‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladiesChapitre 26 sur 39 · DE J. B. MORGAGNI A SON AMI · texte numérisé non relu

DE J. B. MORGAGNI A SON AMI

De V apoplexie.

I. Je croyais vous avoir satisfait, et avoir fini d'écrire sur ces matières, comme je Tavais dit à la fin de l'épître précédente; et voilà que vous m'é~ crivez une lettre où vous me rendez gr aces de telle sorte que vous exprimez en même temps (Tune manière non équivoque Tespoirde recevoir de moi les observations que je n'ai pu placer i liacune en son lieu, parce quelles ont été recueilles après que j'ai eu terminé chacune des épîtres auxquelles elles appartenaient ; ce que vous avez sulfisamment compris, non- seulement parce que vous savez que je fais chaque année l'examen de beaucoup de cadavres , mais aussi parce que vous n'avez pas encore reçu quelques-unes des observations que je vous ai promises de temps en temps en vous écrivant. Que dirai-je? vous demandez une chose juste à un homme qui est surtout très-fidèle à ses promesses, à moins que vous ne vouliez Ten dégager de vous-même. Recevez donc du moins avec la même honnêteté qu'auparavant les additions que je ferai comme je pourrai, en commençant par les îiialadies du cerveau, et d'abord par la plus grave d'entre elles, l'apoplexie.

1^. Un vieillard était mort apoplectique, à l'hôpital de Padone, vers le commencement de décembre de l'an 1744? époque où j'y faisais aux jeunes étudians la démonstration de certaines parties du corps humain. Après avoir pris plusieurs informations avec soin, comme j'en ai l'habitude, je pus à peine savoir que frappé d'apoplexie trente jours auparavant, il avait eiiiîn été porté dernièrement à cet hôpital sans sentiment et sans mouvement, et ayant les yeux très-rouges.

Examen du cadavre. Pendant qu'on coupait le crâne circulairement, j'examinai les viscères de la poitrine qui avaient été enlevés un peu auparavant, et je remarquai dans la partie supérieure du poumon droit une dureté semblable à celle que l'on observe ordinairement après une ancienne maladie. Elle contenait un tubercule médiocre dans lequel était une matière purulente. Le cœur contenait des concrétions polypeuses, et ne présenta rien de remarquable, si ce n'est l'épaississement et la blancheur des bords des valvules semi-lunaires. Ces viscères mis de côté, je tournai mes regards et mes mains vers le cerveau qui avait été mis à découvert pendant ce temps-là. Après avoir enlevé la méninge extérieure, je vis une différence entre l'hémisphère gauche du cerveau, et rhémisphère droit, dont la surface postérieure paraissait noirâtre à son milieu, et très -rouge. Or, la couleur noire dépendait de ce que les vaisseaux qui rampent à travers la pie-mère, étaienli

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considérablement distendus à cet endroit par du sang noir , et la rougenr de ce que le sang répandu entre ces vaisseaux comme par exsudation, semblait avoir formé dans les intervalles des vaisseaux XHie croûte extrêmement mince, on plutôt, puisqu'il ne fut pas possible de trouver du sang réellement épanché à cet endroit, de ce que ce liquide remplissait tous les plus petits vaisseaux qui sont très serrés. Ensuite les deux ventricules latéraux ayant été ouverts, on vit dans chacun une sérosité très-rouge à la quantité de peut-être un drachme, occupant seulement la partie antérieure, tandis que les deux plexus choroïdes étaient un peu pâles, et le septum lucidum itïtact. L'hémisphère gauche était également intact à Tintérieur et à l'extérieur, et tout ce qui se trouve en outre dans le crâne était assez sain , excepté Thémisphère droit seulement. En effet, dans l'intérieur de sa substance médullaire il y avait une cavité, occupant presque le milieu dans tous les sens de l'hémisphère, longue de cinq travers de doigt au moins, large de deux et demi, et profonde d'autant, lout-à-fait pleine de sang noir, en grande partie liquide, et formé en grumeaux dans le reste. Quand ce sang eut été enlevé, les parois de la cavité parurent seulement déchirées et inégales. La substance environnante était très-molle , non seulement la médullaire, mais aussi celle qui formait le côté externe de tout le corps strié et de toute la couche du nerf optique, et celle qui con-

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tribuait en quelque partie à la formation de la base (le ces deux protubérances.

3. Comme je vous ai écrit ailleurs (i) de quelle manière urje cavité de cette espèce parait se former dans le cerveau, et combien le voisinage de ces prolubérances semble être funeste dans ce cas, il n'est pas nécessaire de le répéter. Vous demanderez plutôt comment Thomme put vivre trente jours avec une lésion du cerveau aussi considérable et siruée dans cet endroit. Ne croyez pas que les choses furent en cet état aussitôt après Tattaque d'apoplexie. Il est certes bien plus vraisemblable qu'une assez petite quantité de sang s'éconlant alors par la rupture de quelque petit vaisseau intérieur , commença à former cette cavité, et qu'il ne l'agrandit pas tout de suite de la manière qui se présenta à nos regards; mais qu'en coulant insensiblement, il l'agrandit aussi insensiblement, jusqu'à ce qu'après avoirrompu et détruil tant de voies par où passent les esprits, et en avoir comprimé tant d'autres par l'augmentation de son poids et de sa masse, il détruisit tout sentiment extérieur et tout mouvement, et à la fin les sens internes, et produisit ainsi la mort; ou bien, ce que je croirais plus facilement, qu^me nouvelle impulsion de ce liquide ayant eu lieu, par une cause quelconque, il rompit plusieurs petits vaisseaux simultanément, et avait produit

(^i) Epiht. 3^ n. get 18.

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depuis assez peu de temps, en s'épanchant subiteraent et en grande quantité, les effets que j'ai indiqués en dernier lieu. Par Tune ou l'autre manière d envisager le fait, il vous sera facile de comprendre, non seulement ce que vous demandez, mais encore ceci, combien il est utile lorsqu'il existe d'abord quelques signes qui font craindre une apoplexie sanguine, de diminuer la quantité des alimens, surtout de ceux qui contiennent en abondance des parcelles acres et ténues, d'éloigner les mouvemens de lame, de tirer du sang, et, lorsqu'une apoplexie de cette espèce a eu lieu, de diminuer d'autant plus la quanlilé de celui-ci, et d'éviter, comme il me semble vous l'avoir écrit ailleurs, les remèdes qui pourraierit le mettre en mouvement et l'agiter à contre-temps, comme ceux qui sont remplis de corpuscules volatils, et ceux qui provoquent le vomissement, l'ecernuement, et d'autres effets analogues.

4. On avait porté un paysan au même liôpital, pendant que j'y donnais des leçons au commencement de l'an jy/jS; c'était i\n homme de moyen âge, un peu gras, qui avait été attaqué d'une apoplexie qu'on disait être la troisième, avec tant de violence, qu'ayant été porté immédiatement à l'hôpital de la rue où il était tombé, et qui n'en est pas très-éloignée, il avait déjà la sterteur, et était paralysé de tout le corps, aii point qu'il ne donnait aucun signe de sentiment, ni de mouvement dans aucune partie, qu'il avait le pouls si petit,

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qu on n'osa p-As lui lirer du sang, et qfi'il mourut en sept ou huit heures. Tout cela me fut raconté quatre jours après, et le cadavre me fut offert en même temps pour la dissecîion. Avant d'y loiicher, je m'uiformai inutilement de l'époque à laquelle avaient eu lieu ces deux apoplexies qu'on disait avoir existé antérieurement, des causes antécédentes, des signes conconiiltans, et des accidens restans; car je ne pus rien savoir de ces deux atlaques, et je ne sus de cette dernière que ce que j'ai rapporté. Cependant en voyant les . vaisseaux engorgés autour de la tête, et en apprenant qu'une apoplexie aussi violente avait eu lieu chez un sujet un peu gras, je ne balançai pas à dire à l'assemblée très-nombreuse des éludians, qu'il serait étonnant que je ne fisse pas voir qu'elle avait été produite par le sang.

Wxainen du cadavre. Le crâne ayant donc été ouvert immédiatement, il s'écoula une assez grande quantité de sang noir pendant qu'on l'ouvrait, et snriout pendant qu'on enlevait le cerveau; et il était évident qu'il en sortait aussi par rinfundibulnm. Un sang de la même qualité, non seulement avait distendu tous les vaisseaux qui se portent à travers la pie-mère qui couvre le cerveau et le cervelet, mais encore était épanché en assez petite quantité entre les vaisseaux au-dessous de cette membrane dans le milieu de l'hémisphère gauche; toutefois il était épanché en grande quantité dans tous les ventricules; car dans les

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latéraux, outre un grumeau qui semblait peser deux, pour ne pas dire trois onces, il y avait du sang liquide qui occupait presque toute la partie restante de ces ventricules , et de pius, le troisième et le quatrième. En cherchant d'où il s'était écoulé, voici ce que je trouvai. La surface postérieure du ventricule gauche, et celle de la couche du nerf optique qui se trouvait dans cette cavité, présentait une dilacération par son inégalité, dilacération que présentait bien plus la surface du ventricule droit, qui, non-seulement était inégale partout, mais encore ne conservait qu'à peine quelque vestige de sa couche, et absolument aucune trace du corps strié, dont la place était occupée par une substance blafarde, d'une couleur rougeâtre, comme mêlée d'une teinte jaunâtre, muqueuse, évidemment corrompue, et cependant sans aucune forte odeur. La cavité des deux ventricules était agrandie, le septum lucidum rompu ; il ne restait aucun vestige de la voûte, et il en restait a peine quelqu'un des plexus choroïdes, et cela seulement à gauche, les vaisseaux n'étaient pas engorgés, mais pâles. On ne pouvait nullement s'étonner de ces désordres, du moment que la quantité de sang épanché était aussi consiciérable que je l'ai dit, et qu'il avait formé ce gros grumeau qui occupait la partie droite et gauche de la cavité, mais plus celle-ci. Je ne m'étonnai donc pas, à raison de cet épanchementde sang si considérable, de ce que les côtés du troisième ventricule ne se

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présentèrent pas d'une manière très - apparente , soit qu'ils se fussent affaissés parvsuite de la compression on du tiraillement, ou bien aussi du déchirement; car la siirface voisine des nates et testes éidi'iK aussi décliirée, au point qu'on ne pouvait pas reconnaître ces protubérances. Il me reste à ajouter à cela deux choses qui furent observées contre nature sur hi tète, savoir que l'artère vertébrale gauche était un peu dure, grosse et blanche dans sa moitié, avant de se décharger dans la basilaire, et que les dents molaires postérieures et inférieures étaient pour la plupart tronquées et noires dans leurs racines à droite, ou élaierit entièrement tombées à gauche, et cela depuis un temps asj»ez long; car il ne restait aiu:une trace d'alvéoles, et même le corps osseux de la mâchoire s'était déjà contracté de lui-même à ces endroits, et affaissé. Et pour ne pas séparer de la tête son appui osseux et la cavité du crâne prolongée jusqu'à lui, en examinant toutes les vertèbres cervicales et la plupart des vertèbres dorsales après les avoir ouvertes, ainsi que la moelle qu'elles renfermaient, je vis entre celle-ci et la membrane qu'on appelle pie-mère, du sang épanché dans une assez grande étendue, à la hauteur des vertèbres dorsales,, et cette méninge était rouge et d'une telle couletir de chair, qu'on ne pouvait y reconnaître aucun vaisseau sanguin depuis la têle jusque près du milieu de la poitrine y tandis qu'à la face antérieure on voyait

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l'artère qui parcourait toute seule la partie moyenne, distendue par du sang. Mais en outre Ja dure-mère était comme noirâtre par suite de la stagnation du sang, à l'endroit où elle tapissait l'intérieur des vertèbres. Dans la poitrine que j'examinai les jours suivans, ainsi que certains objets qui ont été décrits un peu plus haut, le cœur n'était pas gras quoique le sujet le lût un peu; il contenait avec du sang noir et caillé eu assez petite quantité, un petit nombre de concrétions médiocres, qui pourtant étaient un peu pbis grosses dans le ventricule droit, de telle sorte que l'une pénétrait dans l'artère pulmonaire. La substance du cœur était très-molle. La veine coronaire était plus grosse que dans l'élat naturel à l'endroit où elle entoure la base du cœur par derrière; l'artère pulmonaire n'était pas trop grosse, mais elle parut avoir des parois et des valvules trop minces. Le sinus gauche du cœur était trop ample là où il recevait les branches veineuses qui venaient du poumon. Le bas du bord de l'une des valvules mitrales était trop épais. Des concrétions, non pas grosses, mais un peu épaisses, s'étaient développées sur les bords des semi-lunaires. Cependant l'aorte était saine jusqu'à l'endroit où elle donnait naissance à la sous-clavière gauche. Mais à partir de là elle commençait à présenter en plusieurs endroits des taches blanclies à la face interne, surtout à la postérieure; quelques-unes de ces taches, et principalement la première, avaient

dégénéré en une écaille osseuse. Cette première répondait au canal artériel, qui était ouvert autrefois, et qui maintenant était bouché, comme à l'ordinaire, si ce n'est que je vis sur cet homme, par un exemple rare, son orifice ouvert dans l'artère pulmonaire, de telle sorte c|uejepusy introduire un stylet d'une ligne et demie de Bologne. Voici ce que je remarquai dans le verttre comme étant contre nature. La surface de l'un et de l'autre rein était comme tubéreuse, mais légèrement; celle de l'un s'affaissait en outre à iin certain endroit, qui était circonscrit par un cercle dont le diamètre égalait un travers de doigt; au-dessous de cet endroit la substance du rein était un peu dure, mais à une petite profondeur. Les deux artères iliaques étaient flexueuses, et, pour ainsi dire, variqueuses, presque à l'instar de l'artère splénique; je vis une lame osseuse dans celle du côté gauche. Les autres parties que j'examinai sur ce cadavre étaient dans les bornes de l'état naturel.

5. La destruction presque entière des plexus choroïdes, dont les vaisseaux dilatés peut-être çà et là se rompirent tout à coup, iridique d'où une si grande quantité de sang s'était principalement écoulée dans les ventricules latéraux. J'ai dit principalement, car les autres vaisseaux qui parcourent la surface des ventricules latéraux durent aussi se rompre eux-mêmes par le déchirement de cette surface, qu'aura produit le sang en la ti-

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raillant, non-seulement par son impétuosité en s'écoulant des plexus, mais encore par sa quantité. Mais il est vraisemblable qu'il s'écoula une plus grande quantité de sang des vaisseaux du côté droit ; car nous vîmes à droite toute la surface déchirée et le plexus détruit en entier. Et ne croyez pas que ce gros grumeau de sang qui se trouvait plus dans la partie gauche que dans la par ie droite, s'oppose à cette conjecture; mais croyez plutôt qu'il l'appuie. Eu effet, comme la paralysie primitive et plus considérable a coutume d'avoir Heu dans le côté du corps opposé à Thémisphère du cerveau le plus altéré , il est plus croyable que Ihomme tomba (i) du côté gauche , et que, par conséquent, une plus grande quantité de sang s'écoula du ventricule droit dans le ventricule gauche, après avoir rompu le septum luciduîu. La chute sur le côté gauche est encore indiquée par la circonstance que le sang épanché sous, la pie-mère, se trouvait sur une partie de Thémisphère gauche, et non de Fhémiisphère droit. La lésion de ce dernier était encore plus considérable en ce qu'il présentait une substance muqueuse à la place du corps strié. Je vous ai écrit ailleurs (2) que j'ai trouvé phis d'une fois un changement analogue dans la substance du cerveau. Comme il n'est pas possible de déterminer d'une manière

(1) F/'c/. Epist 2, 11. 25; et Epist. 3 , n. 14.

(2) Epist. g, n. 16 et seq.

positive si ce changement fut en partie l'effet des deux attaques d'apoplexie qui avaient eu lieu précédemment chez cet homme, ou si c'était une dilatation des vaisseaux, ou bien un ramollissement de certaines parties du cerveau , il vaut mieux passer à une troisième histoire de l'apo-plexie saîiguine.

6. Une femme grasse, et qui avait toujours été boiteuse au souvenir de ceux qui la connaissaient, âgée de quatre-vingt-cinq ans , s'étant mariée autrefois , et étant accouchée vingt fois, avait eu d'abord une attaque d'apoplexie l'été précédent, et une autre dix jours avant d'avoir élé atteinte par une troisième. Elles avaient commencé de la même manière par un vomissement qui les précédait ; mais les deux premières s'étaient bientôt dissipées sans remèdes, et sans laisser aucune paralysie. Mais la dernière l'enjeva en seize heures , après qu'on l'eut apportée à Thôpital sans sentiment et sans mouvement , abstraction faite de la respiration et du pouls. Ce dernier ne présentait aucune lésion , et résistait à la pression des doigts. Quant à la respiration, elle soulevait alternativement la poitrine et le ventre sans slerteur. C'était vers la tin de janvier de l'an 1754. Après avoir fait la démonstration des viscères du ventre sur ce cadavre dans le gymnase, je m'en servis ensuite pour le reste du cours d'anatomie.

Examen du cadavre. Voici ce que je remarquai contre nature dans te ventre. Les i\eu^ troncs des

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gros vaisseaux parurent trop gros, surtout chez une femme. Que si vous rapportez cette disposition à un si grand nombre de grossesses, ce ne sera certainement pas à elles que vous rapporlerez Fossificalion commençante, et même les écailles osseuses dont l'aorte était parsemée çà et là à sa face interne, ainsi que les iliaques auxquelles elle donnait naissance, et les deux rameaux eu lesquels chacune de ces dernières se divise. Que si nous disons que c'était un effet de l'âge , nous dirons que c'était une maladie de l'âge. Mais ce li'éîait certainement ni de Tâge ni des grossesses qtie dépendait la lésion développée sur le rein gauche; car je me souviens de vous avoir promis ailleurs (i) de vous la décrire dans Thisloire d'une vieille femme, qui est celle-ci. Le rein pouvait paraître au premier coup d'oeil long au-delà de foute mesure. Mais en le regardant un peu plus attentivement, on pouvait apercevoir de l'eau qu'il renfermait et qui augmentait sa longueur. Le jugement des yeux, le tact, et beaucoup plus encore la dissection , le confirinèrent bientôt après. Car il en sortit une eau jaunâtre, qui, reçue dans u!i vase, parut peser quatre onces à tous ceux qui étaient présens. Cette eau renfermée sous la îunique propre du rein, l'avait étendue vers la partie supérieïjre , à l'endroit où elle recouvre Textrémité supérieure de ce viscère , de telle

(i)Epist. 38;, n. 41.

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sorte qu'il semblait que c'était le rein prolongé. La tunique étendue était épaissie, et présentait à l'intérieur des plis saillans et des espèces de bandelettes fermes^ mais placées irrégulièrement. Les deux ovaires présentaient de petites sphères d'un diamètre de près de deux lignes de Bologne, creuses en dedans, mais entièrement vides , dont les parois étaient blanchâtres à Tintérieur et à l'extérieur, un peu épaisses, et tellement fermes, qu'elles paraissaient osseuses, surtout dans l'un qui était saillant en dehors, quoique pour la fermeté elles tinssent réellement le milieu entre la substance cartilagineuse et la substance nerveuse. Dans la poitrine, les poumons dont le droit était adhérent au côté, étaient sains, bien qu'il y eût une grande quantité de matière épaisse, mais assez fluide dans les bronches. Dans le cœur tout était dans l'état naturel, à l'exception d'une valvule semi-lunaire, dont une petite partie du bord supérieur était déjà presque ossifiée près du tubercule. Cependant la partie voisine de l'aorte dans un certain trajet (car je ne disséquai pas le reste de l'aorte pectorale ) ne présenta rien d'osseux. Ce qu'on appelle le centre nerveux du diaphragme n'avait ni la forme ni Fampleur ordinaires, et il était percé non pas d'un trou, mais de trois, ce que pourtant j'ai vu (i) aussi plus d'une fois dans d'autres circonstances; les

(i) Epist. 5, n. 9,

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deux plus petits qui touchaient au plus grand, appartenaient aux deux veines du foie qui devaient les traverser; et si ces veines se fussent introduites dans le tronc de la veine- cave audessous du diaphragme , comme elles le font le plus souvent, et non pas au-dessus, comme ici, il y aurait eu non pas trois trous, mais un seul dans ce tendon. Les membres supérieurs avaient aussi quelque chose de particulier. En effet, après avoir remarqué que le muscle long palmaire du bras droit n'était pas aussi gros ni aussi charnu qu'il l'est ordinairement à son origine, et qu'il était mince et presque tendineux même à cet endroit , je le mis à découvert au bras gauche, et je vis qu'il était deux fois plus charnu à son origine que celui du côté droit, et qu'il descendait davantage. Ayant soupçonné quel était l'effet de celte différence, et quelle en avait été la cause en partie, j'ordonnai qu'on s'informât auprès des domestiques de la vieille femme si par hasard elle avait eu coutume de se servir de la main gauche au lieu de la droite, sur quoi ils répondirent qu'en effet elle avait eu cette coutume. Mais ce que je trouvai dans les membres inférieurs de cette femme boiteuse, appartient davantage à ce sujet. Elle avait été boiteuse du côté droit, et on ne pouvait rapporter la cause de sa claudication ni à une luxation, qui n'existait pas, ni aux cavités qui , comparées entre elles, ne présentaient aucune différence ni par le siège, ni par la posi- IX. 3i

tion , ni par la profondeur. Mais, en comparant les os des cuisses, on voyait entre eux une différence évidente, qui faisait comprendre que le mem bre droit devait être pi us court que le gauche , comme il l'était en effet. Car l'os de la cuisse droite était plus court que celui de la cuisse gauche, au point qu'en les plaçant l'un à côté de l'autre, la partie la plus élevée de la tête du premier répondait à la partie la plus basse de celle du second. Or la cause de cette brièveté était une courbure plus grande de celui-là que de celui-ci, courbure qui était très-manifeste. Il existait en outre d'autres vices sur ce premier os, comme la largeur trop peu considérable de la tête à la partie inférieure, l'absence de l'enfoncement entre le grand trochanter et le col, et l'épaisseur trop considérable de l'un comme de l'autre; en sorte que si jamais Ja femme fut maigre, cette épaisseur avait pu en imposer pour une luxation à l'exploration d'un chirurgien. Cet os de la cuisse était également trop épais depuis le col jusqu'au milieu de sa longueur au moins, et la partie convexe de sa courbure était tournée du côté externe , et par conséquent la face postérieure de ses condyles regardait la cuisse gauche, en sorte que la jambe et le pied ne pouvaient pas être bien posés. En faisant attention à tout cela, vous comprendrez facilement que ces vices du membre inférieur existaient dès la naissance ou depuis l'enfance, et qu'ainsi il n'est pas étonnant

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que la femme eût toujours boité. Enfin la tête, pour laquelle je vous ai principalement décrit cette dissection , fut ouverte, et après avoir enlevé la dure-mère, nous vîmes les vaisseaux qui parcouraient la pie-mère, distendus par du sang; mais on ne trouva nulle part aucun épanchement sanguin on séreux, jusqu'à ce qu'en disséquant l'hémisphère gauche du cerveau, dont la substance était ferme , on fût arrivé au ventricule de ce côté. Car alors il commença à s'écouler une sérosité sanguinolente en assez grande quantité, qui provenait d'un sang assez abondant, lequel ^'était coagulé dans ce ventricule. Nous trouvâmes aussi une sérosité analogue dans le ventricule droit, et dans ce qu'on appelle le passage ou quatrième ventricule, mais on ne voyait nulle part aucune lésion certaine d'où le sang semblât s'être écoulé, bien que je pense qu'il y en avait une cachée dans le ventricule gauche. Alors le scalpel ayant été porté sur le cervelet qui paraissait intact de tous côtés à l'extérieur, voilà que nous trouvâmes dans son lobe droit une cavité assez grande, tout-à-fait remplie de sang formé en grumeaux. 7. J'ai suffisamment parlé tout à Theure des causes de la claudication qui a été décrite. J'ai parlé (i) ou je parlerai (2) des autres objets en d'autres endroits. Quant à ces deux apoplexies ■- — , „ . . . ■ ■ — , ■ . ^^

(i)Epist. 56, passim.

(2) Epist. 69, n. 2, lo etseq.

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qui avaient précédé celte dernière, il est croyable que Tune et Taulre laissèrent, dans le cerveau et dans le cervelet, des dispositions qui rendirent la troisième plus facile, aucuns remèdes surtout n'ayant été employés, en sorte qu'elle tua la femme par la rupture des vaisseaux internes. Comme ces vaisseaux se rompirent non seulement dans le cervelet, mais aussi dans le cerveau, comme le sang épanché dans l'un et dans l'autre le fit voir 5 ils rendirent incertaines et douteuses deux conséquences qu'on aurait pu tirer de cette dissection relativement au cervelet, pour déterminer si la lésion de l'un des lobes de ce viscère est suivie de la paralysie du côté opposé du corps , et si le pouls et la respiration dépendent du cervelet. Que conclure en effet, si ce fut seulement lorsque la mort était imminente, que cette cavité fut produite dans le cerveau par l'irruption du sang, ou si la paralysie qui existait des deux côtés devait être rapportée au sang épanché dans les deux ventricules latéraux du cerveau? Mais wne autre observation (i) de moi, que je vous écrirai, me fournira l'occasion de traiter plus clairement Tune et l'autre question. Maintenant, pour que vous ne soupçonniez point par hasard que cette apoplexie siinguine qui tue très-promptement ne peut pas avoir lieu sans rupture des vaisseaux, aux trois observations qui ont été dé-

(i) Epist. 62^ n. i5.

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crites avec cette rupture, je vais en ajouter immédiatement un égal nombre qui tuèrent trèspromptement ou assez promptement.

8. Un homme qui paraissait avoir quarante ans étant venu à pied de Milan à Padoue, Tan 1756, avant la fin de janvier, s'était tellement fatigué, qu'il se rendit bientôt après à l'hôpital , où il fut reçu pour sa lassitude, et non pour aucune fièvre; et là , étant encore hors de son lit, il fut frappé subitement d'une forte apoplexie pendant qu'il prenait de la nourriture, et il cessa de vivre dans l'espace de deux jours, sans donner aucun signe de mouvement et de sentiment externes, et les saignées lui nyant été phitôt nuisibles qu'utiles , à ce qu'il parut. Le cadavre me fut livré pour la suite du cours public d'anatomie. Voici le peu de choses que je remarquai en faisant la leçon , avant que le moment d'ouvrir le crâne ne fût arrivé.

Examen du cadavre. Dans le ventre, la vésiculebiliaireétait remplie de bile. Dans la poitrine, la forme du cœur qui était telle que je ne me souviens pas d'en avoir vu une semblable d'autres fois sur l'homme, représentait celle que lui donnent les mauvais peintres, c'est-à-dire que le côté droit de cet organe était terminé par une ligne courbe, de telle sorte que la partie la plus élevée de la base et la partie la plus basse de la pointe étaient saillantes à droite. T-jC cœur était plutôt petit que gros; mais ses valvules et les autres parties analogues étaient petites, même

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au-delà de cette proportion. L'aorte, après avoir donné naissance à la sous-clavière gauche, était rendue rugeuse à Tinlérieur dans un certain trajet par la saillie de ses fibres, comme si la tunique interne eût manqué. Enfin, la voûte du crâne et la dure-mère ayant été mises de côté, nous aperçûmes à travers la pie-mère des vaisseaux trèsdistendus par du sang noir, comme Tétaient aussi ces autres vaisseaux très-petits qui parcouraient en très grand nombre la substance médullaire du cerveau; mais nous ne pûmes trouver du sang épanché nulle part, bien que nous eussions vu que la sérosité qui se trouvait dans les ventricules latéraux en assez grande quantité, était sanguinolente, et que les plexus choroïdes eussent présenté, à Teudroit où ils se replient après avoir monté, des hydatides qui n'étaient pas très-petites, surtout sur Tun.

g, 11 est certain que j'ai coutume de voir pareillement de ces hydatides aux mêmes endroits chez d'autres sujets qui n'ont point été enlevés par une apoplexie; et il est presque impossible qu'après que Ton a coupé un cerveau dans lequel les petits vaisseaux nombreux sont distendus par du sang, la sérosité ne paraisse pas sanguinolente par suite de l'écoulement de gouttelettes de ce liquide, même en très-petit nombre. Que si d'après ce que je vous ai écrit ailleurs (i) en traitant des

(i) Epi st. /j

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apoplexies séreuses, vous voulez reconnaître, en quelque partie, la cause de cette apoplexie dans la sérosité qui irritait par son acrimonie, ou qui augmentait la compression du cerveau par sa quantité, quoique peu considérable, je ne m'y opposerai pas; car il est difficile quelquefois de distinguer les apoplexies sanguines de celles-là, et d'établir d'une manière positive dans certaines histoires à quelle espèce l'apoplexie appartient. Examinez cependant d'avance les conjectures qu'on peut former pour l'une et pour l'autre; et lorsque les vaisseaux externes et internes du cerveau sont distendus par du sang, comme sur l'homme en question, prenez garde de nier trop facilement que la cause ne doive principalement être attribuée au sang. Quant à cette grande lassitude, qui fut la suite d'un long voyage fait dans cette saison de l'année, je ne décide pas si elle put être favorisée en quelque chose par la constitution du sujet, qui ne pouvait pas être trèsrobuste, comme l'indiquent cette forme insolite du cœur et cette lésion interne de l'aorte; cependant je ne doute pas que la lassitude de tout le corps ne puisse diminuer la force du cerveau et de ses vaisseaux, et rendre par conséquent celui-là pfus sujet aux compressions, et ceux ci plus propres à la distension.

lo. Une femme du même âge sans doute que cet homme, reçue à l'hôpital peu de jours après lui, y mourut dans l'espace de deux jours, et fut

portée à l'amphithéâtre d'anatomie. La cause de sa mort avait été une apoplexie telle qu'ayant été portée à l'hôpital quatre jours après son invasion, il est certain qu'elle ne conservait alors aucun indice de la faculté du sentiment ou du mouvement, et qu'elle ouvrit à peine les yeux lorsqu'on lui appliqua à la plante des pieds des lames rouges pour l'exciter, mais inutilement; car bientôt après elle les ferma.

Examen du cadastre. Le cadavre ne présentait nulle part à l'extérieur rien qui s'opposât à ce qu'on s'en servît pour les leçons, à l'exception de l'une des jambes qui était déformée par un ulcère j mais à l'intérieur même je trouvai à peine quelque chose qui s'éloignât de Tétat naturel dans les parties que j'examinai. Car il y avait ça et là, dans l'intérieur du tronc de l'aorte qui descend dans le ventre, de légères taches blanches qui indiquaient qu'elles formeraient un jour des écailles osseuses; il en existait même déjà une, mais elle était petite. La trompe de Fallopia du côté gauche était adhérente à l'ovaire au milieu de son trajet; ce dernier était petit comparativement à celui du côté droit, et présentait à l'intérieur un petit nombre de globules blancs, dont un seul disséqué me parut formé d'une substance compacte, et creuse au milieu. Mais celui du côté droit, qui par sa grosseur aurait convenu même à une jeune femme, ne contenait aucuns globules, ni aucunes vésicules, et il avait cependant une sui^face tubéreuse qui

DE l'apoplexie. 4^9

n'était pas sans des indices de petites cicatrices quand on fixait ses regards sur elle. On remarqua aussi dans la dissection de ce cadavre, que les membranes avaient résisté çà et là au scalpel plus que dans l'état naturel , bien que la graisse ne manquât pas sur lui. Epfin , à l'ouverture du crâne, je vis tous les vaisseaux renfermés dans celte cavité engorgés de sang, sans même excepter les plexus choroïdes. Mais, à l'exception de tant soit peu d'eau qu'on voyait dans les ventricules latéraux, je ne pus trouver nulle part aucune lésion dans le cerveau, le cervelet et la moelle allongée, de quelque côté que je les disséquasse.

1 1. Si vous voulez comparer tout ce qui avait précédé pendant la vie ou qui fut observé après la mort, vous serez moins étonné, je pense, de ce que cette femme mourut plus tard que l'homme dont il a été parlé avant elle , et de ce que tous les deux moururent beaucoup plus tard qu'un autre homme dont il va être question immédiatement.

12. Un barbier, âgé de cinquante ans, ayant la tête chauve en très- grande partie , et étant si grand buveur qu'il fut amené ivre chez lui le soir du i6 janvier de l'an 1757 , fut trouvé mort le lendemain matin, couché par terre entre le lit et la muraille , près du pot de chambre qui était cassé , et sans avoir aucune partie du corps blessée» Comme je me servis de sou cadavre pour le commencement du cours public d'anatomie, voici ce que j'y remarquai contre nature.

490 S0IXA]VT1ÈM£ LETTRE.

Examen du cadavre, A l'ouverture du ventre , restomacqui était ample se présenta à mes regards, et sa face interne était teinte de la couleur du vin. Lepiploon était rempli d'une grande quantité de graisse , ainsi que la tunique externe de la plupart des intestins, et le mésentère dans lequel se trouvaient quelques glandes d'une grosseur plus considérable que ne le comporte cet âge. La bile d'un beau jaune, avait laissé sur la face interne de la vésicule un grand nombre d'espèces de petits grains de sable, mais qui n'étaient nullement durs quand on les brisait entre les doigts. La surface des reins, dont l'un était plus long que l'autre, n'était pas exempte de quelques traces de lésions, au nombre desquelles se trouvait sous la tunique une fosse encore petite et remplie d'humeur. La vessie était tellement distendue par de l'urine, que sa partie supérieure était de beaucoup plus élevée que les os du pubis. Gomme il était croyable qu'elle avait souvent aussi été dilatée outre mesure pendant la vie , de même il n'était pas étonnant qu'elle n'eût pas sa forme ordinaire; car bien qu'elle fût un peu plus large en bas qu'en haut, cependant au premier abord elle ressemblait plutôt à un cylindre, ou à un prisme, qu'à un autre corps. L'urètre était blanche partout à l'intérieur, et non-seulement les orifices de ï>es petits canaux étaient moins iionibreiix et plus petits qu'à l'ordinaire, mais encore la caroncule séminale était comme dif-

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