sans que le malade, ni moi, ne nous aperçussions d'aucune fièvre particulière, d'aucuns frissons, d'aucun sentiment de douleur, de chaleur et de pulsations, je commençai à soupçonner qu'il se formait cependant du pus; et ce n'était pas à tort, comme la fluctuation de la matière qu'on
(i) N. 22, apiid Marinell.
(2^ Annot. ad hune locum.
(3) Comment ad eumd. locum qui ipsi est, 11. 96.
sentait évidemment sous la main le confirma peu de temps après. Est-ce donc que le pus se forme sur les vieillards, et dans les membres affectés d'un œdème, sans aucun caractère, ou avec des caractères fort peu nombreux et fort légers, qui annoncent sa formation? J'ai quelquefois entendu dire l'une et l'autre chose à des chirurgiens expérimentés, et quand je consulte la raison, je vois qu'on peut concevoir l'une et l'autre, mais plus la seconde. Car tous les vieillards n'ont pas les fibres très-relâchées, ni les humeurs visqueuses et inertes. Aussi sur l'archidiacre (i) dont il a été parlé, le pus ne se formait pas sans douleurs; et comme sur ce sénateur dont il est question, un autre petit abcès commençait par hasard à se former à la partie inférieure de la cuisse, où il n'existait aucun œdème, à la mêntie époque où le premier avait été ouvert, je remarquai bientôt après, pendant la formation du pus, les indices qui se manifestent ordinairement.
Cependant le pus peut se former quelquefois sans fièvre , et cela dans des parties non tuméfiées par un œdème, sur ceux-là mêmes qui sont à la fleur ou dans la force de l'âge, comme le prouvent les observations d'autres auteurs, surtout de mon ami et mon illustre collègue Pujati (2), qui a vu sur une vieille femme d'abord, et ensuite aussi sur
(2) Dec, obs. 7, n. 3.
une jeune fille, des abcès qui s'étaient formés sans fièvre, comme Hippocrate le vit sur Léambius ; et pour que vous ne disiez point par hasard que celte jeune fille avait les humeurs trop inertes, attendu qu'elle mourut hydropique quelques mois après, il Ta vu également sur un homme robuste. 17. Maintenant, disons aussi quelques mots de la carie qui existe sous les abcès et sous les ulcères. Vous avez dans les commencemens de la quatorzième Lettre (i), des observations relatives à une carie de cette espèce. Mais cette carie existe principalement dans ce genre de maladie, à laquelle les Arabes ont donné le nom de spinaventosa; quoiqu'on ne voye pas toujours une carie très-manifeste, mais seulement une tuméfaction et un ramollissement des os, comme sur deux sujets, dont Mauchart (2) fit l'examen après leur mort. Ainsi, comme on peut traiter également de cette maladie parmi les tumeurs et parmi les ulcères, c'est pour ce motif qu'ayant fait mention de certaines exostoses dans la cinquantième Lettre (3), en parlant des tumeurs, j'ai dit quelque chose de la carie et de son origine. Mais vous trouverez aussi, dans deux euàvoxls An Sepulchretum ^ des cas relatifs à la même maladie, dont la plupart ont été observés à Padoue, savoir dans la seconde section ("4)
(i) N. 3 etseq.
(2) Eph. N. C, cent. 9, obs. 33 et 84.
(4) Obs. 30, et in addit. y obs, îo.
du quatrième Livre qui est intitulée Des Tumeurs^ et dans celte quatrième section qui a pour titre Des Ulcères (i). Cependant Pandolphinus, qui a publié un Traité sur ce spioa-ventosa, et Merclin, qui a augmenté ce Traité de tant de notes et d'observations, ne sont nommés dans aucun de ces deux endroits, où on n'a non plus rien ajouté d'après Schelhammer (2), qui traite le sujet succinctement, il est vrai, mais avec science et érudition, et qui tout en rapportant (3) aussi des observations, dont je vois que quelques ne sont pas dans le Sepulchretuin ^ entre autres une qui lui est propre, défend (4) très-bien Van-Horne (5), qui n'adoptait pas l'opinion de Tulpius (6) , contre une réponse de Merclin (7), qîû prétendait que Corn. Celse avait désigné par le mot de cancer d'un os dans le passage f8) que Tulpius avait cité, une maladie qui avait assez de rapport avec le spinaventosa. Or il est certain d'après la lecture de ce passage, qu'il n'est pas question du cancer d'un os, comme le prétend avec raison Schelhammer; du
(1) Obs. 5, 5. 1, etc.
(2) De hum. corp. tumorib., s. 2, p. 1, n. 94 et seq.
(4) P. I cit. , n. 10.
(5) Microtchn, s. 2, p. 1, J. 33.
(6) Obs. tnedic. , 1. 4 > c. i3.
(7) Ad Pandolphin. , c. 7^ annot. i.
(8) De medic. , L 8, c. 10, edit. Almeloven.^ p. 532^ 1. i5 et seq.
Dm ULCKllES ET DU 8PfIACÈLE. 65
reste, je suis moins étonné de ce que Tulpius et Merclin n'ont pas vu cela, que de ce que celui-ci a vu ce qui ne se trouve pas dans ce passage, c'està-dire cancer- de Vos. Car il dit, et même il répète que Celse appelle cette altération de Vos ^ non pas simplement cancer ^ mais cancer de Vos ; en sorte qu'il paraît qu'il n'avait pas jeté les yeux sur ce passage de Celse.
i8. Mais ceux-là se sont trompés sur les mots, tandis que des chirurgiens, même vieux et trèsexercés, se trompent quelquefois dans le diagnostic de la chose elle-même, c'est-à-dire de la carie qui n'est accessible ni à la vue, ni aux sondes. Il est bien vrai que c'est un indice de carie, si la matière qui sort par l'ulcère est brune ou noirâtre. Cependant, si elle ne sort pas teinte de cette couleur, il ne faut pas dire tout de suite qu'il nV a pas de carie. Car si celle-ci occupe une. petite partie d'un os non épais, et qu'elle se trouve audessous de beaucoup de chair creusée par de grands sinus ulcéreux, cette cause, même seule, peut faire que la matière ne sorte pas noire par Forifice de l'ulcère, parce que le peu de celle-ci qui provient de l'os se délaye en se mêlant avec la grande, quantité de pus qui s'écoule de la chair, et que la couleur brune se trouve ainsi cachée.
C'est ce que je sais d'une manière certaine ê^re arrivé, Tan t^SG, siir une jeune dame de VenisÇi chez laquelle un grand abcès qui s'était développé sur le côté de l'une des fesses, et qui n'avait été
66 CI iVQÛAJVTE-ClIVQUIÈMR LETTRK.
ouvert que tard, était déjà traité iiuitilernent depuis long-temps avec des remèdes internes et externes. Aussi les chirurgiens, trompés par la couleur du pus qui n'était point brune, ne soupçonnèrenl-ils point la carie, jusqu'à ce qu'ils s'apei'çurent qu'un stylet entrait sans aucune difficulté dans la cavité du ventre, à travers la partie de l'os des îles correspondant déjà rongée par la carie, partie qui est transparente vers son milieu à cause de son amincissement, principalement sur les femmes jeunes. Et je ne doute pas que l'amincissement de cette partie osseuse, qui rendit le passage du pus dans la cavité du ventre plus facile sur cette excellente dame, digne d'un meilleur sort, ne reçoive de même sans difficulté la pointe d'une épée qui ira blesser les intestins sur d'au- , très sujets atteints de blessures profondes à cet endroit.
Au contraire, il n'est pas rare de voir beaucoup de chirurgiens qui ne balancent pas à porter un fâcheux pronostic en examinant la couleur du stylet dont ils se sont servis pour explorer les ulcères, sans faire attention qu'Hippocrate (i) a écrit que ceux sur lesquels le stylet est coloré par le pus , comme par le feu ^ meurent en très-grande partie il est vrai, mais non pas tous, et qu'il est question à cet endroit des sujets affectés d'un empième , et non pas d'une couleur quelconque du stylet, mais
(i) Goac. praenot. apud. Duret. , I* 2^ c. 16^ n. l^%.
de celle qui fait quon le retire comme plombé et brûlé par lefeu^ au lieu quil soit brillant et argenté; indice du pus le plus funeste^ pour me servir des expressions de Tillustre interprète Duret (i). Enfin, parmi les autres espèces de carie, celle-là serait très-digne non-seulement d'une mention particulière, mais d'un examen spécial, qui avait rongé le crâne, et au-dessous de laquelle Sîévogt ['i)vity avec Vœil armé d'un verre ^ un assemblage d'une infinité de vermisseaux ^ entremêlés dans une humeur visqueuse , et dont plusieurs , jetés dans de Veau tiède^ donnaient des indices de vitalité par leurs mouvemens. Mais comme l'auteur qui vit cela âpre.*; la mort, et qui avait pu remarquer quelques choses relatives à notre sujet pendant la maladie, a renvoyé (3) à un autre temps de parler de Vétiologie de cette carie vermineusé^ vous serez moins étonné si je ne veux pas la deviner.
19. Mais actuellement ajoutons ce qui est relatif: au second des deux chapitres indiqués (4), c'està-dire aux tumeurs ulcérées, et aux gangrènes. Outre les observations que je vous ai envoyées ailleurs sur ces tumeurs, il m'en reste une seule, qui fut recueillie par Médiavia à la fin de septembre de Tan 1730.
10, Un jeune homme avait une tumeur ulcérée
(1) Ad eum locum.
(-2) Dissert, de carie cran, in hivroriae finf:;
à Tun des côtés du cou. Un chirurgien ayanl jugé à propos de détruire quelque chose dans cet ulcère avec cette poudre secrète que Ph. Masiero avait coutume d'appeler corrosif magistral, et qu'il employait habituellement avec beaucoup de succès, mais aussi avec beaucoup de prudence, dès ce moment la fièvre et la douleur de tète qui existaient auparavant, augmentèrent tellement, qu'elles ne diminuèrent ni par la soustraction répétée du sang, sur lequel il ne manquait pas de se former une petite couenne polypeuse, ni par l'usage intérieur ou extérieur des remèdes délayans et autres. En effet, bien que la douleur eut diminué dans l'ulcère même, cependant elle n'éprouva jamais une rémission au front, où elle était fort violente. C'est pourquoi le malade mourut dans le délire et dans des convulsions.
Examen du cadavre. La tumeur n'avait nullement blessé le muscle soujacent : ce muscle était celui qu'on appelle releveur de l'épaTile, dans la partie qui se trouve au-dessous des tégumens communs. Les glandes jugulaires de ce côté étaient tuméfiées et dures. Tous les vaisseaux du cerveau étaient distendus par du sang; la substance médullaire était parsemée de points rouges partout où on la coupait, et elle se trouvait elle-même beaucoup plus molle qu'elle ne devait l'être, tandis que la corticale était dans l'état naturel. Il y avait beaucoup d'eau limpide dans les ventricules du cerveau.
DïïS ULCÈRES ET DU SPHACELE. 69
11. Quoiqu'il soit très-bien prouvé, surtout par une observation d'un auteur exact, Bénévôli (i), avec quel danger on attaque par des remèdes corrosifs la chair qui s'élève des ulcères aux extrémités du corps, cependant l'usage de ces sortes de remèdes dans le même but n'est point sans danger, même dans les autres endroits, lorsqu'il existe une mauvaise disposition, comme la fièvre déjà déclarée et jointe à la douleur de tête indiquait qu'elle existait sur le jeune homme en question.
Mais de cette tumeur ulcérée passons à une maladie qui est rapportée parmi les tumeurs par les auteurs de chirurgie, et qui est accompagnée d'une très-grande putréfaction, c'est-à-dire à la gangrène, en commençant par quelques observations de Valsalva.
22. Un jeune homme accomplissant sa dix-huitième année, d'une taille et d'une habitude de corps médiocres, d'un teint pâle et jaunâtre, étant tombé du haut d'un édifice sur une pierre trèspointue, se fracture le col du fémur, et est en même temps blessé par la pierre au même endroit. Tandis qu'on le traitait d'après les règles de l'art à l'hôpital de Sainte-Marie de la Mort^ non-seulement il se plaignait d'une pesanteur dans la poitrine avec de la difficulté de respirer, bien qu'il ne crachât point de sang, et qu'il n'eût aucune
contusion apparente dans les parties extérieures du thorax, mais encore il commença à délirer le qualrieme jour, et à se plaindre d'une douleur dans la plaie, et de certains mouvemens convulsifs dans cette partie. La nuit suivante, une gangrène énorme s'empara de la même partie , et vers la quatorzième heure du jour suivant, elle avait fait tant de progrès , qu'elle s'étendait depuis les limites de l'abdomen , vis-à-vis la blessure, jusqu'au pied tout entier. L'épiderme de la cuisse était soulevé en plusieurs endroits, comme si on V efit appliqué des remèdes vésicatoires, par une humeur séreuse, qui l'avait rongé aussi en plusieurs endroits par son acrimonie, de telle sorte qu'il s'écoulait une grande quantité creau. Le malade mourut dans cet état le cinquième jour.
Examen du cadastre. Le cadavre tout entier était teint d'une couleur extrêmement noire peu d'heures après la mort, comme s'il était attaqué d'une gangrène universelle; mais bientôt après il se gonfla tellement, qu'il paraissait trois ibis plus gros.
23. Je n'ai pas cru devoir omettre cette histoire, qui fait voir une disposition des humeurs extrêmement mauvaise, et les progrès très-rapides de la gangrène, quoique Valsalva n'y ait point ajouté la dissection du cadavre, par la raison, je crois, qu'il ne put pas la faire. Car s'il l'eût pu, il ne l'aurait pas omise, comme le prouvent soit d'autres détails que j'ai racontés dans sa vie, soit surtout ce que je n'aurais pas cru facilement, s'il
DES ULCÈRES FT DU SPIIACî^LK. 7I
ne l'eût écrit Ini-méme ici. «La sérosité qui produit la gangrène est si acre, dit-il, que lorsque je l'ai goûtée dans d'autres circonstances, non-seulement j'ai senti une âcrelé extrême, mais encore cette âcreté m'a piqué les papilles de la langue pendant presque un jour tout entier. » Voyez jusqu'où le désir de savoir et de faire des expériences a porté cet homme!
Du reste, vous avez un exemple d'une gangrène universelle dans Tulpius(i); mais c'était sur un vieillard dont les forces étaient déjà très-affaiblies depuis long-temps. Vous en aurez aussi un dans Warrenius (2); mais c'était dans un cas de fièvre jaune, du genre de la peste. Toutefois la cause interne des gangrènes ne consiste pas toujours uniquement dans le vice des humeurs. En effet, elles attaquent quelquefois les jambes, parce que l'aorte est comprimée (3) dans le ventre par une tumeur squirrheuse; c'est à cela que se rapporte cette observation de Fabrice de Hilden , que vous aurez lue dans cette quatrième section du Sepulchretum (4) ; quoique dans ce cas la compression s'exerçât, non-seulement sur l'aorte, mais aussi sur la veine-cave voisine; car cela arrive facilemeiit sur
(1) Obs. medic. , 1. 3 , c. 46.
(2) Vid, Haller. in addend. ad p. 662 siiar. accession, ad Boerh. meth. stud. med.
(3) yid. Acta Erud. Lîps. , a. 1693, M. Nev. in relat chirurg. Barbet.
(4)Obs. fo. ^. 2.
7^ CI JVQUAJXT t-CINQUlKME LETTRE,
des troncs si voisins. Cependant, au contraire, tout ce qui peut comprimer suffisamment quelque veine, ne peut pas comprimer également une artère voisine; en sorte que la conjecture de Van- Swieten (i) s'accorde autant avec la raison qu'avec la vraisemblance, là où il fait dépendre une tumeur du pied gauche et sa gangrène imminente de ce que la veine iliaque de ce côté aurait été comprimée seule par l'extrémité de Tintestin colon, qui était extrêmement distendu par des vents.
Au reste, l'importation du sang dans les membres est empêchée, ou diminuée par des corps, qui, placés sur l'artère, compriment ce vaisseau; mais elle l'est encore par d'autres causes^ dont une extrêmement rare, est la gangrène de la tunique charnue de l'artère elle-même, comme dasîs le cas publié à Haie, l'an 174^- -, sur T af?iputation de la cuisse sans écoulement de sang. Une cause qui produit le même effet dans l'amputation, c'est-à-dire la dégénération des tuniques de l'artère en nature osseuse, qui détruit leur élasticité, et rétrécit la voie du sang, est moins rare. C'est pourquoi Kulm (2) pensait C[ue c'est là la raison pour laquelle les sujets qui sont surtout avancés en âge , sont pris du sphacèle des pieds sans aucune cause externe antérieure. Mais il est certain que cette cause cxisla sur lui vieillard noble, dont vous
(1) Comment, in Boerh. aplior. 422 , ad B.
(3) Disput. de tend. Acliili. disrupto, etc., in ipso fine.
DES ULCÈRKS ET DU SPHACELE. ^3
trouverez l'histoire rapportée dans VanSwieten(i) déjà cité.
24. Mais il est une autre espèce de gangrène, et même de sphacèle, qui se présente fort rarement dans notre pays; en sorte que Valsalva ne l'avait encore jamais vue, lorsqu'il me racontait, dans ma jeunesse, d'après le récit des autres, qu'un dessèchement qui avait commencé par le pouce du pied, et qui avait toujours fait des progrès insensibles jusqu'à la cuisse, au point que le pied et toute la jambe étaient desséchés, et sans fétidité, comme sur une momie, avait fait mourir une femme les années précédentes. Mais il vit ce cas ensuite, et moi je le vis avec lui à l'hôpital des incurables, lorsque je n'avais pas encore quitté Bologne. Bien plus, parmi ses Conseils j'en ai lu un qui avait été écrit pour un moine atteint d'une maladie de cette espèce. Il était âgé de plus de quarante ans, gras, sujet auparavant à la tendance des humeurs vers la dyscrasie scorbutique, à la gale et à la goutte, et affecté alors, et cela depuis long-temps , d'une suppuration qu'il éprouvait fréquemment au pouce de l'un des pieds, et qui avait laissé sur ce doigt une couleur toujours brune, jusqu'à ce que cet orteil commença à se dessécher, et que ce dessèchement finit par se propager lentement à tout ce doigt, et ensuite à tout le doigt voisin. Ce dernier était toujours resté sec
{1) Comment, cit, , §, l\9J^
74 CINQUAlNïE-CIiVQUlEME LETTRE.
et aride, depuis qu'il avait été pris de cette maladie, de même que le pouce qu'où avait iuutilement amputé, si ce n'est qu'où avait remarqué depuis peu quelque indice d'un commencement de pus aux environs du tendon extenseur de ce doigt; et quoiqu'il semblât qu'il y eût le plus souvent une inflammation obscure dans le métatarse, elle existait sans aucune trace de stagnation d'humeur, et elle était accompagnée d'une douleur médiocre. Il s'y était joint aussi plus d'une fois de la fièvre, qui éprouvait surtout une exacerbation vers le soir, mais toujours sans aucun frisson antérieur, et sans aucun symptôme concomittant très-aigu.
J'ai voulu vous décrire cela ici avec soin, pour que vous puissiez bientôt le comparer avec les exemples que j'ai lus ensuite dans les auteurs, ou qui m'avaient été rapportés. Il y en a eu très-fréquemment dans certaines conlrées de la France, comme ailleurs; car ce ne fut pas seulement vers l'an 1710 qu'on observa cette gangrène sèche, mais aussi vers l'an 1676, comme cela est indiqué dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences lie Paris (i); elle le fut même l'an 1706, comme vous pouvez le voir mentionné fort longuement dans R. G. Camérarius (2), et encore l'an 1747» comme vous le lirez en parcourant les Mémoires
(i) A. 1710, Botanique.
(2) Eph. N. C, , cent. 6,;;obs. 82;
DES TjLCÈres i:t du sphacèle* 7 s
de TAcadémie (i) citée. Or on a toujours accusé, dans ce pays, les grains de seigle viciés, parce que dans la cherté des vivres les pauvres, qui étaient les seuls qui fussent attaqués de cette maladie, les avaient laissés avec les grains qui étaient bons et intacts en préparant la farine. Ces mauvais grains sont également accusés ailleurs, comme on le voit dans Brunner («2), parce que la même maladie attaquait les habitans de la forêt de Hercinie. Cependant je ne croirais pas qu'ils aient pu produire un tel effet sans une certaine disposition du corps, alors du moins que les hommes seuls, et non les femmes, à l'exception d'un petit nombre de petites filles, étaient attaqués de la même gangrène dans les mêmes contrées. Du reste, d'autres fois elle attaquait le plus souvent l'un et l'autre sexe; et ailleurs, et dans un autre temps, elle se déclarait un peu différemment, en sorte qu'elle affectait aussi différens membres et différentes parties, et qu'elle commençait la plupart du temps par les doigts des pieds. Vous verrez par vous-même les autres différences, en jetant les yeux sur les livres et sur les auteurs que j'ai nommés; car pour moi, je reviens aux cas dans lesquels on ne pouvait pas accuser ces grains. A la vérité Bénivéni (3) semble indiquer quel-
(2) Eph. cit. ^ dec. 3 ^ a. 2, obs. 2^4.
(3) De abditis nonnullis , etc. , morborum causis, c. 71.
76 Cîl\ QU AWTE-CINQUIÈME LETTRE.
que chose qui se rapporte à ceci, à Tendroit où il parle de Tissue malheureuse des gangrènes qui commencent par le doigt du pied , principalement sur les vieillards, lorsqu'il dit que la chair com^ mence à noircir insensiblement ^ ou à devenir livide et quelquefois même aride et sèche. Mais Fabrice (le Hilden (i) décrit d'une manière plus précise et plus claire , sur un homme de soixante-dix ans, sujet à la goutte, une gangrène qui succéda à un sentiment incommode de froid et à un engourdissement qui montait insensiblement des doigts du pied en serpentant.^ de telle sorte que le pied et la jambe devenaient noirs comme du charbon , froids, secs et extraordinairement maigres, sans Jamais auciuie douleur, tandis que le pouls était à peine légèrement changé, et l'appétit à peinç dépravé. Le même auteur rapporte (2) une observation de Smétius relativement au pied d'une femme qui fut attaqué d'un sphacèle de la même espèce, de manière qu'il ressemblait, par son aridité et par sa noirceur, à une langue de bœuf endurcie par la fumée. Ce que Barbette (3) dit de la gangrène î^corbutique se rapproche en partie de ceci, savoir: que commençant ordinairement au pouce et dégénérant en une croûte sèche, elle est sans aucune fétidité, et quelquefois sans aiicune dou-
(1) Cent. 4 , obs. chir. 92.
(2) De gangr, et sphacel.^ c. 7 in fin. ^3) Chirurg., p. 2^ 1. i, c. 14.
leur. Apprenez maintenant quelle espèce de gangrène me fut décrite dans une lettre, lorsque M. Tornierio, médecin distingué de Venise, du temps qu'il vivait, me consulta pour un comte d'une très-haute noblesse, à la fin du mois de février de l'an 1720.
25. Ce comte était encore d'une habitude de corps maigre, d'un bon teint, vif, alerte, vigoureux et robuste; et, quoique âgé de plus de quatrevingt-quatre ans , il n'avait jamais éprouvé, pendant une si longue vie, aucune maladie remarquable* Sur la fin de janvier il fut pris d'un sentiment extraordinaire de froid, et trois jours après d'un si grand froid, qu'il fut forcé de s'en aller au lit, où néanmoins il eut froid pendant quelques heures, jusqu'à ce qu'enfin on lui réchauffa le reste du corps avec des serviettes, qu'on renouvelait fort souvent; mais les doigts du pied gauche qui, ainsi que le métatarse, restèrent tous très-froids, étaient sans sentiment et se fléchissaient à peine légèrement par la force des muscles fléchisseurs, dont vous savez qu'en effet la chair ne se trouve pas aux doigts eux-mêmes ; et ce qu'il y avait de beaucoup plus mauvais, c'est qu'on remarqua le lendemain une couleur un peu 'livide qui déjà gagnait du pied vers le métatarse. Ou employa des remèdes internes et externes; mais , quoique la lividité et le froid du métatarse parussent avoir légèrement diminué, cependant vers la fin de février la peau du bout des doigts était
78 CIIVQl] ANT1':-CJNQIJ JKME LETIKE.
déjà noire, sèche et dure comme sur une momie, et au métatarse même il y avait des signes qui annonçaient que la maladie allait se développer, la peau étant déjà noirâtre en deux endroits sur son dos, et même déjà dure à l'un d'eux. Elle était également un peu dure à un certain endroit du tarse, où elle était noirâtre. Quant au tarse luimême, il s'était un peu gonflé en dernier lieu, et quand on le pressait avec le doigt, il en gardait la trace, et il était douloureux. Bien plus, au-dessous de la plante il s'était élevé une petite vésicule contenant à peine tant soit peu d'eau. Il existait aux malléoles une tuméfaction à peu près égale à celle du tarse; le reste de la jambe était pliitôt un peu amaigri. Cependant, quoiqu'une fièvre, qui avait commencé à se manifester pour la première fois le septième jour de la maladie, persistât continuellement, bien que d'une manière légère, le malade conservait son ancienne vivacité, la force ordinaire de son pouls et son bon appétit, de manière qu'il suivait volontiers le régime assez substantiel qu'on lui permettait pour conserver ses forces, attendu surtout qu'il était accoutumé à ne pas manger très-peu.
Après avoir lu ces détails, ne voyant pas qu'il restât d'autre espoir que celui de prolonger la vie du malade autant que possible, je fis aussitôt une réponse qu'il n'est pas nécessaire de rappeler ici en entier ; car j'exposai longuement et avec franchise, comme cela doit être et comme j'ai
coutume de Je faire, ce que je pensais, soit des moyens qu'on employait , soit de ceux qu'on pourrait y joindre. Après avoir indiqué, avec Fabrice de Hilden (i), parmi les premiers, ceux que je désapprouvais, ou que je regardais comme suspects, je recommandai positivement, parmi les autres, le suc des vers de terre, préparé d'après la méthode de Wier, pour être appliqué extérieurement sur la partie encore saine, afin de retarder les progrès du dessèchement. Cependant je ne cachai point qu'on pouvait encore voir, à moins que la saison de l'année n'empêchât d'exposer trop souvent le pied malade à un air très-troid, s'il convenait d'employer dans ce cas le moyen qiû réussit assez heureusement dans le même but à un médecin de la Haye, Sam. Cabliau (9/I5 qui ayant ordonné avec beaucoup de persévérance de toucher un pied et une jambe presque tout entière attaqués d'un sphacèle , avec un gros pinceau imprégné cT excellent esprit de térébenthine ^ ou de les piquer pour ainsi dire y réussit à ce que la partie desséchée et même semblable^ pour ainsi dire^ à une momie d'Egypte^ resta attachée à la partie encore saine, sans que le sphacèle fît aucuns progrès, et fit vivre ainsi pendant près de six mois une vieille femme âgée de près de quatrevingt-douze ans.
(i)Supià, ad n. 124 cit. ^ c. i3.
(2) Eph. N. C. , dec. 3 , a. 5 et G , obs. o , 5,
8o CIjVQUANTE-CJNQl]lÈ]\tE LETTKK.
Après qu'on eut employé tous les autres moyens que j'avais approuvés, ou que j'avais indiqués, le malade vécut, sinon aussi long-temps que cette femme, du moins plus long-temps qiïe ne l'espéraient ceux qui étaient présens. En effet, je fus consulté de nouveau, sur la fin de mai, par une lettre, dans laquelle Tornierio racontait que le malade était encore vif à cette époque comme auparavant; que sou pouls n'était pas faible; qu'il avait presque sou teint rosé naturel; qu'il avait bon appétit; qu'il n'était point altéré; qu'il rendait l'urine en quantité Convenable et avec la couleur et la qualité naturelles, et qu'il n'avait des évacuations alvines dores que tous les cinq ou six jours ^ comme il en avait l'habitude en état de santé; que la maladie avait bien fait des progrès daus l'espace de ces trois mois, mais des progrès si insensibles et si lents, que cinquante jours environ s'étaient écoulés avant que les doigts, le métatarse, et le tarse jusqu'aux malléoles , ne fussent noirs, durs et entièrement semblables à ceux d'une momie; mais qu'ensuite ime peau noire et dure s'étant élevée près des malléoles, on avait mis à découvert un ulcère entre celles-ci, au-dessous de celle peau, qu'on enleva avec des ciseaux ; que cet ulcère était, lorsqu'il écrivait, de la largeur delà main, d'une couleur d'un rouge vif à la partie supérieure de sa circonférence, et non sans douleur lorsqu'on le pansait ; mais que la malléole externe et une partie de la jambe, étaient noirâtres,
DES ULCÈRES ET DU SPHACELE. 8t
tandis qu'à la partie inférieure de la circonférence de Tulcère, la chair était corrompue, putride et légèrement fétide; et que lorsqu'on aurait enlevé cette chair peu à peu, comme on le faisait, on verrait, puisqu'elle se trouvait à l'endroit où se terminaient l'aridité et la dureté du tarse, s'il y avait quelque chose de putride, ou si tout ce qu'il y avait de mou au tarse était réellement converti en momie , comme il le semblait. Que pour ce qui concernait la jambe, sa partie antérieure était bien dans l'état naturel, mais que le mollet était un peu gonflé; qu'en comprimant la jambe on exprimait de l'ulcère quelques gouttes de pus, tantôt blanchâtre, tantôt teint d'une couleur rouge, et que sa peau conservait néanmoins sa chaleur et sa couleur naturelles; que le pus de l'ulcère était de diverses couleurs; qu'on appliquait sur la partie où l'ulcère était putride, des remèdes qui combattent la putridité; mais que là où il était d'un rouge vif, on appliquait le suc des vers de terre, de sorte qu'on éprotjvait qu'il était trèsutile à cet endroit ; que du reste cette petite lièvre lente ne s'était jamais dissipée, et augmentait même quelquefois: que quelques nuits se passaient sans repos à cause d'un prurit qui se faisait sentir à la périphérie du corps, quelq^uefois à cause de mouvemens spasmodiques de la jambe saine; et qu'enfin le malade était réduit à une extrême maigreur, quoique la peau fût encore molle à cette époque.