DE L APOPLEXIE
fluente, de telle sorte qu'il ne put être fait aucune démonstration claire sur elle, et que comme sa pointe manquait entièrement, on était porté à penser que la caroncule et le reste de Turètre n'avaient pas été exempts autrefois d'une plus grande lésion. La face interne de l'aorte présentait un commencement d'ossification à Tendroit où elle descend sur les vertèbres des lombes , et les iliaques offraient des lames entièrement osseuses , et d'autant plus dures, qu'elles s'approchaient davantage des parties inférieures après leur division en externes et en internes, de manière que les crurales aussi étaient dures et roides ça et là et entre les condyles du fémur au jarret, et que plus les artères descendaient en s'éloignant du cœur, plus elles étaient sujettes à ce vice. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au-dessus du ventre, à l'endroit où l'aorte donnait naissance aux intercostales inférieures, on voyait des commencemens d'ossification, mais tout-à-fait légers. Je ne remarquai pas d'autres lésions dans la poitrine ni sur le reste du corps, à ['-exception de celles qui seront indiquées. En effet, la voûte du crâne et la dure mère ayant été enlevées,(deux parties qui étaient trop épaisses, au point que la dernière résistait au scalpel plus qu'à l'ordinaire, à l'endroit même où elle s'interpose entre le cervelet et le cerveau), comme j'examitiais tout avec soin, et que je ne passais aucuns des organes contenus dans le crâne sans les disséquer, je ne trouvai non-seulement aucun
épanchement de sérosité ou de sang, mais absolument aucune lésion autre que celle que j'indiquerai ; c'est que les vaisseaux qui se portent à travers la pie-mère étaient tellement remplis de sang et dilatés par lui, que je ne me souviens pas d'avoir jamais vu cette disposition portée plus loin. Ceux qui forment les plexus choroïdes étaient également distendus, ainsi que ceux qui parcourent les parois des ventricules latéraux, où il y avait un peu d'eau, surtout à gauche.
i3. Je voudrais que vous comparassiez cette V observation avec celle que j'ai recueillie sur P. Fasolati (i); vous trouverez dans l'une et dans l'autre plusieurs objets qui s'accordent entre eux, et vous verrez également beaucoup de choses dans les remarques que j'ai faites à la suite de la première, et que je n'ai pas le temps de répéter ici pour expliquer la seconde. Cependant je peux ajouter quelques détails particuliers à ce dernier homme. C'était un buveur , et par une conséquence assez facile , il s'était souvent enivré ; car vous comprenez facilement combien cette circonstance contribue à augmenter la quantité du sang et à affaiblir les vaisseaux renfermés dans le crâne. Ajoutez à cela ces lésions osseuses dans les artères inférieures, lésions qui s'opposaient au mouvement du sang par en bas, et qui le forçaient de se porter en haut en plus grande quantité.
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(i) Epist. 3^ n. 26.
DE L^AÏ>OPLEXfE. ' 49^
Mais voici surtout ce qu'il faut ajouter : que pendant que l'homme était couché et dormait dans un tel état d'ivresse, l'ancienne quantité de sang commença à être augmentée considérablement par ce dont il s'était gorgé, surtout par le vin; que la vessie avait reçu une si grande quantité de ce surcroît d'humeurs, qu'il ne semblait pas qu'elle en pût recevoir davantage; et que l'homme plongé dans l'ivresse et le sommeil ne sentant pas le besoin d'uriner, n'avait pu préparer une nouvelle place dans la vessie pour le reste de la matière de l'urine qui se porta en attendant dans la masse du sang; d'où il dut arriver que cette matière retenue distendit davantage les vaisseaux, principalement ceux qui sont dans le crâne, puisqu'ils avaient déjà été affaiblis longtemps auparavant, et qu'ils étaient plus sujets à la réplétion, surtout dans le décubitus. Voyez, si vous voulez, comme Lov^er (i) explique à peu près de la même manière des maladies graves du cerveau, qu'il avait souvent observées, et notamment l'apoplexie, survenues chez des sujets qui s'étaient couchés et s'étaient endormis aussitôt après avoir beaucoup bu, et avant que la plus grande quantité du liquide bu ne se fût écoulé par la vessie.
14. Je crois donc que l'homme dont j'ai parlé , n^ayant senti que trop tard la plénitude de sa
(1) Tract, de corde, c. 2.
vessie, voulut enfin prendre le pot de chambre, ou plutôt Tavait pris, et s'efforçait de décharger sa vessie trop distendue par Turine, ce qui n'est pas très-facile, et qu'ayant été attaqué d'une forte apoplexie pendant qu'il faisait ces efforts qui retiennent davantage le sang dans les vaisseaux de la tête , il tomba. C'est que les vaisseaux externes et les vaisseaux internes renfermés dans le crâne purent enfin arriver à un tel degré de distension , qu'ils comprimaient très-violemment tout ce que cette cavité renferme. Mais comme la cause de l'apoplexie a été attribuée à des compressions de cette espèce dans cette lettre , et souvent dans d'autres que je vous ai écrites, gardez-vous de soupçonner que les expériences du célèbre Lagh( i ) s'opposent à ce que j'admette cause, expériences dans lesquelles il fait voir avec un instrument élégant, inventé par l'ingénieux et noble comte Grégoire Casalio, que le cerveau peut être comprimé sur les chiens dans l'étendue d'au moins six lignes de Londres, sans qu'il en résulte aucune incommodité pour eux; que lors même qu'ils commencent à se plaindre, ils deviennent tranquilles bientôt après d'une manière irïsensible, à moins que la compression n'augmente; et que ceux qui sont attaqués d'une sorte d'apoplexie ne tombent pas avant que le degré de la compression ne soit parvenu à environ un pouce. Car autre chose est
(i) De sensibilit., etc. serm. 2.
DE l'apoplexie. /jO^
cette compression , autre chose est celle dont nous parlons ici. Celle-là s'exerce sur une petite partie du cerveau; la nôtre s'exerce tout autour, et même partout à l'intérieur, sur le cerveau, sur le cervelet et sur la moelle allongée en même temps , comme sur l'homme dont il est question. Que si quelquefois elle ne s'est pas exercée de cette ma- • nière sur d'autres sujets, j'ai du moins ajouté d'autres considérations, et je l'ai certainement placée dans l'intérieur du crâne fermé et résistant de tous côtés, et non ouvert dans quelque partie; quoique la moitié du crâne manquât sur cette femme dont Poupart (i) rapporta l'histoire à l'Académie royale des sciences de Paris, et que quelqu'un eût néanmoins produit sur elle une telle incommodité en touchant légèrement la dure-mère avec le bout du doigt, qu'il lui sembla avoir mille étincelles devant les yeux , et qu'elle fut forcée de pousser un grand cri. Pour vous, admettez ces expériences pour ce qui me regarde , et servez-vous-en pour reconnaître sans étonnement d'autres points de doctrine , et surtout celui-ci , que le cerveau peut supporter un certain degré de compression sans inconvénient, et que cette compression ayant augmenté au point d'être incommode, il s'y accoutume peu à peu , pourvu qu'elle n'augmente pas, jusqu'à ce qu'enfin il s'y joigne ujie cause
(i) Hist. a. 1700, obs. anat. 20
496 SOIXAT^TIÈME LETTRE.
SOUS le poids de laquelle il faille nécessairement succomber.
i5. En voilà assez sur l'apoplexie ; car il vaudra mieux renvoyer à rhémiplégie(i) et à l'aphonie (2) les autres observations relatives à cette maladie, de laquelle je passerai bientôt aux autres affections du cerveau. Adieu.
(i) Episl. 62, n. 9, II (2) Epist. 63^11. i3.
LXP LETTRE AN ATOMICO- MÉDICALE.
Des Délires qui surviennent sans fièvre.
I. JLa maladie du cerveau sur laquelle je vous ai écrit dernièrement est certainement grave; mais la démence sans fièvre dont je dois traiter maintenant est grave aussi, et même plus déplorable. J'ai encore trois dissections qui lui sont relatives.
2. Une femme en démence, qui paraissait être du moyen âge, était morte dans cet hôpital, après divers accidens, au commencement de l'an 1746. Pour avoir de quoi faire des démonstrations d'anatomie^ je demandai si le cadavre était bon pour cet objet. Après avoir appris qu'à cause de son extrême maigreur, et d'une gangrène considérable et trèsfétide qui existait à l'os sacrum, il n'y avait que la poitrine et la tête qui seraient bonnes, je fis enterrer tout le reste, ne faisant conserver que la tête avec la poitrine pourvoir si par hasard celle-ci ne contenait pas du pus, ce qu'une si grande maigreur faisait soupçonner.
Examen du cadavre. La poitrine ayant donc été ouverte, voyant que mon soupçon n'était pas sans fondement, puisque l'un des poumons était en grande partie rempli de pus, je fis également