‹ Recherches anatomiques sur les hernies de l'abdomenChapitre 2 sur 85 · DESCRIPTION ANATOMIQUE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION ANATOMIQUE

Des parties à travers lesquelles se font les Hernies

inguinales.

1°. Aponévrose du muscle grand oblique.

La large et forte aponévrose qui termine en avant le muscle grand oblique de l’abdomen se porte en dedans vers la ligne blanche, qu’elle concourt à former en se réunissant avec celle du côté opposé ; en bas et en dehors , elle se fixe à l’épine antérieure et supérieure de l’os des îles ; en bas et en dedans , à la partie supérieure du pubis. Son bord inférieur, tendu entre ces deux dernières insertions, est comme replié sur lui-même (1) : on l’appelle communément ligament de Fallope ou de Poupart , ou mieux encore, arcade crurale. Les fibres de cette aponévrose, parallèles les unes aux autres, et

(1) Ce bord forme, comme nous le verrons, une sorte de gouttière, et se continue avec une expansion aponévrotique , qui remonte derrière le muscle transverse de l’abdomen. ( Yoy. ce qui en est dit à l’article dafascia transversale. )

d’autant plus fortes quelles sont plus inférieures, se dirigent obliquement en bas et en dedans. Près du pubis, elles se séparent en deux faisceaux connus sous le nom de piliers de Vanneau inguinal 3 ou du trou sus-pubien. (Chaussier.) De ces piliers , l’un est interne et supérieur ; il est mince, large, aplati, et se fixe au-devant de la symphyse du pubis , en s’entrecroisant avec celui du côté opposé : l’autre est externe, et en même temps inférieur; arrondi, beaucoup plus fort que le précédent, il s’attache à l’épine du pubis , et à la crête du même nom, par un prolongement qui se sépare de sa face postérieure , et sur le compte duquel j’aurai occasion de revenir. Entre ces deux colonnes aponévrotiques il existe une ouverture triangulaire ; c’est X anneau du grand oblique , 1 anneau inguinal , ou le trou sus-pubien (1).

Cette ouverture donne passage, chez l’homme, au cordon testiculaire (cordon spermatique) , et chez la femme , au cordon suspubien (ligament rond de l’utérus). Sa base (2) est formée par le pubis , et ses côtés sont représentés par les piliers eux-mêmes. Son sommet (5), ou sa petite extrémité, est dirigé en haut et en dehors, et correspond à l’endroit où les fibres de l’aponévrose du muscle grand oblique se séparent en deux faisceaux. Ce sommet est mousse, parce que des fibres aponévrotiques superficielles, dont la direction est transversale , viennent réunir les deux piliers quelles croisent à angle plus ou moins aigu.

L’aponévrose du muscle grand oblique, formée en haut de petits rubans fibreux parallèles , représente assez bien une toile simplement ourdie , tandis qu’à sa partie inférieure elle forme un véritable tissu (4).

(1) Ordinairement cetle ouverture est triangulaire; cependant sa forme et ses dimensions sont sujettes à bien des variétés , tant dans l’état sain que dans l’état pathologique.

(2) Angle interne de l'anneau inguinal de la plupart des chirurgiens.

(5) Angle externe du même anneau.

(4) Ces fibres cependant ne s’entrecroisent point en passant alternativement

Les fibres transversales dont nous venons de parler naissent du bord inférieur de l’arcade crurale, où elles sont rapprochées les unes des autres , et de là se portent en rayonnant , obliquement en haut et en dedans, vers la ligne blanche; elles passent en partie au-devant de l’anneau inguinal , quelles rétrécissent pour se perdre insensiblement sur l’aponévrose du muscle grand oblique. Elles offrent une force considérable chez quelques individus ; chez d’autres au contraire elles sont si minces, quelles semblent manquer totalement. Plusieurs fois il m’a été impossible d’en constater l’existence. Chez la femme, elles sont beaucoup plus minces que chez l’homme. Elles s’opposent à l’écartement des piliers, à la distension de l’anneau inguinal, et de plus , elles fortifient la partie inférieure de l’aponévrose , qui elle-même est plus épaisse dans cet endroit que partout ailleurs.

Le grand diamètre de l’anneau inguinal , parallèle à l’arcade crurale, est dirigé comme elle obliquement en haut et en dehors; de sorte que le sommet de cette ouverture regarde vers l’épine iliaque , tandis que sa base repose sur le pubis. Son contour donne naissance à une expansion celluleuse très - fine , qui embrasse le muscle crémaster, et ne tarde pas à se perdre sur le cordon testiculaire, en se confondant aussi avec l’enveloppe celluleuse que celui-ci reçoit du jascia superficialis (i) dont elle était d’abord très-distincte (2),

les unes au-devant des autres , comme cela a lieu pour les fils d’une étoffe ; mais elles se croisent simplement en formant deux couches superposées, deux plans plus ou moins adhérens l’un à l’autre.

(1) Voyez page 10.

(2) L’anneau inguinal a moins d’étendue, et ses piliers sont plus minces chez la femme que chez l’homme. Quelquefois il forme une ouverture très-petite , arrondie , qui embrasse étroitement le cordon testiculaire, ou le ligament rond; d’autresfoisil est très-allongé , et le cordon spermatique sort de son angle externe en se réfléchissant sur le pilier inférieur à une certaine distance du pubis. J’ai vu, sur plusieurs individus, les piliers 11e se réunir qu’à un ou deux pouces de l’épine iliaque : l’anneau était très-grand , et les fibres obliques qui le croisaient lui donnaient une forme carrée bien singulière.

Rien n’est plus variable que la résistance que l’ouverture aponévrotique du

2°. Fascia superjicialis.

L’aponévrose du muscle grand oblique est recouverte dans toute son étendue par une membrane fine , qui se jette sur le cordon spermatique, auquel elle fournit une enveloppe (1). Voici ce qu’une dissection exacte m’a appris sur cette toile, autant celluleuse qu’aponévrotique. D’abord formée simplement par du tissu cellulaire condensé et blanchâtre , elle recouvre les muscles et les aponévroses de l'abdomen ; elle adhère peu à ces dernières , mais elle est fixée assez intimement aux premiers pour rendre leur dissection difficile. Elle se confond en dedans avec celle du côté opposé, audevant de la ligne blanche, dont on la sépare aisément; en dehors elle glisse sur la crête iliaque , devient entièrement celluleuse , et se jette sur les muscles grand et moyen fessiers; au-devant de l’abdomen, il est difficile d’assigner une direction à ses fibres; elle paraît homogène , et contient l’artère et les veines abdominales sous-cutanées ; en bas elle passe au-devant de l’arcade crurale , à la partie externe de laquelle elle adhère assez fortement, au moyen de fibres qui se détachent de sa face postérieure. Au niveau de l’anneau inguinal , qu’il entoure , sans lui adhérer très-intimement , le fascia superficialis se porte sur le cordon , auquel il donne , comme il a été dit , une gaîne celluleuse , mince , assez facile à isoler , qui l’accompagne jusqu’au fond du scrotum. Cette gaîne embrasse aussi la tunique vaginale et le testicule, et se confond enfin avec un faisceau fibreux, triangulaire, blanchâtre, qui fixe ce dernier organe au scrotum et à la branche de l’ischion ( ce sont les restes de ce que J. Hcnter a nommé gubernaculum testis). Chez la plupart des individus, elle est

grand oblique présente aux efforts qui tendent à la dilater , comme je m’en suis assuré par de nombreuses expériences faites dans ce but.

(1) Cette couche membraneuse a été décrite par Camper ( Icônes hemiarum , pag. 11). Scavpa en a parlé comme d’un prolongement de l’aponévrose fascia lata. M. A. Coôper l’appelle/asei'a superficialis.

si mince et si diaphane, qu’on peut voir, à travers, les fibres du muscle crémaster et les vaisseaux qu’elle entoure. Deux ou trois artérioles superficielles, fournies par l’artère fémorale, passent transversalement , les unes devant , les autres derrière la partie supérieure du cordon , pour gagner la racine du pénis : elles sont contenues dans l'épaisseur même de l’enveloppe que je décris, et sont accompagnées de veines plus nombreuses et plus volumineuses quelles, qui viennent se rendre dans la veine fémorale , en passant le plus souvent par 1 ouverture où s’engage la veine saphène.

En dedans de l’anneau inguinal, le fascia superficialis se porte vers la racine de la verge , et se confond avec le tissu cellulaire lâche dont elle est entourée.

Au-dessous de l’arcade crurale , ses fibres sont bien distinctes ; elles sont parallèles au pli de la cuisse , et forment de grandes mailles allongées , assez irrégulières , qui laissent entre elles des aréoles où sont logés des pelotons graisseux et quelques ganglions lymphatiques. En dehors il gagne la région externe de la cuisse , appliqué immédiatement sur l’aponévrose fascia lata , qu’il recouvre aussi en dedans , et se fixe dans ce dernier sens à la branche ascendante de l’ischion, près de la racine du corps caverneux.

Le fascia superficialis passe au-devant de l’ouverture aponévrotique , où s’engage la veine saphène , adhère plus ou moins intimement à son contour , et descend ensuite sur cette Veine , qui le sépare de l’aponévrose fascia lata.

Le fascia superficialis est très-mince , peu distinct , et pour ainsi dire décomposé par la graisse chez les individus qui ont beaucoup d’embonpoint. Il est blanchâtre , plus épais , et plus facile à disséquer sur les personnes maigres. Il n’augmente pas beaucoup la force de résistance de l’anneau inguinal , et n’influe que très-peu sur la tension de l’arcade crurale (1),

(1) L t fascia superficialis , chez le fœtus, forme au-devant de l’anneau inguinal une sorte de poche celluleuse qui reçoit le testicule , lorsque cet organe

5e. Muscle petit oblique.

Au-dessous du muscle grand oblique , on trouve le muscle petit oblique ou oblique interne , dont les fibres se fixent à la partie moyenne de la crête de l’os des îles, à l’épine antérieure et supérieure du même os , ainsi qu’à l’espèce de gouttière formée par l’arcade crurale : supérieurement son aponévrose se sépare, au niveau du bord externe du muscle droit, en deux feuillets; l’un, antérieur, plus fort, passe au-devant de ce muscle avec l’aponévrose du grand oblique , à laquelle il adhère fortement , et va se fixer à la ligne blanche ; l’autre , postérieur , plus mince , glisse derrière le même muscle avec l’aponévrose du transverse , et se termine aussi à la ligne médiane de l’abdomen. Ces deux feuillets, par leur écartement, forment la gaine du muscle droit. Inférieurement, l’aponévrose du petit oblique n’offre plus qu’un seul feuillet , qui se joint à ceux des muscles grand oblique et transverse , et se dirige avec eux au-devant du même muscle. Dans cet endroit , les aponévroses de ces trois muscles se réunissent , puis se confondent tout-à-fait vers la ligne blanche, à laquelle elles se terminent. Quand le muscle pyramidal existe, ce qui arrive le plus ordinairement, il est renfermé dans une gaine constituée en avant , où elle est plus épaisse , par les aponévroses réunies des muscles grand et petit obliques,

sort de l’abdomen , et qui s’allonge à mesure qu’il descend , pour entourer le cordon, et venir, en s’adossant avec celle du côté opposé, constituer la cloison des bourses. Celle-ci passe à droite et à gauche sur la racine de la verge , et s’unit à son ligament suspenseur. Avant la descente du testicule, la poche dont il est question se confond avec le gubernaculum testis. Il semble qu’elle se retourne sur elle-même à sa partie inférieure , pour envoyer dans l’anneau un faisceau blanchâtre à fibres rayonnées, qui va se fixer au testicule et à l’épidydime , et constitue le gubernaculum lui-même , lequel s’attache en bas à l’ischion , ainsi qu’à la partie moyenne du scrotum, où, par la suite, doit se former le raphé.

et en arrière , où elle est beaucoup plus mince , par le feuillet aponévrotique du transverse.

Les fibres inférieures du muscle petit oblique ont une direction presque transversale : elles sont ordinairement confondues assez intimement avec celles du muscle transverse qui est placé derrière.

Elles se fixent en dehors dans la gouttière de l’arcade crurale; en dedans, elles s’attachent à la partie supérieure du pubis, entre l’épine et l’angle de cet os , immédiatement derrière le pilier interne de l’anneau. Le bord inférieur du muscle petit oblique est donc parallèle à l’arcade crurale : chez quelques individus il est séparé et bien distinct de celui du muscle transverse; chez d’autres, au contraire, il est intimement confondu avec- lui; on ne peut l’en isoler. Voici ce qu’une dissection soignée , et faite sur un grand nombre de cadavres, m’a démontré à cet égard. Le bord inférieur du muscle transverse , formé de fibres très-fines , pâles , rares , ayant une direction transversale, passe au-dessus du cordon testiculaire, à l’endroit où celui-ci entre dans le canal inguinal , c’est-à-dire , au niveau de l’ouverture supérieure de ce canal ; il se fixe en dedans , à la partie inférieure de la ligne blanche, et un peu au pubis, en s’unissant avec l’aponévrose du petit oblique. Le bord inférieur de celui-ci, inséré, comme je l’ai dit, à l’arcade crurale , descend parallèlement à elle , en recouvrant le cordon testiculaire dans le canal inguinal , et s’attache en dedans au pubis. Il ne passe au-dessus du cordon spermatique qu’au moment où celui-ci franchit l’ouverture inférieure du canal inguinal. Il s’y engage aussi en changeant de direction et de figure pour former le muscle crémaster. A cet effet , ses fibres, qui étaient droites et à peu près horizontales, deviennent courbes et verticales ; elles traversent l’anneau , et descendent audessous de lui , en formant successivement en avant du cordon spermatique de grandes anses renversées, à concavité supérieure, et qu’on peut suivre jusqu’au fond du scrotum a. Ces fibres sont appli- * P1. fI. quées sur toute la face antérieure du cordon spermatique et de la N‘ N' tunique vaginale. Les arcades renversées quelles forment sont d’autant

plus étendues quelles sont plus inférieures ; quelquefois l’une d’elles, simple vers ses extrémités, se divise en deux à sa partie moyenne, de manière à intercepter un espace de la figure d’un croissant, loutes sont réunies vers l’anneau en deux faisceaux triangulaires. pi. h. P. Lun, externe® et plus volumineux, sort de la partie correspondante h P1‘ IL de cette ouverture; l’autre interne b et moins prononcé, rentre dans l’anneau, en se portant derrière son pilier supérieur, et s’attache au pubis. Cette disposition , qui est constante , a été ordinairement mal saisie par les anatomistes. La plupart n’ont décrit que le faisceau externe du crémaster ; d’autres n’ont parlé que d’une manière vague des fibres qui s’insèrent au pubis ; aucun, à ma connaissance, n’a remarqué les arcades que j’ai indiquées exister au-devant du cordon testiculaire ; c’est pourquoi je crois utile de traiter avec quelques détails ce point d’anatomie, sur lequel j’ai fait des recherches.

Les fibres inférieures du petit oblique , sur la plupart des individus , en s’engageant dans l’anneau inguinal , forment d’abord des anses très-peu étendues, dont la concavité est supérieure , et qui sortent de l’angle externe de l’anneau au-devant du cordon , pour remonter presque aussitôt derrière le pilier interne , et se fixer au a P1- IL N- pubis0. Les arcades suivantes sont, comme je l’ai dit, de plus en plus développées. J’en ai trouvé , tant dans l’état sain que dans des cas de hernies , qui , ayant conservé la texture musculaire , avaient jusqu’à six pouces de longueur. Les fibres qui les formaient avaient d Pi. il. N. N. par conséquent, dans leur totalité, douze pouces détendue d. Cependant ce n’est qu’au moyen d’une dissection très - soignée qu’on peut distinguer ces fibres au-devant du testicule et de la tunique vaginale, vu qu’elles sont dans cet endroit pâles, décolorées, très-ténues, et même entièrement décomposées : dans ce dernier cas , qui est fort commun , le muscle crémaster se perd insensiblement en bas sur la gaine propre du cordon testiculaire. On trouve chez plusieurs sujets une pareille disposition du crémaster , non-seulement au-devant, mais aussi à la partie postérieure du

cordon. Les arcades postérieures sont alors beaucoup moins prononcées que les antérieures ; elles forment plutôt des angles aigus que de véritables courbes , comme cela a lieu dans ces dernières. Nous verrons bientôt d’où viennent ces différences.

D’après la manière dont la plupart des anatomistes décrivent le crémaster , qu’ils regardent comme étendu seulement sur la partie externe du cordon spermatique , le testicule paraît mal suspendu. J’ai disséqué sur beaucoup de sujets mâles de différens âges le cordon testiculaire et ses enveloppes , et j’ai toujours trouvé ce muscle présentant la forme que j’ai indiquée (1) , à cela près de quelques particularités que je ferai connaître.

Le muscle crémaster n’existe pas avant la descente du testicule ; il se forme à mesure que cet organe, tiré par son gubernaculiun , se porte de l’abdomen dans le scrotum. Je me suis assuré de ce fait, en disséquant ces parties sur un assez grand nombre de fœtus , avant , pendant et après la descente du testicule. Chez ceux de cinq à six mois , les recherches de ce genre sont fort difficiles ; les libres inférieures du petit oblique sont molles , d’une couleur rougeâtre , comme le tissu cellulaire environnant, qui est infiltré lui-même à cette époque d’une humeur visqueuse, au milieu de laquelle les vésicules adypeuses sont disséminées. Lorsque l’on a essuyé cette humeur

(1) Scavpa, qui a répandu tant de lumières sur l’histoire des hernies, ne me paraît pas avoir examiné assez exactement la manière dont le muscle petit oblique se comporte à l’égard du cordon testiculaire pour former le crémaster. « Les libres musculaires inférieures du petit oblique, dit il, parvenues à huit lignes environ du côté externe du sommet de l’annneau , s’ouvrent pour laisser passer le cordon spermatique , et se partagent ainsi en deux petits faisceaux , l’un externe, et l’autre interne. L’externe s’attache, dans une certaine étendue, au ligament de Fallope , et constitue l’origine principale du muscle crémaster ; je dis la principale , car chez quelques sujets ce muscle tire une seconde origine , moins forte à la vérité que la première, de quelques fibres charnues qui naissent du pubis, auprès de l’attache du pilier supérieur de l’anneau. . . . Ces fibres se portent , lorsqu’elles existent , sur le côté interne et sur la face antérieure du cordon spermatique. »

albumineuse , les fibres charnues deviennent beaucoup plus distinctes; elles sont d’une laxité remarquable, et se portent, de la gouttière de l’arcade crurale pù elles s’insèrent, au pubis, en passant devant un cordon grisâtre formé par le gubernaculum testis , qui à cette époque occupe presqu’à lui seul le canal inguinal. Ces fibres du petit oblique sont alors entièrement renfermées dans ce canal : par leur partie moyenne , elles adhèrent assez intimement au gubernaculum j et lorsqu’on vient à tirer en bas ce prolongement , on les yoit descendre avec lui par l’anneau , en formant successivement des courbes ou des arcades renversées , qui se déploient à mesure sur le testicule et le cordon spermatique. La grande laxité que présentent alors les fibres inférieures du petit oblique est très-favorable à leur allongement et à leur sortie à travers l’anneau inguinal. En tirant le gubernaculum et en simulant ainsi la descente naturelle du testicule, je suis parvenu à former artificiellement le crémaster (1) ; mais peu content de ces expériences , qui ne représentent que d’une manière grossière, et souvent très-imparfaite, les opérations de la nature, j’ai suivi les progrès de celle-ci dans l’accroissement de ce muscle , et j’ai toujours obtenu les mêmes résultats.

Chez les fœtus dont le testicule a franchi l’anneau , si on ren-

* pi. i. fig. 2. B. verse de haut en bas l’aponévrose du muscle grand oblique a , de

manière à mettre à découvert le petit oblique , on voit que le

* Pl. I. Gg. 2. D. bord inférieur de ce dernier se distend à sa partie moyenne b pour

former le crémaster, comme chez l’adulte. A cette époque, lorsque la tunique vaginale communique encore avec le péritoine , on peut assez souvent faire rentrer le testicule dans le ventre , en le tirant par sa partie supérieure ; alors on fait en quelque sorte retourner le crémaster sur ses pas , ou plutôt on rend au petit oblique

(i) Il est à remarquer qu’à cette époque, la position verticale du testicule est très-favorable à son passage à travers le canal inguinal, qui présente déjà une obliquité assez prononcée.

les fibres qu’il a prêtées pour sa formation. A mesure que tire le testicule , on voit les arcades musculaires remonter les unes vers les autres , se rapprocher successivement , bientôt rentrer toutes dans le canal inguinal , et enfin reformer le bord inférieur du muscle petit oblique. Ce bord cependant est beaucoup plus flasque qu’avant la descente du testicule ; il est comme plissé sur lui-même ; il redescend avec la plus grande facilité dès qu’on fait ressortir cet organe , et le crémaster renaît aussitôt. Les deux faisceaux triangulaires, qui s’étaient presque entièrement effacés, reparaissent alors comme auparavant a.

Sur un grand nombre de cadavres d’enfans , d’adultes et de vieillards, j’ai toujours retrouvé les arcades renversées que je viens de décrire; seulement elles sont plus ou moins prononcées, suivant les individus. J’ai recherché avec soin la manière dont les fibres charnues du muscle crémaster se comportent dans les hernies inguinales , tant internes qu’externes, les transformations qu’elles éprouvent, etc. Je ferai connaître plus tard le produit de mes recherches à ce sujet. Je fais seulement remarquer ici que , dans quelques cas , le sac de la hernie inguinale, en descendant, agit comme le gubernaculum test/s, et augmente le nombre des fibres du crémaster aux dépens de celles du petit oblique, qu’il entraîne avec lui par l’ouverture aponévrotique du muscle grand oblique (1).

(1) Pour bien saisir la disposition du muscle crémaster , il faut disséquer l’aponévrose du grand oblique et l’anneau inguinal, et enlever le Jascia superjicialis de dessus le cordon testiculaire : on coupe ensuite transversalement l’aponévrose du grand oblique à quatre travers de doigts au-dessus de l’anneau , on la détache de la ligne blanche , on la renverse , et derrière on aperçoit les fibres inférieures du petit oblique qui s’y implantent , et recouvrent le cordon spermatique dans toute la longueur du canal inguinal. En fendant l’anneau avec précaution par sa partie supérieure, et en écartant les lambeaux aponévrotiques , on voit les fibres inférieures du petit oblique se précipiter, pour ainsi dire, au-devant du cordon testiculaire , et former nos arcades renversées , qu’on

a PI. I. fig. *•

Chez la plupart des sujets, le cordon testiculaire passe simplement au-dessous du bord inférieur du petit oblique , qu’il entraîne avec lui , comme je l’ai dit, pour former le crémaster, dont on ne retrouve alors que les arcades antérieures; d’autres fois au contraire, il traverse bien évidemment les fibres de ce muscle , et les arcades existent , non-seulement en avant , mais aussi en arrière du cordon et du testicule, qui s’en trouvent enveloppés de toutes parts. Les postérieures sont toujours moins prononcées que les antérieures. Tous les individus ne sont pas également propres à ce genre de recherches. Chez quelques sujets , il n’y a que de grandes anses en dehors et en dedans du cordon , qui en est dépourvu à sa partie antérieure; d’autres fois, les petites anses sont très-prononcées.

Il est évident, d’après ce que je viens de dire du crémaster , i.° que ce muscle est formé aux dépens des fibres inférieures du petit oblique, qui sont entraînées hors de l’anneau par le gu~ bemaculumel le testicule, auxquels elles adhèrent lors de la descente de ce dernier , à peu près de la même manière que des cordes extensibles , fixées par leurs deux extrémités , prêteraient en s’allongeant , si on les tirait par leur partie moyenne ; 2° qu’il forme une enveloppe , qui tantôt recouvre seulement le testicule et le cordon en avant , et tantôt au contraire les entoure de toutes parts; 5.° que, dans l’un et l’autre cas, les fibres charnues de cette enveloppe se réunissent en deux faisceaux triangulaires qui occupent , l’un la partie externe , et l’autre la partie interne de l’anneau; 4-° que le cordon testiculaire passe ordinairement au-dessous du petit oblique, et quelquefois entre ses fibres charnues, ce qui influe sur la forme du crémaster; 5.° que le testicule, ainsi que le sac de la hernie inguinale externe , lorsqu’elle existe , sont soutenus de toutes parts , et non

peut suivre plus ou moins bas. D’après cette nouvelle manière d’envisager le crémaster, on peut regarder le faisceau externe comme l’origine du muscle dont toutes les fibres, après s’être écartées, se réunissent pour se terminer au pubis par le faisceau interne.

pas simplement en dehors, comme on pourrait le concevoir d’après la description ordinaire du crémaster. Il est facile d’expliquer maintenant la réduction spontanée de certaines hernies , par la contraction de ces fibres charnues, qui tendant à devenir droites, diminuent l’étendue des anses qu elles forment, et font par conséquent remonter le testicule et le sac vers l’anneau , en les tirant également sur tous leurs points, et en les comprimant souvent d’une manière douloureuse. Dans ces circonstances , les deux faisceaux du muscle agissent à peu près comme les deux ventres du digastrique lors de l’élévation directe de l’os hyoïde.

Le faisceau externe du crémaster est presque constamment plus prononcé que l’interne. Quelquefois ils sont d’un volume égal ; trèsrarement l’interne est plus développé. Je n’ai rencontré que trois ou quatre fois cette dernière disposition.

Dans quelques cas , le faisceau interne ne paraît pas exister : voici d’où cela dépend. Les fibres charnues , qui forment le bord inférieur du muscle petit oblique, s’insèrent au pubis, au moyen d’aponévroses très-fines, dont la longueur varie. Si ces dernières sont courtes , elles demeurent cachées derrière le pilier interne de l’anneau , et le faisceau correspondant du crémaster est très-visible et paraît tout charnu dès son origine. SL au contraire, elles sont plus longues , qu elles aient , par exemple , un pouce ou plus d étendue, ce même faisceau semble manquer au premier coup-d’oeil. Mais si on tire en bas et en dehors le cordon testiculaire , en disséquant l’anneau avec attention , on voit des fibres aponévroliques fort déliées , qui , sous la forme de petits faisceaux blanchâtres , sortent en divergeant de derrière le pilier interne , et descendent en dedans du cordon. A mesure qu’elles s’éloignent de l’anneau , elles augmentent de volume , deviennent de plus en plus rouges , et remontent pour former le faisceau externe , qui est tout musculaire. Ces particularités pourront paraître minutieuses ; mais il est nécessaire de les connaître pour se rendre raison des variétés que présente la tunique charnue que le muscle crémaster fournit aux hernies inguinales.

Dans plusieurs sujets , malgré l’examen le plus attentif, il m’a été impossible de rencontrer le faisceau interne du crémaster (i).

(1) La différence de volume des deux faisceaux du crémaster ne tiendraitelle pas à ce que le gubernaculum , adhérant aux fibres du petit oblique plus près de leur insertion au pubis que de leur insertion à l’arcade crurale , exerce sur elles une traction inégale? Mais peut-être aussi cette différence est-elle due à ce que les fibres du petit oblique sont plus épaisses en dehors vers l’arcade crurale qu’en dedans vers le pubis. Dans les cas où les fibres internes n’existent pas, ce qui est rare, ne pourrait-on pas soupçonner une rupture analogue, jusqu’à un certain point, à celle qu’éprouve le prolongement du péritoine qui accompagne le testicule lors de sa descente , et qui doit former la tunique vaginale ? Ce prolongement, en effet, s’allonge, se rétrécit , et sa communication avec le péritoine finit par disparaître chez la plupart des individus, quoiqu’on puisse souvent en retrouver les restes chez d’autres. Si on admet que le gubernaculum , par la traction qu’il opère , peut séparer la tunique vaginale du péritoine dont elle faisait partie, pourquoi n’admettrait-on pas aussi un pareil résultat pour les fibres internes du crémaster, qui adhèrent également au gubernaculum?

Un fait curieux , et qui vient à l’appui de ce que j’ai dit du crémaster, est le suivant. Sur le cadavre d’un homme âgé d’environ quarante ans, j’ai vu les fibres inférieures du petit oblique sortir de l’amTeau inguinal , et former au-devant du cordon testiculaire une masse charnue aplatie , à fibres courbes ; les anses du crémaster étaient rassemblées les unes contre les autres, et non séparées, et étendues sur tout le cordon, comme cela arrive ordinairement. Ce faisceau charnu, d’une forme toute particulière, ne descendait qu’à un pouce audessous de l’anneau inguinal, en dedans et en dehors duquel il s’insérait; il ne pouvait servir à suspendre le testicule. J’ai depuis retrouvé la même particularité sur le cadavre d’un vieillard. C’est un vice de conformation du crémaster. Dans ces deux cas, bien probablement, 1 e gubernaculum et le testicule avaient glissé sous le muscle petit oblique sans entraîner ses fibres; ou bien, peutêtre, les arcades du crémaster s-’étaient- elles contractées, raccourcies, concentrées vers l’anneau en abandonnant le cordon testiculaire.

J’ai fait encore une troisième observation à peu près analogue aux précédentes , mais qui en différait en ce que le crémastçr existait comme à l’ordinaire * et que

Chez la femme , les fibres inférieures du petit oblique sont beaucoup plus minces que chez l’homme ; elles passent au-dessus du ligament rond sans s’engager dans l’anneau inguinal; de sorte que, dans l’état sain, on ne trouve chez elle aucun vestige du muscle crémaster (1). Quelquefois elles sont si écartées et si ténues, qu’on ne peut les apercevoir , surtout quand il y a de l’embonpoint.

Le muscle crémaster est enveloppé par le prolongement que le fascia superjicialis envoie au cordon, et plus immédiatement encore par une expansion cellulaire très-fine, qui se détache du pourtour de l’anneau du grand oblique , et avec laquelle il s’unit bientôt très-intimement : il est appliqué sur la gaine propre du cordon (2), et contracte avec elle des adhérences intimes , surtout inférieurement : en haut , on peut le plus souvent isoler ces deux parties l’une de l’autre.

Le bord inférieur du petit oblique est , chez beaucoup de sujets ,

la sortie des fibres du petit oblique au-devant du cordon paraissait accidentelle , et due à une contusion qui avait relâché l’anneau inguinal.

Quand le testicule reste engagé dans le canal inguinal, ou qu’il demeure appliqué immédiatement au-dehors de l’anneau, le muscle crémaster, tantôt descend au-dessous de cet organe avec la tunique vaginale et le gubemciculum qu’il accompagne, tantôt au contraire il n’existe pas; ou bien il est très-court, et se trouve seulement étendu au-devant du testicule , sans descendre plus bas, comme dans le cas précédent.

(1) Le sac de la hernicinguinale externe chez la femme, en descendant hors du canal inguinal, entraîne souvent avec lui les fibres du petit oblique , et forme un muscle crémaster accidentel, étendu au-devant de la tumeur, et dont les arcades renversées, très-pâles, écartées , et à peine visibles, vu leur tenuité , se réunissent en deux faisceaux triangulaires danschaque angle de l’anneau, comme dans l’homme. Il faut’une dissection très-soignée pour apercevoir ces fibres, qui, au reste, ne sont pas également marquées chez toutes les femmes dans les cas de hernie. Plusieurs fois je n’ai pu les retrouver, malgré toute l’attention possible.

(2) Celte gaine provient du fascia iranscersalis , et n’est que le prolongement de l’espèce d’ i/fundibulum qu’il présente pour former l’ouverture supérieure du canal inguinal.

tellement confondu avec le muscle transverse, qu’on ne pourrait assurer que le crémaster ne reçoit pas de fibres du dernier de ces deux muscles (i).

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